Martine Aubry : « Les 35 heures n'étaient qu'une étape »

Avec la maire de Lille, Rue89 poursuit sa série d'interviews des leaders socialistes présentant une motion au congrès du PS.

Martine Aubry à La Bellevilloise jeudi à Paris (Audrey Cerdan/Rue89).

Rue89 continue de faire Le point sur les roses. La semaine précédant le vote du 6 novembre des militants socialistes sur les motions, nous publions chaque jour, en association avec DailyMotion, l'interview en vidéo du leader d'un des six textes présentés au congrès de Reims. Quatrième de la série : Martine Aubry, première signataire de la motion « Changer à gauche pour changer la France ».


Une heure avant un meeting à La Bellevilloise, une salle du XXe arrondissement de Paris, Martine Aubry s'inquiète. Elle s'inquiète de savoir si notre entretien va porter assez longuement sur le social. En ces temps de crise, l'ex-ministre de l'Emploi et de la Solidarité entend faire montre de ses compétences en la matière.

Ledit entretien portera sur toute sa motion, intitulée « Changer à gauche pour changer la France », dont évidemment le social, puisqu'il en est largement question. Largement, en effet, mais un premier constat s'impose : si la « dame des 35 heures » consacre un chapitre de son dernier livre à cette réforme phare du gouvernement Jospin, il n'en est que très peu question dans la motion.

Une discrétion d'autant plus surprenante que la majorité en place a quasiment achevé de démanteler les 35 heures avec la facilitation du recours aux heures supplémentaires. Explication :

« Les 35 heures ont rempli leur mission. (…) Mais les réponses de 2008 ne sont pas celles de 1997. Aujourd'hui, il faut penser le temps tout au long de la vie. Ce qui permet de lier l'âge auquel on est sorti de l'école, la formation et la progression de chacun, et l'âge de la retraite.

Ce qui permet aussi de fixer des règles justes, en disant par exemple qu'une année comptera 1,3 ou 1,5 année… si le travail a été pénible, et en permettant ainsi à ceux qui ont été usés par le travail de partir plus tôt. »


« Attaquer le chômage par tous les bouts »

Les 35 heures étaient donc « une étape » vers ce qu'elle « propose aujourd'hui ». Pour endiguer un chômage reparti à la hausse depuis juillet (avec un pic d'augmentation de 2,2% au mois d'août), Martine Aubry « pense qu'il faut changer totalement de politique ». Et propose de « l'attaquer par tous les bouts » en relançant « la croissance par le pouvoir d'achat » :

  • « Augmenter le Smic » sans attendre le mois de juillet car l'inflation est forte.
  • « Supprimer les exonérations de cotisations patronales » aux entreprises qui n'ont pas signé dans les six mois un accord salarial.
  • « Aider les entreprises qui créent des emplois » en asseyant ces cotisations sur tous les éléments de la valeur ajoutée, et non plus sur les seuls salaires.
  • « Augmenter les aides » : allocation de rentrée scolaire, allocations familiales et chèque transport. (Voir la vidéo)




« 360 milliards pour les banques
et pas 1,5 milliard pour le RSA »

Pour financer ces mesures, la maire de Lille veut « remettre en cause la loi Tepa [appelée aussi “paquet fiscal”, qui coûte jusqu'à 15 milliards d'euros en année pleine, ndlr] et une partie de ces niches fiscales, qui sont ces avantages donnés à certains, qui ont augmentées depuis 2002 de 20 milliards d'euros ».

Pourtant, à l'heure où le Medef, par la voix de sa présidente Laurence Parisot, dénonce qu'à « chaque nouvelle idée, le gouvernement crée une nouvelle taxe », Martine Aubry ne devrait-elle pas être satisfaite, elle qui se dit « favorable aux impôts » ?

« Tout dépend à qui on baisse les impôts et pour quoi faire ! (…) L'impôt est aussi un outil de solidarité nationale, donc prendre moins aux pauvres et prendre plus à ceux peuvent payer.

Quand Nicolas Sarkozy est arrivé, il a appliqué une politique libérale sans aucun scrupule. (…) Comment les Français peuvent-ils comprendre qu'on ait trouvé 360 milliards pour les banques et pas 1,5 milliard pour le RSA ? »

Un plan de sauvetage des banques, dont elle comprend toutefois que le groupe PS à l'Assemblée nationale n'ait pas voté contre, car « cette crise pouvait entraîner l'ensemble de l'économie », même s'il elle déplore le manque « de contreparties et de garanties ». (Voir la vidéo)




« Le Grenelle est aujourd'hui une déception »

Déçue, elle l'est également par le projet de loi sur le Grenelle de l'environnement, actuellement à l'examen au Parlement. Sa motion souligne qu'elle en attendait beaucoup plus : « Le Grenelle de l'environnement a été un espoir, il est aujourd'hui une déception. »

Là aussi, elle comprend le vote positif des députés socialistes, parce que « la loi est ambitieuse dans ses propositions et dans ses objectifs », « mais maintenant il faut des moyens » : plus d'aides aux collectivités locales pour assurer « le développement durable et réduire les charges pour des populations qui ont du mal à finir leurs fins de mois ».

Il s'agit cependant d'un domaine où elle espère beaucoup de l'Europe. « Il pourrait y avoir une vraie politique de l'énergie au niveau européen (…) pour construire durable en Europe. » Une politique qui pourrait être mise en place par les Vingt-sept, à l'inverse de « l'harmonisation fiscale ou sociale » qui nécessiterait plutôt des « coopérations renforcées entre quelques pays ». (Voir la vidéo)




« La démocratie participative
ne doit pas remplacer la politique »

Martine Aubry est plus critique sur le PS lorsqu'elle évoque la campagne de la dernière présidentielle. « Le Parti socialiste n'a pas suffisamment travaillé à un projet solide et crédible », écrit-elle, avant d'ajouter face caméra : « Aujourd'hui, Solférino [le siège du PS, ndlr] est vide. »

Même si « elle en prend sa part de responsabilité » et assure ne pas viser la démocratie participative chère à Ségolène Royal, elle glisse à l'adresse de sa meilleure ennemie :

« La démocratie participative ne doit pas remplacer la politique. La politique doit donner le sens, doit donner la vision. »

Et quand on évoque son alliance avec le MoDem au deuxième tour de l'élection municipale de Lille, c'est encore l'ex-candidate à la présidentielle, qui avait demandé dans l'entre-deux-tours à François Bayrou d'être son Premier ministre en cas de victoire, qui semble en prendre pour son grade :

« Ceux qui me le reprochent aujourd'hui sont parfois ceux qui ont fait appel au MoDem parce qu'il craignaient de ne pas être réélus sans lui, et avant le premier tour ; ou ceux qui au niveau national pensaient que, avant de réunir la gauche, on pouvait aussi se rapprocher du MoDem. » (Voir la vidéo)



A Reims, la maire de Lille et son attelage de soutiens hétéroclites (Laurent Fabius, Arnaud Montebourg, Jack Lang, Jean-Christophe Cambadélis…) auront fort à faire pour devancer la motion de la présidente de Poitou-Charentes. Un pronostic ? « Je ne sais pas… Vraiment… », conclut-elle dans un sourire.

Photo : Martine Aubry à La Bellevilloise jeudi à Paris (Audrey Cerdan/Rue89).

3 commentaires sélectionnés

Portrait de AlfredoGarcia

De AlfredoGarcia

Rien | 12H30 | 03/11/2008 | Permalien

C'est sans l'ombre d'une doute la meilleur préparée, et la seule capable de créer un « choc parlementaire » qui ferait la droite à trémousser devant l'opposition, et ce ne serait pas le « weekend pour la réforme du capitalisme » de Devedjian (dont le ridicule a échappé à tous les médias, Rue89 inclus) qui suffirait comme réponse du parti parlementaire majoritaire à la crise. (cela démontre l'état de délabrement de la démocratie parlementaire en France : deux jours de papote pour « changer » le capitalisme mondial mrd)
Je voudrais bien voir un Jean-François Coppé, un Frédéric Lefebvre ou un Dominique Paillé tenir une controverse avec Martine Aubry.

Portrait de Phil2922

De Phil2922

Retraite invalidité | 14H04 | 03/11/2008 | Permalien

Pour présenter sa motion, Martine Aubry n'est pas trop mauvaise, mais en ayant été au pouvoir, elle perd beaucoup de crédibilités…Exemple : Les syndicats les avaient prévenus que l'application des 35h à l'hôpital sans plus d'embauches de personnel, poserait beaucoup de problème, mais imbus de leur pouvoir, ils n'en ont pas tenu compte. On a vu le résultat. D'autre part, elle cite souvent Lionel Jospin qui a privatisé les Télécoms, alors que quelques mois avant, il avait signé une pétition nationale contre cette privatisation. Il n'était pas encore, il est vrai, au pouvoir… !
Je ne sais pas si elle l'image d'un PS à la dérive, mais elle appartient à un parti qui a toujours trahi les ouvriers une fois au pouvoir… ! !

http://phil195829.overblog.com

Portrait de Theokafe

De Theokafe

vigilant | 14H50 | 03/11/2008 | Permalien

Son Bilan est le meilleur de tous les élus de gauche de ces 10 dernières années :

La CMU, le congé parental, les emplois jeunes, la baisse du chômage, les 35h…

Pas facile de trouver un autre candidat au poste de premeir secrétaire avec le même cv !

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