Les dents grincent sous les sourires franco-allemands

Le compromis trouvé pour la direction d’EADS masque mal les autres désaccords entre les deux capitales.

Gallois, Sarkozy et Merkel à Toulouse lundi (Jean-Philippe Arles).

Nicolas Sarkozy et Angela Merkel n’ont pas manqué de se féliciter, à l’occasion de leur sommet de Toulouse lundi, de l’accord trouvé pour simplifier la gestion d’EADS, la maison mère d’Airbus. C’est la fin de la gestion bicéphale du groupe. Louis Gallois devient le seul président exécutif d’EADS, et Thomas Enders, actuel co-président d’EADS, sera le président d’Airbus. Symétriquement, Rüdiger Grübe dirigera seul le conseil d’administration  : Arnaud Lagardère, l’autre co-président, s’efface donc, sacrifié par Sarkozy son  » frère » . Il restera toutefois au conseil.

Ce compromis va donner une nouvelle occasion de vanter ici et là la politique européenne de Sarkozy, présentée comme un  » tournant » . Si l’on écoute cette musique officielle, largement relayée par les médias, qu’entend-on en effet  ? Que Nicolas Sarkozy a remis l’Europe sur les rails avec le  » traité simplifié » . Qu’il est allé lui-même, avec audace, et bien sûr avec succès, plaider la cause de la France devant les ministres des Finances de l’Eurogroupe, la semaine dernière. Qu’il s’entend parfaitement avec Angela Merkel (regardez les photos  ! ), que le moteur franco-allemand redémarre.

Le son de cloche entendu dans les autres pays, à propos de la France, n’est pas tout à fait le même. Le récit de ce qui s’est passé à l’Eurogroupe, par exemple, diffère énormément de la version rapportée par la plupart des médias français. Jean Quatremer, le correspondant de Libération à Bruxelles, en a rendu compte. A Peer Steinbrück, le ministre allemand des Finances, Sakozy aurait même lancé à un point de la discussion  : "Je ne vous permets pas de me parler comme ça  ! " L’Eurogroupe a très mal avalé le fait que la France renvoie l’équilibre des comptes publics à 2012, soit deux ans après la date convenue. Et au final, l’intervention de Sarkozy à l’Eurogroupe a fragilisé ce dernier, ce qui est paradoxal, dans la mesure où la France a toujours plaidé pour un  » gouvernement économique » européen…

Nicolas Sarkozy, ensuite, a émis des réserves sur la politique monétaire. Il n’a pas forcément tort sur le fond, et il n’y a pas de sujet tabou. Mais ce n’est pas exactement du baume étalé sur les plaies franco-allemandes. Dans une lettre à sa ministre de l’Economie et des Finances, Christine Lagarde, il juge que les pays de la zone euro doivent  » pouvoir dialoguer réellement avec la Banque centrale européenne afin de doter la zone euro d’une stratégie monétaire » . Lorsqu’on sait combien les Allemands sont attachés à l’indépendance de la BCE, on comprend l’agacement soulevé à Berlin.

L’un des conseillers de Sarkozy, Henri Guaino, était un adversaire acharné de l’indépendance de la Banque centrale et Sarkozy lui même n’a jamais prisé le rigorisme de Jean-Claude Trichet, l’actuel président de la BCE. En 1993 déjà, ministre du Budget, il poussait Edouard Balladur à baisser les taux afin de profiter des marges de fluctuation élargies du franc, contre l’avis du directeur du Trésor, le même Trichet (qui l’avait emporté). Si Nicolas Sarkozy persiste dans sa volonté de bousculer la Banque, la tension qui règne actuellement entre Paris et Berlin ne risque pas de retomber.

Le compromis trouvé lundi sur EADS, enfin, ne saurait effacer d’un coup de baguette magique les graves tensions qui règnent sur ce dossier. C’est un bras de fer qui dure depuis des années entre les deux pays. Qu’on en juge à la façon dont Jean-François Knepper (FO), co-président du comité européen d’Airbus, en parle  :  » Les Allemands grignotent petit à petit de l’influence, du pouvoir, du management et sont en train de s’approprier ni plus ni moins que l’industrie aéronautique, d’espace et de défense européenne » , déclarait-il lundi matin au micro de France Inter . Ce n’est pas là le vocabulaire qu’on utilise généralement pour décrire des associés, encore moins des amis. Enders a accepté de passer sous l’autorité de Gallois, Lagardère s’est résigné à lâcher le gouvernail. Mais ce compromis fait grincer de part et d’autre bien des dents. Et s’il est le bienvenu, il ne suffira pas, à lui seul, à éteindre les très vives tensions internes au groupe.

Les sourires toulousains de lundi n’y changeront pas grand chose  : le couple franco-allemand est très affaibli, depuis plusieurs années. Autrefois, Allemands et Français partageaient une même vision  : construire une Europe plus intégrée, économiquement et politiquement. Les Français n’y croient plus et les Allemands s’agacent de plus en plus de leur comportement. Certes, Nicolas Sarkozy multiplie les signes d’attachement à l’Europe (dernier en date  : l’invitation à parader le 14 juillet lancée aux armées des autres pays). Mais ses premiers pas à l’Elysée ne préparent pas encore une  » rupture » , loin s’en faut, avec le triste statu quo légué par son prédécesseur.


En notant les commentaires pour leur pertinence, vous en facilitez la lecture. Les moins bien notés se replient d'eux-même mais peuvent s'ouvrir d'un clic. Pour pouvoir commenter et noter, merci de vous inscrire. Les commentaires sont fermés après sept jours. Pour en savoir plus, lire la charte des commentaires.

 
zadig
15H00 16/07/2007

Au fait, qui est responsable des retards d’airbus?
Sauf erreur de ma part c’est l’usine de Hambourg avec son logiciel de cablage dont l’utilisation
était cachée à la direstion d’Airbus.
Résultat, le plan de rigueur touche surtout la France et l’Allemagne augmente son contrôle de l’ensemble EADS.
Il faut réagir trés vite car l’Allemagne cherche
à récupérer les activités nobles et technologies
nouvelles et le reste éventuellement aux autres pays…

 
La Nausée
21H52 16/07/2007

Renseignez vous sur les dégâts que Thomson a fait en Allemagne et ça depuis la fin des années 70 (si mes souvenirs sont bons): Saba ,Nordmende Telefunken: On achète des firmes traditionnelles avec une bonne réputation , mais des difficultés (concurrence sud-est asiatique), on récupère le réseaux de vente, les marques et quelque technologies; au bout de quelque mois on ferme les sites de production. La façon comme les Français se comportent à l’étranger n’a rien à voir avec les discours ,qu’on entend ici en France..
Thomson à la pointe de la technologie ? Hm… Encore de la mythologie franco-francaise

 
Bebert Cassandre
17H51 16/07/2007

Le coq français à nouveau chantant sur son tas de fumier. Et Sarko battant la mesure…
Gallois à EADS… Enders à Airbus…
Gallois 20%… Enders 80%… Qui mange qui?
Airbus représente 80% des activités d’EADS… Et celui qui apparaît comme le maître du jeu (Gallois)n’est en réalité que le vassal de Enders… Les allemands plus que jamais maître du jeu de l’aéronautique européen… Et c’est peut-être mieux ainsi pour l’avenir d’Airbus… Ces allemands qui malgré un euro au plus haut niveau ont une balance économique largement positive…
Car enfin, ce n’est quand même pas une solution que celle qui consiste à engranger des commandes et à vendre à perte! ça, les français savent très bien faire… Cf Les chars Leclerc, cette merveille de technologie qui est aussi un gouffre financier pour la France.

 
patroc
21H02 16/07/2007

On fait croire au changement, mais c’est les mêmes et on recommence!… Après s’être enrichis de millions d’euros puis prétexté des difficultés financières, après avoir viré du personnel malgré les commandes, après la propagande de la concurrence franco-allemande (l’article), les mêmes, qui ne pensent qu’au pouvoir et à l’argent (que peuvent-ils faire d’autre?), sont désormais en place pour délocaliser le montage des airbus vers la chine, où déjà se construisent les hangars de fabrication. Les gouvernants à la botte des grands industriels, c’est pas nouveau, Sarkozy et Merkel, comme sur la photo, sont sur le même bateau (yacht?) qu’Enders ou Lagardère…

 
sinclair
21H58 16/07/2007

Encore un coup d’eclat de NS en tout cas on veut le faire croire.

Dans les faits les Allemands grignotent petit a petit ils disposent du controle de 3 filiales sur 5. Leur actionnariat est plus equilibre et sur que le notre.

Dire que LAGARDERE succedera au bout de cinq ans est une galejade. Car il semble que LAGARDERE voulait se desengager et que mise au point des milieux economique le poste sera pourvu par le plus capable. Donc.

Enfin les suppressions de poste sont equitable mais plus ,nombreuses en France qu’en Allemagne. C’est du Colluche.

Les effets d’annonce de notre president sont en train d’atteindre le point culminant de la desinformation et les reculades se multiplient.

Le serieux manque manger a la cantine alors qu’on a dit que l’on etait pas tenu par le G8 avant election puis une fois elu que c’est bien. Qu’il faut changer l’actionnariat et maintenir le meme systeme et aggraver les desequilibre il faut le faire.

Enfin avec la BCE et l’euro apres des bravades recul et ridicule.

Je n’ose penser aux commentaires etrangers dont nous n’aurons jamais connaissance sauf a utiliser internet sur cette journee de grandes manoeuvres economique.

A la prochaine reunion pour grandes decisions repas dans une cantine Allemande sans tomate ni puree.

Le dernier a avoir fait dans le repas proletaire etait GISCARD qui s’invitait chez le Français moyen le dimanche NS lui invite les chefs d’etat a la cantoche sa c’est social c’est le pack social quoi

 
lesmigs
23H32 16/07/2007

Les allemands ont une sainte horreur des engagements non tenus.Sarkozy faisait parti du gouvernement de Villepin qui s’est engagé, ne lui en déplaise; il a beau s’agiter dans tous les sens, et taper dans le dos des gens devant le caméra partout il va, le gens sérieux ne le croient pas et ne sont pas satisfaits des ses interventions qui ne servent à rien. Le ministre du budget a annoncé la couleur aujourd’hui: les promesses ne seront pas tenues. La suite s’annonce difficile: qui va payer les cadeaux ? Devinez ?

 
MrSel
02H15 17/07/2007

On remarquera avec intérêt le choix de la couleur de cravatte de M. GALLOIS en un jour aussi médiatique que celui-là.

 
martingrall
16H29 17/07/2007

Pour le déclassement de son Frère l’Arnaud;. Ne pas oublié que celui-ci veur réduire sa participation à beaucoup moins de 7,5%. C’est cependant un échec sarkozyste. L’augmentation de capital pour faire entrer le Qatar dans la distribution des dividendes a fait choux blancs et l’entretien des 350 va à l’Allemagne.