Toi aussi, rédige un discours pour Sarkozy

Bâtir un discours sarkozien, ce n'est pas si compliqué. Il suffit de piquer des mots à gauche et des idées à droite, de glisser quelques références historiques (mais simples : le pont d'Arcole, Jules Ferry, etc.) et d'accompagner chaque argument de quelques moulinets réthoriques. Voici quelques conseils pratiques pour s'entraîner.

1. Les mêmes qui disent ceci disent cela

Figure réthorique habile. A utiliser sans se priver, même si les premiers mêmes n'ont rien à voir avec les autres mêmes » . Exemples :

Les mêmes qui exigent des résultats tout de suite, qui veulent un bilan tout de suite sont les mêmes qui nous décrivent comme trop pressés trop impatients, faut savoir.

Les mêmes qui disaient que je m’alignerais sur Bush me reprochent aujourd’hui de recevoir ceux qui n’aiment pas Bush. J’étais trop pro-israélien hier, je suis trop proarabe aujourd’hui.

2. Les autres ont échoué »

Insister le plus souvent possible sur ce point. Répétez l'idée jusqu'à ce qu'elle devienne évidente. Car elle induit l'idée symétrique de réussite (si les autres ont échoué, c'est donc que moi, je réussis).

Si vous avez été ministre du Budget, ministre des Finances, ministre de l'Intérieur sous les autres , ce n'est pas très pas grave, tout le monde a oublié.

Exemples :

Si les autres ont échoué, c'est pas parce qu'ils étaient moins intelligents, c'est parce qu'ils avaient pas de stratégie.

Ils disent tous cela, et à l'arrivée qu'est-ce qu'on voit, rien !

Après des décennies de pensée unique. »

Ca fait des années qu'on parle de participation, et bien il faut la faire.

Et ça donne quoi ? Beaux résultats, Messieurs les généreux !

3. C'est extraordinaire !

A jeter, çà et là, quand on cherche une phrase qu'on ne trouve pas.

Variantes :

Ben enfin quand même !

C'est pas possible !

4. Croyez vous que... ? Comment voulez vous que... ?

Prendre votre auditeur ou votre interlocuteur à témoin, directement. Lui prêter une pensée (même si elle ne lui a pas forcément traversé l'esprit). Idéal pour souligner l'idée qu'il n'y a qu'une seule pensée exacte, la vôtre.

Si on ne s'attaque pas aux problèmes à l'école primaire, comment voulez vous que le collège puisse s'en sortir ?

Croyez-vous que je suis le fils légitime de Jacques Chirac et qu'il m'a assis sur le trône ?

Une fois qu’il n’y aura plus de pétrole, est-ce que vous croyez qu’on aura des gouvernements démocratiques ?

5. On peut pas faire comme si ça comptait pas, quand même

Une petite astuce de bon aloi, qui permet de donner une petite patine populaire au discours : supprimer toutes les négations.

De même, préférer y'a » à il y a :

Y'a tant d'espoir, tant de dévouement.

6. Sans précédent » , sans tabous , du jamais vu , jamais été fait »

Toutes les expressions courtes qui suggèrent l'idée de rupture sont à privilégier. En parsemer généreusement l'ensemble du discours.

7. J'aimerais qu'on me prenne au sérieux quand je dis cela

Prononcer cette phrase en regardant la caméra, d'un air vaguement menaçant, mais avec le sourire. Cela crée une tension dramatique, et renforce votre image de dur .

Dans le même esprit, ne pas lésiner sur les je veux » :

Je veux que la distribution d'actions bénéficie à tous les salariés.

8. Alors, on me dit

A utiliser même si personne ne vous dit cela. On » , ce sont les autres (voir conseil numéro 3).

Exemple :

Alors on me dit, c'est compliqué, faut attendre.

9. Les mots ont un sens »

Idéal pour appuyer un propos. Pas besoin d'ailleurs de connaître le sens correct du mot en question :

Monarchie, ça veut dire héréditaire... Excusez-moi, Monsieur Joffrin, les mots ont un sens.

10. J'attends les critiques avec intérêt

Une phrase qui marche toujours très bien (même s'il n'existe aucune critique sur le sujet traité). Cela renforce le propos (je suis tellement sûr de moi que j'ai hâte d'entendre les critiques) et suggère l'idée de courage, de volonté d'en découdre.

Variante :

C'est toi qu'a dit ça ? Descends un peu l'dire !


En notant les commentaires pour leur pertinence, vous en facilitez la lecture. Les moins bien notés se replient d'eux-même mais peuvent s'ouvrir d'un clic. Pour pouvoir commenter et noter, merci de vous inscrire. Les commentaires sont fermés après sept jours. Pour en savoir plus, lire la charte des commentaires.

 
Homere | antique poete
07H51 09/01/2008
Z'avez oublie de parler du "je veux vous dire", "je vous le dis", je vais vous dire", et du "moi, je..." Il n'y aurait pas un psycho-grammairien pour nous faire l'analyse des propositions juxtaposees a outrance, de l'oubli des conjonctions, de l'abus du "qu'est-ce que" dans la forme interrogative? Aurait-il eu de mauvais professeurs de francais, lorsqu'il etait enfant a Neuilly. Ou bien abuse-t-il des sms et autres textos pour tchatcher avec ses potes UMP? Je connais des immigres a qui on a refuse la carte de sejour et qui s'expriment dans un Francais de bien meilleur aloi...
 
Sabine13
10H10 09/01/2008
Ce que je préfère, c'est cette façon de répéter constamment "Je n'ai pas été élu président pour..." (au choix: "ne rien faire", "ne pas régler les problèmes", etc.) On dirait qu'il a encore du mal à croire que oui, il y est arrivé, il est vraiment président. Pour une fois, je suis d'accord avec lui : j'ai du mal à me faire à l'idée que cet histrion est bel et bien notre président.
 
Bardamu | difficile
14H41 09/01/2008
Diable, que de puristes à gauche! Je ne savais pas les riverévolutiens si élitistes... Surtout après avoir lu ici-même leurs réactions émerveillées devant l'"authenticité" du moindre borborygme émis par un "djeun" de banlieue ou la plus discrète éructation d'un Joey Starr... Blague à part, Sarkozy utilise massivement un procédé rhétorique bien connu : à chaque question posée 1/ mettre en cause la pertinence de la question, 2/ mettre en cause la légitimité du questionneur. C'est tout simplement une resucée du très soixante-huitard "d'où parles-tu, camarade?", directement issu de la dialectique marxiste... Ironie de l'histoire : c'est maintenant la gauche qui en fait les frais! Bon, c'est vrai; Sarkozy s'exprime mal. Soyez indulgents : c'est un fils d'immigré. Sinon, il reste encore un homme politique qui sait faire claquer opportunément un imparfait du subjonctif ou glisser une allusion littéraire dans un dicours, c'est Jean-Marie le Pen. J'espère que vous lui en savez gré!
 
FabiendeMénilmontant | journaleux - blogueur
15H17 09/01/2008
Le point numéro 6 (la rupture), me rappelle quelques bricoles… N'y a-t-il pas eu une intervention télévisée le 31 décembre ? Le candidat avait dit qu'il ne parlerait pas le 14 Juillet ni le 31 décembre (il a préféré le 12 juillet, jour anniversaire de la nomination de Laval par Pétain… plus classe… mais a conservé le 31 décembre) mais uniquement lorsque cela serait nécessaire (à savoir chaque jour ou presque). Ne va-t-il pas en Inde pour le 26 janvier ? Giscard l'avait fait en 1980. Sacrée volonté de rupture ! Il va en loucedé au Val-de-Grâce alors qu'il disait hier de ne pas le suivre partout ? Certes, ce ne semblait pas aussi grave que Mitterrand, mais je croyais qu'il ne cacherait rien aux Français… Fabien http://menilmontant.noosblog.fr/
 
thierry reboud
15H22 09/01/2008
Je m'étais fait la remarque, à l'occasion du discours du 6 mai, du nombre de fois où apparaissaient ce jour-là les "je veux", "je voudrais" ou les variantes. La chose m'avait frappé parce que, ce jour-là au moins, il devait avoir conscience de l'étendue des pouvoirs qui seraient les siens. De sa part, compte tenu de sa personnalité un brin autoritaire et volontariste, je me serais plutôt attendu à des "je demanderai", "je ferai", voire des "j'exigerai". Bref, des futurs de l'indicatif. Chacun peut se rendre compte à quel point cette expression de volonté n'en est pas une : elle est bien plutôt l'expression d'un désir. En quelque sorte, il dit "je veux" ou "je voudrais" en pensant "j'aimerais bien". J'ai l'impression que, dans le discours sarkozien, ce martèlement de sa volonté n'est rien d'autre en fait que l'expression de son impuissance. Notez que, lorsqu'il peut vraiment faire quelque chose, il ne dit pas "je veux". Par ailleurs, pour appuyer la remarque de Machinchose, je suis stupéfait de constater à quel point les collègues de Joffrin (qui n'est pourtant pas ma tasse de thé) l'ont laissé être ridiculisé. Mettre les rieurs de son côté, c'est un procédé vieux comme le monde, certes. Mais hier les rieurs ne faisaient que se soumettre au puissant de l'instant. Quant à Sarkozy, il a profité de ce qu'il ne pouvait pas être contredit. Je suppose que, dans son esprit, il a monré du courage en résistant à l'hydre de la presse de gauche. En un sens, c'est vrai : un courage de pleutre.
 
Domkishoot | Utopiste médiatique
11H55 09/01/2008
Monsieur Riché, il convient d’ajouter à votre manuel du « Sarkozy pour les nuls » la rhétorique du mensonge. Dans chaque intervention, il fait état de sa loyauté vers l’autre. Je ne vous trahirai pas (voeux 08), j’ fais ce que je dis, j’ vous mens pas (hier) etc… Il lui arrive aussi de commencer une phrase par : « la vérité », il l’a fait par trois fois devant A.Chabot & PPDA. C’est bien évidemment inutile d’ajouter ce genre de propos quand on est un honnête homme. L’information de son hospitalisation en octobre 2007 est malheureusement la preuve du mensonge permanent dans lequel il s’inscrit. Il me fait penser un petit caïd.
 
Claude PELLETIER | Retraité dans son jardin
17H44 09/01/2008
Il est significatif de trouver cet article aujourd'hui. On vit une véritable floraison de réactions de ce type. Ce matin, je découvre une page de Libé passionnante "Figures de style" sur SA rhétorique. Hier soir la demoiselle météo de Canal+ s'était essayé à la déclamation sarkozyenne. Appliqué à la météo, ça fonctionne aussi ! On devrait pouvoir bénéficier de cette façon de dire les choses dans des tas de domaines. Je vais m'entraîner. Est-ce que c'est mal de vouloir bien le faire, je vous le demande ? Je sais que vous allez le condamner mais qui êtes vous pour vouloir m'empêcher de prendre exemple sur ce qui se fait de meilleur et qui a obtenu, faut-il vous le rappeler, l'aval des Français, de tous les Français, de ceux qui se lèvent tôt et de ceux qui les envient de pouvoir le faire car ce n'est pas une mauvaise chose que d'envier quelque chose d'honorable. Sachez-le. Il faudra bien vous y faire ! Je parlerais comme je le voudrais et je n'aime vraiment pas que vous pensiez pouvoir m'en empêcher. Il faudrait beau voir que vous vous y opposiez !