Aubry installe la direction du PS, les royalistes ne décolèrent pas

Ségolène Royal n'a pas assisté au conseil national du Parti socialiste, laissant ses lieutenants porter la contestation.

Pour une fois, les absents n'avaient pas tort. Plus exactement, l'absente n'avait pas tort. Ségolène Royal a eu raison de ne pas venir au conseil national du Parti socialiste, ce samedi dans un hôtel parisien. « Il n'y a pas à prolonger par des images un pseudo combat de femmes », justifie d'emblée l'un de ses lieutenants, David Assouline. (Voir le film de la journée en vidéo)



Car tous ses porte-flingues, eux, étaient bel et bien présents. Et leur présence n'est pas passée inaperçue. Il faut dire que, défaits à l'élection du premier secrétaire, les royalistes ne peuvent même pas se rattraper dans les scrutins au conseil national, le parlement du parti, où ils sont minoritaires, puisqu'il est composé à la proportionnelle des résultats du vote sur les motions.

Alors ils ont fait du bruit, beaucoup de bruit, ralentissant les votes et dépassant largement les temps de parole conventionnels. « Ils veulent créer une sale ambiance pour que l'on dise que ça s'est mal passé », pestait Christophe Borgel, proche de Martine Aubry. Quoi qu'il en soit, Ségolène Royal est parvenue une nouvelle fois à apparaître au-dessus des jeux d'appareils.

Deux scrutins étaient prévus ce samedi. Un pour élire le secrétariat national, le gouvernement du parti, désigné par le premier secrétaire, et l'autre pour adopter un texte d'orientation politique, pour la période courant de 2008 à 2011.

Le bureau national
également renouvelé


Autre tête de l'exécutif socialiste avec le secrétariat national, le bureau national a également été désigné ce samedi. A la différence du secrétariat national, ce n'est pas le premier secrétaire qui propose les 76 membres, la liste est constituée proportionnellement au vote sur les motions. Il est chargé de « l'administration et la direction du parti dans le cadre des attributions que lui délègue le conseil national ».

Martine Aubry devrait davantage s'appuyer sur le secrétariat national qui a été décalé du mercredi matin au mardi matin chaque semaine, tandis que le bureau national se déroulera toujours le mardi après-midi, mais seulement une semaine sur deux.

L'ancien premier secrétaire François Hollande en reste membre, mais Bertrand Delanoë n'en fait plus partie. S'il reste « plus que jamais militant », il a décidé de « prendre un peu de recul pour réfléchir encore plus », après onze années passées au bureau national (cliquer ici pour voir la liste complète).

Martine Aubry avait promis une direction resserrée à une quinzaine de membres, mais ce sont 38 noms (auxquels viendront de plus s'adjoindre dans les semaines qui viennent une vingtaine de secrétaires nationaux adjoints) qui ont été révélés, fruits d'une intense négociation entre son propre camp et ceux de Bertrand Delanoë et de Benoît Hamon, les royalistes ayant décidé la veille de ne pas y participer.

38 membres, dont quatre qui constitueront la garde rapprochée de la nouvelle première secrétaire :

  • François Lamy, conseiller politique
  • Benoît Hamon, porte-parole
  • Harlem Désir, chargé de la coordination
  • Arnaud Montebourg, chargé de la rénovation

La maire de Lille s'est toutefois fait fort de rappeler que le secrétariat national est totalement mixte (19 femmes, 19 hommes) et comporte 20% de membres « aux couleurs de la France » (cliquer ici pour voir la liste complète).

« Mon intervention dérange, je laisse la place »

Si l'habituel vote à main levée s'est déroulé dans un calme relatif, les débats et le scrutin sur le texte d'orientation politique ont été beaucoup plus houleux. En témoigne la première salve lancée d'entrée par Julien Dray, partisan de Ségolène Royal :

« On ne peut pas diriger le parti en pensant qu'il y a une bonne partie et une mauvaise partie de ce parti. J'entends dire, parmi mes camarades, qu'il y avait deux orientations, mais ce sont quatre grands textes qui ont été soumis au vote des militants. Il ne faut pas faire d'additions hasardeuses, dire qu'il y a 70% d'un côté et 30% de l'autre. Nous pensions qu'entre Michel Rocard et Gérard Filoche, nous avions notre place… »

Le royaliste suivant à la tribune, François Rebsamen, est à peine plus tendre pour exprimer son « regret que ce rassemblement n'ait pas pu se faire ». Avant de dépasser très largement le temps imparti de cinq minutes par personne, d'échanger des mots au micro avec le nouveau président du conseil national, Michel Destot, et de s'arrêter net : « Je vois que mon intervention dérange. Si elle dérange, je laisse la place. »

L'ambiance est même devenue franchement hostile lorsque les royalistes ont réclamé un vote nominatif sur le texte d'orientation politique, puis une suspension de séance. Le double refus des aubrystes n'a fait qu'envenimer les choses. Julien Dray est revenu à la charge, statuts du parti à l'appui, permettant finalement la pause.

« Regardez bien les annales, ça n'est jamais arrivé ! »

Les esprits calmés et le vote nominatif également accepté, le long égrenage des noms des conseillers nationaux pouvait commencer. Résultats des votes exprimés à haute voix : 146 pour, 72 abstentions. Le texte est adopté en l'état, mais Vincent Peillon, bras droit de Ségolène Royal, fait aussitôt remarquer :

« Aujourd'hui, un conseil national composé de plus de 300 membres a approuvé cette ligne à moins de 150 membres. Ça s'appelle une minorité. Une semaine après le congrès, il n'y a pas de majorité pour voter cette orientation politique. Regardez bien les annales, ça n'est jamais arrivé ! »

Surtout, Vincent Peillon accuse : « Tout ça a été fait pour mettre Ségolène Royal dehors. » Tout ça, c'est François Rebsamen qui l'explique notamment en pointant « les phrases rajoutées » dans le texte d'orientation politique, particulièrement sur le refus d'alliance avec le MoDem, « seulement pour ne pas nous faire entrer dans la direction du parti ».

Le nouveau porte-parole du parti, Benoît Hamont, est monté à la tribune pour siffler la fin du match :

« Vous nous proposez des prolongations, on n'a pas envie, je vous le dis très clairement. Il faut savoir terminer une partie. Prenons au sérieux l'étape qui est devant nous : comment résoudre la crise sociale ? »

Pas sûr que l'injonction suffise pour rafistoler un parti scindé. Même si Martine Aubry lui emboîte le pas dans un discours de 90 minutes, et assure que la porte du PS sera « toujours ouverte » à la présidente de Poitou-Charentes. « La porte est toujours fermée », a rétorqué Vincent Peillon.

5 commentaires sélectionnés

Portrait de Servais-Jean

De Servais-Jean 4591

HS | 03H03 | 07/12/2008 | Permalien

La finesse politique de Martine Aubry me sidère, elle ne se rend pas compte qu'elle vient de mettre en jeu l'existence du PS et de prendre une responsabilité qui la dépasse. Elle fait le jeu des futurs candidats à la présidentielle qui ne manqueront pas de s'étriper le moment venu. c'est une marionnette entre les mains des combinards du PS.
Une giffle à des millions de français.

Portrait de Dominique Alain

De Dominique Alain

08H39 | 07/12/2008 | Permalien

Ségolène a perdu !

Ségolène faisait 65 % des voix à la désignation à la présidentielle

Ségolène a rassemblé p^resque la totalité des voix des socialistes et des gens de gauche à l'élection présidentielle, Besancenot et Laguillier ont appelé à voter pour elle. Ca fait 17 millions de voix

Aujourd'hui, elle est à 50 % . Non, Mme Royal : Ce n'est pas considérable ! ! ! ! Quand on vient de 17 millions de voix ! C'est une biture, un échec, une branlée, une claque.

Ségolène Royal est aujourd'hui à 34 % de popularité
selon TNS Soffres ; celle de Martine Aubry est à 49 %

Bref, je souhaite vraiment que Martine puisse réussir. Je souhaite également que l'on crée pas de nouveau un autre 21 avril 2002 !

Je souhaite que les partisans de Ségolène, ceux de Matine, de Mélanchon puissent se retrouver, se rassembler, se réconcilier. Je souhaite l'unité de la gauche. Sinon, comme le dit Martine : « on aura tous perdu »

A gauche, nous avons presque tous voté Ségolène à la présidentielle, pour éviter un 21 avril 2002 et un vote anti Sarko…

N'oublions pas que notre combat est celui contre les inégalités sociales, réinventer l'ascensseur social, l'égalité devant les soins etcccc.

Ne nous perdons en lutte fratricie ! Concentrons nos énergies à lutter contre la politique de la droite !

Je te croiserai peut être Damida dans une manif,en train de lutter pour les mêmes combats, les mêmes causes ….

Portrait de xavier-xavier

De xavier-xavier

muntagnolu | 10H31 | 07/12/2008 | Permalien

Dire que beaucoup prenaient S Royal pour une cruche !
Son activité depuis un mois montre un sens tactique affirmé.
Première étape : s'appuyer sur le triste spectacle du congrès de Reims, spectacle qu'elle-même a en grande partie provoqué et organisé , pour se faire sacrer directement par le vote militant comme première secrétaire.

Seconde étape : une mise en scène et une manipulation éhontées le soir de l'élection du premier secrétaire visant à affaiblir durablement la légitimité de M Aubry et à poser S Royal en victime.

Troisième étape aujourd'hui : en refusant de participer aux instances du PS et en s'installant dans l'opposition, elle attend son heure en laissant M Aubry gérer les difficultés, les contradictions de sa majorité, les échecs éventuels.
En attendant de cueillir le PS comme un fruit mûr et de le mettre au service de son ambition présidentielle, S Royal soignera son image vertueuse, laissant à ses porte-flingues le soin de mener la vie dure à la direction du PS.

Portrait de noftal

De noftal

09H52 | 07/12/2008 | Permalien

Ce qui est bien avec Mme Royal, c'est qu'elle est d'une lisibilité rare. On sait à l'avance comment elle va se comporter, et on n'est jamais étonné de lire le compte-rendu de ce qu'elle fait ou dit.
- Elle se veut humaniste et respectueuse d'autrui, son éducation chrétienne étant bien enracinée en elle. Mais comme elle n'est pas plus vertueuse que les autres, elle se garde d'être en première ligne lorsqu'elle monte des coups bas. Elle envoie (ou laisse) ses porte-flingues faire le sale boulot. Cela lui préserve sa bonne conscience.
- Elle est ambitieuse mais n'ose le dire et l'avouer, voire l'assumer. Alors elle feint le désintéressement en se prêtant le rôle de conciliateur (« mettons nos ambitions au frigidaire »). Cela lui permet de ralentir la progression de ses concurrents pour mieux pouvoir les rattraper par la suite. C'est exactement ce qui s'est passé ces derniers mois.
- Elle tape sur le PS mais n'a pas assez de conviction pour le quitter définitivement comme un Mélenchon (le parti peut lui être utile un jour). Elle refuse de prendre part personnellement aux responsabilités du PS que lui propose Mme Aubry. Ainsi, si le PS s'enlise, elle pourra dire « je n'en suis pas ». Si le PS réussit, elle pourra s'associer au succès.

Les citoyens seront-ils dupes dans 3 ans ?

Portrait de huck

De huck

Riendutoutiste | 09H58 | 07/12/2008 | Permalien

C'est bizarre cette façon enfantine qu'ont à s'exprimer les détracteurs de Ségolène Royal. Des Marie-Ségolène, des Sainte-Ségo et tout un tas de surnoms tentant de rabaisser la personne.
Pour le fun, quels sont les surnoms que vous affublez Martine Aubry et Bertrand Delanoé ?

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