Mourir ou voyager ? Le choix des SDF en hiver
Aujourd'hui, personne ne parle de lui et tout le monde semble s'en foutre royalement. Pourtant on le croise tous les jours, parfois plusieurs fois. Un être sans doute comme, vous et moi, capable aussi du pire et du meilleur. De temps en temps, on échange avec lui un regard, un sourire. Bientôt, ce passant ou un autre lui ressemblant va mourir : une question de semaines. Sa mort pré-inscrite dans un calendrier.
Quand notre tatouage de saison aura entièrement disparu et les vacances plus qu'un souvenir, il commencera peu à peu à apparaître et occupera plus de territoire dans nos yeux, deviendra réellement visible. Notoriété éphémère de l'hiver. Plus la température baissera, plus il remontera à la surface des consciences et journaux. Mais il ne lira jamais sa nécro dans le futur numéro du quotidien coincé sous son corps raide.
Au premier SDF mort de froid, des ministres vont sillonner ventre à terre les plateaux télés ou radios pour, la main sur le cœur, expliquer avec des trémolos dans la voix que c'est un scandale de mourir d'hypothermie dans un pays comme la France. Qui pourra leur donner tort ?
Puis, la scène de la trois ou de la une achevée, ils annonceront que les services concernés, tous les services concernés, plancheront sur ce sujet d'une extrême importance pour le pays, et convoqueront officiellement une réunion d'urgence : la même que l'hiver dernier. Et les hivers précédents depuis le coup de gueule d'un fameux Abbé.« La vague de froid tue » : le retour. Une série hivernale avec dialogues inchangés d'une année sur l'autre. Seuls les personnages principaux changent à chaque épisode car ils ont le mauvais goût de mourir au début du film.
En septembre 2009, cet homme ou femme « estampillé » donc SDF est beaucoup moins côté que la grippe A, le bourrage des urnes du PS et des têtes, ou les « brèves de pouvoir » d'un digne représentant de l'Etat. Ce concitoyen assis au pied de notre immeuble ou endormi sous une tente ne représente rien pour l'instant sur le degré Richter des dépêches de presse. Un moins que rien ne prenant de l'importance qu'à partir de moins cinq degrés. En attendant les grands froids, il patiente au guichet des priorités en écoutant un employé très courtois lui expliquer :
« Désolé, nous avons des choses plus importantes que vous à traiter en ce moment. Mourez d'abord, on verra si on peut s'occuper de votre cas après. Juste un conseil : si vous voulez vraiment nous faciliter la tâche et bénéficier de notre meilleure communication, essayez dans la mesure du possible de mourir sur un carton à l'entrée d'un restaurant un soir de réveillon. Si vous laissiez des enfants derrière vous, ce serait encore mieux. Et là, on vous offre le grand jeu : télés, radios, ministres, et même peut-être votre Président. Sauf s'il participe à un gala pour des œuvres caritatives organisées par son épouse. »
Pendant que j'écris bien peinard à mon ordi, des anonymes ne se contentent pas que de mot et agissent sur le terrain. En ce moment précis, ils préparent des lits pour héberger ces morts -espérons le moins possible- en suspens qui feront bientôt la une des magazines et quotidiens. D'autres s'activent pour être opérationnels dans la distribution de vêtements et vivres, sans oublier les repas chauds de différentes associations. Une armée de bénévoles sur le pied de guerre chaque hiver.
Contrairement à ceux qui, à chaque victime du froid, ressortent les mêmes phrases mécaniques apprises dans des grandes écoles ou les coulisses de partis politiques. Pas un ne se remet en cause, toujours la faute du prédécesseur ou de la crise internationale. Bien sûr, les ministres ne peuvent pas porter toute la misère de la planète. Certains restent peut-être au fond sincères. Qui sait ?
Mais, contrairement à la plupart d'entre nous, ils se sont battus pour obtenir ses responsabilités publiques. A eux de les assumer, trouver des solutions ; bref : bien faire le boulot pour lequel ils sont payés. N'importe quel salarié échouant dans sa tâche (certains se suicident) en paye les conséquences. Sauf les traders dont tout le monde règle les dettes, on efface l'ardoise en attendant la prochaine.
Au risque de me faire traiter de bien pensant, je reste persuadé que la casse sociale, culturelle et économique -profitant à un petit nombre- est un des éléments qui pousse des gens à survivre dehors. Et y crever. Jetés à la rue pour satisfaire l'appétit insatiable des actionnaires. Fini l'époque du clodo philosophe avec son litron de rouge et éructant ses tirades poétiques, heureux de vivre à contre courant de la société. A part de rares individus, la marge n'est plus un choix. Et le clochard céleste remplacé par le fin de droits ou licencié.
Combien de repas des restos du cœur servis avec les frais d'un seul voyage avec avions à rallonges de notre couple présidentiel ? Et de centres d'hébergement ouverts avec tous les parachutes dorés de France, le fric reversé aux traders ou l'évasion fiscale en cours d'amnistie ? Quelques évadés fiscaux et pestant contre les impôts trop chers chantent d'ailleurs très sympathiquement pour la tournée des « enfoirés ». Bien rôdée, la tournée reprend chaque hiver. La ronde de la misère aussi.
« Si tu veux être apprécié, meurs ou voyage », dit un proverbe. Le SDF, sans possibilité d'un tour du monde écolo en hélico, se contente de mourir dans nos campagnes et villes sous une couche d'ozone polluée. A chacun ses possibilités d'attirer l'attention. Mais pas inquiétude : le thermomètre est encore au beau fixe. Surtout pour ceux qui tirent la couverture à eux.
P.S. : En écrivant ces lignes, je me suis remémoré un très beau roman sur entre autre la figure du SDF de Franck Magloire : « En Contrebas », aux éditions de l'Aube. Et aussi un collectif d'auteurs intitulé « Sans visages. L'impossible regard sur le pauvre », aux éditions Bayard.
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De pablico
16H52 | 15/09/2009 |
les SDF souffrent de notre esprit de dames patronnesses.
comme toutes des dames patronnesses on a autre chose à faire.
Mais quand l'hiver est là, on est compatissant, la larme à l'œil, misérabiliste, etc..
on souffre du syndrome de la dame patronnesse, une espèce de pharisaïsme saisonnier hivernal.
Le pire c'est que nos politiques nous copient…
que faisiez vous aux temps chauds ? ?
vous chantiez,j'en suis fort aise…
ne nous avait-on pas promis que plus personne ne coucherait dans les rues ? ?
tiens qui a fait cette noble promesse ?
à pablico
De mauser
17H09 | 15/09/2009 |
Que voulez vous en ètè il n'y a pas de places pour les sdf sur les plages certaines municipalité y veilleent En hivers dans les mètropoles ils sont d'autant plus visibles que leur nombre progresse.
Que voulez vous les milliards des banques pris dans des caisses « vides » c'est autant de moins pour les nouveaux pauvres.
à pablico
De FabiendeMénilmontant
journaleux - blogueur | 20H51 | 19/09/2009 |
Peut-être que ce n'est pas de saison, mais les 200 morts ont été dépassés tandis que ce sujet était publié :
http://www.mediapart.fr/club/edition/vivre-la-rue-tue/article/180909/19-…
l'hiver 2009 n'a pas commencé. la grippe A non plus.
De Lephauste
hautetfort.humeurnoirte.fr | 17H21 | 15/09/2009 |
En 1536, lors de la création de l'Hôpital Général, Paris comptait 500 000 mendiants, la population entière n'était sûrement pas ce qu'elle est aujourd'hui, d'honnêtes citoyens, veux-je dire. 500 000 donc qui mendiaient, volaient rackettaient les passants, les « Bourgeois » de l'époque, combien Villon fit de lais de ceux là qu'il fréquenta, dans son testament, un extrait :
Item, aux frères mendiants,
Aux dévotes, et aux béguines
Tant de Paris que d'Orléans,
Tant turlupins que turlupines,
De grasses soupes jacopines
Et flans leur fait oblation ;
Et puis après, sous ces courtines,
Parler de contemplation.
Mais aujourd'hui, les réprouvés sont sous le sceau de l'humanisme, nous pensons à eux. En bons croyants nous nous voyons même vivant leurs calvaire, comme certains cardinaux portent la croix dans la montée du sacré coeur.
Où est donc le problème ? Il n'y a aucun problème ! Les clodos de mon enfance n'appartenaient pas aux psychologues, aux sociologues, aux nutritionnistes, aux spécialistes de la charité bien ordonnée et autres véroles. Je mâche mes mots, j'ai eu parfois faim, je mâche mes mots. Les clodos de mon enfance quand ma grand mère et moi arrivions vers les 4 heures du matin pour boire un viandox au comptoir du « père tranquille », avaient l'hiver leur place réservée dans l'arrière-salle. Les loufiats avaient empilés les chaises, un rempart pour que la misère se repose un peu. Les halles, ils y avaient de quoi claper, comme on dit. Les Halles ? Ce lieu d'un Paris qui n'existe plus qu'à l'état de trou. Un trou pour vous, un trou pour moi, un trou de mémoire, en somme.
Une mention spéciale pour une association, « les morts de la rue », ils et elles se chargent d'accompagner à Thiais, au carré des indigents, ceux que le trou de mémoire, mieux que le trou dans la couche d'ozone, s'est chargé de nous faire ignorer.
De C. Creseveur
Ca pourrait bien être ça! | 17H31 | 15/09/2009 |
à C. Creseveur
De orion77
desobeissance-civile.over-blog.fr | 21H20 | 15/09/2009 |
Certains considèrent déjà les ouvriers comme des merdes, alors les SDF pensez-vous donc !
http://liverdy-en-brie.over-blog.com
De Charles Mouloud
Bras gauche de la Vénus de Millau | 17H36 | 15/09/2009 |
Patience !
Le SDF n'est pas un produit de saison.
En Août, c'est la période des coups de soleil (enfin , des fois ! ), des noyades et des foulures en montagne.
En Septembre, pas le temps d'y songer.Avec la rentrée, les cartables à remplir, les impôts et les factures, il y a des priorités.
Le Sdf n'intéresse personne l'été, sauf dans les stations balnéaires, où ils sont chassés bicose, ils font tâche avec le décor des plagistes au corps bronzés et au pouvoir d'achat convoité.
Le Sdf est mûr seulement vers mi-novembre.
Le cueillir avant serait « gâcher » !
Mi novembre , le gouvernement annoncera le plan grand froid , avec le nombre de places en CHRS et lieux d'accueil d'urgence.
Lancement de la période d'hémorragie compationnelle !
Ne vous bousculez pas , y en aura pour tout le monde !
Pas de Noël sans « Petit papa Noël, sans Yvan Rebroff, sans dinde à fourrer, sans sapin , sans bûche et sans SDF !
L'hiver , tout le monde s'émeut,
L'été tout le monde s'en fout !
Enfin presque…
(je suis travailleur social.J'ai bossé 6 ans auprès de SDF…et tout les étés , j'ai les boules quant au silence autour de cette population, et au mépris auquel elle doit faire face.)
De eelisa
Délinquante au coin de la rue | 18H39 | 15/09/2009 |
Pas inutile comme lien :
http://www.mortsdelarue.org/index.php
http://www.mortsdelarue.org/
à eelisa
De FabiendeMénilmontant
journaleux - blogueur | 20H52 | 19/09/2009 |
Et leur blogue :
http://www.mediapart.fr/club/edition/vivre-la-rue-tue/
De sup à la demande du riverain 28.09.09
19H26 | 15/09/2009 |
J'ai connu la disparition des bancs publics ou dans le matin blême la marée -chaussée avait la main compatissante pour vous réveiller et je maudis le concepteur de ces nouveaux bancs qui vous cisaillent les vertèbres…
De alberte
Sage-femme retraitée | 19H27 | 15/09/2009 |
superbe article qui décrit une triste réalité, et l » indifférence des pouvoirs publics, sauf une fois par an afin d » aller parader sur les plateaux de télé. L » arrogance également de tout ce beau monde quand il parle du pauvre, et la compassion feinte, quelle tristesse tout cela. Et c » est en France pays des droits de l » homme ;
Enfin puisque Mr woerth a dit que pour pa
De alberte
Sage-femme retraitée | 19H28 | 15/09/2009 |
je continue, heureusement q » il y avait des riches. Si cela n » est pas de cynisme, ça y ressemble
De orion77
desobeissance-civile.over-blog.fr | 21H17 | 15/09/2009 |
Et pendant ce temps là il y avait les bonus des « traders » qui revenaient à l'ordre du jour, ainsi que les sommes astronomiques escamotées dans les paradis fiscaux……d'ailleurs, ont-ils vraiment disparu ?
Mythe ou réalité ?
http://liverdy-en-brie.over-blog.com
De lilatiu
humanitaire | 09H04 | 16/09/2009 |
Hommage aux oublies de notre societe. Le probleme s'agrave et rien n'est fait pour l'arreter.
Je me permet de conseiller le titre « Odeur de souffre » de NTM qui reflete bien la situation actuelle
http://www.lyricsmania.com/lyrics/ntm_lyrics_7942/supr%C3%AAme_ntm_lyric…
De Keldan
Polytoxicomane à temps partiel | 13H04 | 16/09/2009 |
Ils sont bizarre ces médias, car ce n'est pas en hiver qu'on voit le plus de clochards.
Bien au contraire, en été non seulement comme tout le monde ils trainent les squares et jardins, ce qui fait qu'on les voient beaucoup plus, et surtout avec la chaleur il est assez difficile de pas les sentir.
Et puis bien qu'ils ne meurent pas de froid, peut être meurent ils de chaud, et surtout de soif, ou même de faim car on n'a besoin de manger quelle que soit la saison.
Enfin tant qu'on laissera le droit de vote aux gens qui s'extasient devant la télé, faudra pas s'étonner que rien ne change.
De palmer
passant | 19H05 | 16/09/2009 |
Superbe article de Mouloud Akkouche qui, de plus, possède un style d'écriture remarquable, clair et précis.
Où en est le combat de Cabrerets (Lot) pour sauver son bureau de poste ?