Dans le jazz aussi, les femmes victimes d'une double discrimination
Les femmes du jazz, ce sont d’abord des chanteuses. Quelques noms connus bien sûr, ceux des divas Ella Fitzerald, Billie Holliday, Sarah Vaugham. Mais aussi ceux d’un autre jazz, plus commercial, celui de Norah Jones ou de Diana Krall, et ceux d’un jazz plus créatif, mais aussi plus marginal. On pense à Anne Ducros et à son album Purple songs.
Marie Buscatto a mené l’enquête en France durant plusieurs années. Premier constat: rares sont les femmes connues comme instrumentistes de jazz, tout comme rares étaient les femmes peintres impressionnistes ou les instrumentistes du rock. Le monde du jazz exercerait la même double ségrégation vis-à-vis des femmes que celle que l’on rencontre dans nombre de professions.
Une ségrégation horizontale, tout d’abord, conduirait certains métiers à être considérés comme des « métiers de femmes » et d’autres à n’être pas faits pour elles. Ainsi, 65% des chanteurs sont des femmes, mais 4% des instrumentistes seulement.
L’autre forme de ségrégation, verticale cette fois, renvoie à ce que l’on appelle plus généralement le « plafond de verre », qui limite la progression professionnelle des femmes. Cette expression, qui nous vient d’un article de Carol Hymowitz and Timothy Schellhardt publié dans le Wall Street Journal en 1986, désigne la barrière invisible à laquelle se heurte la progression de la carrière des femmes.
Cette double ségrégation est d’autant plus surprenante que le monde du jazz est réputé atypique, porté par un esprit de liberté qui ne se prête a priori ni aux discriminations ni aux stéréotypes.
Entrer, et surtout demeurer, dans le monde du jazz, passer du statut de l’amateur à celui du professionnel requiert de la persévérance. Une dizaine d’années en moyenne sépare le temps des premiers petits boulots de celui la reconnaissance. Rares sont les femmes qui parviennent jusque-là. En France elles sont sujettes à la critique, peut-être plus encore que les hommes, et il faut chercher les exceptions; comme l’avoue un musicien, « elles ont intérêt à être surcompétentes ».
Au fond, Marie Buscato nous décrit les mêmes barrières que celles qui existent dans d’autres métiers: « Des femmes incitées à se comporter de manière féminine » et qui se voient dénigrées professionnellement de ce fait; ou bien incitées à se comporter de manière « masculine » et qui se voient « dévalorisées pour leur manque de féminité ».
Cette ségrégation ne s’observe pas tout à fait partout. Les clubs de jazz les plus innovants et les plus atypiques font exception. Certaines pratiques échappent en effet à la discrimination, ou du moins la contournent. Marie Buscatto est allée enquêter du côté de ce que l’on appelle les « jams » vocales, qui sont apparues dans certains clubs de jazz dans les années 1990.
Traditionnellement, le bœuf, ou la jam session, est un moment privilégié où les musiciens improvisent, où les instruments se répondent et se confrontent sans programmation préalable. Lors de la jam vocale, trois musiciens professionnels accompagnent les chanteuses amatrices, et un individu organise le passage successif des chanteuses sur la scène; l’improvisation demeure, mais l’aspect « compétition » s’efface.
J’ai bien aimé ce livre, sur un sujet original, trop mal connu, même si je suis restée un peu perplexe devant la manière dont Marie Buscatto n’échappe pas tout à fait aux stéréotypes qu’elle entend combattre, mettant en évidence une moindre appétence des femmes pour la compétition, ou encore les contradictions entre vie professionnelle et vie familiale, entre socialisation féminine et monde masculin, deux termes qui véhiculent une approche polaire qui ne me semble pas pleinement convaincante.
Peut-être eût-il été intéressant de lire la difficulté à mener carrière, la marginalisation qu’a pu vivre le monde du jazz, les recentrements liés à la crise de l’industrie musicale. Sur ce point le livre de Marie Buscatto, bien que très stimulant, nous laisse un peu sur notre faim…
► Retrouvez la chronique de Françoise Benhamou sur France Culture, chaque samedi dans l’émission Masse Critique, à 8 heures
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Vous avez oublié de parler de Stacey Kent parmi les jazz women actuelles !
Je vous recommande vivement d’aller écouter sur MySpace/Agathe Sahraoui qui developpe une voix travaillée depuis des années, incroyablement juste. Je viens juste de m’occuper d’organiser un concert avec elle. Ce fut inouï de spontanéité, de beauté, de professionalisme et de « spirit ».
Bien à vous,
Alice
Vu le nombre de commentaire, j’adhère à votre propos. Le monde du jazz est un microcosme où les places sont réservées aux hommes par les hommes qui se tienent les coudes. Le premier lobby du monde! Les mecs. Et moi quand je cause ici, on me traite parfois ou d’alcoolo ou de pisseuse. Parfois. Mais, comme c’est drôle, entre hommes ils ne le font pas… Bon courage!
malheureusement on demande aux chanteuses de jazz d’être des répliques, de chanter encore et toujours les mêmes standards de jazz américain des années 40 pour un public de quinquagénaires bon chic bon genre, (voir les festivals en France)…
essayer de proposer des projets un peu novateurs, un peu différents, c’est se retrouver face à un mur. Alors on joue la complaisance, on chante encore et toujours les mêmes thèmes, réarrangés, ré-orchestrés, il faut que le public puisse identifier….reconnaitre..
Il existe pourtant bel et bien des artistes un peu en marge, qui proposent des univers personnels, décalés, des projets un peu moins bien produits faute de moyens.. mais quand même « les feuilles mortes » en Gm ça reste tellement vendeur…
..Et il y a un peu trop de noirs et pas assez d’ asiatiques , par contre ..
Encore une mission pour Superéquitable Man et Superéquitable Cat Woman ..
Yu Sun Nah ? qui connait ?
Bien sur je connais Yu Sun Nah, je l’ai vue pour la première et uniquement jusqu’a present au festival Jazz sous les Pommiers à Coutances dont je fais la couverture radiophonique……en parlant de femme et de jazz je signale néanmoins que dans ce festival ( femmes occupent des rôles important dans son organisation evidemment sous la houlette d’un directeur.
je viens de réécouter Ella Fitzgerald et franchement elle est formidable! C’est une génie. C’est pour ça qu’elle a percé le plafond de verre.
Pour les autres le problème ne pourra être résolu que le jour où tous les humains (et donc les ex enfants qu’ils ont été) ne verront plus leur mère comme toute puissante qui à la fois, fascine, attire et … fait peur.
à quand un mouvement pour dire que finalement la maternité ce n’est pas grand chose? que toute personne est réellement égale à toute autre (que ce soit le père, la mère et les enfants). ça éviterait le sentiment inconscient d’infériorité et de méfiance qui gagne la plupart face à une femme. « elle veut me le piquer… elle veut me bouffer »…si, si je m’en souviens de m’être dit ça par rapport à ma mère. Et j’ai du mal par rapport aux femmes ; c’est instinctif; j’arrive pas à avoir pleinement confiance.
Je ne plaisante pas. Je suis absolument sincère.
Mais on va y arriver , à tout ça, a une parité harmonieuse ( du moins en occident) . Mais je ne crois pas que ce sera a cause d’ un comptage obsessionel de parité parfaite partout , tout le temps et dans tous les micro-secteurs de la société . Je crois meme que c’est legerement contreproductif , si vous voulez tout savoir ..
Réponse à Courageux anonyme de 18 h15 :
Trente ans de thérapie brève, et il n’y paraîtra plus !
Je suis aussi absolument sincère et ça ne m’empêche pas de plaisanter. Et d’ailleurs, à quand un colloque Jazz et psychanalyse ???
Sophie Chérer
hélène Labarrière (cb), Carla Bley (p), et Sophie Alour ou Géraldine Laurent ( deux instruments réputés « masculins » le sax tenor et le sax alto) sont des intrumentistes qui n’ont rien à envier, question talent, a leur confrères masculins et qui pour les avoir rencontrer et interwiewer vivent très bien leur position de femme dans le monde du jazz d’ailleur (Sophie Alour a d’ailleur failli me « griffer » lorsque je lui ai posé la question…..je vous livre sa réponse « il n’y vraiment que les journalistes qui posent se genre de question, avec les musiciens avec lesquels je joue les problèmes ne se posent jamais sous cette angle, en plus je suis capable comme eux de faire le boeuf jusqu’a 3 h du mat. ») et VLAN. il n’y avait qu’un vieux routard du jazz de mon âge qui ne pouvait poser ce genre de question idiote, car le jeune collègue qui était avec moi m’a dit « c’est une question qui me serait jamais venue à l’idée » autre époque autre moeurs…..je crois que c’est lui qui a raison…..et l’article alors
ALAIN QUESNER - animateur d’émission de jazz sur une radio locale.
je connais aussi pas mal de batteuses qui d’ailleurs n’ont rien a envie aux batteurs
j’en vois passer des instrumentistes filles qui jouent et aiment le jazz mais le probleme c’est qu’on les entends plus en variet car faut bien bouffer!!!!!isn’t it?
quand on est professionnel on ne peut pas vivre que de jazz malheureusement
je me considere comme une chanteuse de jazz mais voila j’ai une famille a nourrir…
sinon vous connaissez patricia ouvrard ? excellente chanteuse et vrai improvisatrice
vrai phrase, d’ailleurs on dit d’elle qu’elle est plus instrumentiste que chanteuse
« Cette double ségrégation est d’autant plus surprenante que le monde du jazz est réputé atypique, porté par un esprit de liberté qui ne se prête a priori ni aux discriminations ni aux stéréotypes. »
La these de doctorat de Béatrice Madiot en psychologie à la fin des années 80 relatait que les musiciens de jazz étaient plus normés que la moyenne française bien que s’autosituant dans les marges. C’est à dire plus souvent mariés, propriétaires , gagnant un salaire au dessus de la moyenne…
Vous semblez malheureusement toujours prêter aux fantasmes des musiciens libres et « libertaire » parce qu’improvisateurS.
J’ai vu une interview d’un des bassiste (dont le nom m’échappe aujourd’hui) de Miles davis (sur la vidéo « Miles Davis, a different kind of blue ») dire en substance qu’un groupe de jazz, c’est comme une société idéale : tous les musiciens forment une société unie dans laquelle ils peuvent cependant s’exprimer individuellement (voir les chorus et autres solos). Pour filer la métaphore, on pourrait alors dire que les problèmes inhérents à nos conceptions de la vie en société (misogynie comprise) s’y cristallisent… Non?
J’aimerais cependant signaler quelques jazzwomen qui n’ont pas été citées jusqu’à présent et qui méritent vraiment le détour : Cindy Blackman, ex-batteuse de Lenny Kravitz et Mina Agossi. Ecoutez Mina Agossi, elle est formidable !
Excellent article, mais…
Le constat est sensiblement le même dans le publique…
Discrimination à l’entrée des clubs?
Et Sarah Murcia !!!
Les dossier « Enfin les filles! » paru en Avril 2006, dans le n° 123 du magazine Jazzman, prend au contraire le parti de l’optimisme et met en valeur une vingtaine d’instrumentistes, toutes très talentueuses.
Il n’y a qu’à écouter Sophie Alour, Airelle Besson, Carine Bonnefoy, Amy Gamlen, Alexandra Grimal, Anne Pacéo, Sarah Murcia, Tineke Postma, Julie Saury, Joëlle Léandre, Jenny Scheinman, Kim Thompson, Giulia Valle, Sylvia Versini ou encore Géraldine Laurent, pour adhérer à leurs propos.
Quant-à la discrimination à l’entrée des clubs, êtes vous, Raphaël S. un habitué des lieux ?
Moi, jeune femme, qui vais plusieurs fois par semaine dans les clubs de la Rue des Lombards, et peux vous assurer que l’assistance est paritaire et qu’on peut même parfois y voir une majorité de femmes.
Le jazz est actuel et se décline désormais au féminin. Tout n’est pas gagné certes, mais on est en très bonne voie.
N’habitant pas Paris, je ne suis pas un habitué des clubs de la Rue des Lombards.
En province la « parité » je ne la vois pas, sauf dans la scène free (jazz, noise)…
j’habite en « province » et des filles instrumentistes j’en vois quelques unes
certe moins que les garçons mais quand meme y’en a !
des guitaristes, des harpistes ( oui oui de jazz!) des contre bassistes, des batteuses, des pianistes (connaissez vous camelia benasseur?) etc, etc…
rien a voir
le saviez vous?:
plus l’harmonie est riche plus le musicien est pauvre et vice et versa!!!!