A qui profite la gratuité dans les musées?

La gratuité des musées, cela fait partie de la lettre de mission de la ministre de la Culture, sorte d’inventaire à la Prévert de tout ce qu’il convient de faire et qui n’a pas encore été résolu  : les arts à l’école, la démocratisation, la fin du piratage, le remplissage des théâtres etc. Mais que penser de cet objectif, dont il est précisé qu’il doit être mis en œuvre "sans perte de recettes pour les musées concernés"  ? D’un côté, la gratuité est mère de tous les vices. La culture de la gratuité conduit les jeunes irresponsables et mal informés à télécharger de la musique et des films illégalement sur le Net. Mais la gratuité est prônée dans les musées, comme si ce qui relève de la chose publique ne coûtait rien.

Mieux encore, la gratuité sera expérimentée. L’expérience est lancée dans neuf établissements, à Paris comme en province. Comme si l’idée était nouvelle et qu’elle nécessitait de l’expérience. L’expérience, nous en disposons déjà. Nous connaissons la gratuité totale, la gratuité partielle, appliquée à certaines catégories de visiteurs ou à certains jours de visite. L’expérience existe, et ce qu’il convient de faire, c’est en tirer les leçons.

Que savons nous donc  ? Premièrement, la gratuité n’est pas la démocratisation, n’en déplaise à tous les manipulateurs de statistiques. Il faut se faire à l’évidence, le coup de baguette magique de la gratuité ne fait pas venir au musée celui qui ne souhaite pas y aller. L’affaire est un peu plus compliquée, et requiert du temps, de la formation, de l’entêtement. L’accroissement du nombre de visites, souvent mis en avant à l’occasion du passage à la gratuité, procède pour l’essentiel de deux mouvements  : l’augmentation de la fréquence des visites par les mêmes personnes, qui donc viennent plus souvent qu’auparavant, et des effets de curiosité qui retombent tels des soufflés.

On sait enfin que, lorsqu’on offre une journée de gratuité, certains visiteurs qui seraient venus à un autre moment déplacent le moment de leur visite. En d’autres termes, on crée un effet d’aubaine, qui revient à faire profiter d’un avantage celui qui n’avait rien demandé et qui n’en avait pas besoin. Ajoutons que les musées ont de longue date su mettre en place des politiques tarifaires qui offrent les meilleures conditions d’entrée à ceux qui ne peuvent pas payer. Le non-visiteur doit être approché par d’autres moyens.

Il faut se demander à qui profite la gratuité. Au musée Carnavalet, les trois quarts des visiteurs ne payaient pas avant même l’instauration de la gratuité en 2001. Au musée d’archéologie de Saint-Germain-en-Laye, le taux de visites gratuites avoisine les 70%. Au Louvre, où on atteint plus de 8 millions de visiteurs, un tiers d’entre eux est déjà exonéré de droits d’entrée. Il y a les dimanches gratuits, les évènements exceptionnels gratuits, les visites scolaires gratuites, les jeunes exonérés de droits.

Faut-il aller plus loin  ? Les 2/3 du public sont étrangers. Accroître le périmètre de la gratuité, mieux encore, la généraliser, c’est subventionner le public étranger, qui n’a pas contribué par ses impôts au fonctionnement de l’institution. Est-il nécessaire de subventionner les tours opérateurs  ? Il y a sans nul doute mieux à faire.

Quant à la compensation du manque à gagner, elle est difficile, et les finances publiques sont sous pression. Il faut savoir que le passage à la gratuité dans les musées de la Ville de Paris en 2001 a coûté plus de 400000 €. Quant à l’espoir bien incertain de vendre plus de produits dérivés, rien ne montre que le visiteur qui n’a pas payé son billet se précipitera sur la carte postale, l’éventail Degas ou la cravate Chagall.

Si ce n’est sur les colifichets culturels, reste à trouver l’argent ailleurs. Et le danger, que nous avons sous les yeux, est de compenser le manque à gagner par l’augmentation souvent spectaculaire du prix d’entrée dans les expositions temporaires C’est d’ailleurs ce que l’on voit au Royaume-Uni, où les entrées dans les salles des collections permanentes des musées nationaux sont gratuites, et où les tarifs des expositions atteignent des montants extravagants.

Retrouvez Françoise Benhamou dans l’émission Masse critique, sur France Culture, le samedi à 8 heures


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totoroflo
12H08 26/09/2007

De mon expérience lors de l’exposition Monumenta au Grand Palais, j’ai l’impression que la solution serait plutôt un droit d’entrée « proche de la gratuité » qui était dans le cas de l’exposition d’Anselm Kiefer 4€ en tarif plein et 2€ en tarif réduit (les visites guidées étant aussi 4€). Ainsi le visiteur n’a pas peur de risquer d’être déçu, comme cela peut être le cas quand on paie 10 ou 15€ l’entrée d’une exposition temporaire mais le coût symbolique reste présent. Et le public venu à Monumenta n’était pour une fois pas uniquement celui des grandes expos parisiennes …

 
Antonin Leguar
12H56 26/09/2007

Très bonne remarque, même si la solution proposée n’est probablement pas la panacée.

 
pikasso02
14H06 26/09/2007

Bon article mais évidemment incomplet.
La culture ne se limite pas aux musées. Vous ne ferez jamais entrer dans un musée des personnes qui trouvent cela trop intello. La peinture? Mais la télé c’est tellement mieux! Et puis pourquoi s’étonner de ce manque de fréquentation? Par le manque de formation à l’histoire de l’art. Aujourd’hui, les retraités ont de l’argent pour voir le monde. Mais la peinture, c’est quoi? Notre enseignement est responsable de ce désintérêt. Tailler ses haies et tondre sa pelouse, voilà ce qui compte dans la vie! Allez donc poser la question à ces personnes! Le musée est devenu ABSTRAIT pour la majorité des Français. Rendez vous dans des conférences, données gratuitement dans le plus grand musée de votre ville. Combien serez-vous? En province normande, vous serez une vingtaine. J’ai moi même donné des conférences gratuites sur Picasso. A ma dernière, nous étions cinq. Pour une ville et agglomération de 50000 habitants. Même les responsables culturels se désintéressent de ceux qui s’intéressent aux artistes! La situation est désespérée. Gratuit ou pas, cela ne changera rien! Ce qui se trouve accroché dans les musées doit être en osmose avec la pensée des habitants. Tout une formation reste à faire. Si cette formation se met en place dans les écoles, disons que dans une génération ou deux, je suis optimiste, les musées , pardon je veux dire les oeuvres, pourront à nouveau dialoguer avec le public. Ne nous voilons pas les yeux! La culture, celle des musées, aujourd’hui, les Français n’en ont rien à cirer! Et l’art contemporain ne risque pas d’arranger les choses! Apprendre à voir! Quoi! Mais je sais voir! De quoi il se mêle ce pikasso02. Il nous prend pour des aveugles?

http://pikasso02.skyblog.com/

 
pikasso02
17H36 26/09/2007

Nous ne devons pas avoir la même expérience.
Je ne vous demande pas de prendre d’assaut un musée par 35 millions de Français. Mais de faire une proportion. Excusez-moi! Mais je reste attaché aux pourcentages. Je trouve que c’est plus juste qu’une photo représentant une queue de 100 ou 200 mètres. Mais à chacun ses références! Donnez des solutions, mais de grâce, stop au bla bla inutile.

http://pikasso02.skyrock.com/

 
ras-la-patience
18H15 26/09/2007

que ce soit pour les musées, les théâtres, concerts ballets etc… je crois qu’un début de solution se trouve dans la formule de l’abonnement (à prix raisonnable, bien sûr) jean Vilar l’avait bien compris qui avait su attirer et fideliser au TNP un public populaire pour un théâtre de qualité.
tous les centres dramatiques nationaux pratiquent encore actuellement la formule, le louvre aussi, pourquoi ne pas élargir le système à un genre de passe partout multi- discipline, peut-être par région ou pour un temps donné ( par exemple 15 ou 30 jours pour les gens de passage)
il me semble qu’on pourrait surement trouver quelque chose de ce genre
en outre on peut supposer que quelqu’un qui a pris un abonnement n’hésite plus à fréquenter toutes sortes de manifestations auxquelles il ne se serait jamais rendu

 
geff
15H31 27/09/2007

Et bien n’en déplaise je ne suis absolument pas d’accord avec le postulat de cet article, et c’est spécialement pour cela que je me suis inscrit, pour ne pas critiquer en tant que courageux anonyme.

je profite aussi souvent que possible journées gratuites, type nuit des musées, journées du patrimoine, nocturne du louvre..
Pourquoi ? car les entrées à 10€ ca compte dans mon budget, et la plupart des gens de mon entourage, jeune ou moins jeunes idem. J’irai plus au musée si c’était moins cher voir gratuit, au lieu de cela je m’entasse comme un bœuf les jours gratuits, avec des centaines d’autres personnes ayant la même problématique que moi, pour grappiller un peu de culture entre 2 coups de coudes et dans la moiteurs des fins de journées.

Donc soit, une partie de la population n’ira pas au musée, même gratuit, mais une autre partie de la population, ne bénéficiant ni de la carte de presse, ni des réductions d’age, se limite dans ses sorties culturelles pour des raisons pécuniaires.

 
pikasso02
17H44 27/09/2007

Notre président a décidé que le budget de la Culture sera augmenté. La gratuité des musées fera peut-être partie de ce +. Mais, gratuits ou pas, pensez-vous que les oeuvres vont vous parler autrement? Les journalistes continueront d’écrire les mêmes choses. La gratuité devrait provoquer des débats sur le rôle des musées. Des critiques d’art devraient pousser comme des champignons. Mais est-ce possible, quand chacun a son idée sur telle oeuvre, et refuse de la confronter à celle du voisin. Que des historiens rémunérés par l’Etat puissent enfin s’adresser à tous, autrement que par des livres. Pourquoi pas sur le Net et gratos, enfin presque! Où sont les chaines culturelles pour que le public soit formé avant d’entrer dans les musées gratuits? Que de choses à faire! Redonner à l’art sa place en chacun de nous. Mais la gratuité seule, sans accompagnement, je doute du résultat. Enfin, ce sera mieux que rien.

http://pikasso02.skyrock.com/