20/09/2008 à 23h03

Aubry-Fabius-DSK : soyez réalistes, demandez l'impossible

Guillemette Faure | Journaliste

Martine Aubry et les fabiusiens n’ont pas grand chose en commun ? Une raison de plus pour faire alliance.


Martine Aubry, à La Rochelle, le 31 août 2008 (Stephane Mahe/Reuters).

Sur les murs de la salle de la Bellevilloise à Paris, il y a des restes de la dernière expo anniversaire de Mai 68 dont un slogan : « Soyez réalistes, demandez l’impossible ». Dans la salle, les partisans de Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius font bloc commun derrière Martine Aubry partie à l’assaut du PS.

La maire de Lille est venue ce samedi dire qu’elle était prête à prendre « toutes ses responsabilités » (en français, devenir chef du Parti socialiste) si les militants votent sa motion en vue du congrès de Reims que le PS doit tenir en novembre.

Pour le novice, la nouvelle géographie du PS peut sembler alambiquée. Après le soutien de François Hollande à Bertrand Delanoë, l’alliance de Ségolène Royal à Jean-Noël Guérini, président du conseil général des Bouches-du-Rhône, et Gérard Collomb, maire de Lyon, s’est dessiné un bloc Aubry-Fabius et de nombreux strausskahniens.

Qu’est-ce qu’un type comme moi fait avec les fabiusiens ?

Evidemment on pourrait se dire qu’ils n’ont pas grand-chose en commun. Jean-Paul Huchon, président du conseil régional d’Ile-de-France (et ennemi intime de Bertrand Delanoë), le formule d’ailleurs à voix haute :

« Qu’est-ce qu’un type comme moi fait avec les fabiusiens ? J’ai des brevets, je les ai combattus toute ma vie. »

« Rocardien historique » puis « strausskahnien pas encore historique puisqu’il n’a pas disparu du paysage », il explique son ralliement parce qu’il a compris que les fabiusiens étaient « des gens aussi exigeants que [lui] sur les valeurs européennes » (un autre slogan de Mai 68 qui décore les murs de la Bellevilloise : « Exagérer, c’est commencer d’inventer »).

Pour Claude Bartolone, lieutenant de Fabius à la tête du conseil général de Seine-Saint-Denis, il y a « seulement des différences sur les institutions européennes, pas sur le projet européen ».

En s’adressant aux militants, Martine Aubry a aussi minimisé les divisions sur le référendum européen de 2005 :

« Je n’ai jamais pensé que certains camarades étaient anti-européens. J’ai combattu ceux qui ont voté non parce que j’ai pensé qu’il fallait être dedans [l’Europe, ndlr] pour changer. »

Très longs applaudissements. Pour le militant Pierre Pontet, soutenir Martine Aubry, c’est « faire sauter » la division noniste-ouiiste « sclérosante pour le parti qui n’a pas besoin de ça » (il n’a pas vu le slogan de 68 qui décore les murs : « Décrétons l’état de bonheur immédiat »).

« Tu dois être rassembleuse »

Les divergences passées justifieraient presque l’alliance actuelle. La stratégie semble tenir lieu de programme : Aubry devient une candidate de réunification du PS.
D’ailleurs une membre du PS viendra la voir après le meeting pour lui reprocher d’avoir dit dans son discours qu’elle voulait un parti qui propose, pas qui se contente d’écouter. Pour elle, c’est « une pique à Ségolène Royal ». « Tu dois être rassembleuse », dit-elle à Martine Aubry.

Candidate rassembleuse, Martine Aubry ne répond pas à certaines questions des journalistes. Pourquoi Laurent Fabius n’est pas là ? (« Vous lui poserez la question »). Est-ce une coïncidence qu’elle ait choisi le lieu même où Ségolène Royal avait annoncé sa candidature au poste de premier secrétaire le 16 mai ? (« Bon ça va ») « Qu’attendez-vous de Benoît Hamon (qui envisage une motion avec l’aile gauche du parti dont Henri Emmanuelli, Marie-Noëlle Lienemann et Gérard Filoche) ? » ne la rend pas plus bavarde. Pierre Moscovici a droit à une cour plus empressée. « Il a sa place, une place centrale, nous partageons le même projet », dit Martine Aubry.

Un collectif sans morceaux de perdants

Autre promesse du collectif d’Aubry : revenir à l’essence du PS. « J’ai mal vécu ces dernières années comme beaucoup de militants », dit-elle dans son discours aux militants. Elle avait eu l’« impression qu’on avait honte de ce qu’on était ». On l’a aussi entendue dire : « Nous avons payé le fait que les valeurs n’étaient plus là. » Elle parle de solidarité, de social. Elle est de la vraie gauche, celle qui n’a pas perdu.

Ségolène Royal, « elle l’a fait, on a vu », résume Jean-Paul Huchon après le meeting. « Depuis vingt ans, nous n’avons pas gagné une seule présidentielle, depuis onze ans nous n’avons pas gagné une seule législatives (sic) », dit Claude Bartolone. Martine Aubry est pour lui un « symbole de la gauche au pouvoir », un « symbole du socialisme qui réussit au niveau local ». Ségolène Royal tourne avec « la même équipe que la présidentielle et quelques têtes en moins ».

Epinay ou Rennes ?

A la fin de l’intervention de Martine Aubry, Jean-Christophe Cambadélis, porte-flingue de DSK et un des artisans du rapprochement du trio, tape un texto « excellent ». Pour lui, le ralliement des trois évoque le congrès fondateur du Parti socialiste d’Epinay, quand Gaston Deferre, Jean-Pierre Chevènement et François Mitterrand, issus de trois forces différentes, ont formé un nouveau parti.

« C’est pas gagné », note Jean-Paul Huchon moins optimiste. Des « gros blocs qui vont faire 30% », c’est « une configuration dangereuse » et « ça rappelle celle de Rennes ». Le congrès de 1990 avait vu un parti morcelé entre rocardiens, jospiniens et fabiusiens avant le naufrage des législatives de 1993.

A Reims, les socialistes essaieront de refaire Epinay plutôt que Rennes.

Photo : Martine Aubry, à La Rochelle, le 31 août 2008 (Stephane Mahe/Reuters).

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  • alexisgirszonas
    alexisgirszonas
    Etudiant en Master de (...)
    • Posté à 23h24 le 20/09/2008
    • Internaute 4951
      Etudiant en Master de (...)

    J’étais à ce rassemblement organisé par Martine Aubry et je me dois de rétablir quelques vérités en tant que militant Socialiste. Tout d’abord, j’ai senti que chacun était content de se retrouver pour travailler ensemble. C’est vrai, que ce rassemblement a pu étonner. Je l’ai d’ailleurs vécu en discutant avec d’autres militants notamment des soutiens de Ségolène Royal. Ce qui les a dérangé c’est de voir que des gens qui ont eu des différents par le passé (cela d’ailleurs personne ne le nie)notamment sur l’Europe ont été capables de discuter pour construire. Ségolène Royal et Bertrand Delanoë dans leur rassemblement restent campés sur leurs positions du passé. Au contraire, il faut avancer et imaginer l’avenir et je le dis, c’est cela qui me plaît chez Martine Aubry : assumer notre bilan en faire un atout pour construire. Enfin, et c’est l’essentiel j’aimerais poser une question à ceux qui se moquent : qu’auriez vous dit si ce rassemblement n’avez pas eu lieu ? Je n’ai pas de doute sur vos réponses, vous auriez, sans vergogne, crier au scandale et dénoncer la division ambiante !

  • Asse42-
    Asse42- répond à alexisgirszonas
    Royaliste engagé contre le N.O.M (...)
    • Posté à 01h28 le 21/09/2008
    • Internaute 25124
      Royaliste engagé contre le N.O.M (...)

    A l’étudiant... ; -))

    Moi ce que je reproche c’est que justement on ne se confronte pas ! Chacun appelle au rassemblement mais sur quelles bases ? Sur quelle vision d’avenir ? Et Aubry ce sera plus DSK ou Fabius dans sa vision ? Franchement ce sont les mêmes qui nous dirigent depuis plus de 10 ans et dont l’unanimité se fait pour dire que le PS n’a pas travaillé et n’a pas produit d’idées ! C’est grave quand même non.
    C’est pourquoi je milite pour un congrès de clarification. Il est temps que les militants aient un vrai débat d’idées et puissent trancher démocratiquement leur ligne. Ainsi pendant trois ans on saurait sur quelle vision d’avenir le PS s’engage. C’est pas mieux une ligne claire qu’une synthèse molle ? : o)
    Lien

  • Charles Mouloud
    Charles Mouloud répond à alexisgirszonas
    Bras gauche de la Vénus de (...)
    • Posté à 01h30 le 21/09/2008
    • Internaute 12542
      Bras gauche de la Vénus de (...)

    « Tout d’abord, j’ai senti que chacun était content de se retrouver pour travailler ensemble. C’est vrai, que ce rassemblement a pu étonner »
    Lorsque le malade est en phase terminale, il n’est pas rare de voir les proches parents , brouillés par les affaires de famille, se retrouver autour du mourant pour recueillir son dernier souffle.
    Qui aura la rose, qui les épines ?

  • marc b
    marc b répond à Numerosix
    anarchiste communautaire
    • Posté à 09h54 le 21/09/2008
    • Internaute 47521
      anarchiste communautaire

    Je ne suis pas un spécialiste, mais dans les rares émissions ou j’ai pu entendre Martine Aubry, j’ai cru déceler une connaissance des dossiers et une implication bien supérieure à celle de Ségolène Royal. J’aimerai avoir d’autres avis à ce sujet.

  • Jaùsep
    • Posté à 13h01 le 21/09/2008
    • Internaute 37396

    Ce serait bien un comble de croire que les diverses sensibilités d’un même parti puissent interdire l’élaboration d’un projet politique.

    Quand vous pensez que tous les acteurs politiques UMP, Modem, PS (Royal) et autres fondent leur démarche politique sur une large ouverture participative pour élaborer leur programme politique, ouverture très largement étendue au-delà de leur spectre électoral traditionnel, du marquage de leurs frontières idéologiques.

    L’appareil socialiste doit déterminer un programme complet s’articulant autour des valeurs de gauche, et prenant en compte les conditions actuelles de la géopolitique mondiale.
    Ce programme doit modérer les excès et les méfaits du libéralisme économique sauvage dont on voit aujourd’hui les inepties. Une économie de marché peut conserver des règles autour d’une éthique socio-économique prenant en compte les contingences humaines et ne pas laisser libre cours aux comportements des voyoucraties des marchés mondiaux. Quand on voit les USA nationaliser son élite financière, on voit quel crédit on peut donner au bien-fondé de ces politiques !

    Le PS peut largement bénéficier de ses différents courants pour réaliser un programme politique étendu qui se fondera sur plus de réalisme que s’il ne s’appuyait que sur un courant.

    Seule exigence pour le fédérateur d’une telle ambition, avoir le talent d’exorciser les ambitions personnelles des différents acteurs, pour permettre une construction sereine d’avenir.

    Voilà peut-être les futurs enjeux qui remettrons la gauche au premier plan.

  • boissonzyskind
    boissonzyskind répond à Asse42-
    • Posté à 18h03 le 21/09/2008
    • Internaute 14871

    D’autant que la référence à epinay est un peu douteuse : le rassemblement s’était fait sur une ligne politique et avait tranché un désaccord de fond : fallait-il ou non envisager de gouverner avec le PC, ce qui laissait supposer une volonté réel de gouverner à gauche. Là on voit bien que la stratégie de conquêtes tient lieu de programme. Et après on fait quoi sur les questions essentielles ? c’est un peu comme les coloc où a trouvé l’appart tellement sympa qu’on s’est dit « bon on le prend, on verra après pour la répartition des piaules ». Ce se finit souvent mal. sinon plus proche, il y a l’exemple italien. Là aussi ça s’est mal terminé.

  • loule46
    loule46
    citoyen allons enfants...
    • Posté à 21h26 le 21/09/2008
    • Internaute 25653
      citoyen allons enfants...

    A quand un article sur Hamon larouturou MélenchonDolez Filoche...eux aussi existent et sont peut-être plus socialiste que nos pipoles toujours mis en avant dans les médias....