
Rue89 au festival America : internautes, à vos questions !
Comme lors des Etonnants Voyageurs de Saint-Malo, Rue89 est « soutien média » d'un grand festival littéraire international : le festival America, qui se tient ce week-end à Vincennes. A ce titre, Rue89 animera une rencontre : « L'Amérique, l'Afrique et nous ». Présentation… et appel à questions.
Le festival America
Depuis, 2002, le festival America est une biennale des « Littérature et cultures d'Amérique du Nord ; Canada, Etats-Unis, Mexique, Antilles, Caraïbes », organisée à Vincennes. Salon du livre, cafés littéraires, débats, mais aussi films, expos, concerts et bien sûr lectures publiques.
L'édition 2008, quatrième du nom, se déroule ce week-end. Le thème : « L'Amérique-Monde ». Soit un thème qui élargit le questionnement habituel du festival (en gros : qu'est-ce qu'être Américain aujourd'hui, que l'on vive au Canada, aux Etats-Unis, en Amérique latine ou sur les îles du Pacifique). Soit un thème qui acte culturellement cette vérité factuelle : la fiction américaine s'est, depuis quelques années, enrichie des apports linguistiques et politiques des voix de l'immigration. Espagnole bien sûr, mais aussi européenne (Russe), du Moyen-Orient ou de l'Asie. A cet égard, la présence de la Sud-Coréenne Nami Mun, du Pakistanais Moshin Hamid, du Russe Gary Stheyngart ou du Canadien Anosh Irani sont symptomatiques.
L'édition 2008 fera aussi la part belle aux héritages plus ancestraux des Etats-Unis : la culture juive, les origines africaines et la responsabilité américaine, les Caraïbes, l'Europe.
Des 53 auteurs invités cette année, la plupart sont nés hors du continent américain où ils vivent désormais (Dalia Sofer, Nami Mun, Ishmael Beah, Moya, Rawi Hage, Irani, Shteyngart), ou bien y sont nés et n'y vivent plus (Melanie Wallace, Lionel Shriver, Jordi Soler), ou encore y ont transité (Mohsin Hamid, Chimamanda Ngozi Adichie, Abha Dawesar). Leurs œuvres s'emparent donc des double ou triple nationalités et autant de dimensions.
Parmi les stars, révélations et autres attendus : les deux Big Richard (Ford et Russo), Brian Evenson, Percival Everett, Brian Leung, Jorge Volpi, etc.
America et Rue89
Pour America comme lors des Etonnants Voyageurs 2008, Rue89 est donc un des partenaires média. A Vincennes comme à Saint-Malo, je mènerai une table ronde : « L'Afrique, l'Amérique et nous », samedi 27 de 15h30 à 17 heures.
En septembre, comme en mai, nous sollicitons nos riverains et nos internautes pour qu'ils soumettent, lors de cet débat, leurs questions et leurs réactions. Vous pouvez, soit venir sur les lieux même de la rencontre, soit poser vos questions dans les commentaires ci-dessous. Elles seront posées aux invités. A l'issue du festival, vous pourrez écouter, en version MP3, l'intégralité de la rencontre.

La rencontre Rue89
Tout comme en 2004, où le festival était devenu une énorme tribune anti-Bush, America 2008 se déroule le même week-end que le premier grand débat télévisé entre les deux candidats à la Maison-Blanche.
Cette actualité présidentielle et le thème même du festival rendaient logique une table ronde sur les rapports Amérique-Afrique. Trois ans après le fort « American Darling » du grand Russel Banks, la fiction américaine s'est mise eau diapason des séries télévisées et du cinéma, offrant une plus belle résonance aux voix africaines.
Nous aurons l'occasion de débattre de ces rapports, de ces racines et de ces héritages. Avec trois jeunes romanciers et un ancien enfant-soldat.
- l'enfant-soldat sera le Sierra-Leonais Ishmael Beah qui avait fait l'événement début 2008 avec « Mémoires d'un enfant soldat » (Presses de la Cité). Un livre en trois parties : l'errance, la guerre, la réhabilitation.
Un ouvrage où Ishmael Beah, né en 1982, raconte son parcours et sa réhabilitation. Drogué et surentraîné, il a été un tueur. Ces meurtres, cette dépendance, mais aussi la façon dont il a été pris par les troupes du Revolutionnary United Front en 1993, et son salut (récupéré in extremis par l'Unicef, qui l'a acheté à son lieutenant moyennant cash), c'est ce qu'il écrit dans ce témoignage. Ishmael Beah est aujourd'hui ambassadeur de l'Unicef et vit aux Etats-Unis.
- ce témoignage trouve un écho sidérant dans un des coups de cœur du Cabinet dans la rentrée littéraire : « Bêtes sans patrie » de l'Américain d'origine nigériane Uzodinma Iweala (L'Olivier). Qui sera aussi là.
Ce court roman est une pure scansion, chargée en chevrotine autant qu'en cris et qu'en « beats ». La traduction d'Alain Mabanckou donne toute la dimension mentale de la guerre à laquelle se livrent les « bêtes sans patrie », de cet univers de soufre où vie et morts sont mêlés, où jour et nuit sont les mêmes moments, et restitue l'absorption du libre-arbitre et l'emprise du mal. Tout ce dans quoi le jeune Agu se noie. Agu, dans un pays différent, travers les mêmes étapes que Ishmael Beah. Iweala et Beah ne pouvaient qu'être réunis à Vincennes.
- la troisième auteure sera aussi nigériane. Chimamanda Ngozi Adichie a obtenu l'Orange Prize (très couru en Grande-Bretagne) pour ce roman qui paraît cette semaine en France : « L'Autre moitié du soleil » (Gallimard). Un roman épais et très lyrique qui se déroule avant et après la crise du Biafra (1967-1970). Il y a Ugwu, le « houseboy » au service d'un professeur d'université ; il y a Olenna, belle jeune femme qui a abandonné une vie de privilège pour vivre avec ledit professeur ; il y a Richard, un Anglais qui tombe amoureux de la soeur jumelle d'Olenna.
Et il y a la guerre civile qui éclate, ces personnages vont être confrontés à une vie qu'ils n'ont jamais connue. Une vie de privation et de violence, loin des avantages de leur ancienne position. Le demi soleil jaune est cousu sur la manche des soldats et s'étale sur les drapeaux : c'est le symbole du pays et de l'avenir.
Le conflit, doublé d'une famine, fera plus d'un million de victimes. Situant le roman en deux périodes, et composant avec différents niveaux de langues (l'Anglais de l'élite nigériane, celui des Anglais, le « broken English » plus populaire, l'ibo), l'auteur offre une très belle saga. Chimamanda Ngozi Adichie vit au Nigéria après avoir fait ses études à Princeton aux Etats-Unis.
- le quatrième auteur présent lors de ce débat sera Dinaw Mengestu, né en Ethiopie, et qui à présent vit entre la France et les Etats-Unis. « Les Belles choses que porte le ciel » (Albin Michel) est paru il y a un an, et fut un de nos coups de cœurs l'an dernier. La chronique du livre est depuis lors sur le site.
Internautes et riverains : vous pouvez d'ores et déjà poser vos questions et soumettre vos réactions, dans les commentaires. Ce, jusque samedi 9 heures. Elles seront posées aux invités. Vous pourrez venir les écouter à Vincennes, ou à la fin du festival sur Rue89… A vos claviers !
► L'Afrique, l'Amérique et nous - samedi 27 septembre – 15h30/17h - Auditorium Ernest Hemingway (Cœur de ville - Auditorium Jean-Pierre Miquel ; 98 rue de Fontenay, derrière Hôtel de Ville). Renseignements et programme complet du festival : www.festival-america.com
► Voir aussi : les autres tables rondes menées par le Cabinet de lecture.
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De BrunoC
( ° ) ( ° ) | 10H49 | 25/09/2008 |
La photo de l'affiche est très belle
De petit pain
11H41 | 25/09/2008 |
.
Yo !
fautes de frappe : « Tout ce dans quoi le jeune Agu ne noie. Agu, dans un pays différent, travers les mêmes étapes que Ishmael Beah. »
Belle journée.
.
De webeurmasque
11H57 | 25/09/2008 |
bonjour hubert
on parle des origines ancestrales des ameriques mais une place est-elle consacrée à la littérature indienne ?
par la même on peut conseiller la sortie d'un recueil de nouvelles paru chez métailié
autre question : passe-t-on d'une litterature africaine influencé par son passage sur le sol americain à une littérature afro-americaine ?
puisqu'on en est à évoquer la littérature americaine et sa diversité, un hommage à tony Hillerman et une pensée profonde à james crumley
olivier Verstraete
RADIO CITE VAUBAN (RCV)Lille
De nemo3637
Déchoukeur | 12H28 | 25/09/2008 |
Je trouve cette initiative excellente. Elle permet de mieux se connaître de par le monde, d'échanger, même si l'on n'a pas toujours l'interlocuteur que l'on voudrait en face de soi.En France on vit trop sur des clichés (misérabilistes) concernant l'Afrique.
De Teberli
Enseignant | 17H00 | 25/09/2008 |
La culture Américaine, elle est canon, son inculture aussi.
De Parisienne de Xian
00H02 | 26/09/2008 |
Un auteur éthiopien ! on croit rêver, un peuple, une histoire, tout est méconnu, et au pluriel : en Ethiopie, il n'y a pas qu'un seul peuple, les histoires sont compliquées et multiples.
Ca avance par cahots, mais ça avance : la peine de mort est symbolique (Mengistu, la Terreur Rouge), la liberté d'expression est surveillée mais moins réprimée. Espérons que cela dure.
Le thème de la recontre est « L'Amérique, l'Afrique et nous ».
Pouvez-vous, Rue89, demander aux représentants des Amériques (USA, Etats du sud) comment ils justifient la barbarie de la peine de mort, alors que d'autres pays ont vécu des drames énormes (le Rwanda a aboli la peine de mort) ; L'Europe est une terre sans peine capitale, et la criminalité extremement faible.
Que répond l'America à la circulation facile d'armes à feu, qui, vu d'Europe, facilitent une montée de la violence ? et les dérapages qui vont avec…
De Keldan
Polytoxicomane à temps partiel | 16H10 | 26/09/2008 |
La culture juive, héritage ancestrale des États-Unis ?
Je sais bien que l'histoire de ce pays est assez courte, mais l'immigration juive a démarré seulement à partir de 1850 avec l'arrivée massive de Juifs Allemands (6 000 en 1830, 17 000 en 1850, 270 000 en 1880, 6 000 000 aujourd'hui).
150 ans, c'est un peu court pour devenir « ancestrale », c'est aussi ancestrale que la culture irlandaise dans ce pays (mais aussi localisé et aussi influent)
De brogilo
in angulo | 12H05 | 27/09/2008 |
Bonjour Hubert,
Nous sommes samedi,10h30, il y a donc fort peu de chance que ma question arrive jusqu'à Chimamanda Ngozi Adichie…
J'aimerais d'abord dire un mot de son précédent livre l'« Hibiscus Pourpre » paru il y a quatre ans que j'ai acheté en français puis en anglais, juste pour dire à quel point il m'a plu.
A quatre ans d'ici, difficile d'oublier Kambili, ni aucun des protagonistes, en particulier ce symbole de la « liberté d'être et de faire » qu'est tante Ifeoma.
Bien du temps a passé depuis cette lecture, mais il y a un moment du livre qui me revient toujours, celui où l'« impertinent » Amaka interpelle Father Amadi, un jeune prêtre revenu d'Occident à propos de la religion chrétienne importée (désolé, je n'ai présentement QUE la version anglaise sous la main…) :
« The white missionaries brought us their god »,Amaka was saying. « Which was the same color as them, worshiped in their language and packaged in the boxes they made. Now that we take their god back to them, should'nt we at least repackage it ? »
Father Amadi smirked and said, « We go mostly to Europe and America, where they are losing priests. So there is really no indigenous culture to pacify, unfortunately ».
« Father, be serious ! » Amaka was laughing.
Ma question à Chimamanda sera :
Vous êtes née dans la ville de Nsukka, dans l'Etat d'Enugu, or vous n'êtes pas sans savoir qu'il se passe, depuis plusieurs décennies, dans un état voisin du vôtre (Edo State) des choses vraiment pas « claires », c'est le moins qu'on puisse dire .
L'immensément riche et gabégique gouverneur de la province Lucky Igbinedion est passé, voici quelques mois, par la case prison (y'est-il encore ou est-il retourné, après versement d'une caution, faire ses petites affaires aux USA ? ..), la prostitution de toute une population (neuf familles sur dix ont une fille qui arpente les trottoirs d » Europe, plus de 20000 jeunes femmes pour la plupart venues de Bénin City, rien que pour l'Italie…
Quel regard portez-vous sur cette déliquescence de la société bini - Edo, si proche de la vôtre (ne dit-on pas, en langue bini « osukka » pour « prostituée », mot d'origine Igbo signifiant, paraît-il : « venue de Nsukka » ?
Ce qui nous ramène au thème de votre dernier livre, la guerre du Biafra, dont on sait qu'elle exarcerba de manière durable, notamment par la présence de l'armée dans la région, le phénomène prostitutionnel.
Voilà, je ne sais pas si je suis bien clair, mais j'aimerais assez avoir votre regard sur ce phénomène ainsi que sur le rôle pas du tout anodin des champignonnières pentecostalistes dans cette affaire et, conjointement, de la prêtrise voodoo dont on sait à quel point elle est capable de pousser à la roue dans l'osukka-business, allant jusque très loin sur l'autel d'Olorun dans la sujétion de ses enfants.
Merci à vous. En attendant, je cours me procurer votre nouvel opus.
PS : Je précise que j'habite le quartier de Paris où il y a le plus de Nigérians au mètre carré et que j'aime énormément ces gens-là.
De Papalagui
journaliste | 20H37 | 27/09/2008 |
MALAISE à AMERICA
Quatre écrivains, deux interprètes, une journaliste-animatrice. La question-titre est pourtant claire. Mais le débat tourne à l'aigre. Les invités ne veulent pas être enfermés dans la question raciale. Ils sont d'abord écrivains. C'est vrai que ceux qui ne les auraient pas lu ne sauront pas grand chose de leur livres. Il y a des débats comme ça qui n'arrivent pas à décoller. Harris a bien essayé de dire qu'habituellement il était le plus drôle. Wideman de dire - en français - qu'il était » beau « . » Black is beautiful « , n'est-ce pas ?
La suite sur le Blog Papalagui (http://papalagi.blog.lemonde.fr/)
De Papalagui
journaliste | 20H43 | 27/09/2008 |
et sur l'admirable premier roman de Mengestu, Les Belles choses que portent le ciel, permettez-moi de signaler quelques lignes sur le même blog, sur ce roman de la double culture, entre Amérique et Ethiopie, roman de la nostalgie dans l'exil. Sepha et ses amis n'en finissent pas de s'intégrer dans cette Amérique qui les acceptent tout juste comme porteurs de valise, réceptionniste ou, au mieux, épicier.
(http://papalagi.blog.lemonde.fr/2007/09/13/lepicier-ethiopien-de-washing…)