
Caresche : « La crise financière est liée à la crise écologique »
Avec le député de Paris, Rue89 initie une série d'interviews des leaders socialistes présentant une motion au congrès du PS.

Rue89 continue de faire Le point sur les roses. La semaine précédant le vote du 6 novembre des militants socialistes sur les motions, nous publions chaque jour, en association avec DailyMotion, l'interview en vidéo du leader d'un des six textes présentés au congrès de Reims. Premier de la série : Christophe Caresche, chef de file du Pôle écologique.
Christophe Caresche nous reçoit dans son bureau de l'Assemblée nationale. Il ferme la porte pour que son collaborateur puisse continuer de travailler dans la minuscule pièce adjacente. Le temps de tomber sa veste d'élu et d'enfiler ses habits de leader de motion pour le congrès du PS, l'interview peut commencer.
Le ton est donné d'emblée : « Cette crise financière, pour nous, elle est liée à la crise écologique. » Une première affirmation qui cadre parfaitement avec le titre du texte qu'il défend : « Pour un Parti Socialiste résolument écologique ».
Selon le déjà expérimenté parlementaire, il y a urgence. Urgence à faire savoir « que l'on court à la catastrophe » s'il n'est pas fait face à cette crise écologique. Alors, avec ses compères (pas les plus connus du parti : la sénatrice Nicole Bricq, l'ex-numéro deux de Greenpeace International Bruno Rebelle, le fondateur de la Netscouade Benoît Thieulin…), il s'y emploie, parce qu'il connaît les difficultés « à le faire partager à certains nombre de responsables socialistes ».
« Une crise inédite dans l'histoire de l'humanité »
La mesure du remède doit être adaptée à l'ampleur de la crise. Christophe Caresche pense « qu'on peut à la fois régler la crise économique et la crise écologique ». Isolation des logements, transports moins polluants… Il faut y mettre les moyens. Sans « laisser filer l'endettement de la France » -cela « impacterait les générations futures »-, mais en menant une politique de redéploiements budgétaires.
Des moyens sans précédent puisque que le constat est sans appel, la crise écologique étant « une crise spécifique, inédite dans l'histoire de l'humanité, qui structurellement condamne le système économique dans lequel nous sommes » :
« Ce n'est pas une crise d'un système qui s'affole, c'est une crise structurelle. Le système, s'il continue comme cela, ne pourra pas y faire face. Il n'y aura pas un FMI, des Etats pour aider le système à se remettre d'aplomb. » (Voir la vidéo)
« Sarkozy est beaucoup dans l'opportunisme »
Pour venir à bout de cette crise écologique, il faut donc pour l'heure se porter au chevet des banques atteintes de folie spéculative. Christophe Caresche ne le conteste pas. Même si le groupe PS à l'Assemblée nationale s'est abstenu sur le plan de sauvetage de 360 milliards d'euros concocté par Nicolas Sarkozy, lui ne le dénigre pas.
Il est même d'accord avec le chef de l'Etat sur un point que beaucoup d'autres socialistes n'ont pas manqué de fustiger : on peut entrer dans le capital de banques en difficultés, mais il ne faut pas y rester. La nationalisation ne constitue pas forcément la solution. Preuve en est : « Le Crédit Lyonnais, qui a été la plus importante crise bancaire de ses dernières années, était une banque publique. » Etre d'accord ne signifie toutefois pas être dupe :
« Nicolas Sarkozy, c'est quelqu'un qui est beaucoup dans l'opportunisme, quelqu'un qui a très peu de cohérence, mais qui a une certaine habileté à saisir ce qui passe. Lorsqu'il demande qu'il y ait un nouveau Bretton Woods, on ne peut que le soutenir, il a raison. » (Voir la vidéo)
« Tirer parti de la révolution numérique »
De « cohérence », lui dit ne pas en manquer. C'est pour cela qu'il a éludé nombre de sujet dans sa motion. Pour « montrer la cohérence d'un projet nouveau ». L'écologie avant tout. Ce qui fait passer le Pôle écologique à côté de quelques sujets, comme la surpopulation carcérale, alors même que Christophe Caresche est l'auteur du livre « Prison, peine perdue : pour une autre politique de sécurité et de justice » (Seuil, 2006).
Autre oubli, après tout un pan de la motion sur la manière de « tirer pleinement parti de la révolution numérique » : pas un mot sur la licence globale. Mais rien de volontaire ici : selon lui, c'est évident que le Pôle écologique compte de « fervents partisans » du dispositif qui n'a jamais pu être instauré.
Aussi fervents partisans qu'ils sont fermement hostiles à la loi Hadopi, actuellement en débat au Parlement et qui met en place une répression graduée contre les internautes qui téléchargent illégalement.
Chaque chose en son temps : d'abord combattre la loi Hadopi « qui va sanctionner de manière aveugle des internautes », puis « faire du consensus » sur la licence globale, spécialement au Parti socialiste qui n'est pas « clair sur cette question ». (Voir la vidéo)
« Le Parti socialiste n'est pas raisonnable »
Le Parti socialiste devra également se montrer plus clair sur le thème de l'écologie, ne pas refaire le coup de la gauche plurielle, « dans laquelle les Verts n'ont pas suffisamment été considérés ».
Préférera-t-il ensuite se ranger derrière Bertrand Delanoë, dont il a été l'adjoint à la mairie de Paris sept années durant, ou Ségolène Royal, qu'il avait soutenu dès la campagne interne au parti en 2006 ? Il ne tranche pas, il verra « qui sera en mesure de faire une majorité ou pas ». De toute façon, chaque candidat a « des titres à faire valoir » en matière d'écologie. Et il aura au moins réussi, il espère, « à faire progresser [sa] cause ».
Malgré tout, Christophe Caresche prédit dans sa motion que ce congrès a « toutes les chances de ne rien trancher du tout », car, complète-t-il devant la caméra :
« On a quatre candidat au poste de Premier secrétaire, ce n'est pas raisonnable. Ce n'est pas plus raisonnable que le fait d'avoir présenter trois candidats à la candidature à l'élection présidentielle. Dans ce parti, il y a un problème de responsables politiques qui n'arrivent pas à travailler ensemble. » (Voir la vidéo)
A côté de ces quatre principaux candidats à la direction du parti, le leader de motion dit espérer rassembler au moins 5% des suffrages des militants socialistes, le minimum pour que le Pôle écologique ait sa place au sein des instances nationales du PS.
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De Anthropia
10H56 | 31/10/2008 |
J'en ai marre des diagnostics. Marre des motions qui ne font que constater ce que tout le monde constate.
La question aujourd'hui est d'ingéniérie sociale, économique, écologique. Comment fait-on ?
Et la réponse est de construire de nouveaux modèles économiques, sociaux et écologiques.
Nous sommes dans la mondialisation, comment passer à la juste mondialisation, c'est-à-dire celle qui est nécessaire ?
Nous consommons mal, comment rationnaliser dans une écologie adaptée nos modes de consommation ?
L'argent de l'Etat prêté aux banques ne sert pas à soutenir nos économies, mais à spéculer, comment faire évoluer cette situation ?
Ce n'est pas en donnant des subventions à l'achat de pompes à chaleur qu'on résoudra le fait que l'argent investi aujourd'hui en recherche, en aides à l'exportation, finance le nucléaire, les grands groupes du CAC 40, qui ne cherchent qu'à valoriser leurs produits à l'export.
Le Grenelle de l'environnement n'est que du saupoudrage, rien pour inverser notre modèle. On ne se prépare pas aux enjeux à venir. Les socialistes pourraient aller beaucoup plus loin dans ce domaine.
http://anthropia.blogg.org
De setori
retraité | 10H56 | 31/10/2008 |
Face à le politique menée par SARKOZY ,la gauche n'a pas su faire valoir des arguments qui ,autour des idées soutenues par les écologistes (au sens large),auraient pu contrer le petit Napoléon.Accroître le pouvoir d'achat -par exemple - ça pouvait passer par un encouragement ferme et résolu sur un habitat économe en énergies ,des véhicules moins gourmands et moins polluants ,une agriculture raisonnée et encouragée avec des prix encadrés et ne pas laisser les grands groupes de la distribution faire la loi .Mais la gauche n'a rien fait de vraiment fort dans ces orientations là .Elle en paye le prix fort aujourd'hui .Si elle s'affirme clairement et sans ambiguïtés dans cette voie lors de son prochain congrès peut être réussira-t-elle à remonter la pente.
De Mr_Quiconque
12H19 | 31/10/2008 |
Il y en a par dessus la tête de ces initiatives en ordre dispersé, il y en a par dessus la tête de la démocratie représentative et de ces représentants qui tirent la couverture à eux à travers leur petite motion et/ou leurs propositions.
Ils sont nombreux à mettre en avant les mêmes constats, il serait tant qu'ils se fédèrent pour collaborer au lieu de toujours jouer la carte de la concurrence pour attirer les votes à eux.
Quand il faut se réunir pour sauver le système bancaire international, c'est torché en 48 heures, par contre pour protéger la planète et l'humanité, là ça louvoie tant que ça peut.
Les institutions financières, monétaires et bancaires seraient-elles plus importantes que les humains et la protection/préservation de leur milieu nourricier sans lesquels elles ne peuvent exister ?
De Anne_Marie
Vigilance | 16H24 | 31/10/2008 |
A l'attention de monsieur Caresche.
L'écologie commence par soi-même, pour s'étendre à sa famille, à l'environnement proche, ensuite au quartier etc. Pour un élu du 18e arrondissement de Paris, la première chose à faire, c'est donner l'exemple et faire respecter dans sa circonscription le développement durable. Or dans le secteur que j'habite, aucune construction neuve en cours selon ce principe ! Pas la moindre tentative d'installer des panneaux photo-voltaïques. Les économies d'eau ne concernent pas cet arrondissement… Le Maire, Daniel Vaillant, roule en Velsatis… Ici, les Socialistes se contentent de faire de la communication.
De timiota
(lecteur de Bernard Stiegler) | 23H36 | 31/10/2008 |
Les deux crises ont une origine commune, selon Bernard Stiegler (ars industrialis …) :
- Le capitalisme a court-circuité les échanges symboliques ( don, contre-don,…) qui permettent aux humains de se projeter dans un avenir qui dépasse la subsistance, et par la même d'avoir soin des générations (=écologie).
- le prolétaire d'aujourd'hui est le consommateur happé dans son trou noir de misère symbolique, privé de ses savoir-vivre, loftisé, mis en temps de cerveau disponible, numérisé, marketisé, subprimisé quand il n'y a plus que ça à faire.
- le fardeau de l'irresponsabilité est répandu comme un poison ou un virus, flottant partout, personne ne se sent premier responsable. Les banques mettent l'argent à disposition des industriels (entre deux spéculations) qui eux rendent le consommateur dépendant et réduit à ses pulsions.
- Les tentatives de « compter » les bilans écologiques, de « compter » les évaluations des chercheurs, etc. sont un beau temps perdu, ou pire un temps vicieux.
Certes, cela aide à sortir la tête du trou, au début, mais ce comptage, cette numérisation est récupérée par le capitalisme pour détourner le compteur de son but premier. On n'a presque pas d'indicateur « à pratique stable » sur plus de 5 ans (E Todd me contredira peu), j'entends stable dans l'usage de régulation pour lequel on institue un indicateur, corrections des dé-viations.
Ces compteurs finissent par s'adapter à l'essence du système capitaliste devenu fou : nier la capacité de singularité et d'échange symbolique des humaines et des humains. Comme quand vous alliez voir votre chamane après avoir causé au lavoir (et creviez à 45 ans).
- Bref, il faut sauver la machine à laver, la maison isolée, et qqs trucs comme ça, la ville, très économe en énergie, mais la « crise » exige de nous de devenir des abeilles échangistes, échangiste d'offre de transport, d'offre de singularité (soeur, frère, tu peux dire autre chose que ce que les médias t'ont déjà dit. Soit ton Obama).
- Sauvons le capitalisme de lui-même !
- Le PS a remplacé ces circuits symboliques par une version géante du loft. Ita diis placuit. Caresche n'est pas le pire…
De ayiwa
citoyen | 18H04 | 01/11/2008 |
Tout d'abord un commentaire sur les commentaires :
attaquer la personne, à l'abri derrière un pseudo par ailleurs, est faire preuve de bien peu de consistance.
Certains peuvent très légitimement être en désaccord avec les propos tenus. Il faut alors aller sur le fond du débat, pas sur une image stéréotypée que le commentateur a, ici, du PS et des politiques en général. Et encore moins sur les attaques détestables des personnes.
Je ne crois pas que Rue89 soit un appel au caniveau.
Donc, tout mon soutien à Christophe Caresche, et à tous ceux qui subissent ce genre de commentaires.
Sur le fond maintenant.
Crise financière et crise écologique ont en commun la même imprévoyance. La même idéologie : le libéralisme.
La question de l'épuisement des ressources naturelles non renouvelables nous renvoie à la figure notre modèle de développement fondé sur le gaspillage, le profit à court terme et sur le productivisme.
Cette crise est structurelle. Elle va durer.
Une crise qui fait éclater l'économie productiviste basée sur l'illusion de la croissance sans limite des richesses sur base de surexploitation des ressources, de destruction de la planète et des humains … une économie qui ne fonctionne que par l'illusion de l'économie financière.
Pas de lien entre crise écologique et crise financière ?
Une crise qui, si elle n'est pas traitée intégralement, génèrera une crise sociale majeure, et mettra en péril la démocratie et la paix.
L'urgence sociale et l'urgence écologique sont indissociables ; il est illusoire de traiter l'une sans répondre à l'autre.
L'impératif écologique, c'est porter une vision de l'intérêt général … et donc mettre l'obligation de solidarité et de régulation au premier plan.
C'est aussi restaurer le rôle de la puissance publique.
C'est enfin retrouver le sens du temps long, et la possibilité de raconter un 21ème siècle qui fasse rêver nos enfants.
Le temps est venu de l'innovation pour la sobriété et l'efficacité.
C'est un choix politique audacieux que propose la motion B. Je vous invite à visiter le site du Pôle écologique du PS : www.monpoleecologique.fr
Et pour ceux qui jugent que le PS se trompe en faisant de l'écologie l'ossature de son projet, ou ne fait que se surfer sur la mode écologique, je les rassure : ce n'est pas encore sa ligne majoritaire.