
Poètes, malgré l'indifférence, ne lâchez pas votre plume !
Ce mercredi 26 août 2009, Camilo Ospina, poète et barman à Montreuil (93) au « 8 Bar », n'a pas lu son poème. Ses proches ont pris la parole et la plume pour lui adresser un dernier hommage au Père-Lachaise. Un poème dont il ne signera pas non plus le Bon à Tirer. La mort des poètes passe souvent inaperçue, comme leur existence. Combien de poètes vivent encore en France ?
Je le connaissais peu mais comme disent certains jeunes : « total respect » pour ceux qui, contre vents et marées, ne lâchent jamais la plume. Une plume qui laissera des traces dans la mémoire de certains leveurs de coudes et d'utopistes montreuillois, Guatémaltèques… et d'ailleurs.
Un poète meurt, la poésie continue. Pourtant, au seuil de la rentrée littéraire, quel chroniqueur prendra le risque de défendre un poète vivant ? Ils sont nombreux, pourtant. Il suffit de fréquenter les festivals en province et le salon de la poésie dans la capitale.
Un nombre incroyable de poètes, autoédités ou pas, restent seuls des heures durant derrière leur table -rarement dérangés par les lecteurs et les micros. Certains de ces femmes et de ces hommes, assez fêlés pour continuer d'écrire de la poésie sont bons, d'autres mauvais.
Exactement comme les romanciers déferlant par vague chaque septembre dans les librairies. Et qui attirent plus la presse que les lecteurs.
Beaucoup d'auteurs se précipitent sur le slam, la poésie urbaine
La poésie est-elle condamnée à ne vivre ou survivre que dans les bars -même plus enfumés. Aujourd'hui, le slam, souvent chanté par des poètes urbains revendiquant leur absence de culture littéraire, semble avoir le haut du pavé. Beaucoup d'auteurs se précipitent avec plus ou moins de bonheur sur cette nouvelle forme d'expression. Pourquoi pas ?
Revenons au problème de l'édition de textes poétiques. Effectivement, rares sont les éditeurs ayant pignon sur rue qui publient de la poésie, encore plus rares les journaux qui en font l'écho. Pourquoi ce silence des médias ? Sans doute n'ont-ils pas envie de faire un bide avec un article sur ce genre.
Plus facile de parler du rail de Coke de Beigbeder -dont je dois avouer n'avoir jamais rien lu- que du dernier texte de Thierry Renard publié au Bruit des autres. J'imagine la tête du chef de rubrique si on vient lui proposer un papier sur cet auteur et cette maison d'édition : « Ton article est vraiment super mais fais-moi d'abord l'interview du dernier… ».
Le chroniqueur littéraire, malgré sa bonne volonté, enfourchera son scooter pour pondre quelques milliers de signes sur un auteur à fort tirage. Le succès n'étant pas l'ennemi du talent, il aura parfois la chance d'écrire sur un excellent écrivain en tête des ventes.
Et ce journaliste, après avoir balancé son papier sur un poète inconnu dans la poubelle de son ordinateur portable, lira de la poésie en cachette. Peut-être même en écrira.
Sortir les poètes de la nuit médiatique
Le lecteur a aussi sa part de responsabilité. Combien sommes-nous à ouvrir chaque année le recueil d'un poète contemporain ? Trêve de « blabla » et, pour donner l'exemple, je me replonge dans la lecture des textes de Thierry Metz.
« Pan sur le bec », selon l'expression d'un canard connu. Je critique, ratiocine diraient certains, n'évoque un poète que le jour de son dernier poème et, pour couronner le tout, ne réussis à mettre en avant qu'un auteur, certes excellent… mais mort depuis dix ans.
Quelles solutions pour sortir les poètes actuels de la nuit médiatique ? A nous, lecteurs, de faire preuve de plus de curiosité dans nos choix de lecture, aux éditeurs de prendre plus de risques, et aux libraires de faire un peu plus de place aux plaquettes de poésie « réputées » invendables.
L'encre est aussi dans votre camp, chroniqueurs de presse écrite et audiovisuelle, pour nous informer sur les poètes vivants d'ici et d'ailleurs.
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De Acte Gratuit
capitaine englouti | 11H56 | 28/08/2009 |
quelque part, la poésie va très bien : les chansons qui nous restent en tête au long des décennies, ce sont celles qui ont les paroles les plus puissantes… et le slam a si joliment bouclé la boucle !
j'ai eu un recueil de textes qui a eu quelques honneurs et deux éditeurs successifs - mais tout cela était totalement vain, bien évidemment, sauf pour quelques lecteurs… alors maintenant je le donne gratuitement, ici :
http://lalectrice.pagespro-orange.fr/
la poésie n'est pas une denrée ( ? ) compatible avec le libéralisme, ni avec la recherche égotiste de la célébrité… heureusement !
De Waldeck
Naufragé en Sarkoland | 12H46 | 28/08/2009 |
Merci Mouloud de tenir la main de la poésie et de rester à son chevet.
C'est vrai, elle est quand même là, elle sait se montrer discrète, pas tapageuse pour deux sous…
On la verra peut être refleurir sur les murs, quand la pub, les graf et les tags auront regagné les égouts de l'imposture…
De Lephauste
hautetfort.humeurnoirte.fr | 12H52 | 28/08/2009 |
Mouloud, un coup de rapière dans l'étang glauque de l'édition vaut toujours pour les noms de poètes qui étoilent votre article. Qui connait Alain Borne ? Par exemple. Et ce n'est qu'un exemple. Qui en veut de la poésie (La possibilité d'inventer le réel) ? Personne et tous, tout à la fois. « C'est dans la rue qu'on la veut la musique ! » chantait Ferré. Oui c'est dans la rue qu'on la veut la poésie, sous sa forme la plus primitive, en lieu et place des sempiternels prospectus distribués au sortir des bouches de métro : Retour de l'être aimé ! Fortune assurée ! Achetez moi, nom de Dieu !
Quelques invendus font-ils l'éternité ? Un auteur qui passe dans les médias est un auteur qui a échoué, un salarié, un ersatz, un fantasme de lycéen corrompu par l'œil de la caméra. Un slammer qui accepte de se faire rémunérer au demi de mauvaise bière est une capote sur la pine du tiroir-caisse. C'est parce qu'elle s'est fait foutre sans broncher la poésie qu'elle claque au mitard de la palabre promotionnelle. « Les poètes finissent tous trafiquants d'armes », chantait Capdevielle, du temps d'Actuel. Non ! Les poètes finissent tous dans les agences de com'… Quand ils ont enfin compris qu'il faut la gagner cette vie, cette vie rugueuse d'enragé, que par mégarde on nous a donné, sans le mode d'emplois. Aller Mouloud soyons toujours prêts d'exploser à la gueule de ceux qui sans ça passent, un bouquin de Marc Lévy sous le réhausseur du siège Bébé.
Un petit poème ? D'accord :
Que disent-elles mes mains ?
Prenez ! Prenez encore ! Prenez toujours ! ! !
Ou alors … Fermez-la,
Avant qu'elles ne se referment.