« Harry Potter » masque la forêt du livre pour la jeunesse
» Harry Potter » , c’est, avec effet de loupe, un cas d’école du triple phénomène qui touche les industries culturelles : la globalisation, la course à la valorisation sur différents marchés, et la dématérialisation, puisque » Harry Potter » , c’est certes un livre, mais ce sont aussi des droits et des licences (achetées par la Warner dès 1999).
En France, on a vendu l’an passé 81 millions de livres pour la jeunesse, soit 16% du total des exemplaires, toutes catégories de livres confondues. Ce secteur représente à lui seul plus de 11% du chiffre d’affaires de l’édition (il faut toutefois préciser que les albums de coloriage, dont le nombre ne cesse de croître, sont comptabilisés comme des livres, et qu’ils constituent à eux seuls un huitième de ce marché) : l’édition pour la jeunesse se porte plutôt bien, et c’est heureux. Sa part dans le chiffre d’affaires total de l’édition est en croissance depuis 1995.
Pourtant, à y regarder de plus près, on s’aperçoit que le chiffre d’affaires du livre pour la jeunesse a légèrement diminué l’an passé : il est vrai que c’était une année sans. Sans quoi ? Sans » Harry Potter » . La place d’ » Harry Potter » est telle que l’on en vient à calculer deux indices d’évolution du secteur, l’évolution » avec » , et l’évolution » sans » ! Du jamais vu dans le monde de l’édition. Gallimard a vendu 21 millions de livres avec les six premiers tomes d’ » Harry Potter » ; le sorcier représente 12 à 15% du chiffre d’affaires total de la maison… les années où un nouveau tome sort sur le marché.
La vente moyenne par titre s’établit à 7705 exemplaires pour le livre pour la jeunesse, à peine plus que pour l’édition générale. Une moyenne qui cache des disparités considérables, puisque le dernier tome des aventures d’ » Harry Potter » a bénéficié d’une mise en place de 1,8 million d’exemplaires, et que quelques autres best-sellers, certes un peu moins spectaculaires, atteignent de jolis scores.
Susciter le goût de lire
L’édition pour la jeunesse n’est pas un segment à part du reste de l’édition. Elle remplit au moins trois fonctions : elle est un poids lourd du marché du livre, avec des espaces dédiés, des librairies spécialisées, une forte visibilité, une capacité à s’exporter. L’an passé, les éditeurs français ont cédé, selon la Centrale de l’édition, 953 titres de livres pour la jeunesse dont 30 aux Etats-Unis, et environ 400 en Asie !
L’édition pour la jeunesse est un lieu de créativité, où certains auteurs s’essayent avant de se lancer sur le marché du roman. On ne peut que saluer le travail d’un petit éditeur comme L’Ecole des Loisirs, par exemple, qui produit des livres de qualité tout en parvenant à lancer ses auteurs sur les deux marchés.
La littérature pour la jeunesse, c’est enfin un segment du marché qui produit des externalités positives sur l’ensemble du secteur du livre, en suscitant le goût de lire. Toutes les études le montrent : la lecture se nourrit de la lecture, et les habitudes acquises dès l’enfance sont les meilleurs garants des pratiques de lecture du jeune devenu adulte.
Mais le livre de jeunesse souffre des mêmes maux que le reste de l’édition. En premier lieu, la propension à la surproduction : 10485 titres nouveaux en 2006, alors qu’en 1990 on n’en comptait que (si je puis dire) 7245. Soit 45% de hausse ! La qualité y gagne-t-elle ? On craint d’en douter. La visibilité est mécaniquement réduite pour la plupart des titres. Face au trop-plein, le libraire excédé est tenté de privilégier les séries, les titres déjà familiers. Il faut savoir que, selon le SNE, 30 licences font un quart des ventes de livres pour la jeunesse : les » Petit ours brun » , » Nana » … et, bien sûr, » Harry Potter » .
De même, comment ne pas céder à la tentation d’accorder plus d’importance aux livres à retombées multiples ? Cartables, trousses, crayons, jeux, gadgets, tout y passe. Rentabilité assurée. Effort minimal.
Alors, le livre pour la jeunesse, segment à part entière du marché du livre ? Source de rentes pour quelques éditeurs généralistes ? Produit d’appel pour des biens dérivés ? Il y a de tout cela. Mais aussi de fort jolis textes. Et de délicieux souvenirs.
► Retrouvez la chronique de Françoise Benhamou sur France Culture, chaque samedi dans l’émission Masse Critique, à 8 heures
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Bon. Eh bien, manifestement vous n’avez lu ni Dostoievski, ni Boulgakov. C’est dommage pour vous. Franchemment, Philipp Pullman… J’ai cru que vous plaisantiez.
Dans la forêt des commentaires qui, sur un sujet somme toute assez anodin, accusent l’article de tous les maux voire s’écharpent entre eux, celui-ci avait au moins le bon goût d’être (ou de se vouloir) drôle.
La sanction est immédiate : cinq fois « naze »…
Certes, on n’est pas sur AgoraxVox (foire aux plaisantins de tous poils) et l’autopromo est énervante.
Tout de même, la logique des notations m’échappe plus que jamais…
Réducteur, en effet…
L’Ecole des loisir, petit, je rigole tout pareil. Même si je salue souvent la qualité du catalogue et le travail sur la politique d’auteurs.
Et ça fait des années qu’on bosse en tâchant plutôt de convaincre des auteurs « blanche » de passer en jeunesse, pour sortir de l’équation jeunesse=sous-littérature…ce qui permettrait enfin de réaliser qu’il y a des auteurs qui s’y sentent bien, n’éprouvent pas le besoin d’aller voir ailleurs, et qui n’ont rien à envier, par leurs qualités littéraires, à ceux qui s’adressent au adultes.
On connaît plus d’une plume à succès qui pourrait prendre de sérieuses leçons d’écriture chez les auteurs jeunesse, n’est-ce pas ?
Quant à HP, ce n’est pas l’arbre qui cache la forêt, mais à mon avis, celui qui permet à la forêt de s’agrandir.
Et puis tiens, zou ! pour une fois, moi aussi, je m’auto-cite, y a pas de raison…
http://bibliobs.nouvelobs.com/2007/10/24/ce-qua-change-harry-potter
C’est l’inconvénient d’avoir petitement raison, et surtout méchamment tort. On ne sait pas si on doit te plaindre et laisser filer, ou tenter de répondre.
Tu as raison mon gars : les enfants n’ont pas le bagage des adultes. Mais ils ont des attentes qui peuvent être comparables. Le ridicule serait de s’arrêter à leur manque de connaissances ou de vécu pour leur servir de la soupe. La difficulté pour un auteur est de se mettre à leur niveau pour justement leur offrir la qualité qu’ils méritent, mais surtout de les intéresser avec. Si le jeune lecteur ne suit pas, c’est que l’auteur a mal fait son travail.
Problématique que ceux qui écrivent pour adultes n’ont pas : si le lecteur ne comprend pas, c’est qu’il est con. Facile…
Je pourrais citer d’autres difficultés, parmi lesquelles le fait de s’adresser à des êtres en construction, ce qui interdit certaines facilités (comme l’excès de noirceur et de violence). Mais j’aurais l’air de prêcher pour une paroisse… Hemingway ou Saint-Ex l’ont fait bien mieux, en écrivant ce que tu considères sans doute comme des sous-merdes de sous-écrivains.
Je n’entrerais pas non plus dans la comparaison et l’argumentation entre genres mineurs et majeurs, d’autres s’y sont ridiculisés avant toi.
En revanche, parler de « grosse fumisterie d’éditeur ou de gugus inculte n’ayant jamais ouvert un chef d’œuvre de la grande littérature de sa vie » nous en dit plus sur ta personne que sur les auteurs, éditeurs et défenseurs de la littérature jeunesse.
Je ne sais pas quel compte personnel tu as à régler, mais je connais quelques chefs-d’oeuvres « jeunesse » qui adouciraient ta méchanceté, là où visiblement la littérature « adultes majeurs » a échoué.
Admettons : tu n’étais pas méchant, juste insultant (of swing).
Ton analyse du Petit Prince est parfaite. Un message universel avec un langage accessible aux plus jeunes, mais que les adultes peuvent lire avec profit et plaisir. Désolé, mais toute ton argumentation sur la sous-littérature jeunesse coule sur cet écueil. Les bons livres jeunesses sont comme le Petit Pince, et même si les auteurs ne prétendent pas être Saint-Ex, ils font tout pour jouer dans la même cour. Certains y parviennent, pas plus, mais pas moins, que dans la cour des « adultes ».
Ah ! Voilà, quand vous voulez… Stevenson, c’est tout de même autre chose que Pullman ! Cela posé, je ne crois pas que Stevenson ait écrit L’Ile au trésor POUR les enfants.
Oui, c’est bien cette même chronique. Ce que nous précisons à chaque fois en bas de ses articles.
http://www.rue89.com/articles/francoise-benhamou
(Oubli réparé dans ce cas)
Je sais, ce n’est pas un livre pour enfants mais :
« Littell sorti du Tunnel
Le prix Goncourt pour les Bienveillantes a-t-il aussi récompensé le Tunnel de William H. Gass ?
Pas un mot, rien n’a été dit pendant un an, une recherche poussée n’a rien donné. Juste cela, il y a quelques mois, sur le site de rue89, à propos du Tunnel de William H. Gass (paru en anglais en 1995) : un « nouvel écho aux Bienveillantes » ! Celles-ci ont très justement obtenu l’an dernier, à ne considérer qu’elles-mêmes, le prix de l’Académie française, le prix Goncourt et, par boule de neige, elles ont été achetées par six ou sept centaines de milliers d’improbables lecteurs (le livre se revend pour deux euros dans les vide-greniers à l’état neuf). Le Tunnel de William H. Gass, l’œuvre majeure des cinquante dernières années, est sorti au printemps dernier en français, grâce aux efforts de son traducteur, Claro, de son éditeur et du Centre national du livre dans la collection Lot 49 au Cherche Midi. Qui aura lu l’un et l’autre s’apercevra que les Bienveillantes de Jonathan Littell ont puisé ce qu’elles ont de meilleur dans le Tunnel de William H. Gass. »
Les arguments à
http://libellules.blog.lemonde.fr/2007/10/28/littell-sorti-du-tunnel/
HP ne cache rien. Il donne envie de lire. Nous n’allons pas reprocher à l’auteur cette réussite! De plus, les jeunes en bibliothéques, n’hésitent plus à prendre des « pavés ». A 15 ans que lisiez-vous? Quand vous lisiez. Moi c’était Mickey! Vive HP! Ne prochain président, dans quelques decennies l’aura sans doute lu!
http://pikasso02.skyrock.com/
A une certaine époque (pas si longtemps) j’ai été libraire (BD & jeunesse) et j’affirme que non Poppers ne donne pas systématiquement envie de lire aux minots !
J’ai eu (plusieurs fois) des gamins qui refusaient tout bouquin si ce n’est pas H.P., et qui ne reviennent plus jusqu’à la sortie du prochain tome.
H.P. n’a de pavé que la volonté de son éditeur de « grossir » volontairement le livre. Effectivement la taille/volume d’un texte fait souvent peur aux minots , et même aux adultes, mais le problème n’est pas résolu grâce à H.P. mais grâce au fait de lire tout simplement…
Phénomène de mode qui passera comme les billes ont leurs saisons dans les cours de récré….
Il me semble que l’important soit qu’un enfant lise et je ne pense pas qu’entre deux volumes d’Harry Potter, les enfants cessent de lire en attendant le prochain opus alors si HP a pu donner à des enfants de goût de la lecture, tant mieux !!
J.K. Rowlings sait apparemment très bien faire ce qu’elle fait, elle était au chômage quand elle a écrit le premier volume, elle a essuyé un certain nombre de refus avant de trouver un éditeur, elle a très bien réussi, tant mieux pour elle !!
Et bien il me semble que (certains) minots arrêtent de lire entre deux tomes…
« J.K. Rowlings sait apparemment très bien faire ce qu’elle fait, elle était au chômage quand elle a écrit le premier volume, elle a essuyé un certain nombre de refus avant de trouver un éditeur, elle a très bien réussi, tant mieux pour elle !! »
Comme quoi le marketing fonctionne bien… La pauvre petite que personne ne voulait éditer alors qu’elle était au chomdu… Peut être pas pour rien que personne ne souhaitait l’éditer, Proust aussi a connu ça, de là a les comparer…
Connaissez-vous André Dimanche (cours Estienne d’orves, installé dans les locaux des « Cahiers du Sud ») ? Un éditeur qui, lui, a un certain courage, contrairement à Gallimard.
Mais salutations du gros gabian du bout du quai !
A quel moment ai-je comparé J.K. Rowlings à Proust ?
, milles excuses, c’est moi qui les compare…
Mon propos était de dire que le fait de ne pas être édité, ou de l’être, n’était en rien un gage, de qualité, ou de médiocrité…
« Le succès d’Harry Potter n’est lié qu’à une seule chose : il a été écrit dans le but de s’adresser réellement aux enfants. »
Il a été en fait, publié, surtout en direction du portefeuille des parents…
Rue89, pourriez vous nous trouver le C.A. total d’Harry Poppers (D.A., produits dérivés, adaptation ciné, etc.) ?
« Le jour où tu trouveras un auteur de la dimension de Dostoïevski ou Boulgakov chez les écrivains pour mômes, tu me feras signe. »« c’est une évidence qu’on y trouve des génies qu’on ne retrouve pas dans la littérature pour enfants. «
Dostoïevski génie soporifique, et Boulgakov, me semble-t-il, réunit toutes les « conditions » de la littérature enfantine avec « Le Maitre et marguerite »… La notion de génie est subjective…
« Quant à HP, ce n’est pas l’arbre qui cache la forêt, mais à mon avis, celui qui permet à la forêt de s’agrandir. »
Une forêt uniquement composé d’un même arbre est plutôt plate, sans odeurs, et sans gouts… Trop de même essence nuit au développement de la forêt…
« en terme de qualité d’écriture et de complexité narrative, d’un livre sorti du génie créateur d’un des grands écrivains reconnus universellement ».
Ouffff, ça c’est de l’analyse critique !
Si ce sont des critères de « génie »… la narratologie et la reconnaissance « universelle » ne font pas l’intérêt ni la qualité d’un auteur.
Allez voir Chester Himes, ni style, ni narrato, mais une ambiance !
« (sous entendu, Harry Potter c’est du buisness pas de la littérature ?). »
Ben… oui, il faut, en plus, vous l’expliquer ?
« le pourquoi de la hausse des titres (il me semble que c’est une tendance générale), »
Augmentation du nombre de titre ne signifie pas augmentation des ventes, après quelques années d’augmentation d”exemplaires vendus, c’est la première fois que l’on a un recul du nombre de vente (cf. Livres hebdo)…
Si HP avait été un bide, il n’y aurait ni film ni produits dérivés ni quoi que ce soit. Il ne me semble pas qu’il y ait eu, à la sortie du premier tome un battage médiatique particulier.
Je n’ai pas dit que les HP était des chefs-d’œuvre (je n’en ai lu aucun), j’ai dit qu’il valait mieux lire HP que de ne pas lire du tout.
Maintenant libre à vous d’interdie à vos enfants de lire HP (si vous en avez), c’est une certaine forme de censure…
Le problème, est justement qu’H.P. a des produits dérivés, des films et que ce n’est pas un bide commercial.
Il y’a déjà eu pas mal de sujet sur H.P. et certains posts ont fournit d’excellentes critiques de ce bouquin. Je ne vais pas les refaire ici.
Mais comme le souligne le commentaire de Tita (expatriée à Lisbonne), on a un paysage culturel où un seul arbre cache toute les forets… C’est effectivement le cas dans tout les genres littéraires, et probablement dans les autres secteurs culturels.
Et on encense des « produits » (parce que dans ces cas-là, ce sont vraiment des produits, que l’on emballe et vend au poids à la criée), que si la profession du livre (au sens large) avait une déontologie de son métier, personne ne souhaiterait en faire la promo…
Il existe une mécanique offre/demande propre au livre : un auteur, éditeur ou libraire propose et ne (devrait) pas se contenter de répondre à une demande du lecteur. Et quand la machine merchandising se met en branle…
Nous avons un rôle de « passeur de livre » (je ne me souviens plus de qui est cette formule), de vecteurs d’idées, de savoirs, de découvertes et d’imaginations, notre rôle n’est pas de dire : « vous voulez lire des choses simples, je ne vais vous proposer que des choses simples ». On devrait essayer de dire : « Vous voulez lire des choses simples ? Qu’avez-vous lu ? Je vous proposerait plutôt ça, qui me semble-t-il, vous correspondra mieux. »
Et c’est justement parce que je pense avoir un minimum de cette déontologie que je n’interdirais rien à mes enfants (si j’en avais) (puisque c’est en lisant tout que l’on se forge une culture et une critique).
Mon métier m’amène à conseiller, et déconseiller, en fonction des lecteurs, et non de refiler des palettes du même titre, par simplicité et fainéantise.
Si je comprends bien l’essence de l’article, c’est de nous dire que des milliers d’ouvrages pour les jeunes sont simplement cachés par la (sur)visibilité de quelques succès.
Alors je me pose une question : est-ce différent ailleurs (littérature dite plus adulte, etc…)? si oui, quelle conclusion en tirer (et ce pourquoi est alors hautement interressant) sur l’image que l’on a de l’enfance (et des enfances sur les adultes), etc..
Si non, pourquoi ce réductionnisme à la seule littérature pour enfant?
En politique, on parle souvent du peuple, comme une entité unique. Cependant, il n’y a pas d’unicité, mais pluralité. Il y a des gens de gauche, il y a des gens de droite. Il y a des gens qui aiment nager dans une piscine, d’autres qui n’aiment pas. Il y a des gens qui aiment faire du sport. Il y a aussi des enfants qui apprennent à jouer d’un instrument de musique.
Dans tous les cas, il y a un marché qui est derrière pour proposer à ces populations respectives qui une piscine, qui des salles de sport, qui des partitions de musique.
Il y a même un marché de littérature pour enfants car il y a effectivement des enfants qui aiment lire et/ou qui lisent. L’article portait sur ce marché.
Après, que les enfants (dans leur ensemble) ne lisent pas assez, ne font pas assez de sport, etc, tout cela montre un problème indépendant du marché. Je ne vois donc pas d’erreur.