
Mort du grand écrivain américain James Crumley

« Qu'il s'agisse de castagnes, de fusillades, de putains d'histoires d'amour, ce qui compte dans la vie, mec, c'est la chance et la géographie » lisait-on dans ce qui restera son dernier roman traduit en Français (« Folie Douce », Fayard, 2005). James Crumley, c'était un Raymond Chandler en version destroy, et dans une version bien plus poétique encore. Crumley, c'était un peu le mariage de Chandler et de Malcolm Lowry. Du vrai hard boiled noyé dans des océans de tendresse.
James Crumley était un type qui avait appris à lire, seul, avant même d'aller à l'école. Le genre qui à douze ans devient désherbeur et ramasseur de coton dans son Texas natal. Qui s'enrôle pour trois ans dans l'armée, avant de reprendre des études dans l'agriculture et l'industrie.
Après quoi, Crumley écrivit un des livre majeurs sur la guerre du Vietnam : « Un pour marquer la cadence » (1969), l'histoire du sergent Slag (« Guerrier parfois, clown souvent ») et du soldat gauchiste Morning. Un livre qui n'est pas sans rapport avec un de nos coups de cœur de la rentrée : « Arbre de fumée » de Denis Johnson.
Ensuite, Crumley créera deux des plus belles figures du polar yankee contemporain :
- Chauncey Wayne Sughrue, ancien du Vietnam, ancien espion chez les gauchistes (claire référence à Dashiell Hammett…), devenu enquêteur à Meriwether (Texas). Dont le sus-cité « Folie douce » sera l'ultime apparition. Et dont « Le canard siffleur mexicain » (1993) est sans doute la randonnée la plus saisissante. Et un de portraits les plus durs de la dérive des USA.
- Milton Chester Milodragovitch, dit Milo : ancien adjoint au shériff de Meriwether –lui aussi) devenu détective. Qui sera le héros de livres aussi durs et tendres que « Fausse piste » (1988), « La danse de l'ours » (1983) ou « La contrée finale » (2001).
Les deux hommes se croiseront dans un des chefs d'œuvre de Crumley : « Le serpents de la frontière » (1996).
C'est Christian Bourgois qui avait été le premier éditeur de l'Américain en France. Après des détours par Fayard et Albin Michel, Crumley suivrait son pote Patrick Raynal chez Gallimard (La Noire et la série Noire), avant de publier son dernier livre, toujours avec Raynal, chez Fayard en 2005.
Crumley était un des grands écrivains qui enseignaient dans les fameuses universités d'écrivains de Missoula, au Montana, où il vivait.
J'avais interviewé plusieurs fois James Crumley, grand buveur et grand profiteur. Lire et entendre la voix tannée, le rire éclairant, et le verbe de Crymley, fait de force et de blues, cela vous forçait à regarder le ciel pour comprendre les choses.
Ce jeudi 18 septembre, on a appris la mort de James Crumley, à l'âge de soixante-neuf ans.
Photo : James Crumley (J. Sassier/Gallimard).
- 9823 visites
- Version imprimable
Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89
Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)
Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)
En savoir plusAccrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.
123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque
























21
(Pour réagir, connectez-vous)
De Fozzie
20H13 | 18/09/2008 |
Et merde…
De romeotan
4 juin 1989 : je n'oublie pas. | 21H23 | 18/09/2008 |
voila un bel article qui me donne envie de lire et qui me rend triste en même temps de n'avoir pas connu auparavant. merci.
De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 21H29 | 18/09/2008 |
Il y a des jours comme ça où on n'a pas vraiment envie de vous remercier, Hubert, pour vos infos : désolé, Hubert, je pense que vous me comprenez…
Bizarrement, vous ne citez pas dans votre article le roman de Crumley qui reste mon préféré, Le Dernier baiser, par lequel j'avais découvert la tendresse rugueuse qui est la sienne, quelque part entre Jim Harrisson et le Sylvia de Howard Fast.
De lepetitdemetz
auteur | 07H05 | 19/09/2008 |
même sur tsf, jamais à l'abri des mauvaises nouvelles… un auteur nous manque et toute ma bibliothèque en est déjà dépeuplée, après Frédéric Fajardi au joli moi de mai… James Crumley à la fin de l'été… triste…
De AmandineH
employée | 09H57 | 19/09/2008 |
et merde merde et encore merde.
J'aimais beaucoup cet homme ! La société de production pour laquelle je travaille a produit un bon portrait documentaire sur lui, c'est ainsi que je l'ai découvert Un homme généreux, tendre, un illustre écrivain comme l'Amérique sait en produire.
Bonne route à lui et merci James pour ces bons (très bons) moments de lecture.
De Sughrue
En transit | 22H45 | 21/09/2008 |
Merci pour l'hommage à l'un des plus grands écrivains américains du siècle.
Rectification : Meriwether ne se trouve pas au Texas, mais dans le Montana. D'ailleurs, Meriwether n'existe que dans les bouquins de Crumley, c'est le nom romanesque de Missoula.
Ne pas oublier The last good kiss (Le dernier baiser), sublime variation sur The long good-bye le chef-d'œuvre tardif de R. Chandler (1954), qui est pour moi son plus beau livre et une date historique (1978) pour beaucoup d'écrivains et de lecteurs.
Nous ne lirons plus les aventures de Sughrue et Milo… C'est vraiment triste.
De RobertoI
salarié | 13H40 | 19/09/2008 |
C'était l'plus grand. Après sa mort et celle de Johnny Cash, plus beaucoup d'raisons d'aimer les iou esse ov ai !
De newchti
Humanoïde | 14H56 | 19/09/2008 |
Merde, c'est rien de le dire. J'ai découvert Crumley voici des années lors d'un passage q'il faisait sur Canal+ et depuis j'ai lu tous ses livres. J'ai aussi vu un beau documentaire sur lui à la télé, je ne me souviens plus sur quelle chaine. Il fait parti de ces personnages qu'on rève de connaître en personne, tant leur oeuvre et leu vie sont liées, le genre de gars don » on a envie d'être l'ami.
Je me fais vieux, trop de mecs biens s'en vont trop tôt.
De mamane
Ingénieur | 16H10 | 19/09/2008 |
De toute facon j'ai fini de croire en la littérature depuis que Bukowsky est mort
à mamane
De AmandineH
employée | 08H37 | 20/09/2008 |
Mais je t'assure que Crumley vaut un Bukowsky
D'ailleurs, j'espère qu'ils sont en train de trinquer à notre santé !
De Claude PELLETIER
Retraité dans son jardin | 16H21 | 19/09/2008 |
La Danse de l'Ours m'avait fait tanguer assez pour que je me mette à chercher sur l'étagère de la bibliothèque municipale. Misère, pas d'autres titres. Je m'étais dis c'est le roman d'un auteur qui n'en a écrit qu'un seul ! Quel ballot !
De Gwen-Hael Denigot
Journaliste | 22H33 | 19/09/2008 |
Bien d'accord avec Sughrue/en transit.
Très très difficile, horrible, de ne plus pouvoir attendre the next one.
PS. A ceux qui peuvent lire, même approximativement en anglais, par pitié, ne lisez pas les traductions ; vous apprendrez des mots, des expressions ( ! ), des références… et la saveur de la langue finira par vous rendre bilingue !
De jmal
22H54 | 19/09/2008 |
« Quand j'ai finalement rattrapé Abraham Trahearne il était en train de boire des bières avec un bouledogue alcoolique nommé Fireball Roberts dans une taverne mal en point juste à la sortie de Sonoma, en Californie du Nord ; en train de vider le coeur d'une superbe journée de printemps. » James Crumley (Le dernier baiser)
Si ça ce n'est pas l'entame de roman ! Chapeau bas, triste mois de septembre.
http://actu-du-noir.over-blog.com/
De milodragovitch
23H56 | 19/09/2008 |
Et meeerde..
J'utilise le pseudo de milodragovitch depuis quelque temps sur le net, en hommage très très humble au perso de Crumley. « La danse de l'ours », j'ai du la prêter vingt fois, la conseiller une soixantaine, et l'offrir au moins une.
(je fais pareil avec RN86 de Pouy)
…
Dans un de ses romans, il y a un bar avec des photos d'habitués encadrées sur le mur, et quand l'un d'eux meurt, le proprio y colle une gommette en forme d'étoile.
Alors une petite étoile pour toi, gars.
à milodragovitch
De Claude PELLETIER
Retraité dans son jardin | 09H47 | 20/09/2008 |
RN86 de Pouy, je note.
En espérant de ne pas tomber sur un livre d'une tonne (ceux qui vous tombent des mains et qui ont l'ADN d'un téléfilm).
Merci.
De comptesupprimé16
03H08 | 20/09/2008 |
RIP
De dufoyer
09H27 | 20/09/2008 |
Merde, ouais, merde.
Un samdedi matin qui commence par une tristesse.
Ne pas oublier de boire une bière à la santé du grand James, de peloter une paire de fesses, et de parler vrai…
Merde à la mort.
à dufoyer
De Claude PELLETIER
Retraité dans son jardin | 09H42 | 20/09/2008 |
Oui, bien sûr, elle …
merda l'amore !
De hagalma
10H30 | 20/09/2008 |
Allez, je vais en lire un, parce que vous suscitez le désir de lire.
De DEREKSTRANGE
19H23 | 20/09/2008 |
La tuile …
Milodragovitch et Sugrüe orphelins !
Je vais me relire « Un pour marquer la cadence »
De Atlantis
Etudiant apolitique | 09H53 | 21/09/2008 |
RIP James
J'adorais le personnage de Sugrhue…
Tu continueras vivre à travers tes livres.