Albanel dans la gueule du loup Google

La ministre de la Culture Christine Albanel a demandé au président de Google France de lui faire des « suggestions” et “recommandations » pour ‘accroître la visibilité du patrimoine culturel français sur l'internet’. Il s’agit en particulier d’ ‘accélérer (je cite) le calendrier de la constitution du patrimoine numérique français’...

Etonnant.

Depuis deux années déjà, la France a dans ses cartons un de ces projets dont elle a le secret, sous le nom, assez bien choisi il est vrai, d’Europeana. Europeana, c’est un prototype de bibliothèque en ligne développé par la Bibliothèque nationale de France, dans le cadre d’un projet de Bibliothèque numérique européenne, qui rassemble à ce jour environ 12 000 documents libres de droits issus des collections de la BnF, de la Bibliothèque Nationale de Hongrie et de la Bibliothèque nationale du Portugal. Plusieurs années de laborieuses négociations et de dépenses ont abouti à ce micro résultat dont l’ambition était de contrer le projet de Google de bâtir une sorte de bibliothèque universelle. Micro résultat puisque, pour donner un ordre d’idées, la BNF contient environ 13 millions de documents imprimés et celle du Congrès à Washington 29 millions.

L'avance considérable de Google

En face, le programme de Google, intitulé Google Book, est en effet un projet de numérisation massive. Il fut certes lancé à la hussarde en décembre 2004, Google se montrant au départ parfaitement indifférent au fait que les livres pouvaient être encore sous protection de droits d’auteurs. Il s’agissait de numériser une quinzaine de millions de livres en six années, de constituer de la sorte une bibliothèque numérique à disposition, gratuitement, de tous, dont les livres proviendraient des fonds de trois grandes bibliothèques universitaires américaines, Stanford, Harvard, et Ann Arbor et de nombre d’autres partenaires qui ont rejoint le projet. Après des débuts chaotiques marqués par les contre-attaques venues d’éditeurs qui voyaient numériser sans autorisation des ouvrages encore sous droits d’auteurs, Google a atteint une sorte de vitesse de croisière ; rien ne sert de courir après, l’avance est considérable.

Au lieu, par conséquent, de composer avec Google au sujet de l’avenir de cette bibliothèque européenne ou du moins franco-hongroise-portugaise, dont chacun s’accorde à dire qu’elle ne parvient pas à décoller, que fait-on ? On en redonne à Google dans le domaine dont il ne pouvait s’emparer, celui du patrimoine, c'est-à-dire ce sur quoi nous disposons d’une vraie occasion de nous passer de cet intermédiaire plutôt envahissant pour mener une politique française voire européenne, sur la base de la numérisation d’œuvres uniques, non susceptibles de numérisation sauvage.

Pour une numérisation des trésors de la BNF

Bien sûr il ne s’agit que de demander quelques conseils avisés. Nous sommes quelques uns à avoir plaidé cent fois pour qu’on lance un grand plan de numérisation des extraordinaires trésors que contiennent la BNF et les grandes bibliothèques patrimoniales de notre pays : le seul département de la musique de la BNF contient par exemple 75 000 lettres autographes et 130 000 manuscrits musicaux. Trop peu connaissent le « Cabinet des médailles », né de la collection des rois de France, avec ses trésors venus de Saint-Denis, de la Sainte-Chapelle ou de la collection du duc de Luynes. Il faudrait des pages pour évoquer les autres départements de la Bnf, ou les richesses patrimoniales des grandes bibliothèques municipales et de nos musées.

Pourquoi se tourner vers Google pour demander des conseils en matière de numérisation du patrimoine alors que nous en avons les savoir-faire, et cela en un domaine où le géant américain n’avait pas encore (ou à peine) mis le nez ? Ne faisons pas d’angélisme : gageons que Google sera tenté de négocier un rôle non négligeable dans ce projet essentiel de la mise à disposition du patrimoine. Cela pourrait s’appeler : mettre la tête dans la gueule du loup et j’ajouterais : qui pourtant n’avait pas demandé ce fabuleux dessert !


En notant les commentaires pour leur pertinence, vous en facilitez la lecture. Les moins bien notés se replient d'eux-même mais peuvent s'ouvrir d'un clic. Pour pouvoir commenter et noter, merci de vous inscrire. Les commentaires sont fermés après sept jours. Pour en savoir plus, lire la charte des commentaires.

 
chroma
13H28 23/10/2007

Albanel est un clone édulcoré de RDDV, mais la stratégie est la meme.

Elle a recemment fait du chantage aupres de Free pour l’attribution des licences 4G en leur disant que la décision dépendra de leur coopération dans la lutte contre le Peer to peer.. Qu’entend elle par la ? Revendique-t-elle l’accès à la base d’abonnés ?

Comme collusion entre interet privés et pouvoir on a difficilement fait plus flagrant !

On est mal barrés avec notre ultra-cultivé président qui s’écrie « mais on va tuer la culture! » alors que c’est le modèle des maisons de disque qui est en péril, rien d’autre .

 
Servais-Jean | Psychanaliste orphelin
01H21 23/10/2007

La BNF a déjà numérisé des ouvrages mais pas encore assez pour que son site soit attrayant et en plus les téléchargements sont payants, pas trés cher il est vrai.

Pour les français je pense que la documentation de base trés large se trouve à la BNF et pas chez Google.

La BNF n’attend que des financements plus importants pour aller plus vite. Y aurait-il quelques mécènes pour financer cette numérisation comme cela été fait pour le château de Versailles ?

 
Marc
08H39 24/10/2007

si on faisait encore des buchets… je crains que l’ami Michel en soit un client potentiel… manifestement les procès dit de « gauche » sont encore à l’ordre du jour… pathétique…
Après on s’étonne qu’on ne puisse gagner une élection majeure.

http://marc.vasseur.over-blog.com/