Avec PPDA et Hervé Vilard, Royal sort du « frigidaire »

Plus de quatre heures de show ont permis à l'ex-candidate à la présidentielle de réaffirmer ses ambitions. Reportage.

Ségolène Royal samedi au Zénith de Paris (Julien Martin/Rue89)

« Ça ne ressemble à aucun autre meeting politique », « c'est n'importe quoi », « elle a indéniablement fait un coup »… Dans la salle de presse du « Concert de la fraternité », samedi soir au Zénith de Paris, Ségolène Royal ne laissait aucun journaliste indifférent.

4 000 adhérents ou sympathisants socialistes, des personnalités aussi diverses que Cali, Hervé Vilard, Trust, Dominique Besnehard, Edwy Plenel, Yannick Noah, PPDA, sur scène ou en vidéo, étaient présents, quatre heures durant, pour célébrer celle qui a porté les couleurs du PS à la dernière présidentielle. (Voir la vidéo)



Au milieu des concerts et autres messages de soutien, 45 minutes de stand-up. Pas de pupitres, pas de tailleur. Mais un prompteur et un nouveau look. La présidente de Poitou-Charentes a d'abord justifié l'organisation d'une telle manifestation, prévue depuis la défaite de 2007 :

« Avec des airs d'inquisiteur aigri, on m'a dit : “Toi tu fais la fête alors que la crise financière est là ? ” Comme si certains puissants pouvaient interdire de se rassembler et de partager des élans d'espérance. »

« Les tendres attaques, les doux cambriolages »

Martelant le mot phare de la soirée « fra-ter-ni-té », elle a volontairement purgé de son discours le terme « socialiste », pour mieux rassembler autour de la « gauche ». Ces socialistes qu'elle a toutefois taclés, et parfois mélangés aux tenants du pouvoir actuel, comme une revanche, plus d'un an après une campagne présidentielle aux obstacles multiples :

« Depuis trois ans, il y a eu la riante primaire, la courtoise présidentielle, les gentils coups bas, les tendres attaques, les doux cambriolages, les amicales pressions et les charmantes épreuves personnelles. (…)

Certains qui s'éloignent gaiement, d'autres qui trahissent avec grâce, d'autres encore qui méprisent coquettement. »

Son sac vidé, Ségolène Royal pouvait entrer dans le vif de l'actualité. Cette crise financière face à laquelle Nicolas Sarkozy et tout le gouvernement ne sauraient comment réagir. Elle propose une solution en forme de question : « A quand l'interdiction de délocaliser et de licencier avec obligation de rembourser les aides publiques si l'entreprise fait des bénéfices ? »

« Ça fait longtemps qu'elle cherchait ça »

Rien sur le congrès du PS à venir, encore moins sur ses quatre adversaires pour le poste de Premier secrétaire. Bertrand Delanoë caracole en tête des sondages ? Aucun mot pour lui. Martine Aubry la trouve « un peu ingrate » ? Aucun mot pour elle.

« Elle se place au-delà du parti, elle reprend le fil de la campagne présidentielle », confirme Jean-Louis Bianco, son directeur de campagne, justement, en 2007 :

« Elle en ras-le-bol de la guerre des chefs. Elle a gelé sa candidature, les autres ne l'ont pas fait, c'est leur affaire. Ce soir, c'est original. Ca fait longtemps qu'elle cherchait ça. Ce style, elle l'avait déjà esquissé avant la présidentielle. Aujourd'hui, elle a réussi à le mettre en oeuvre. »

« Je suis là aujourd'hui, je serai là demain »

Ségolène Royal a beau avoir dit mettre « au frigidaire » sa candidature à la tête du PS, affirmé à peine dix jours plus tôt que ce serait « pire » encore de parler déjà de la présidentielle de 2012, reste que le show de samedi ne laisse planer aucun doute sur ses ambitions. Le show comme ses propos :

« Je suis là aujourd'hui, je serai là demain. Rien ne me fera reculer sur ce chemin que j'ai choisi. (…) Jamais je n'ai mis un genou à terre. Jamais je n'ai songé à abandonner. (…) J'ai appris qu'il faut savoir perdre sans amertume pour pouvoir un jour gagner sans triomphalisme. »

Son auditoire ne s'y est pas trompé, en lui répondant par des « Ségolène présidente ». Voilà ses détracteurs prévenus, dont elle imagine qu'ils ne peuvent que se dire aujourd'hui : « Elle est toujours debout et en plus elle continue. » Et pour ceux qu'un tel concert aura agacé, comme pour ceux qui ont été transcendés, elle conclut : « On recommencera. »

6 commentaires sélectionnés

Portrait de Davidlemac

De Davidlemac

Annaba | 13H05 | 28/09/2008 | Permalien

Une autre façon de faire de la politique ?
Installée à côté de l'appareil du PS
La politique en rigolant n'est ce pas mieux que la politique avec les croque morts ?
A mon avis Ségolène ira loin … si le PS lui prête vie

Portrait de Brividi

De Brividi

Scribouillarde mais pas que | 13H06 | 28/09/2008 | Permalien

Je suis on the bottom. Où est passée la rigiditude qui lui a fait tant de tort (tue) à la Royale ? Waouh, quel changement de look ! Quel changement de façon de bouger physiquement !
En revanche, je pense que si on montrait ces images à quelqu'un d'un autre pays qui ne sait pas qui elle est, jamais cette personne ne prononcerait le mot « politique ». Je ne saurai dire si je trouve cela catastrophique ou génial, trop tôt, ma réaction serait abrupte et donc partielle.

Portrait de Zorro

De Zorro

médecin à Lunéville | 13H19 | 28/09/2008 | Permalien

Comment peut-on accorder sa confiance à quelqu'un qui a reconnu après sa défaite qu'elle ne croyait pas à son programme ? C'est du n'importe quoi et ce nouvel habillage à l'américaine ne trompe personne.
Je serais vraiment très heureux qu'une femme défende les couleurs de la gauche en 2012 mais par pitié, pas elle !

Portrait de Julien Martin

De Julien Martin (auteur)

Rue89 | 13H40 | 28/09/2008 | Permalien

On voit que les réactions des riverains sont partagées. En revanche, pour l'heure, au Parti socialiste, c'est le déchainement.

Henri Emmanuelli parle d'une manifestation « entre le show-business et le rassemblement de secte ». « J'ai envie de dire à Ségolène qu'elle est sur le mauvais chemin là. (…) Tout ça n'est pas sérieux. »

De son côté, Bertrand Delanoë s'est présenté dimanche à Pau comme « quelqu'un de naturel, qui ne se met pas en scène ». « J'ai tellement le sens de la fraternité que je n'avais pas besoin d'aller au Zénith pour être fraternel. »

http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/politique/20080928.OBS3095/emm…

Portrait de adaunis

De adaunis

Nul part....si adelyne me plaque...... | 13H44 | 28/09/2008 | Permalien

Ah ! merci, et pour les « provinciaux que nous sommes, c'est intéressant d'avoir l'avis de quelqu'un (Julien dans ce cas précis) qui a vécu le direct !

j'ai notamment relevé cette phrase d'Hervé Villard, que je cite à peu près :
“Il vaut mieux vendre la France et du Champagne avec une jolie femme, qu'avec un ‘nabot’ !
Il se lâche le Hervé.
Attention, à la prochaine visite des inspecteurs des impôts.
Mais au delà des anecdotes qui ont dû émailler cette soirée festive, où j'imagine il n'y avait pas que des inconditionnels de la ‘diva’, (aucune arrière pensée dans cette expression mais un constat).

Bien sûr là encore sur un tel sujet, mis à par la sempiternelle cohorte des pros et anti Royale, des indécis et des survivants de combats d'un autre temps en d'autres lieux, de ceux qui ont carrément décidé, et je ne peux les en blâmer, de croire en d'autres formes de luttes et d'autres voies au nom de la ‘gauche’, puis les pires, ceux qui vont frapper avec leurs expectorations ; ( crachats ou sécrétions) !
N'ayons craintes, je ne vais pas perdre mon temps à les nommer, ça leur ferait trop d'honneur, ils se reconnaitront.
Ils vont ‘baver’ tôt ou tard !

Qu'importe, mais je relève cette expression de Julien Martin qu'il a noté : ‘ Je suis là aujourd'hui, je serai là demain ’.
Je voudrais dire (bien qu'il semble que cela ait été remarqué par nombre de participants et déjà des riverains), le changement de ‘look’ ; que je reconnais là, le travail de Dominique Besnehard, expert en la ‘matière’, celui qui faisait il y a peu la pluie et le beau temps dans les ‘castings’ d'artistes avec son ‘écurie’, (et ce n'est pas péjoratif de dire cela).

Mais, l'important, (là c'est de l'humour), ce n'est pas la rose, c'est de voir ce qu'il va devenir et s'ensuivre, de cette nouvelle aventure, et de ce parcours qui se veut hors norme, et hors ‘parti’, puis les réactions que cette initiative particulière va susciter !

Personnellement, même si elle m'énerve parfois, (comme tous les culs bénis), cette démarche m'est sympathique, mais je ne doute pas que l'on va en causer !
.Hasta mañana ou asta magnana !

Portrait de PIT LE CHIEN

De PIT LE CHIEN

13H55 | 28/09/2008 | Permalien

Cali a bien parlé (j'ai dit : parlé).
Travailleurs non régularisés : une ignominie !
Venez les voir à la Bourse du travail ! Bd Magenta, devant Perfect Intérim , Manpower, à la Tour d'Argent, dans les restaus (et les palaces), dans les bureaux à l'aube, sur les chantiers, la voie publique ! Ils travaillent pour nous. Soutenez-les ! !

Quant au Zénith : bravo !

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