Chelsea vs Barcelone : une affaire de foot et de culture

Mercredi, deux géants du football européen vont s'affronter pour jouer la finale de la Champion's league du 27 mai. Deux équipes constellées de stars, aux salaires mirobolants, deux équipes aux budgets faramineux, de 269 et 309 millions d'euros chacun, avec 20 internationaux d'un côté, 19 de l'autre.

Didier Drogba, de Chelsea, face à Yaya Toure, de Barcelone, lors du match aller le 28 avril (Gustau Nacarino/Reuters)

Une forte somme mais qui correspond au chiffre d'affaire d'une grosse PME connaissant un retentissement médiatique digne des plus grosses multinationales mondiales.

Le premier est anglais, Chelsea. Le second est espagnol, ou plutôt catalan, le FC Barcelone. Mais la différence entre les deux est bien plus grande car le football, c'est plus que du football, ce sont aussi des faits de société.

Chelsea, quartier chic et oligarque russe

Chelsea est un quartier chic de Londres. Le propriétaire en est le sulfureux Roman Abramovitch, oligarque russe, qui a inauguré la razzia sur les clubs anglais par des fortunes étrangères (Al-Fayed, le propriétaire de Fulham, était déjà établi en Angleterre lorsqu'il a acheté le club).

Fort d'une richesse acquise sur la spoliation des Russes, Abramovitch a acheté le club huppé de Londres puis des joueurs à tour de bras à des tarifs inégalables, au point que l'on parlait d'un tarif général et d'un tarif Chelsea. La crise - et son divorce - ont diminué sa fortune, et Chelsea est aujourd'hui endetté à hauteur de 750 millions d'euros, dont 600 auprès d'Abramovitch.

La résistance au franquisme

Le Barça, le Football Club de Barcelone, est le contre-exemple de Chelsea. Il n'est pas la propriété d'un seul homme, mais de milliers d'associés qui votent pour le Président lors d'élections démocratiques très contestées, dont les débats sont retransmis à la télévision. Il faut parfois attendre plusieurs années pour en devenir socio. Dans les rues de Barcelone, nombreux sont les passants qui portent fièrement le maillot « blaugrana ».

Le Barça représente également le symbole de la résistance à la dictature militaire de Franco. Lorsque les troupes de Franco rentrèrent à Barcelone, il y avait en effet quatre listes d'organisations à purger : les communistes, les anarchistes, les séparatistes et le Football Club de Barcelone.

Franco a toujours privilégié le Real Madrid, bien servi par l'arbitrage pendant la dictature. Les tribunes du stade barcelonais, Nou Camp, étaient le refuge de la contestation au franquisme et au centralisme castillan ; on pouvait en effet encore y parler catalan et critiquer le régime, ce qui était interdit partout ailleurs.

Pas les prolos du Barça contre les nantis de Chelsea

Bref, le Barça, c'est le symbole de la contestation populaire qui s'exprime dans les gradins, là où la police est impuissante. Aujourd'hui, c'est le club d'une ville et d'un peuple qui vit en fusion avec son équipe.

Chelsea a, comme tous les grands clubs, deux sponsors maillot (Adidas et Samsung) qui lui versent 25 millions d'euros par an. Le Barça, après avoir longtemps gardé le maillot vierge de toute inscription, joue-t-il sous les couleurs de l'Unicef gratuitement ? Non, le Barça lui donne 1,5 million d'euros par an.

Alors bien sûr, mercredi, ce ne sera pas les prolos du Barça contre les nantis de Chelsea. Les joueurs ne peuvent être tenus responsables des actes passés ou présent de leurs dirigeants. Mais néanmoins, il y a bien deux conceptions différentes du football, deux histoires et deux traditions qui n'ont rien a voir.

Chelsea ne peut être réduit à son propriétaire oligarque mais son ombre plane. Le Barça, c'est vraiment « plus qu'un club », pour reprendre sa devise.

Mise à jour : Résultat du match : Barcelone 1 - Chelsea 1

4 commentaires sélectionnés

Portrait de Lemmy_Nothor

De Lemmy_Nothor

En cavale | 07H01 | 06/05/2009 | Permalien

J'habite Barcelone, pas spécialement fan du foot, mais evidemment les gens qui sont dans mon entourage eux le sont.
La vieille rivalté « politique » entre les deux est en effet indéniable, même aujourd'hui….le Real Madrid est vu comme le bras du PP, ou du moins comme un fantome de Franco….et ici, haine il y a, et pas qu'un peu.
Du reste il n'y a qu'a voir le score du PP aux elections en Catalogne, c'est pas très fort, à peine 3 ou 4%…

Ceci dit, et la je suis tombé sur le cul quand j'ai apprit cette nouvelle…le musée le plus visité en Espagne, n'est pas le Prado, ou le musée Salvador Dali à Figueras, mais le musée du Football Club de Barcelone.
Et la, les revenus sont époustouflant…en plus des entrées, la boutique qui vend les souvenirs , chandails et autres babioles a 100€ piece, ne dérougit pas. Il font la queue pour rentrer.
C'est pas mieux à Madrid…je lisais les chiffres de vente des chandails qui portaient le numéro de Beckham losrqu'il jouait là, c'était de l'ordre de plus de 10 millions € par an…..et ça, uniquement à Madrid. Les Japonais en achetaient pour un autre 10 millions au Japon.

Portrait de axel1979

De axel1979

citoyen | 09H34 | 06/05/2009 | Permalien

Le Fc Barcelone, son jeu et son histoire ont une culture certes mise en valeur et qui se retriuve dans le jeu et la piolitique de ce club.
Faire passer, l'histoire de Chelsea pour celle d'Abramovitch , c'est emprunté des raccourcis populistes qu'une tribune comme rue89, l'equipe, tf1 pourraient emprunter mais qu'un analyste comme Pascal boniface tombe dans le piège ; c'est etonnant…

Cheslea, comme tout club anglais a été créé il y a longtemps (1 siècle : 1905), et son siège sportif (Stamford Bridge) est le même depuis cette date.
Pendant longtemps, son public a été celui des habitants du quartier, des ouvriers ou mêmes des cadres et il s'est construit une identité : un stade, une couleur (les blues) est un palmares. qu'aucun club francais (hormis l'OM)ne peut egaler -et cela meme avant Abramotich-.
Si 2 Coupes des coupes, une supercoupe de l'UEFA sont dees titres de pacotille, cela est en effet un club sans palmares.
Puis,si les Charity field remportés(2), Coupe d'Angleterre(2), Cup(2) toujours avant Abramotich n'ont pas de valeur dans un pays -ou les compétitions nationales ont pendant longtemps eu le niveau des competitions européennes-alors, le débat est clos.

Certes , peu de joueur sont formés au club -hormisTerry-, mais l'attachement de ces joueurs au club , à la culture de celui-ci est inaliénable et témoigne malgré le foot business d'une culture et attachement à une famille sportive. Terry, Lampard, Cole,Carvalho,Cech Paulo Fereira sont la depuis plus de 5 ans malgré des sollicitations (des joueurs n'ont pas changé de club malgré leur attachement à leur ancien coach tel Mourinho parti. ex : Drogba).

Alors, pour aller à contre sens des idées populistes, si le championnat anglais à beaucoup d'a

Portrait de nico-wong

De nico-wong

Internaute | 10H43 | 06/05/2009 | Permalien

C'est pour les raisons expliquées dans l'article que je suis pour le Barça ce soir, je vois Chelsea comme un club monté de manière artificiel, on ne peut pas s'acheter une histoire et une identité.

Portrait de Chuck Norris

De Chuck Norris

12H15 | 06/05/2009 | Permalien

Monsieur Boniface,

J'ai vraiment l'impression que quand vous écrivez sur le football, vous avez tendance à rester à la surface des choses. La lecture de « Le monde est rond comme un ballon » m'avait convaincu de la superficialité de vos analyses, cet article (comme un ou deux précédents) ne fait que me renforcer dans cette idée.

Mettons les choses en perspectives : vous opposez le Barça et le Real Madrid au niveau historique, soit. Cependant, les deux clubs ont la même structure financière et « démocratique » avec le système des socios, qui est commun à l'écrasante majorité des clubs espagnols. Ce n'est donc pas là que réside l'originalité du Barça.

De même, les stades d'autres clubs ont servi de vitrine à l'antifranquisme, au premier rang desquels l'Athletic Bilbao ; les deux clubs ont également en commun de mettre au premier plan leur centre de formation.
Pourtant, les résultats sont très opposés : la différence réside là dans le fait que le Barça dépense autant que Chelsea en recrutement : l'été dernier, Daniel Alves leur a ainsi coûté 35 millions d'€, Seydou Keita 14 millions d€, Gerard Piqué aurait coûté 5 millions (pour un joueur formé à Barcelone), alors que Hleb et Caceres, inutilisés, ont coûté respectivement 18 et 16,5 millions d'€.
Il s'agit donc au total de près de 90 millions d'€, Chelsea a dans le même temps a déboursé 10 millions d'€ pour « acheter » Deco au FC Barcelone, principal transfert de l'été.
L'argument du poids financier ne tient pas non plus entre le Barça et Chelsea.

La seule différence que l'on pourrait faire en réalité entre les deux clubs se situent sur le terrain : Barcelone dispose en effet d'une réelle identité de jeu, commune aux nombreux entraîneurs et équipes qui y sont passés depuis les années 1980, avec un jeu en 4-3-3 fait de passes courtes, pressing haut, et de jeu « spectaculaire ».
A l'inverse, Chelsea ne dispose pas d'une telle tradition, encore que depuis l'arrivée de Jose Mourinho (2004), les équipes de Chelsea aient globalement gardé le même système avec une pointe unique, un milieu physique et dense, et surtout une colonne vertébrale identique (Cech - Terry - Lampard - Drogba).

Les supporters de Chelsea, s'ils ne sont pas des « socios » comme à Barcelone, ont une identité forte, forgée par la rivalité socio-géographique entre les différents quartiers de Londres et leur clubs. La question du sponsor est uniquement liée à l'existence d'autres ressources à Barcelone (stade plus grands, soutien inconditionnel des banques locales malgré des dettes abyssales) ; et celle du président rapproche grandement Abrahamovitch de Laporta, puisque ce dernier est un avocat menant un train de vie de chef d'Etat depuis son poste de président.
La différence de perception des deux clubs est donc essentiellement une question d'image forgée par les media et les services communication de part et d'autre, auxquels vous semblez accorder beaucoup de crédit.

A mes yeux, les seuls universitaires compétents en matière de football en France sont de la trempe de Nicolas Hourcade, ou Wiiliam Nuytens. Vous semblez encore loin de la connaissance qu'eux peuvent avoir des enjeux et des subtilités du monde du football…

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