
Croissance, conso, travail : les « dogmes » que combat Utopia
Avec les altermondialistes, Rue89 poursuit sa série d'interviews des leaders socialistes présentant une motion au congrès du PS.

Rue89 continue de faire Le point sur les roses. La semaine précédant le vote du 6 novembre des militants socialistes sur les motions, nous publions chaque jour, en association avec DailyMotion, l'interview en vidéo du leader d'un des six textes présentés au congrès de Reims. Deuxièmes de la série : Corinne Morel-Darleux et Sylvain Raifaud, membres de la direction d'Utopia.
L'utopie d'Utopia commence par la gestion groupée de ce mouvement qui baigne autant dans les milieux politiques de gauche que dans la vie associative. Proches de la Ligue des droits de l'homme ou d'Attac, leurs membres se déplacent souvent à plusieurs pour les interviews. C'est aussi le cas des autres tenants de motions socialistes, mais les accompagnateurs gèrent généralement les relations presse et demeurent dans l'ombre.
Pour cette interview, deux membres de la direction du mouvement, Corinne Morel-Darleux et Sylvain Raifaud, sont venus dans les locaux de Rue89. Les deux ont répondu de la motion face caméra.
Et si l'utopie est entendue comme un idéal imaginaire et irréalisable, qu'importe. Car comme l'indique le sous-titre de leur motion : « Ils ont échoué parce qu'ils n'avaient pas commencé par le rêve » (ok, c'est de Shakespeare, c'est indiqué).
« Le travail est beaucoup trop souvent subi »
Pour atteindre leur utopie, il faudra en changer des choses dans la société actuelle. C'est pour ce faire qu'ils écrivent que « pour construire, il faut préalablement déconstruire ». Les « dogmes » qu'il faut déconstuire, « il y en a trois principaux » :
- « La religion de la croissance », qui a pris le pas sur la redistribution des richesses.
- « La société de consommation » et particulièrement le consumérisme.
- « La centralité de la valeur travail », qui ne doit plus être un impératif à l'accès aux droits fondamentaux.
Le paradoxe est que le travail est souvent perçu par nombre de chômeurs comme un lien social indispensable qu'il faut retrouver. Utopia ne le nie pas, mais déplore que ce lien ne se traduise pas dans la réalité, une fois le retour à l'emploi effectif :
« Pour un grand nombre de personnes qui travaillent, ce lien social est complètement détruit. Le travail est beaucoup trop souvent subi, précaire et ne permet pas de sortir d'une certaine pauvreté. »
Pour y remédier, Corinne Morel-Darleux souhaite « engager cette désaliénation par rapport au travail », notamment en faisant en sorte que « le travail redevienne une activité choisie, mais pas la seule, une activité parmi d'autres ». Une solution : les 32 heures, grâce aux gains de productivité. (Voir la vidéo)
« Le courage de faire des choix politiques »
Tendre vers cette utopie, la gauche (oui, on dit plus facilement « gauche » que « PS » chez Utopia) n'y parviendra que si elle a « le courage de faire un certain nombre de choix politiques ». Par exemple, l'instauration d'une fiscalité mondiale, alors même que l'Union européenne rencontre déjà toutes les difficultés du monde à édifier une harmonisation fiscale :
« Aujourd'hui, la difficulté, y compris au niveau européen, de mettre en place une fiscalité unique, c'est qu'on n'a pas la majorité et qu'il y a une certaine frilosité. (…) Ce n'est pas juste une position de principe, il y a des mécanismes financiers qui permettent techniquement de la rendre possible. C'est un choix politique. »
La crise financière actuelle achève leur démonstration. Sylvain Raifaud rappelle que « c'est la crise de 1929 qui a poussé les Etats-Unis a lever les impôts au niveau fédéral, et maintenant 60% des impôts aux Etats-Unis sont levés au niveau fédéral ». (Voir la vidéo)
« Je n'aurais pas voté la loi sur le Grenelle »
On le voit, Utopia pense en marge du Parti socialiste, même s'il entend agir notamment en son sein. En témoigne le volet écologique de leur motion. Utopia dénonce : « Le Parti socialiste n'est clairement pas assez écologiste, malgré les déclarations de bonnes intentions. »
Pourquoi alors ne pas agir de concert avec les tenants du Pôle écologique du PS ? Sylvain Raifaud :
« Sur un certain nombre de sujets, ils ne se prononcent pas de façon claire. Ils donnent une ligne écologiste, mais ils ne vont pas au bout de la réflexion. »
Notamment sur le nucléaire. Utopia met en avant le scénario Négawatt (« sobriété énergétique, efficacité énergétique et développement des énergies renouvelables ») qui pourrait permettre de « se passer du nucléaire ». Objectif nécessaire parce que « la pérennité du nucléaire n'est pas évidente » et « les risques qui sont liés à cette énergie » sont inquiétants.
En marge du Parti socialiste, Utopia l'est encore au sujet du Grenelle de l'environnement. Alors que le groupe PS de l'Assemblée nationale s'est prononcé unanimement en faveur du projet de loi actuellement à l'examen au Parlement, Corinne Morel-Darleux « ne l'aurait pas voté » en raison de ses doutes sur « la manière dont ça va être mis en oeuvre » et des « régressions énormes par rapport à l'intention » de départ. (Voir la vidéo)
« Si on n'aimait pas le PS, on n'y serait pas »
A se demander si les membres d'Utopia aiment le PS ! Corinne Morel-Darleux rassure -ou pas d'ailleurs- les militants socialistes : « Si on n'aimait pas le PS, on n'y serait pas. »
Leur tumultueuse histoire d'amour commune dure depuis 1996 et la création d'Utopia au sein du parti. Le mouvement en est déjà à sa troisième présentation de motion.
Utopia se garde bien toutefois de tresser des lauriers aux premiers signataires d'autres motions. Pour les questions d'alliances, ils verront plus tard. Mais ils comptent bien peser sur les débats en réalisant un score d'environ 5%. Aux derniers congrès de 2003 et 2005, Utopia avait à peine obtenu 1%. (Voir la vidéo)
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De Blaise11
I'm hard, but I'm fair. | 12H35 | 01/11/2008 |
1) « Les déchets nucléaires issus de la production d'énergie atomique représentent un risque sans précédent pour les générations à venir, certains restant en activité pendant des milliers d'années. À l'heure actuelle, aucune solution n'a été trouvée pour les retraiter de façon satisfaisante. Ni l'enfouissement ni le stockage ne peuvent être considérés comme durablement fiables. »
Pris sur le site de Négawatt.
2) La « Charte de l'environnement » a été adossée à la Constitution de la Cinquième République par la loi constitutionnelle n° 2005-205 du 1er mars 2005
« Le peuple français,
Considérant :
Que les ressources et les équilibres naturels ont conditionné l'émergence de l'humanité ;
Que l'avenir et l'existence même de l'humanité sont indissociables de son milieu naturel ;
Que l'environnement est le patrimoine commun des êtres humains ;
Que l'homme exerce une influence croissante sur les conditions de la vie et sur sa propre évolution ;
Que la diversité biologique, l'épanouissement de la personne et le progrès des sociétés humaines sont affectés par certains modes de consommation ou de production et par l'exploitation excessive des ressources naturelles ;
Que la préservation de l'environnement doit être recherchée au même titre que les autres intérêts fondamentaux de la Nation ;
Qu'afin d'assurer un développement durable, les choix destinés à répondre aux besoins du présent ne doivent pas compromettre la capacité des générations futures et des autres peuples à satisfaire leurs propres besoins,
Proclame :
Article 1er. - Chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé.
Article 2. - Toute personne a le devoir de prendre part à la préservation et à l'amélioration de l'environnement.
Article 3. - Toute personne doit, dans les conditions définies par la loi, prévenir les atteintes qu'elle est susceptible de porter à l'environnement ou, à défaut, en limiter les conséquences.
Article 4. - Toute personne doit contribuer à la réparation des dommages qu'elle cause à l'environnement, dans les conditions définies par la loi.
Article 5. - Lorsque la réalisation d'un dommage, bien qu'incertaine en l'état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l'environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution et dans leurs domaines d'attributions, à la mise en œuvre de procédures d'évaluation des risques et à l'adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage.
Article 6. - Les politiques publiques doivent promouvoir un développement durable. A cet effet, elles concilient la protection et la mise en valeur de l'environnement, le développement économique et le progrès social.
Article 7. - Toute personne a le droit, dans les conditions et les limites définies par la loi, d'accéder aux informations relatives à l'environnement détenues par les autorités publiques et de participer à l'élaboration des décisions publiques ayant une incidence sur l'environnement.
Article 8. - L'éducation et la formation à l'environnement doivent contribuer à l'exercice des droits et devoirs définis par la présente Charte
Article 9. - La recherche et l'innovation doivent apporter leur concours à la préservation et à la mise en valeur de l'environnement.
Article 10. - La présente Charte inspire l'action européenne et internationale de la France ».
…
3) Conclusion : la production d'énergies nucléaire est un acte anticonstitutionnel. Une action juridique est envisageable.
4) solution : Application de la Constitution et de son principe de précaution : moratoire.
Arrêt progressif de toute production nucléaire et reprise par la suite d'une production nucléaire que si la solution du retraitement de ses déchets a été trouvée. Remplacement par une mise en place drastique des énergies solaires et éoliennes.
… 5) Suis-je un intégriste écologique ? !
De pablico
14H00 | 01/11/2008 |
Une utopie peut désigner également une réalité difficilement admissible : en ce sens, qualifier quelque chose d'utopique consiste à le disqualifier et à le considérer comme irrationnel. Cette polysémie, qui fait varier la définition du terme entre texte littéraire à vocation politique et rêve irréalisable, atteste de la lutte entre deux croyances, l'une en la possibilité de réfléchir sur le réel par la représentation fictionnelle, l'autre sur la dissociation radicale du rêve et de l'acte, de l'idéal et du réel.
une réalité difficilement admissible…
mais quand on fini par l'admettre ce n'est plus une utopie, cela devient du plus banal…
je ne suis ni révolutionnaire, ni réformiste, comme je n'ai aucun pouvoir, pas plus que vous, j'essaye d'analyser à froid, ce que mes contemporains réagissent à chaud.
De affreuxjojo
14H37 | 01/11/2008 |
La fin de l'esclavage, la démocratie, la séparation des pouvoirs ont été présentés en leur temps comme de risibles utopies. Ces utopies ont pourtant été réalisées. Il n'y a pas de politique digne de ce nom qui n'intègre une part d'utopie. Etre réaliste conduit a accepter toutes les régressions sociales comme des fatalités. Alors, vive l'utopie !
De zorbec
retraité | 16H54 | 01/11/2008 |
J'ai une utopie plus proche pour vous :
« Je ne vous mentirais pas,je ne vous trahirais pas »
53% des électeurs ont crus en cette« utopie »