
Dans le bus, une jeune fille et son regard voilé
Dans le bus, j'ai croisé le regard d'une lycéenne voilée. Un regard soumis et chargé d'une inconsolable tristesse. Aussitôt l'athée -ancien athégriste- que je suis a pesté intérieurement contre cette religion qui avilit les femmes.
Un grand nombre de féministes pensent à juste titre que toutes les religions, pas seulement celle qui défraie ou plutôt effraie la chronique, ont une grande tendance à réduire la femme à un rôle subalterne. En tout cas dans les pratiques et interprétations stricto sensu de textes issus d'une ère très lointaine. Comme beaucoup de citoyens, je suis contre le port des signes religieux ostentatoires dans les lieux publics (la rue et les transports en commun : lieux publics ou pas ? ), pas contre la pratique de tel ou tel culte si celui-ci ne bouffe pas le territoire des agnostiques et athées les plus nombreux sur la planète. Cohabiter sous des cieux différents.
Assis dans le même bus qu'elle, j'interrogeais du regard cette jeune fille voilée avec un mélange de compassion et de révolte. Pourquoi ne réagissait-elle pas ? Une gamine -blonde, brune ou rousse ? - recroquevillée sur son siège, les épaules écrasées par un poids séculaire. Un poids sans doute accentué par la pression familiale. Elle semblait souffrir en silence. Planqué courageusement derrière mon Libération, je me contentais d'assister sans un mot à un micro drame humain se déroulant sous mes yeux. Non assistance à personne en danger d'obscurantisme.
Et si mon regard compassé était lourd ? Porter le voile pouvait être son choix. De quel droit penser à une décision dictée uniquement par son entourage familial ou d'hommes de son quartier ? Sans m'en rendre compte, mes yeux d'athée et laïcard enfermaient cette gamine déjà envoilée dans une autre toile invisible. Encore une couche. Peu à peu, ma tête ploya sous le poids du doute.
Nous, auteurs, intellectuels, artistes, citoyens ayant accès à une certaine culture et savoir, pensons « bien » souvent à la place des autres… sans se soucier réellement des autres. Une forme de terrorisme intellectuel qui prévalait dans certaines idéologies en 70 et prévaut maintenant notamment chez ceux (aujourd'hui plutôt écolos ou altermondialistes) de tous bords qui, souvent avec un désir réel de progrès humain, veulent le bien d'autrui malgré lui. Et nient l'aspect individuel.
Pierre Le Coz, poète, romancier et essayiste, explique parfaitement cette problématique du « Nous savons pour tous » dans le deuxième tome intitulé « Traité du même » de sa trilogie -une somme passée totalement inaperçue- parue aux éditions Loubatière. Quand nous échangeons sur les certitudes tyranniques de tout un chacun, cet érudit et croyant discret me tanne amicalement pour que je me plonge dans « Catastrophisme, administration du désastre et soumission durable » publié à « L'encyclopédie des nouvelles nuisances. ». Encore une lacune à combler…
Trêve de digressions pour noyer mon regard dégoulinant de bons sentiments. Aurais-je réagi d'une manière identique face à une Lolita-Bimbo élevée par TF1 et le magazine Jeune et Jolie, fardée jusqu'au cœur, nombril épinglé, string débordant et décolleté abyssal ? Sans doute pas eu le réflexe de pester contre les publicitaires colonisant esprit et corps d'enfants dès leur plus jeune âge. Et me serais-je autant interrogé devant un ado porteur d'une kippa, d'une croix, le crâne rasé d'un bouddhiste, ou les poignets scarifiés d'un jeune paumé ? Pourquoi alors une telle réaction face à un voile ?
Après réflexion, je pense ne pas avoir vu uniquement cette lycéenne avec mes yeux d'athée, mais avec ceux aussi de la revue de presse du 7/9 de France Inter et des infos quotidiennes en flux continu. Un regard habité par les médias. Pas un jour sans entendre parler de l'islam -en bien ou en mal- et des aventures de Nicolas et Carla Sarkozy. Coincé. Personne ne peut rester insensible à un tel matraquage. A moins de vivre sans radio, presse écrite et en ligne, ne jamais passer devant des kiosques à journaux et éviter de boire des pot dans des bistrots pour la plupart équipés de télé. Pas facile de réussir à faire un tri sélectif dans l'info.
Bref : si j'avais commis une erreur de jugement ? Ce regard croisé hier pouvait être le reflet d'un échec amoureux ou la tristesse de ne pas être dans la même classe qu'une copine ? Ou encore l'absence de piles pour un MP3 assigné à résidence dans son sac ? Des préoccupations communes à des millions d'ados.
Malgré ces interrogations sur la pertinence de mon regard, je demeure contre le port du voile et autres signes religieux ostentatoires dans les lieux publics. Une loi ou pas ? J'avoue ne pas avoir de solutions clefs en mains à cette question récurrente de société, une question sous tension à cause d » une recrudescence des intégrismes religieux de tout poil. Un problème aussi, avec un mauvais jeu de mots, pour les nombreux croyants de bonne foi. Cela dit, si l'on propose à une petite fille de décrire son rêve d'avenir, pas sûr du tout qu'elle réponde spontanément : porter le voile. Gageons que les responsables chargés de ce sujet trouveront les réponses les plus appropriées.
Pour finir ce billet, j'aimerais évoquer les vieux immigrée(e)s qui fulminent contre les jeunes filles voilées cherchant à être plus royalistes que le roi. Beaucoup de mères et grands-mères voient d'un mauvais œil cette vague de voiles. Pourquoi pas inviter ces femmes à participer au débat ?
A quoi pensait cette gamine du bus ? Après tout, cela ne regarde qu'elle. Laissons-la naviguer dans ses pensées. Mais empêchons quiconque de lui voler ses rêves de gosse.
PS : N'hésitez pas à lire ce très beau papier teinté d'humour noir (un genre à défendre) de Pierrette Fleutiaux : « La dignité de l'homme exige qu'il porte la burqa », sur LeMonde.fr
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De pablico
18H27 | 06/09/2009 |
les femmes voilées ont un voile physique, qui prévient l'autre d'un voile idéologique.
Ne sommes nous pas tous voilés de nos voiles idéologiques, philosophiques, religieux, culturels et aussi le pire : nous nous voilons la face au lieu de réagir.
le summum sont les « militants » qui portent la burqa idéologique avec vision intégrée très étroite.
qu'est le pire du pire, le voile qui se voit ou celui qui est intellectuel (caché et rampant) ? ?
mais ce qui est sûr c'est qu'on voit la vie, en regardant en transparence à travers nos voiles..(quand on a la chance qu'ils ne soient pas opaques)
à pablico
De mamane
Ingénieur | 10H56 | 07/09/2009 |
Pour complément d'info, un papier des blédardes intitulé « Des amis qui nous veulent du bien »
http://www.indigenes-republique.fr/article.php3 ? id_article=677
De yacinus
en levitation | 14H35 | 06/09/2009 |
» Pas un jour sans entendre parler de l'islam -en bien ou en mal- et des aventures de Nicolas et Carla Sarkozy. Coincé. Personne ne peut rester insensible à un tel matraquage. A moins de vivre sans radio, presse écrite et en ligne, ne jamais passer devant des kiosques à journaux et éviter de boire des pot dans des bistrots pour la plupart équipés de télé. Pas facile de réussir à faire un tri sélectif dans l'info. »
Parfais monsieur Akkouche ! ! ! Vous avez apporteé votre contribution à ce matraquage. Les autres vont suivre….Et les femmes vont se voiler de plus en plus…..bizarre…non ? ? ?
De eelisa
Délinquante au coin de la rue | 15H06 | 06/09/2009 |
J'ai rencontré, dans mon petit supermarché, une jeune fille portant le niqab ;
son regard était celui de toute jeune fille de son âge, elle faisait des courses avec une copine non voilée, et en apparence, ses préoccupations du moment ressemblaient aux miennes : faire des courses…
Ah, j'oubliais, le regard des autres : indifférent. Personne n'avait l'air choqué… et moi non plus.
Peut-être mon impression première était de la plaindre, mais comme je ne sais pas sa vie, je ne sais rien de ces femmes, de ces jeunes filles, de leur choix, de leur envie, je ne suis pas apte à juger.
Elle avait l'air tout à fait heureuse dans son habit noir ; sortirait-elle avec des amies non voilées si elle était obligée de se vêtir ainsi ?
Est-ce qu'on en fait pas trop ?
Vous dites :
« Aurais-je réagi d'une manière identique face à une Lolita-Bimbo élevée par TF1 et le magazine Jeune et Jolie, fardée jusqu'au cœur, nombril épinglé, string débordant et décolleté abyssal ? Sans doute pas eu le réflexe de pester contre les publicitaires colonisant esprit et corps d'enfants dès leur plus jeune âge. Et me serais-je autant interrogé devant un ado porteur d'une kippa, d'une croix, le crâne rasé d'un bouddhiste, ou les poignets scarifiés d'un jeune paumé ? Pourquoi alors une telle réaction face à un voile ? »
Là, je vous suis…et aussi quand vous dites :
« Cela dit, si l'on propose à une petite fille de décrire son rêve d'avenir, pas sûr du tout qu'elle réponde spontanément : porter le voile. Gageons que les responsables chargés de ce sujet trouveront les réponses les plus appropriées. »
En fin de compte, elles seules ont la réponse.
Mais je pense qu'à force nous aussi, de vouloir leur dicter notre pensée, nous allons à l'inverse de ce que nous désirons pour toutes les femmes : la liberté.
à eelisa
De Béatrice1
| 17H10 | 06/09/2009 |
« J'ai rencontré, dans mon petit supermarché, une jeune fille portant le niqab »
Je pense que vous faites erreur, et qu'il ne s'agissait pas d'un niqab, sinon vous n'auriez pas vu son regard, car il aurait lui aussi été caché à votre vue.
à Béatrice1
De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 17H30 | 06/09/2009 |
Ah bon ?
à thierry reboud
De Béatrice1
| 17H55 | 06/09/2009 |
Celle-là a la chance de voir à peu près où elle met les pieds ! Le niqab ou la burqa cachent même le regard.
J'ai la flemme de mettre une image (ça me demande trop d'efforts), mais vous en trouverez facilement, vous qui êtes un as en informatique.
à Béatrice1
De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 18H13 | 06/09/2009 |
Vous faites comme moi, vous cherchez sur Google Images et vous tomberez sur cette photographie qui est aimablement fournie par la BBC.
Cette photographie est bel et bien celle d'une femme en niqab. Désolé.
à thierry reboud
De ginkoland
Ginkologue | 18H24 | 06/09/2009 |
C'est vrai : fr.wikipedia.org/wiki/Niqab
à thierry reboud
De Pas–glop
pas glop du tout | 12H16 | 07/09/2009 |
et les chausettes noires ? et les saussures noires ?
à Béatrice1
De JV29640
21H36 | 06/09/2009 |
http://fr.wikipedia.org/wiki/Niqab
Niqab = yeux découverts
( je n'avais pas vu le commentaire précédent, cpdt cette chère contributrice semble tellement aveuglé par sa science que deux fois le même liens ne fera pas de mal)
à JV29640
De tilou_
Chat de garde | 11H44 | 07/09/2009 |
Ah, la spécialiste en tout, la béa ! ! ! ! ! !
à tilou_
De Pas–glop
pas glop du tout | 12H17 | 07/09/2009 |
ouelle kom baque, p'Tilou !
à Pas–glop
De tilou_
Chat de garde | 12H19 | 07/09/2009 |
Ben voui, une semaine à rien foutre, ça laisse des traces !
à tilou_
De ginkoland
Ginkologue | 12H36 | 07/09/2009 |
Content de te retrouver mon Tilou !
à ginkoland
De tilou_
Chat de garde | 12H38 | 07/09/2009 |
Moi aussi, pas triste De te retrouver !
De Lephauste
hautetfort.humeurnoirte.fr | 15H11 | 06/09/2009 |
Mouloud, me permettez vous un contre-pied ? Un « fichu » débat semble opposer la laïcité, souveraine déchue, frangine repassée de la République, vieille planche à billets usée, à l'exercice consentit des pratiques d'une religion (n'importe laquelle, dans l'ordre, le désordre) qui impose des protocoles sociaux. Le débat n'a pas lieu, n'aura pas lieu car les participants sont dans l'ornière calcaire de la calcification disqualifiante des poncifs. Je ponce donc je suis ! dit la pierre.
Une amie me faisait remarquer qu'elle en avait assez des affiches de publicité qui pour nous vanter les mérites d'une quelconque poudre à récurer, exhibaient systématiquement des volumes mammaires, des décolletés si vertigineux, des culs faits pour damner Galilée, qu'elle se sentait écrasée par le format des sus-dits… La femme occidentales à qui l'on a fait prendre la liberté d'être pour une marque de mascara est toute offerte, partout, blonde, brune, rousse, châtain, à la concupiscence du mâle qui parfois, c'est mon cas, préférerait rêver les yeux fermés, à ces beautés, dont Charles dit : Ce ne sont pas là des beautés de vignette.
Ces femmes, ces musulmanes encagées par le respect, peut-être mal compris, pour un dogme aussi ancien que l'idée de Dieu (les maisons de retraite pour dieux n'existent pas ? ), sont l'avers exact de ce que la société de consommation nous somme de penser des femmes. Soit elles sont putes et libres de l'être, soit elles sont malheureuses et brimées. Qu'y a-t-il sous le voile ? Quel esprit se cache sous la Burka ? Une poétesse, une rêveuse, une épouse, une aimée, une femme battue, une adultère ayant eu des enfants avec un homme qui ne la faisait pas jouir, une chômeuse sans papier, une jeune fille mariée de force à un garçon marié sans qu'il y ait consentit ? Un homme ? Aux cils bordés de Kohol ?
Qu'y a-t-il sous les affiches de la propagande du ministère du bonheur ? Rien.
Et dans nos crânes en forme d'ogives à charge creuse, qu'y a-t-il d'encore défendable ? Un rêve ? Un souhait ? Un vœux ? Un vœux, je le fais ici : Que toutes et tous arrivions un jour à nous parler en sautant pardessus la burka de la misère sociale.
à Lephauste
De Loubna Weiss
pour les enfants | 15H20 | 06/09/2009 |
Bonjour Lephauste, j'aime beaucoup votre texte, très bien écrit, ça change de beaucoup de bêtises qu'on peut lire par ici, mais pourriez-vous m » expliquer en quoi il prend tellement le contrepied de celui de Mr Akkouche, merci.
Loubna
à Loubna Weiss
De Lephauste
hautetfort.humeurnoirte.fr | 15H52 | 06/09/2009 |
Vous avez raison Loubna (Dixit Rank Xerox ? L'héroïne s'appelle ainsi dans cette BD), le contre pied ressemble plutôt à une contre-marche. Je voulais surtout insister, idée fixe chez moi, sur la consommation de l'homme par l'homme qui est le dernier fleuron de la civilisation anthropophage dans laquelle nous involuons, avant qu'elle ne se foute en l'air, la « civilisation occidentale ».
à Lephauste
De Béatrice1
| 17H56 | 06/09/2009 |
« ce que la société de consommation nous somme de penser des femmes. Soit elles sont putes et libres de l'être, soit elles sont malheureuses et brimées. »
Qu'est-ce que c'est que cette monstrueuse ânerie ? C'est exactement la thèse des islamistes, que vous soutenez là ! Les femmes occidentales ont justement le bonheur de ne pas (plus) être enfermées dans cette épouvantable alternative - la pute ou la sainte : ça c'est au contraire le sort qui leur est réservé dans les sociétés patriarcales obscurantistes dont nous avons eu tant de mal à sortir. C'est chez les intégristes qu'une femme non-voilée est une « pute » - qu'elle est donc forcément brimée et condamnée à se bâcher.
« Un vœux, je le fais ici : Que toutes et tous arrivions un jour à nous parler en sautant pardessus la burka de la misère sociale. »
Une femme en burqa n'a PAS le droit de vous parler, c'est même précisément la signification de cet accoûtrement : il est l'affichage de l'apartheid sexuel auquelles ces malheureuses sont condamnées. Votre voeu est donc nul et non avenu.
à Béatrice1
De Alain Pacifique
21H47 | 06/09/2009 |
Juste une question :
dans cette phrase « ce que la société de consommation nous somme de penser des femmes. »
qui est ce qui « nous somme de penser des femmes. » ?
c'est bien « la société de consommation “, non ?
De Keyser S.
Etudiant | 15H14 | 06/09/2009 |
C'est bien d'interroger son propre regard sur les filles voilées, de distinguer ce qui relève de la vigilance contre l'intégrisme et ce qui relève de l'esprit du temps, marqué par l'intolérance et la stigmatisation de certaines personnes, musulmanes notamment. Je ne peux que saluer cette démarche…
Mais pour ce qui est de votre opposition au port des signes religieux dans les lieux publics, vous avez tout faux. Si votre appréciation personnelle du port des signes religieux est libre (dans les limites posées par la nécessaire tolérance : Vous ne pourriez pas, par exemple, pousser la dénonciation du voile jusqu'à un appel à la haine), chercher à interdire ce phénomène dans l'espace public va à l'encontre de l'idée même de laïcité. La laïcité a pour but de permettre l'expression de toutes les sensibilités religieuses et irreligieuses, et elle ne limite certaines pratiques, notamment prosélytes, que pour mieux garantir ce pluralisme (ou l'ordre public). Si la laïcité a pu avoir un usage anticlérical à une époque, il s'agissait d'un combat politique, contre une frange du catholicisme qui refusait la République et la démocratie, il ne s'agissait pas de régler des questions « sociétales ». Faire de la laïcité l'arme de l'athéisme contreviendrait à toute la tradition républicaine, fondamentalement libérale. Ce serait une forme de retour à l'ordre moral… Peut-on souhaiter un telle chose ?
à Keyser S.
De Loubna Weiss
pour les enfants | 15H45 | 06/09/2009 |
« Mais pour ce qui est de votre opposition au port des signes religieux dans les lieux publics, vous avez tout faux. »
« Le problème en ce bas monde est que les imbéciles sont sûrs d'eux et prétentieux, alors que les gens intelligents sont emplis de doute. »
Bertrand Russell (1872-1970)
Vous devriez crâner un peu moins, l'étudiant, ça le fait pas.
Coninuez les études ou arrêtez immédiatement : -))).
Merci, Mr Akkouche pour ce beau texte qui vous classe, et avec quel talent, dans la deuxième catégorie décrite par Russell.
à Loubna Weiss
De tequilla
cherche un avenir | 18H18 | 06/09/2009 |
Je crois que je vais me mettre cette belle citation dans un coin de la tête
à Loubna Weiss
De Keyser S.
Etudiant | 21H10 | 06/09/2009 |
J'exprimais simplement mon inquiétude : Il semble que pour gagner une bien maigre satisfaction (ne plus voir les filles voilées dans les rues), certains soient près à remettre en cause un bien plus grand acquis (la liberté de conscience et de religion, qui, quoi qu'on en dise, implique le droit de manifester ses croyances).
Mais si vous voulez la jouer « dirty », on peut aussi essayer d'atteindre le point Godwin d'ici deux ou trois commentaires…
à Keyser S.
De Loubna Weiss
pour les enfants | 10H24 | 09/09/2009 |
Cher étudiant lyonnais,
Que dit Renan dans « Qu'est-ce qu'une nation ? »
Qu'elle est un « plébiscite de tous les jours ».
Autrement dit, qu'assurer la paix civile d'un pays comme le nôtre, ce n'est pas, ne vous en déplaise, s'assurer de rapports pacifiés entre des communautés, mais de tout mettre en oeuvre pour créer les conditions d'un Etat social fort, qui prenne la défense des plus faibles et fasse respecter la solidarité et la juste répartition des richesses entre tous les citoyens.
Il n'y a pas d'autre moyen de retrouver un monde commun par-delà les appartenances.
Qu'a-t-on à attendre de raisonneurs de votre espèce, sinon un avenir inéluctable de « choix collectifs » différents ?
La France des tribus, en somme.
Seule la « différence individuelle » est fille d'émancipation.
Pas la collective.
Or votre credo, très en vogue, on ne le connait que trop :
-Reconnaître à chaque groupe sa spécificité.
-Lui accorder des droits préférentiels.
-Compter sur l'équilibre des communautés et la tolérance des différentes fois religieuses.
Autant dire, la pire des solutions.
Plus les signes d'appartenance de classe, de religion et de culture seront visibles, plus ils en susciteront d'autres, EN FACE.
C'est une loi d'airain.
Avec le risque de « casse » inhérent, car ceux-ci interragissent comme autant de symboles d'affrontements anciens et futurs.
Plus on force sur les signes, plus le risque de dérapage est grand.
Les communautés ne sont-elles pas encore assez ghettoïsées, selon vous ?
Et vous voulez de l« ostensible », encore et encore ?
« Dirty » ou pas « dirty », étudiant lyonnais, le culturel, ça ne se résoud pas par le cultuel.
Ce que vous nous proposez-là, sous couvert de « liberté de conscience et de religion » à travers ce que vous appelez benoîtement vos « inquiétudes », est en fait, une fantastique régression. Pas besoin d'aller chercher Erasme ou Spinoza.
La même régression, paradoxalement, que celle que nous propose, par ses louvoiements pernicieux, notre petit chanoine du Latran.
« Juifs, musulmans, chrétiens sont fils d'Abraham », dit-on.
Si vous voulez que ceux-là fassent autre chose que s'affronter demain, offrez leur la chance, car ç'en est une, d'avoir mieux à faire que de s'identifier et se compter.
Je précise, à toutes fins utiles, que je n'ai aucun fantasme d'éradication des croyants : -), mais chacun à sa place et la France pour tous.
« Emancipons-nous de l'émancipation » disait un idéologue nazi.
Ne me dites pas que ça vous tente…
brogilo
De hestiamarie - fermé le 17-09_09
on s'en fiche | 15H30 | 06/09/2009 |
Merci pour votre billet qui va au delà du « ressenti ».
Pourquoi vous opposez vous au port des signes religieux dans un lieu public ?
Pour tout vous dire : je n'ai aucune opinion et n'arrive pas à en avoir dans ce domaine.
à hestiamarie - fermé le 17-09_09
De Mouloud Akkouche
(auteur)
Ecrivain | 16H04 | 06/09/2009 |
Bonjour,
Pan sur le bec comme on dit au Canard Enchaîné. Certains appelleraient ça un « lapsus calami “” - peut-être inventer un terme pour les “ lapsus de clavier ‘’ ? -, d'autres une erreur… mais je voulais écrire : ‘ Signes ostentatoires religieux '. Désolé pour ce mot en moins qui revêt une importance plus qu'ostentatore…
Cordialement,
Mouloud
ps) Je vais demander à l'équipe de Rue 89 si elle peut corriger mon erreur.
à Mouloud Akkouche
De Autist Reading
Plombier/Electricien | 16H19 | 06/09/2009 |
Un signe non-ostentatoire ne signifie pas, et n'est donc pas un signe.
Un signe est par définition ostentatoire.
Signe ostentatoire est un concept jésuitique pour signifier qu'une croix en pendantif, c'est acceptable à l'école, mais une kippa ou un tchador, c'est ostentatoire.
à Mouloud Akkouche
De hestiamarie - fermé le 17-09_09
on s'en fiche | 16H50 | 06/09/2009 |
Mais non laissez ce lapsus !
Quelqu'un va nous aider à le décrypter ! Il doit vouloir dire beaucoup de votre regard : allo Freud !
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Je n'arrive pas à comprendre le sens de la gêne que renvoie ces signes.Je suis incapable de me positionner quand je croise une jeune femme voilée , un moine tibétain, une bonne sœur, un chanoine etc.
D'ailleurs, contrairement à vous, je ne les remarque pas comme signe ostentatoire.
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D'ailleurs je me demande si « me positionner » n'est pas une commande de la société .Parce que dans le fond en quoi cela nous concerne ?
Qu'est ce qui VOUS gêne dans ce voile ?
Je ne saisis toujours pas en quoi il est gênant dans l'espace public de porter un signe montrant son appartenance à une communauté religieuse.
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Il y a 30 ans quand on croisait des pensionnaires en uniforme bleu marine , des scouts est ce que cela nous dérangeait ? non.
Et pourtant ça se voyait : nom de D !