
A Osian's Cinefan, le festival de cinéma de la démesure indienne

(De Delhi) Dans ma tournée annuelle des festivals et autres évènements cinématographiques de part le monde, j'avais été invité l'an dernier comme membre du jury à Osian's Cinefan, un festival inconnu de ma carte du monde et du circuit naturel de la petite troupe voyageante qui, via un réseau de connexion trés personnel, amène sur vos écran des bizarreries chinoises, thaïlandaises, indonésiennes, philippines mais aussi estoniennes, brésiliennes, kazakhs et autres.
J'étais en très bonne compagnie dans ce jury 2007 à Delhi, avec notamment le cinéaste thaïlandais Apichatpong Weerasethakul, que j'avais retrouvé quelques fois au cours de cette année 2007, jusqu'au festival de Cannes 2008 où il était également membre du jury (pas moi ! ).
Nous avions d'ailleurs plaisanté sur cette occupation qui pouvait vite devenir un plein temps s'il n'y prenait garde, et il promettait qu'après Cannes, il se remettait à filmer. La complexité de monter financièrement des films d'auteur tels qu'ils les fait à Bangkok est aussi la raison qu'un temps certain se passe entre deux films.
Un festival sans sponsors, mais financé par un surprenant mécène
Osians's Cinefan a une histoire singulière. C'est devenu le plus grand festival indien et incontestablement le plus international. Fondé il y dix ans par une critique de cinéma indienne, Aruna Vasudev, pour montrer les films qui étaient évoqués dans sa revue, le festival a pris son envol avec l'arrivée d'un étonnant personnage qui, et c'est le seul cas que je connaisse de part le monde, finance la manifestation de sa poche, à hauteur de 310 000 euros.
Résultat étonnant : une affiche vierge de sponsors. Neville Tuli, la quarantaine, a grandi à Londres est revenu en Inde depuis une quinzaine d'années. Ne sachant quoi faire, il s'est tourné vers la peinture, mais étant néophyte, il a décidé de commencer par le début… en écrivant un livre, qui est une somme sur la peinture contemporaine indienne.
Ce faisant, il a commencé à acheter et vendre des oeuvres dans un marché qui, selon lui, représentait il y a une dizaine d'années une cinquantaine de millions de dollars.
Trois quarts des films indiens ne sont pas produits à Bollywood
Aujourd'hui, Osian, sa maison de ventes aux enchères, pèse 500 millions de dollars et brasse 40% du marché de l'art indien.
Cette réussite lui permet donc aisément de financer ce festival du cinéma asiatique et arabe, mais aussi d'ouvrir l'an prochain à Bombay, Osianam, qui ressemblera à un centre culturel de chez nous, intégrant trois salles de cinéma, salles d'expositions, consultation d'archives etc. Un lieu complètement original et unique dans la capitale économique indienne et pôle important du cinéma national.
En passant, pour tuer un cliché, si l'appellation « Bollywood » est la contraction de Bombay (devenue depuis Mumbai) et Hollywood, la ville synonyme de cinéma engendre « seulement » un quart de la production nationale, soit 250 films sur 1 000. Le cinéma tamoul, fait dans le sud, à Chennai (ex-Madras), est bien plus prolifique, mais ses films circulent moins.
L'ouverture de Osian's Cinefan a donc eu lieu ce vendredi, en présence du Hongkongais Johnny To et du réalisateur américain Paul Schrader.
Un prix de pour sa carrière a été remis au réalisateur Mrinal Sen, un hommage a été rendu à l'acteur Shami Kapour, celui dont Shahrukh Khan est l'héritier direct : même jeu, mêmes mimiques, et même place dans le coeur et ailleurs des jeunes indiennes.
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De jf moulin
Médecin et porteur de projet cultur... | 00H42 | 15/07/2008 |
Merci de nous apprendre qui, par le monde, offre généreusement aux publics les richesses du cinéma en créant des lieux innovants. Le cinéma n'est pas mort mais a besoin d'une renaissance, particulièrement en occident. Il doit retrouver une place dans nos villes, dans nos vies et dans nos imaginaires. je suis de ceux qui pensent que l'image, les images et le cinéma (les images et le son mis en « spectacle »« spectaculaire ») participent à l'émancipation des idées et a l'enrichissement des esprits. Il ne s'agit pas que du cinéma intellectuel, car celui qui diverti avec intelligence est aussi nécessaire que celui qui instruit. L'inde est incontestablement la démocratie asiatique la plus dynamique chez laquelle la culture occupe une place centrale. La chine cherche sa voie mais utilise aussi la dynamique culturelle et artistique pour apparaitre sur la scène internationale, car elle sait que l'économique ne suffira pas et restera fragile. A Beijing, les lieux culturels les plus fous et les artistes les plus créatifs se côtoient dans une dynamique a faire pâlir New York.
La crise du cinéma français (de l'exploitation, de la production et de la distribution) détériore l'offre cinématographique.
Nous avons besoin de ces exemples hors de nos frontières pour définir de nouveaux modèles dans notre France vieillissante qui se rétrécie et se referme sur elle même.
Je rêve que ce genre d'expérience soit encore possible en France…
Ce centre culturel ressemble a celui qui grandi dans ma tête et qui, peut être, verra le jour a Marseille (ou a beijing).
Merci F DA SILVA, et nous attendons la suite de ces aventures.