Bout par bout, Ségolène Royal peut-elle aller au bout ?

Ségolène Royal en octobre à Paris (Audrey Cerdan/Rue89).

Il l'a appelée la « théorie des bouts ». Pas des « bouh », ironise-t-il comme à son habitude, des « bouts » ! Il, c'est François Hollande. Et cette théorie, il l'a exposée lors d'un déjeuner avec la presse, avant le vote sur les motions de jeudi dernier.

Détails : si une motion arrive en tête sans recueillir 50% des suffrages des militants et sans parvenir à faire alliance avec une ou plusieurs autres motions au complet, ce vainqueur minoritaire peut tout de même devenir majoritaire en débauchant personne par personne dans les autres camps.

C'est précisément le cas de figure qui semble se dessiner pour la motion portée par Ségolène Royal. Elle a remportée la première manche jeudi, mais reste à confirmer en transformant ses quelque 30% en plus de 50% avant le congrès de Reims le week-end prochain, et avant le second vote des militants, cette fois pour le nouveau Premier secrétaire le 20 novembre (et le 21 en cas de second tour).

« Voir comment constituer la meilleure équipe possible »

Si, conformément à son statut de vainqueur, Ségolène Royal a déjà contacté les premiers signataires des motions concurrentes pour appeler officiellement au rassemblement, elle a en effet aussi chargé son équipe de contacter leurs proches disséminés dans les rangs adverses.

Stratégie dont l'ex-candidate à la présidentielle ne s'est d'ailleurs pas cachée dès vendredi matin, au micro de France Inter :

« Ce qui m'a beaucoup plu dans cette campagne, c'est d'avoir réussi à souder, à fédérer une équipe. (…) Je leur ai demandé de prendre aussi des contacts pour voir comment nous pouvons constituer la meilleure équipe possible. » (Voir la vidéo)



Réchauffer la piste d'un Premier secrétaire non présidentiable

Parmi les premiers à entendre leur téléphone sonner, les anciens alliés partis voir ailleurs si l'herbe était plus verte et surtout le pré carré réservé plus grand. Deux entre autres : Arnaud Montebourg, ex-porte-parole durant la présidentielle mais aujourd'hui soutien de Martine Aubry ; Michel Sapin, ami intime de longue date de l'ancien couple phare du PS, qui avait préféré se ranger derrière François Hollande et Bertrand Delanoë.

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Pour s'attirer leur faveur, elle pourrait songer à ne pas ressortir elle-même du « frigidaire », mais à réchauffer plutôt la piste d'un Premier secrétaire non présidentiable. L'un de ses soutiens, Julien Dray, a d'ailleurs glissé ce dimanche sur Canal+ : « Ça pourrait être moi. » Tous les regards se tournent cependant vers le favori au sein des royalistes, Vincent Peillon, qui a préféré botter en touche, plus tôt dans la journée sur France Info :

« Pour mon compte, je n'ai jamais été candidat et je pense que la méthode qui consiste à placer les idées, le projet, le rassemblement des socialistes avant les questions de personnes est la bonne. Donc je m'applique à moi même ce que je pense être juste pour les autres, et à ce stade ce n'est pas la question. »

Une stratégie qui aurait l'heur de sauvegarder l'image présidentielle de Ségolène Royal, et de plaire aux tenants de La ligne claire, ces barons locaux qui ont encore prouvé jeudi leur énorme capacité à faire voter leurs militants comme ils l'entendent (pour Ségolène Royal, en l'occurrence). Le Lyonnais Gérard Collomb et le Marseillais Jean-Noël Guérini en tête avaient posé comme condition à leur soutien que le futur Premier secrétaire ne soit pas le prochain candidat du parti en 2012.

Mettre fin à la polyphonie du Parti socialiste

La manœuvre n'est toutefois pas sans risque. Vidées d'une partie de leur substance, le reste des autres motions pourraient alors être tenté par l'édification d'une coalition anti-Ségolène Royal, menée potentiellement par Benoît Hamon, puisqu'il est le seul pour l'heure à être « plus que jamais candidat au poste de Premier secrétaire » (dixit lui-même).

Il est l'autre grand vainqueur du vote de jeudi. Avec 19% des suffrages militants, le député européen, « quasi inconnu jusque-là » (re-dixit lui-même), représente l'autre ligne du changement. Bertrand Delanoë à cause du soutien de François Hollande et Martine Aubry de celui de Laurent Fabius ont été assimilés à la direction sortante du parti, celle des éléphants.

La ligne du changement à gauche, qui refuse toute alliance avec le MoDem sur un programme autre que le programme socialiste, à l'inverse de Ségolène Royal, mais (et ça leur ferait un dénominateur commun) à l'image de Bertrand Delanoë et Martine Aubry. D'autant que la motion de Benoît Hamon a toutes les chances d'être celle qui sera le moins pillée par les royalistes.

Seuls deux camps subsisteraient ainsi, un majoritaire et l'autre minoritaire. Ce qui permettrait de mettre fin à la polyphonie du parti (lorsque Ségolène Royal parle, comme lorsque Laurent Fabius s'exprime, on dit pareillement « le PS pense que »). Et d'éviter que les socialistes ne repartent de Reims à bout… de souffle.

Photo : Ségolène Royal en octobre à Paris (Audrey Cerdan/Rue89).

5 commentaires sélectionnés

Portrait de Asse42

De Asse42

Royalais | 23H28 | 09/11/2008 | Permalien

Julien… Arrêtez de dire n'importe quoi bordel ! Franchement Hamon ne s'opposera pas à Royal il est cuit et personne ne le suivra à part les fabiusiens. Et encore tellement ils ont peur de disparaitre de la direction qu'ils ne le suivrait pas.

Dites ce serait possible d'avoir un bon analyste politique sur le PS et qui ne soit pas engagé bêtement dans un TSS. SVP. Please. Siouplait. Parce qu'on bouffe du sarkozy toute la journée alors on aimerait prendre de la hauteur et des vraies analyses objectives et argumentées qu'on prenne plaisir à débattre mais là…

Portrait de phil40

De phil40

insertion professionnelle | 08H21 | 10/11/2008 | Permalien

La motion que soutenait SR et son équipe est largement en tête sur les autres parce qu'elle est la seule à avoir pris en compte la volonté des militants de participer activement à la vie de leur parti.
Le concept de démocratie participative n'est pas une vue de l'esprit, nous avons beaucoup participé à l'élaboration de notre motion.
Je verrai bien Vincent PEILLON 1er secrétaire.
Concernant HAMON, son résultat est comparable à ce que fait cette motion lors des congrés précédent, entre 15 et 16 %, sans l'apport des voix de Jean Luc MELENCHON qui ne s'est pas trompé dans son analyse avant de partir.

Portrait de Phil2922

De Phil2922

Retraite invalidité | 08H37 | 10/11/2008 | Permalien

Melenchon et dolez feraient une grave erreur politique en créant un nouveau parti politique. Il faudrait qu'ils rejoignent le NPA, ainsi que des communistes et des Alter-mondialistes. En face, la droite a su s'unifier dans l'UMP, même si à l'intérieur, il y a plusieurs droites.

Quand à Ségolène Royal, a t'elle besoin de se retrouver à la tête d'un parti politique moribond pour préparer 2012… ? Je pense qu'avec son truc de « démocratie participative » et « Désirs d'avenir », elle a assez pour préparer 2012… ! !

http://phil195829.overblog.com

Portrait de St.Sainclair

De St.Sainclair

Ecologiste | 09H13 | 10/11/2008 | Permalien

Le PS cherche son Obama, mais en ne parvenant à dégager aucune majorité claire au 1er tour, ce vote ressemble furieusement à ceux précédents. Le risque pour le PS est donc pour moi double :
- 1er risque : Mettre, comme vous l'écrivez un premier secrétaire non-présidentiable, une sorte de Hollande bis. Le PS repousserait l'heure du débat aux calendes grecques et risquerait d'arriver encore mal préparé aux prochaines élections. Mitterrand, Chirac, ou Sarkozy ont réussi en controlant, au préalable un parti politique.
- 2e risque : Faire un congrès de Rennes-bis. Les éléphants se déchirent mais il n'y a plus le ciment du mitterandisme pour éviter l'implosion. Et déjà, Melenchon est parti.

Mais après les primaires américaines, et la lutte fratricide chez les démocrates, n'annonçait-on pas la victoire de Mac Cain ? Le pire n'est donc jamais certain

http://www.auboisementcorrect.com/Chacun-cherche-son-Obama.html

Portrait de Suzanne Citron

De Suzanne Citron

Historienne et auteure | 09H51 | 10/11/2008 | Permalien

Dans son livre « la Révolution française n'est pas terminée“( Seuil), Vincent Peillon indique clairement la nécessité de REFONDER une pensée socialiste, en réhabilitant notamment l'héritage du socialisme fraternel des quarante huitards)et en repensant la République elle-même dans une démarche critique.

La question semble posée, dans les discussions d'aujourd'hui, de la recomposition du P.S. autour de Vincent Peillon présenté par l'équipe de Ségolène Royal comme possible secrétaie national. Souhaitons-lui de réussir dans la formulation d” une véritable alternative à la République sarkozyste mais aussi, avec une forte équipe, d'amorcer les propositions de l'inéluctable challenge d'un autre modèle de développement pour une Europe et une France frappées par la crise.

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