Aubry-Fabius-DSK : soyez réalistes, demandez l'impossible
Martine Aubry et les fabiusiens n’ont pas grand chose en commun ? Une raison de plus pour faire alliance.
Sur les murs de la salle de la Bellevilloise à Paris, il y a des restes de la dernière expo anniversaire de Mai 68 dont un slogan : « Soyez réalistes, demandez l’impossible ». Dans la salle, les partisans de Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius font bloc commun derrière Martine Aubry partie à l’assaut du PS.
La maire de Lille est venue ce samedi dire qu’elle était prête à prendre « toutes ses responsabilités » (en français, devenir chef du Parti socialiste) si les militants votent sa motion en vue du congrès de Reims que le PS doit tenir en novembre.
Pour le novice, la nouvelle géographie du PS peut sembler alambiquée. Après le soutien de François Hollande à Bertrand Delanoë, l’alliance de Ségolène Royal à Jean-Noël Guérini, président du conseil général des Bouches-du-Rhône, et Gérard Collomb, maire de Lyon, s’est dessiné un bloc Aubry-Fabius et de nombreux strausskahniens.
Qu’est-ce qu’un type comme moi fait avec les fabiusiens ?
Evidemment on pourrait se dire qu’ils n’ont pas grand-chose en commun. Jean-Paul Huchon, président du conseil régional d’Ile-de-France (et ennemi intime de Bertrand Delanoë), le formule d’ailleurs à voix haute :
« Qu’est-ce qu’un type comme moi fait avec les fabiusiens ? J’ai des brevets, je les ai combattus toute ma vie. »
« Rocardien historique » puis « strausskahnien pas encore historique puisqu’il n’a pas disparu du paysage », il explique son ralliement parce qu’il a compris que les fabiusiens étaient « des gens aussi exigeants que [lui] sur les valeurs européennes » (un autre slogan de Mai 68 qui décore les murs de la Bellevilloise : « Exagérer, c’est commencer d’inventer »).
Pour Claude Bartolone, lieutenant de Fabius à la tête du conseil général de Seine-Saint-Denis, il y a « seulement des différences sur les institutions européennes, pas sur le projet européen ».
En s’adressant aux militants, Martine Aubry a aussi minimisé les divisions sur le référendum européen de 2005 :
« Je n’ai jamais pensé que certains camarades étaient anti-européens. J’ai combattu ceux qui ont voté non parce que j’ai pensé qu’il fallait être dedans [l’Europe, ndlr] pour changer. »
Très longs applaudissements. Pour le militant Pierre Pontet, soutenir Martine Aubry, c’est « faire sauter » la division noniste-ouiiste « sclérosante pour le parti qui n’a pas besoin de ça » (il n’a pas vu le slogan de 68 qui décore les murs : « Décrétons l’état de bonheur immédiat »).
« Tu dois être rassembleuse »
Les divergences passées justifieraient presque l’alliance actuelle. La stratégie semble tenir lieu de programme : Aubry devient une candidate de réunification du PS.
D’ailleurs une membre du PS viendra la voir après le meeting pour lui reprocher d’avoir dit dans son discours qu’elle voulait un parti qui propose, pas qui se contente d’écouter. Pour elle, c’est « une pique à Ségolène Royal ». « Tu dois être rassembleuse », dit-elle à Martine Aubry.
Candidate rassembleuse, Martine Aubry ne répond pas à certaines questions des journalistes. Pourquoi Laurent Fabius n’est pas là ? (« Vous lui poserez la question »). Est-ce une coïncidence qu’elle ait choisi le lieu même où Ségolène Royal avait annoncé sa candidature au poste de premier secrétaire le 16 mai ? (« Bon ça va ») « Qu’attendez-vous de Benoît Hamon (qui envisage une motion avec l’aile gauche du parti dont Henri Emmanuelli, Marie-Noëlle Lienemann et Gérard Filoche) ? » ne la rend pas plus bavarde. Pierre Moscovici a droit à une cour plus empressée. « Il a sa place, une place centrale, nous partageons le même projet », dit Martine Aubry.
Un collectif sans morceaux de perdants
Autre promesse du collectif d’Aubry : revenir à l’essence du PS. « J’ai mal vécu ces dernières années comme beaucoup de militants », dit-elle dans son discours aux militants. Elle avait eu l’« impression qu’on avait honte de ce qu’on était ». On l’a aussi entendue dire : « Nous avons payé le fait que les valeurs n’étaient plus là. » Elle parle de solidarité, de social. Elle est de la vraie gauche, celle qui n’a pas perdu.
Ségolène Royal, « elle l’a fait, on a vu », résume Jean-Paul Huchon après le meeting. « Depuis vingt ans, nous n’avons pas gagné une seule présidentielle, depuis onze ans nous n’avons pas gagné une seule législatives (sic) », dit Claude Bartolone. Martine Aubry est pour lui un « symbole de la gauche au pouvoir », un « symbole du socialisme qui réussit au niveau local ». Ségolène Royal tourne avec « la même équipe que la présidentielle et quelques têtes en moins ».
Epinay ou Rennes ?
A la fin de l’intervention de Martine Aubry, Jean-Christophe Cambadélis, porte-flingue de DSK et un des artisans du rapprochement du trio, tape un texto « excellent ». Pour lui, le ralliement des trois évoque le congrès fondateur du Parti socialiste d’Epinay, quand Gaston Deferre, Jean-Pierre Chevènement et François Mitterrand, issus de trois forces différentes, ont formé un nouveau parti.
« C’est pas gagné », note Jean-Paul Huchon moins optimiste. Des « gros blocs qui vont faire 30% », c’est « une configuration dangereuse » et « ça rappelle celle de Rennes ». Le congrès de 1990 avait vu un parti morcelé entre rocardiens, jospiniens et fabiusiens avant le naufrage des législatives de 1993.
A Reims, les socialistes essaieront de refaire Epinay plutôt que Rennes.
Photo : Martine Aubry, à La Rochelle, le 31 août 2008 (Stephane Mahe/Reuters).
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Etudiant en Master de (...)
Etudiant en Master de (...)
J’étais à ce rassemblement organisé par Martine Aubry et je me dois de rétablir quelques vérités en tant que militant Socialiste. Tout d’abord, j’ai senti que chacun était content de se retrouver pour travailler ensemble. C’est vrai, que ce rassemblement a pu étonner. Je l’ai d’ailleurs vécu en discutant avec d’autres militants notamment des soutiens de Ségolène Royal. Ce qui les a dérangé c’est de voir que des gens qui ont eu des différents par le passé (cela d’ailleurs personne ne le nie)notamment sur l’Europe ont été capables de discuter pour construire. Ségolène Royal et Bertrand Delanoë dans leur rassemblement restent campés sur leurs positions du passé. Au contraire, il faut avancer et imaginer l’avenir et je le dis, c’est cela qui me plaît chez Martine Aubry : assumer notre bilan en faire un atout pour construire. Enfin, et c’est l’essentiel j’aimerais poser une question à ceux qui se moquent : qu’auriez vous dit si ce rassemblement n’avez pas eu lieu ? Je n’ai pas de doute sur vos réponses, vous auriez, sans vergogne, crier au scandale et dénoncer la division ambiante !




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