
De Césaire à Glissant, état de l'insurrection poétique

Il y a un an, à l'occasion des Etonnants Voyageurs de Saint-Malo, un manifeste faisait du bruit : » Pour une littérature-monde » contrait le concept un peu colonialiste de » francophonie » . La disparition d'Aimé Césaire nous oblige à un état des lieux de l'insurrection poétique. A commencer par l'indispensable » Mondialité » d'Edouard Glissant.
Il y avait quelque chose d'incongru, pour un peu obscène, à entendre chaque jour le bulletin de santé d'Aimé Césaire. Cela durait depuis deux semaines. A ceux qui, nombreux et nombreuses dans la France du XXIe siècle, ne sauraient précisément qui il est, il conviendra de dire que si la notion de rupture a un sens politique et une place dans l'Histoire culturelle, elle le doit à des gens comme Césaire, Senghor, Glissant ou Chamoiseau. Si Césaire n'avait inventé le concept de » négritude » , Glissant n'aurait assurément pu créer celui de » mondialité » comme une opposition humaniste à la mondialisation économique.
» La race de ceux qu'on opprime »
Aimé Césaire est donc un des créateurs de la » négritude » . Un concept culturel et politique, en réaction à l'oppression du système colonial français de la première moitié du XXe siècle. L'idée de contrer le racisme intrinsèquement présent dans toute idéologie colonialiste en donnant une force à la souffrance du sang. De bâtir un humanisme actif, à destination de tous les opprimés de la planète. C'est le moment où Césaire déclare : » Je suis de la race de ceux qu'on opprime » . A l'époque, c'est peu de dire que l'auteur de » Cahier d'un retour au pays natal » élargit non seulement la fiction francophone, mais aussi l'identité française.
» Une nouvelle région du monde » : Glissant, le Césaire de la mondialité ?
Lors de la parution d » » Une nouvelle région du monde » en 2006, le poète, romancier et essayiste Edouard Glissant disait :
» Césaire et Senghor représentent l'esprit francophone, une espèce de générosité généralisée, une aspiration à l'universel qui est l'un des grands leurres du XXe siècle. On ne peut pas dire que c'est mal. Que c'est mauvais. Mais on ne peut pas non plus dire que cela recouvre toute la surface d'une réalité. »
Né quinze ans après le poète Césaire, l'écrivain Glissant, tout aussi militant que son aîné, définit une sorte de troisième voie : au mode binaire des discours de la négritude et de l'assimilation, il greffe une » antillanité » qui serait fondée sur la notion d'identité multiple, rhizome, ouverte à la mise en relation des cultures. Des réflexions qui ont inspiré une génération de jeunes écrivains antillais autour des concepts de créolisation et d'antillanité : Patrick Chamoiseau ou Raphaël Confiant.
Edouard Glissant, écrivain majeur de notre monde globalisé, est le fer de lance d'un alter-imaginaire dans le monde de la globalisation économique, et définit le concept de » mondialité » . Une conception du monde fondée sur l'ouverture des cultures, la protection des imaginaires des peuples, engloutis sous l'action de l'uniformisation du monde. Une » mondialité » à même de contrer, politiquement et poétiquement, la mondialisation financière.
Depuis 1995, Edouard Glissant vit à New York, où il enseigne la littérature française à la City University. Le Cabinet de lecture vous proposera fin mai un entretien avec lui *, à l'occasion de la parution des » Entretiens de Baton Rouge » (Gallimard). Dès l'annonce de la disparition de Césaire, Glissant fut cependant le premier que nous avons appelé. » Les prises de position de Césaire, c'est d'abord l'insurrection de l'imaginaire poétique, formulation extrême de la révolte et de l'affirmation de soi » , témoigne-t-il. » Intellectuellement, c'est le refus de la convenance qui accompagne la soumission, et c'est surtout la passe vers le monde, à travers l'Afrique retrouvée et la diaspora africaine. En ce qui concerne les Martiniquais et les Antillais, il s'agissait pour Césaire, et nous avons été d'accord, de revaloriser la part africaine de notre identité, part méprisée, rabaissée, démonisée par le colonisateur » .
2005 : contre Sarkozy, les insurgés politiques
Ces derniers mots sonnent comme une piqûre de rappel. Quand, en décembre 2005, Sarkozy, alors locataire à Beauvau, visite la Martinique et la Guadeloupe, l'ex-maire de Fort-de-France Aimé Césaire, demeuré l'âme spirituelle du département d'Outre-Mer, refuse de le recevoir. Et clame son dégoût des propos sarkozistes sur le Kärcher, ainsi que la loi du 23 février 2005 (celle où « les programmes scolaires reconnaissent le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord »). Le futur chef de l'Etat sera contraint de décaler la tournée de plusieurs mois. Glissant était aussi de la partie.
Aimé Césaire écrivait certes beaucoup moins, depuis des années. On lira tout de même le rugissement que fut, en 2005 justement, la parution de « Nègre je suis, nègre je resterai » (Albin Michel). A la rupture que représenta, dans les années 30, la » négritude » de Césaire, répond, on l'a vu, celle que fût la » mondialité » de Glissant. Pour l'auteur de » Tout-Monde » :
» Il vaut en effet d'opposer, chaque fois, à la pensée lisse et insidieuse du colonisateur une véritable conception du monde, qui le laisse tout étonné. Car la croyance de ce colonisateur est toujours qu'il est le seul à pouvoir penser le monde. Il accepte de vous toutes sortes de qualités, sauf celle-là. Il ne voit même pas que la pensée de l'ancien colonisé lui sert à se libérer de nombre d'entraves intellectuelles » .
De la » négritude » à la » littérature-monde en français »
De » Cahier d'un retour au pays natal » à » Une tempête » ( » adaptation pour un théâtre nègre » de la pièce éponyme de « La Tempête » de William Shakespeare), l'œuvre poétique et théâtrale de Glissant est une application littéraire de la » négritude » . Une extension des possibles littéraires qui retrouva une actualité quand, en 2006, la » francophonie » fut le » pays invité d'honneur » ( ! ) au Salon du livre de Paris. Plus encore quand, en réaction, Michel Le Bris, big boss du festival Etonnants Voyageurs à Saint-Malo ( » manifestation-monde » s'il en est) co-dirigea l'an dernier le manifeste » Pour une littérature-monde » :
» Nous assistons à l'émergence d'une littérature de langue française, détachée de la Nation avec laquelle elle a entretenu des liens stratégiques, libre désormais de tout pouvoir autre que ceux de la poésie et de l'imaginaire, et n'ayant pour frontières que celles de l'esprit. »
Edouard Glissant était un des 28 écrivains participants, y définissant la poétique comme un » réseau à trois dimensions » (paysage, temps, langage) réunissant » le processus poétique et politique dans cette espèce de globalité qu'est le monde actuel tel qu'il nous a été légué par les histoires des colonisations » . Lorsqu'on lui demandait, ce jeudi, où se nichait la poétique du monde à venir, voici ce que répondait l'auteur :
» Le Tout-monde est imprévisible. Mais j'ai l'intuition que les formes nouvelles de littérature et d'art seront prodigieusement métissses, dans leurs structures mêmes et dans leurs techniques. Entremêlées comme l'art de la traduction entre les langues, qui deviendra un genre en soi, fractales comme un chaos-monde. Ceux et celles qui pratiqueront ces expressions seront capables de se donner à des errances in-finies comme à des capacités étonnantes de demeurer » .
Alain Mabanckou, Prix Renaudot 2006 pour » Mémoires de porc-épic », était lui aussi du manifeste :
» Quand la négritude de Senghor portait sur des racines exclusivement africaines, celle de Césaire était ouverte à la mondialisation. Un cri pour la liberté des peuples opprimés, qui dépassait la simple condition noire » .
L'écrivain, professeur de littérature francophone à l'Université de Californie à Los Angeles (UCLA), réclamait toujours, ce jeudi soir, » la présence de Césaire dans la course d'une littérature ouverte au monde. Chez lui s'exprimait avant tout l'humanisme : cet humanisme, c'est précisément ce qui manque à la littérature française aujourd'hui » .
Aimé Césaire, un cri qui, donc, a de l'avenir.
* Le cabinet de lecture vous propose d'ailleurs, d'ores et déjà, de lui soumettre les questions que vous auriez envie de poser à l'auteur ! Contactez-nous !
► A voir : « L'obession nègre perd son poète : Aimé Césaire est mort », les archives vidéo de l'INA
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De lobservateur
00H42 | 18/04/2008 |
Adieu poète. Encore une âme qui va nous manquer.Sa pensée et les souvenirs qu'ils nous laissent l'immortalisent néanmoins.
à lobservateur
De Incorrect
17H02 | 18/04/2008 |
hihihihhih ! c'est beau comme un camion.
De Marc
05H47 | 18/04/2008 |
Insurrection poétique oui
http://marc.vasseur.over-blog.com/
De sarkar
05H55 | 18/04/2008 |
Au fait, pourquoi a-t-on jamais admis Aimé Césaire à l'Académie française ? Trop black ? Pourtant il y a eu Léopold Sedar Senghor ! Mais, c'est vrai, ce dernier est de bonne famille (politique et idéologique s'entend) !
à sarkar
De compte supprimé 22
Lecteur écriveur | 07H18 | 18/04/2008 |
Allez, Sarkar, consolez-vous, il est question de le panthéoniser.
C'est bien, le Panthéon. On n'y prend pas la parole. Césaire ne peut plus rien dire, juste servir d'icône à la sarkozie, de guy mollet des incontinents, de lazare ponticelli des négros ; -)
Oui, le Panthéon. On va continuer à collectionner les têtes de Maoris.
Pas mal, ce système de vases communicants : pour récupérer Césaire, on chasse des sans-papiers.
Chiche que c'est Hortefeux qui sera chargé du rapatriement de la dépouille.
Dépouille, j'aime bien ce mot :
- Il désigne un cadavre.
- Il désigne ce qu'on a volé.
De pomme53
Médiation | 15H11 | 18/04/2008 |
Merci Mr Césaire d'avoir été un grand défenseur des opprimés !
Il est curieux de voir « chacun » se déclarer l'ami du poète disparu, plus que du politique. Outre le président qui se rend dimanche aux Antilles rendre hommage au « révolté » Césaire, chaque organe de presse se fend d'un édito compassionnel.Du figaro à l'huma, toutes les « expressions poétiques » sont représentées.A croire que l'on a déjà oublié que le créateur du concept de la négritude fut un des plus virulents pourfendeurs du système colonial Français et de son racisme importé. Toute une poésie, s'il en est !
Il n'est jamais trop tard pour découvrir l'humanisme, le vrai !
De Prolo du livre
09H08 | 18/04/2008 |
Un soir, derrière la case, la forêt a quelques mètres, nos chats jouaient dans nos pattes.
« La belle cabresse » et le « Dillon » commençaient à chauffer, et nous convoquions à Cayenne, Césaire, Bukowski, Malraux, Lafferière, Chester Himes, Henri Michaux, et un inconnu…
La levée venait de passer, les moustiques nous lâchaient un peu et les brésiliens ne baissaient pas la musique. Le danseur créole m'avait sorti un recueil de poésie de Gallimard, d'un poète guyanais, rejeté par sa génération, et la france, qui avait du s'exiler aux états-unis, bien plus prompts à reconnaitre son talent, et à lui donner une place d'enseignant dans une fac…
Si un riverain reconnaissait ce poète et se souvenait, lui, de son nom…
« l'oppression du système colonial français de la première moitié du XXe siècle » Le colonialisme ne date-t-il que de 1900, M. Artus ?
Ce qui nous manque, et nous manquera de plus en plus, c'est des poètes avec des « corones », des idées et du talent…
à Prolo du livre
De Tinhinane
Médiatrice scientifique | 10H28 | 18/04/2008 |
[« l'oppression du système colonial français de la première moitié du XXe siècle » Le colonialisme ne date-t-il que de 1900, M. Artus ? ]
Juste un exemple, la colonisation de l'Algérie. 1830, le 31 janvier, le Conseil des ministres français décide d'organiser un débarquement en Algérie, alors sous régence ottomane. Le corps expéditionnaire embarque à Toulon le 11 mai, les troupes françaises le 14 juin, à Sidi Ferruch. Le Dey (régent) capitule le 5 juillet. La guerre de conquête sera longue et brutale. La France connaîtra une forte résistance qui se terminera par la Guerre d'indépendance en juillet 1962.
à Tinhinane
De Prolo du livre
10H39 | 18/04/2008 |
Je sais bien… C'est pour cela que je posais (ironiquement) la question à M. Artus.
Quant au poète dont je cherchais le nom depuis deux ans, je le retrouve par hasard : Léon-Gontran Damas
http://fr.wikipedia.org/wiki/L%C3%A9on_Gontran_Damas
Le troisième de la négritude dont le nom est bien moins mis en avant.
SOLDE
Pour Aimé Césaire
J'ai l'impression d'être ridicule
dans leurs souliers
dans leur smoking
dans leur plastron
dans leur faux-col
dans leur monocle
dans leur melon
J'ai l'impression d'être ridicule
avec mes orteils qui ne sont pas faits
pour transpirer du matin jusqu'au soir qui déshabille
avec l'emmaillotage qui m'affaiblit les membres
et enlève à mon corps sa beauté de cache-sexe
J'ai l'impression d'être ridicule
avec mon cou en cheminée d'usine
avec ces maux de tête qui cessent
chaque fois que je salue quelqu'un
J'ai l'impression d'être ridicule
dans leurs salons
dans leurs manières
dans leurs courbettes
dans leurs multiples besoins de singeries
J'ai l'impression d'être ridicule
avec tout ce qu'ils racontent
jusqu'à ce qu'ils vous servent l'après-midi
un peu d'eau chaude
et des gâteaux enrhumés
J'ai l'impression d'être ridicule
avec les théories qu'ils assaisonnent
au goût de leurs besoins
de leurs passions
de leurs instincts ouverts la nuit
en forme de pallaisson
J'ai l'impression d'être ridicule
parmi eux complice
parmi eux souteneur
parmi eux égorgeur
les mains effroyablement rouges
du sang de leur ci-vi-li-sa-tion
http://www.krakemanto.gf/porenmdamas.html
à Prolo du livre
De Tinhinane
Médiatrice scientifique | 10H44 | 18/04/2008 |
Le poète vous l'avez trouvé, j'arrête donc ma fouille dans mes « archives » mais pour ce qui concerne l'Algérie ma réponse était un « clin d'œil » à votre question qui était, me semble-t-il, un amical commentaire correctif à Artus.
à Prolo du livre
De Hubert Artus
(auteur)
Rue89 | 11H17 | 18/04/2008 |
« l'oppression du système colonial français de la première moitié du XXe siècle » Le colonialisme ne date-t-il que de 1900, M. Artus ? » : bien sûr non ! ! ! Cette phrase est là pour contextualiser la période coloniale où est apparue la pensée de la négritude.
De ESTEVE
09H33 | 18/04/2008 |
« De “Cahier d'un retour au pays natal” à “Une tempête” (“adaptation pour un théâtre nègre” de la pièce éponyme de “La Tempête” de William Shakespeare), l'œuvre poétique et théâtrale de Glissant[…] », écrivez-vous.
Je suppose que c'est une étourderie syntaxique ou une coquille d'Hubert ARTUS, l'auteur de l'article ?
Cela dit, vous me pardonnerez d'être un peu sceptique sur votre analyse, partagée par de nombreux critiques littéraires depuis quelques années. Même si j'ai beaucoup de considération pour Edouard GLISSANT et Patrick CHAMOISEAU, voire Raphaël CONFIANT qui m'a bien amusé avec « Le nègre et l'amiral », on a l'impression que ce discours sur « les lettres créoles » (ou le « tout-monde », pour parler comme GLISSANT) était surtout destiné à tuer le père (= CESAIRE). Lisez le « cahier d'un retour au pays natal » et le « discours sur le colonialisme » de Césaire, ou « Ethiopiques » de SENGHOR, vous conviendrez sans peine que la négritude, c'est à dire la réhabilitation de la culture nègre niée par le colonialisme (et non pas une vague « black pride », comme le croient bien des gens), c'est quand même autre chose sur le plan littéraire et politique que le bricolage idéologique de ces honorables écrivains qui ont tenté une captation de l'héritage ! A vrai dire, CESAIRE et SENGHOR laisseront leur oeuvre dans l'histoire de la littérature francophone où ils ont déjà leur place. Quant à ses héritiers présomptifs, permettez-moi d'attendre encore un peu avant d'en être convaincu…
De Tinhinane
Médiatrice scientifique | 10H32 | 18/04/2008 |
De la part d'Hubert Artus j'attendais des liens à Edouard Glissant, c'est fait, mais Aimé Césaire a été également marqué par son appartenance au PC, même s'il l'a quitté par la suite, et par les surréalisme dont vous ne faites pas état, ça manque un peu…
De Beryl
11H01 | 18/04/2008 |
Aimé Césaire est mort ! … Vive Aimé Césaire, homme libre, au royaume de la poèsie, et de l'amour pour la vie…
ET INTERDIT AU PROGRAMME DU BAC, PAR LE MINISTERE DE L'EDUCATION NATIONALE…FRANCAIS…
L'histoire humaine est jalonnée, de siècles en siècles, par des esprits créateurs qui ont « inventé » ce qu'on appelle, au sens le plus large, l'humanisme, et d'où sont nées, chez beaucoup grâce à leurs créations, les civilisations humaines.
Homère, par exemple, est un symbole de la civilisation grecque - et l'on sait ce que la Grèce antique doit à l'influence de la civilisation africaine. La boucle est bouclée : Aimé Césaire est de ceux qui ont repris le flambeau des grands acteurs de l'histoire humaine, et restera dans la mémoire du monde comme le symbole de la diaspora africaine, et un des pères fondateurs - le Nègre fondamental - de la civilisation caribéenne, dans une ère nouvelle. Les racines de son oeuvre magnifique, flamboyante, essentielle, ne cessent et ne cesseront de répandre leurs fruits – « Fruit of the flower » (Countee Cullen, poète de la Harlem Renaissance), en offrant à toutes les générations futures, confondues, comme à tous les peuples noirs durant le XXème siècle, les bourgeons de la créativité, de l'espérance, et de la fraternité…
N'oublions pas que le poète Césaire a puisé sa force créatrice comme son humanité profonde dans sa poèsie, « La poèsie, fleur inouïe du Je » (Connaître la poèsie - in Revue Tropiques) : « Si l'on veut me comprendre, c'est dans ma poèsie que je suis, je la relis, c'est là que je me retrouve… » (Nègre je suis, Nègre je reste- Entretiens par Françoise Vergès)
Nelson Mandela et Aimé Césaire étaient les deux derniers grands acteurs historiques de notre temps, il nous en reste un. Lors du 50ème anniversaire du Premier congrés des écrivains et artistes noirs, en septembre 2006, à la Sorbonne et à l'Unesco, Aimé Césaire, en duplex depuis son bureau de Fortde France, a dit aux participants :
« Je vous passe le flambeau… » Qui va reprendre celui de l » « espérance » et de la « fraternité », ces deux mots-clé au cœur du combat et de l'œuvre du « Nègre fondamental » ! ? …
POST-SCRIPTUM – Justement…
Pour ne plus faire honte à la France, son ministre de l'Education Nationale devrait enfin se décider à réinscrire au programme de terminale littéraire, les deux oeuvres capitales de Aimé Césaire – « Cahier d'un retour au pays natal » et »Discours sur le colonialisme » - qui en ont été supprimées par décret ministériel, en 1998, suite à une Question écrite de Alain Griotteray, député (de droite) à l'Assemblée Nationale), ainsi qu'aux pressions de certaines associations de parents d'élèves, et, last but not least, l'intervention de certains professeurs de français… Motif brandi par ce député au réflexe identitaire et par des parents soucieux de protéger leurs enfants : ces oeuvres (alors inscrites au programme du Bac) « pouvaient nuire aux rapports raciaux entre les deux communautés. » Prétexte officiel invoqué in fine par le ministre, François Bayrou - ayant cédé à ces injonctions qu'il a reprises bon gré mal gré à son compte - « Aimé Césaire n'est pas assez représentatif de la littérature française » (sic…et il fut remplacé par Aragon, alors ennemi stalinien de Césaire – communiste libre, interdit de publication dans l'hebdo « Les lettres françaises », après sa « lettre à Maurice Thorez » et sa démission du PCF ,en octobre 56)
En octobre 2006, un autre ministre de l'Education Nationale, Gilles de Robien (du même parti que le premier, l'UDF) a fait répondre par le Directeur des lycées à une demande de réinscription des deux œuvres en question. Or ce dernier nous explique, dans une longue lettre fort alambiquée, pourquoi « Cahier » et « Discours » ne seraient pas réinscrits au programme de terminale littéraire. Aimé Césaire - ancien professeur agrégé de français, censuré par ses pairs ! – a d'ailleurs été été informé de cette lamentable affaire dans tous ses détails. En somme, le député racialiste, ainsi que les professeurs de littérature française à l'école laïque et républicaine, reprochaient à Aimé Césaire, l'un, d'être anti-français, et les autres plaignants, que ses écrits ne fussent pas conformes, en quelque sorte, au postulat douteux énoncé par Rivarol : « Ce qui n'est pas clair n'est pas français ! … » Aimé Césaire qui, par son combat de toute une vie, a donné au monde l'exemple de la liberté, de l'égalité et de la fraternité, tout en donnant à la langue française l'œuvre la plus singulière et la plus universelle de son temps, a réagi, pour tout commentaire, par un « Ah bon… » laconique et (apparement) indifférent. En effet, que dire plus… lorsque – une fois de plus - les bras vous en tombent ! ? …Et si un Français se trouve alors en présence d'un des plus grands poètes modernes, noir, martiniquais, et de langue française, programmé aux examens scolaires dans les cinq continents (156 universités américaines), SAUF en France (non par simple négligence, mais par décret… d'identité nationale ! …), comment donc ce visiteur, par ailleurs blanc et « né sur les bords de la Seine », n'aurait-il pas profondément honte face à la crétinerie obscurantiste et l'intolérance incurable de certaines « élites » de son pays ! ? …
JJL
« Mon nom : offensé, mon prénom : humilié, mon état : révolté ; mon âge : l'âge de pierre. » (Et les chiens se taisaient – Aimé Césaire)
à Beryl
De amatxo
19H46 | 18/04/2008 |
Désolée,Beryl,mais vos affirmations véhémentes sont erronées ! Professeur de lettres(Terminales littéraires)il y a quelques années,j'ai eu le bonheur et l'honneur de travailler avec mes élèves durant 2 ans l'oeuvre difficile de Césaire « Cahier d'un retour au pays natal » ; les 2 années suivantes ce fut (entre autres écrivains)Senghor qui fut au programme officiel ce qui permit de familiariser les élèves à cette poésie si musicale et imagée tout en étant politique(concept de la négritude).Et j'ai le souvenir que ces lycéens littéraires ont été enthousiasmés par la découverte de ces 2 poètes et amis…
à amatxo
De dudu
20H15 | 18/04/2008 |
Solidarnosc stéphanoise : merci Amatxo pour ce rectificatif qui s'imposait. Je ne suis pas toujours d'accord avec la voie officielle mais là… y a pas photo. Je recommande à Berryl la lecture des entretiens que Monsieur Aimé Césaire a récemment consenti à Madame ( je me rappelle plus ? ) mais Berryl voudra bien et m'excuser et rectifier…
Si elle me laisse quelques temps je préciserai mes sources, mais en attendant je vous salue bien toutes les deux.
à dudu
De Beryl
01H28 | 19/04/2008 |
Avec madame Françoise Vergès. ben oui, ai lu.Et beaucoup d'autres ouvrages de et sur Césaire.
Lisez ma réponse précédente. mais je suis à peu près sûr, que (et pour desraisons qui lui appartiennent) mon contradicteur, ni vous, ne rectifierez rien quant à vos certitudes. cela s'appelle le négationnisme ordinaire.
Quant à la position de Césaire sur cette affaire
(qu'il était mieux placée que vous pour en être bien informé), je me réfère à sa réaction au comportement criticable de certains touristes Français, en martinique, et qui lui fut rapporté :
Aimé Césaire (avec véhémence) - Que voulez-vous que ça me fasse ! … JE M'EN BALANCE ! … Les Français peuvent penser ce qu'ils veulent, et moi aussi, je peux penser ce que je veux… CE QUI M'INTERESSE, CE SONT LES MARTINIQUAIS…
Et je me marre, lorsque j'entends l'inéffable Jospin rendre hommage au « poète martiniquais et PLEINEMENT français… »
Réponse de Césaire (dans moult interviews) - Quant je suis arrivé en France, j'ai bien vu que je n'étais pas un Français comme les autres ! …
à Beryl
De dudu
11H48 | 19/04/2008 |
Merci pour cette précision le nom de Françoise Vergès m'échappait ; cordialement
à Beryl
De amatxo
14H35 | 19/04/2008 |
Quelle véhémence,Beryl ! ! ! D'une part vous ne me connaissez pas et je refuse donc que vous me fassiez un procès d'intention : votre remarque sur un « négationisme » de ma part me choque car j'ai toujours apprécié l'étude et la lecture d'auteurs de sensibilités différentes et donc votre jugement tombe à plat ! ! ! je vous conseille de lire et relire Montaigne qui vous apprendra la modération ! ..
Ps : Senghor est né au Sénégal certes,mais bénéficia d'une bourse(méritée)de l'Etat Français ce qui lui permit de « faire » Normale Sup et il devint le 1er président de la République Sénégalaise au moment de l'indépendance : ce ne sont que des faits(j'ai toujours rejeté la notion de colonialisma ! )
à amatxo
De Beryl
01H12 | 19/04/2008 |
Il est impossible que vous ayez fait étudier Césaire durant deux ans, car il a été retiré du programme de terminale littéraire après une année (CF. décision publiée au BO de l'Education nationale), suite à une décision de François Bayrou. Quant à Senghor, il n'a pas été inquité sur ce plan, en effet ; il n'était pas « français“- simplement ‘francophone’, suivant ce qualificatif dont ne veulent plus entendre parler les auteurs ainsi classés.Et puis, ce qui me semble inquiétant de votre part, est que vous ne semblez pas avoir lu ce que j'ai rapporté sur la lettre du Directeur des Lycée, précisant que, niet, les oeuvres de Césaire, supprimées il y a 10 ans, ne seront pas réinscrites (en tout cas sous la jusrisprudence De Robien, il n'en fut pas question).
Je parle de TERMINALE LITTERAIRE, c-à-d DU PROGRAMME DU BAC.
C'est votre réponse qui est erronnée.
Si vous souhaitez plus de précisions, je peux vous les apporter. Dont le témoignage d'une prof de français, qui, elle, s'est battue pour que Césaire soit maintenu au programme, sans succès.
Je le répète (avec ou sans véhémence) : Césaire est programmé dans toutes les écoles du monde (même au Japon ! ), SAUF EN FRANCE (le musée grévin culturel de l'Europe)
De V comme vendetta
Ecrivain | 11H32 | 18/04/2008 |
Un poète n'est bon que mort.
Humanisme, philanthropie ? Quel rapport avec la littérature ?
De quoi parle t-on exactement ? De politique ? Ou de Littérature ? Césaire était poète, ou noir et poète ? Pourquoi faîtes-vous tant attention à la couleur de peau de l'écrivain, surtout si il est noir ? Pourquoi racialisez-vous la poésie en la retournant vers les mots de la tribu ?
Pouchkine n'était ni humaniste ni philanthrope ; pas plus que Swift, Nietzsche, Baudelaire, Rimbaud, Flaubert, Orwell, Mishima, Toni Morrison, etc. etc.
Citez moi un seul grands écrivains humaniste et philanthrope ? De ceux qui refusent, dans leurs oeuvres mêmes, toutes récupérations panthéoniques ? Le poète hait toute communauté, vomit l'humanité, ignore ses contemporains par définition.
L'amalgame totalement délirant et hystérique entre politique et littérature est mortifère. Surtout de nos jours. Ce texte plus haut en est le symptôme le plus risible, la poésie contre la mondialisation, vraiment n'importe quoi…
Césaire était un poète/politique (http://www.republique-des-lettres.fr/10378-aime-cesaire.php) bien dans le sens du vent de la communauté ; il eut, comme Senghor, les honneurs de son vivant ; il fut maire pendant plus de 50 ans ! il finira au panthéon, adoré par toutes les grenouilles de La Fontaine.
Au XVIe, on pouvait se permettre de faire de la politique, et d'écrire de grand livre, voyez Montaigne. Ne rêvez plus : ce temps est derrière nous depuis des lustres, quelques catastrophes sont passées par là.
De raoul le magnifique
11H57 | 18/04/2008 |
L'hommage national rendu à Aimé Cesaire prouve le formidable boulversement ethnique de la France….Il y a trente ans, jamais un hommage national n'aurait été rendu à Aimé Cesaire
De pikasso02
13H14 | 18/04/2008 |
Bon voyage Monsieur Aimé Césaire.
Quelqu'un pourrait-il me dire si Aimé Césaire s'est exprimé sur le musée des arts premiers du quai Branly ?
De hogan
actif | 13H20 | 18/04/2008 |
Chirac a dit d'Aimé Césaire qu'il était « un homme de lumière ». C'est incroyable le nombre d'hommes politiques qui voient la lumière mais qui sont incapables de la suivre, ce qu'à dit Chirac n'en reste pas moins exact.
De Parti_Poéthique
Dans tous ses Etats et cris | 13H26 | 18/04/2008 |
Et si faire couler beaucoup d'encre menait l'homme à faire des vagues ?
°°°°°
Dans un contexte que l'on sait (tellement bien qu'il s'oubliera) le verbe
blessé par la claque reçue multiple en plein langage, le 6 mai 2007,
naissait le Parti Poéthique, nu et sans étiquette autre que celle que son
nom indique.
Considérant qu'un manifeste est, avant tout, la manifestation de mots,
inspirés par leurs sens, cortège de graines et de fruits, arborescents,
unis par leurs aspirations en pousse, vint alors s'exposer tel quel le noir
sur blanc formulé ci-après.
NB : La version vidéo ci-dessous rend compte, au plus près, de la
manifestation francophone entamée le 14 mars 2008 jusqu'à ce jour et sans
fléchir.
Les 1845 caractères à l'origine du mouvement (800 selon la police)
s'étaient donnés les 312 mots pour défiler à la lettre, fidèles à
leur naissance. Aucun incident n'a jamais été déploré bien que le
nombre de sympathisants, par les yeux tout au moins, ne cesse de croitre
chaque jour.
Le lien cliquable vers l'URL de la vidéo (http://www.youtube.com/watch ? v=9CCAckLTatU)
Le lien permanent vers les 1845 caractères, parents des 312 mots de la version texte original
A suivre…
De Akaz
Malfini | 14H04 | 18/04/2008 |
Pour Esteve,
Réduire Glissant ou Chamoiseau à une tentative de captation de l'héritage de Césaire c'est osée, mais ça montre surtout une belle ignorance.
Parlons d'abord littérature :
L'oeuvre de Glissant est au moins égale (pour moi bien supérieure mais c'est un autre problème) à celle de Césaire.
Chamoiseau, comme Confiant, ne font pas de poésies, ni de tragédies. Mais Chroniques des Sept Misères dit tellement de choses, tellement de choses, que tu ne peux saisir, ni comprendre manifestement.
Césaire c'est du sérieux, c'est du lourd, c'est souvent de l'indigeste. Il est ou le cyclone promis par le poète ? Dans son cri ? Un cri qui n'était que personnel, un cri qui n'était qu'un cri, le cri césairien enroue, fatigue, conforte, rassure… Avant la bataille, ne vaut-il mieux pas être silencieux(Sun Tzu) ? Le tigre crie-t-il sa tigritude avant d'attaquer(Soyinka) ?
L'oeuvre de Césaire est parsemé de pépites mais aussi de morceaux imbouffables ou le nègre joue au nègre, fait l'africain, puis le tiers mondiste, le communiste aussi. Césaire c'était aussi souvent le pantomime.
Parlons identité, reconnaitre sa part nègre certes, mais la surjouer à un tel point. Il est ou l'indien, le libanais, il est ou le créole chez Césaire ? Césaire c'est plus que la critique de la situation coloniale, c'est la détestation de sa batardise, c'est la détestation de la batardise de ses frères, c'est la détestation de cette île qui le renvoie à sa batardise.
Alors il n'y a d'identité que dans la fuite : fuite dans l'Afrique, fuite dans le nègre, fuite dans la france, fuite dans l'Occident. Toujours les mêmes obsessions, l'Occident, La France, l'Afrique, L'Amérique( que ce soit Lynch ou Langston Hugues), mais elle est ou la petite Martinique ? La Caraibe ce n'est qu'Haiti ?
Césaire voulait que la Martinque ne ressemble pas à la Martinique, qu'elle soit ci ou ça, mais surtout pas qu'elle développe sa propre originalité. Toujours la transfiguration, toujours le rêve utopique. Pourquoi ?
Chez Césaire, nous n'avons pas de génie, aucune trace, rien du tout, vraiment ? Le seul génie c'est lui. D'ailleurs toute son oeuvre est messianique, tellement messianique qu'on peut comprendre qu'il ait accepté d'être visité comme un monument pendant autant d'années. Césaire c'est la posture de la Figure.
Et c'est là qu'il se fait bouffer par Glissant. Tellement plus martiniquais, tellement plus drôle, tellement plus fou, tellement inconstant (rendre l'inconstance par l'écriture vous avez essayé ? ), changeant, trouble.
Chez Confiant ou Chamoiseau, c'est Glissant qu'on essaye de capter, pas Césaire, vraiment pas.
Mais Césaire fait plus sérieux, plus français en fait, très creux au fond.
Je ne saurais trop vous conseillez de lire « Aimé Césaire, une traversée paradoxale du siècle » de Raphaël Confiant, seul ouvrage véritablement exigeant sur l'oeuvre et la vie de Césaire.
Ps : Sur les programmes scolaires, « Discours sur le colonialisme » est une oeuvre d'une insupportable faiblesse, tellement moins bien que Frantz Fanon ou V.S Naipaul. Chez Césaire, il faut chercher sa poésie, Cahier/ Soleil Cou coupé/ Cadastre, ou son théâtre notamment La tragédie du Roi christophe ou Une tempête.
à Akaz
De ESTEVE
14H59 | 18/04/2008 |
Merci de tes conseils, mon cher AKAZ…
Il se trouve que j'ai lu avec beaucoup d'intérêt depuis longtemps (je ne suis plus tout jeune) GLISSANT, et CHAMOISEAU (depuis « Chronique des sept misères », son premier roman, à une époque où personne, même en Martinique où je vivais, ne le connaissait, sauf comme… scénariste de bandes dessinées). Je ne prétendais pas porter un jugement de valeur sur leur oeuvre, mais simplement donner mon humble avis sur celle de CESAIRE et la polémique littéraire qu'ont suscitée il y a quelques années les thèses de CHAMOISEAU et CONFIANT, sous le parrainage de GLISSANT ; polémique qui me semblait être reprise dans l'article ci-dessus.
Pour le reste, chacun est libre d'apprécier ou non telle ou telle oeuvre littéraire particulière : n'est-il pas vain de dire pour autant que les autres sont « ignorants »… Et je ne dirai rien des jugements péremptoires sur CESAIRE lui-même…
Petite remarque sur les programmes scolaires : chaque professeur de Lettres est totalement libre d'étudier les oeuvres qu'il souhaite dans le cadre des programmes généraux. Vous seriez surpris en Martinique - et même en métroppole - de relever le nombre de candidats au bac qui présentent des études de textes de Césaire, voire de GLISSANT ou CHAMOISEAU !
à Akaz
De Unstern
00H54 | 21/04/2008 |
@ Akaz
Je n'ai pas tout lu, loin de là, de l'œuvre de Césaire… (Hou la, après un pareil début, je sens que je vais me faire flinguer ! )
…Mais ce que j'en connais, depuis déjà pas mal d'années, s'est comme instantanément imposé à moi. Je pense par exemple à « Batouque », mais je pourrais citer bien d'autres poèmes.
Une parole poétique qui sait ainsi vous rejoindre, et vous suivre au long de la vie, court chance, je crois, de ne pas être absolument négligeable…
De Akaz
Malfini | 14H10 | 18/04/2008 |
J'ai oublié de rajouter, « tellement plus martiniquais, tellement plus universel » car c'est en creusant son petit lopin de terre que l'oeuvre se crée. Césaire n'a rien creusé il est resté à la surface(ils sont plus ou moins tous noirs, donc il sont nègres, Point ! ), et son petit lopin de terre ne ressemble plus à rien.
De pikasso02
14H18 | 18/04/2008 |
Merci Aimé Césaire d'avoir mis l'accent sur la négritude.
Pourquoi avoir parlé de l'humanisme nègre avec la langue des colonialistes ? Vous ne pouviez pas faire autrement ! Le nègre est devenu un humain aux yeux des occidentaux. Mais ce nègre maltraité pendant des décennies par les blancs qui finirent par lui faire comprendre qu'il n'était qu'un « nègre », a grâce à Senghor et Césaire pu entamer un retour sur ses propres racines, sur son humanité première. Je ne crois pas que la littérature puisse suffire pour retrouver les sources. Un travail sur l'humanisme Africain reste à faire. Aussi important que le travail de Champollion avec les hiéroglyphes. L'Afrique qui ne possédait pas de langage écrit, possédait un autre langage. Le langage des formes et des signes. Tant que ce langage des signes, actuellement existant pour les sourds mais pas pour les œuvres plastiques, ne sera pas reconnu comme langage pour penser, sans passer par les mots, l'Afrique et l'art ne changeront pas. Le mimétisme leur permit de se construire une culture passée dans les œuvres plastiques disséminées dans le monde et dans les danses, qui continuent de se raréfier ou devenir folkloriques. L'humanisme doit-il passer par l'écriture pour être reconnu ?
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