Les leçons du professeur Sarkozy aux Congolais

Cinq heures de séjour à Kinshasa ont suffi au président français pour aborder ce qu'il appelle lui-même le « resserrement des relations de coopération entre Kinshasa et Paris ».
Même s'il a affirmé ne pas avoir de leçon à donner, Nicolas Sarkozy ne s'est empêché de faire des recommandations aux politiciens congolais.
La première est une leçon de bon voisinage :
« S'ils organisent leur bon voisinage, les peuples de la région vivront riches et en paix. Mais si c'est la loi du plus fort, alors ils resteront pauvres et malheureux… »
Le chef de l'Etat français a ensuite salué le rapprochement de la République démocratique du Congo (RDC) et du Rwanda qu'il a qualifié de « véritable signe de refondation de la région des Grands Lacs ».
Vanté par Sarkozy, le rapprochement avec Kigali a entraîné une crise
Pourtant, il n'a pas abordé le fait que les opérations militaires rwando-congolaises, qu'il présente comme salutaires, ont été à la base d'une crise institutionnelle.
Vital Kamerhe, le président du parlement congolais, a dû déposer sa démission à la veille de l'arrivée de Nicolas Sarkozy à Kinshasa. Il avait subi des pressions de la famille politique de Joseph Kabila, le président congolais, qui lui reprochait d'avoir posé trop de questions sur la traque des rebelles hutus (FDLR). Vital Kamerhe dénonçait le fait qui ces opérations se soient déroulées sans que l'institution qu'il dirigeait n'en ait été informée.
Autre leçon donnée aux politiques congolais : la bonne gouvernance. « Nous sommes des élus du peuple, c'est notre devoir de rendre des comptes à ceux qui nous ont élus », a-t-il rappelé lors de son allocution devant les parlementaires congolais.
Il valait la peine de rappeler cette règle démocratique élémentaire à des dirigeants réputés pour leur mépris de leurs électeurs et leur attachement aux avantages liés à la profession de politicien africain : grosses voitures, villas luxueuses et comptes bancaires domiciliés dans des banques occidentales et remplis d'argent détourné provenant de leurs pays.
Le contrat décroché par Areva a-t-il joué un rôle ?
« Quand les éléphants se battent, c'est l'herbe qui souffre », dit-on. La population congolaise, subit les conséquences des affrontements entre géants qui se disputent les ressources naturelles de ce pays au sol immensément riche, mais compté parmi les plus pauvres de la planète.
La visite éclair du président français à Kinshasa soulève des interrogations sur le rôle de la France dans le retournement spectaculaire de la situation à l'est de la RDC.
Qu'est ce qui explique le rapprochement entre Kinshasa et Kigali, et surtout la disparition du jour au lendemain du rebelle Laurent Nkunda qui a pris des vacances au Rwanda, et dont le mouvement, le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), s'est transformé en parti politique ?
La réponse se cache peut-être derrière le contrat que Nicolas Sarkozy a arraché au bénéfice d'Areva. Cette entreprise française a obtenu le permis de puiser de l'uranium où elle souhaitait, sur toute l'étendue de la RDC.
Les « cinq chantiers » lancés par Kabila peuvent toujours attendre
L'annulation de la dette africaine, le président français a promis d'en parler au prochain sommet du G20, à condition que les pays du continent noir ne se tournent pas vers d'autres créanciers.
C'est sans doute la Chine qui doit rougir en voyant Kinshasa se détourner progressivement des fameux accords « Mines contre infrastructures », et se rallier aux traditionnels partenaires européens pour des raisons de consolidation de son pouvoir.
Les cinq chantiers (infrastructures, santé et éducation, eau et électricité, logement et création d'emplois) promis au peuple congolais peuvent toujours attendre. En se ralliant à la France, Kabila a au moins une chance de vieillir au pouvoir, comme ses aînés Omar Bongo et Sassou N'guesso.
Quoiqu'il en soit, le jeune président congolais a tout intérêt à se tenir tranquille et surtout à respecter ses engagements.
Il doit garder en tête qu'à tout moment, Nkunda, ou un autre chef rebelle monté de toutes pièces peut toujours resurgir, armé jusqu'aux dents et bénéficiant d'une couverture médiatique de certains médias occidentaux faisant de lui un héros.
Les deux gouvernants vivent avec un canon sur la tempe
De l'autre côté de la frontière, Paul Kagame ne peut dormir sur ses deux oreilles. Le rapprochement avec Kinshasa, salué par la communauté internationale, a l'air de calmer ses bailleurs de fonds qui menaçaient de lui tourner le dos à cause de son soutien à la rébellion congolaise.
Cependant, le problème des FDLR reste entier. Les récentes opérations militaires rwando-congolaises auraient permis de rapatrier quelque 1 300 combattants et leurs familles sur un effectif qui a toujours été estimé à 6 000 hommes.
L'ONG catholique Caritas-Développement Congo a récemment tiré la sonnette d'alarme sur le nombre croissant de déplacés qui fuient l'insécurité causée par les opérations contre les rebelles hutu rwandais. Selon Caritas, près de 20 000 ménages déjà recensés sont concernés par ces déplacements massifs et sont sans assistance.
Les deux gouvernants vivent donc un canon sur la tempe, subissant des pressions de la part des grandes démocraties occidentales, leurs amis et bienfaiteurs, prêts à tout pour garder la main mise sur l'exploitation des richesses naturelles de la région, primordiales pour le fonctionnement de leurs industries.
Dessin : Nicolas Sarkozy en RDC (Luba/Congoblog.net)
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Cyberdissidence en Afrique : le Web combat les dictateurs

Il en nait tous les jours, de ces sites ou blogs qui s'attaquent à certains dirigeants africains. Véritables défouloirs, ces espaces Internet ne sont pas toujours tenus par les partis politiques d'opposition mais plutôt par des exilés, rescapés des dictatures africaines.
Les membres de ces communautés bénéficient en général du statut de refugiés dans des pays occidentaux, ont un accès à Internet correct et profitent des avantages et facilités offerts par les technologies dites du Web 2.0 pour exprimer anonymement leur opinions. La véracité des faits évoqués et vérification des sources ne sont pas des priorités. Tout ce qui compte, c'est visiblement d'accuser de rage et de noyer le dictateur.
Trouver des solutions aux problèmes causés par l'indéracinable Omar Bongo
Le site Bongo doit partir se présente lui-même comme « espace à caractère politique ouvert à tous les Gabonais, de toutes tendances politiques, raciales et ethniques, désireux de trouver une solution aux problèmes causés par la nuisible et indéracinable présence d'Omar Bongo à la tête du Gabon ».
Documents, articles de la presse internationale, photos et vidéos, tous les outils offerts par le Web 2.0 y sont mis à contribution dans le but d'exercer une pression sur le pouvoir et pousser à la démission l'homme fort du Gabon, champion d'Afrique, à la tête de ce pays depuis 1967.
Sur la page d'accueil de ce site, un sondage sur le sort qui devrait être réservé à Bongo, l'option destitution est en tête avec 36%. En outre, si 22% des 1648 votants estiment que le président gabonais mérite une fin à la Samuel Doe et si 19% optent pour un coup d'état, 16% embrassent tout de même l'option de la présidence à vie.
Un peu plus à l'est, en République démocratique du Congo, Joseph Kabila qui a succédé à son père assassiné en 2001 a, lui aussi, son lot d'opposants virtuels. En ligne depuis mars 2007, kabiladoitpartir.com regroupe des éléments remettant carrément en question la nationalité congolaise et la filiation à sa famille du jeune président. Faire partir Kabila, dénoncer les dysfonctionnements au sommet de l'Etat, ce site à objectifs multiples est un véritable fourre-tout anti-Kabila.
Des relais pour l'opposition tant en Europe qu'en RDC
« Nos membres sont tant en Europe qu'en RDC. Ceux qui sont en RDC prennent des risques et n'affichent jamais leur vraie identité », confie Simon Mbongwana, administrateur du site qui se finance grâce aux cotisations des membres et par la publicité Google Adsense :
« Internet est un outil de vulgarisation de notre lutte qui se fait à l'intérieur et à l'extérieur du pays. Il nous sert de relais via la création de nos propres canaux d'information sans passer par les canaux manipulateurs du pouvoir avec certains de leurs complices occidentaux. Si vous observez les commentaires sur nos articles vus remarquerez qu'on est informé presque à temps réel. »
Sur un autre front, quelques proches de l'ancien et célèbre dictateur congolais (ex. Zaïre) Mobutu se réunissent autour du site aparecordc.org. A sa tête, Honoré Ngbanda, ancien chef des services de sécurité et beaucoup plus connu des congolais sous appellation de Terminator. Exilé en Belgique depuis la chute du régime du maréchal, il s'érige désormais en opposant et garant de l'intégrité territoriale de la RDC qui serait menacée d'éclatement.
Une recherche Google avec le nom d'Idriss Déby ouvre la porte vers des espaces de dissidence en ligne. Le Blog antideby.over-blog.com, se revendique satyrique et antipathique. Sur sa page d'accueil, on fait la connaissance d'un Déby à la tête déformée après un passage par les logiciels de retouche d'images. La vie politique tchadienne et les dérives du régime Déby y sont abordées sur un ton ironique.
Si Internet sert de plus en plus d'espace d'expression pour une partie de la population africaine, nous sommes bien loin d'une prise en main ou d'une démocratisation réelle du Net sur le continent noir. Toutes ces réunions sur la toile excluent encore les paysans et les habitants des zones rurales ou encore les nombreux réfugiés fuyant les conflits armés, pour qui les mots Internet, Web ou Blog n'ont pas la même importance que la survie.
Photo : « Claude au boulot » (Serigne Diagne/Flickr).
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Congo : il vous arrive aussi de pleurer monsieur le Président ?

C'est difficile à croire. Voir le très fort et tout puissant président de la République du Congo pleurer, soutenu par deux femmes, prouve qu'il s'agit bien d'un être humain, de chair et de sang. Monsieur Sassou N'Guesso pleure sa fille Edith Lucie Bongo Ondimba, épouse du président gabonais Omar Bongo Ondimba, décédée le samedi 14 mars 2009 à Rabat, au Maroc.
Cette photo me rappelle bizarrement la guerre sanglante de 1997 au Congo/Brazzaville. Je me souviens des coups de feu, des obus traversant le fleuve et faisant des victimes sur certaines habitations à Kinshasa, mais aussi de tous ces gens qui ont traversé la frontière pour se refugier à Kinshasa.
A cette époque, le général Sassou, avec l'aide des forces tchadiennes et des forces supplétives de l'armée angolaise, fait la guerre à Pascal Lissouba, qui l'avait battu aux élections cinq ans plus tôt.
Je me souviens de tous les enfants qui se retrouvaient tous seuls dans les rues de Kinshasa, une ville qu'ils ne connaissaient pas, leurs parents ayant péri dans une guerre dont les intérêts n'étaient connus que des belligérants.
Toutes mes condoléances, monsieur le Président, pour la disparation de votre fille. Je comprends votre peine et j'espère que vous réalisez au moins ce qu'ont ressenti tous ces parents qui ont perdu leurs enfants pendant la guerre qui vous a ramené au pouvoir.
J'espère que vous vous rendez aussi compte que l'argent, le pouvoir, les villas et voitures de luxe en France n'ont pas aidé à sauver votre fille. Le fait qu'elle ait été admise dans un hôpital 5 étoiles au Maroc n'a rien changé non plus. Son heure était venue et elle s'en est allée, comme tous ces Congolais lambda qui n'ont pas accès aux soins de santé les plus élémentaires et qui meurent dans le silence.
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Laurent Nkunda arrêté : la paix ou un simple répit pour le Nord-Kivu ?
Laurent Nkunda arrêté au Rwanda, c'est un coup de théâtre. On parlait il y a encore quelques semaines de ce général déchu de l'armée congolaise comme étant un homme fort, infligeant des défaites à l'armée régulière congolaise. Il parlait même d'amener sa guerre sur toute l'étendue du territoire pour « libérer le peuple d'un gouvernement irresponsable ».
Spectaculaire retournement de situation entre amis et ennemis d'hier. L'homme fort du CNDP se retrouve dans les filets de son allié et principal fournisseur en armes et munitions. L'accord signé récemment entre les gouvernements congolais et rwandais porte ses fruits. Kinshasa qui a toujours accusé Kigali de soutenir la rébellion et de piller les ressources naturelles dans les zones occupées accepte d'ouvrir officiellement la porte à plusieurs bataillons de l'armée rwandaise pour mener une opération de chasse et de désarmement forcé des rebelles FDLR Hutus.
6000 rebelles hutus sur le sol congolais
Ces combattants, dont le nombre est estimé à 6000 sur le territoire congolais, sont accusés d'abriter dans leurs rangs certains auteurs du génocide rwandais de 1994. Ils ont toujours réclamé un dialogue interrwandais et de la place pour une opposition dans leur pays, chose que le régime de Paul Kagame semble bien déterminé à ne pas leur accorder.
Les termes exacts de l'accord entre Kinshasa et Kigali sont tenus secrets. Le gouvernement congolais entretient un total brouillard autour du nombre de soldats rwandais engagés, de la nature exacte de l'opération et de sa durée. Dans cette chasse aux combattants Hutus, éléments du CNDP et armée congolaise qui s'affrontaient il y a encore quelques semaines s'allient aux côtés du Rwanda.
L'armée rwandaise n'est pas à sa première traversée de la frontière congolaise. A chaque fois, la chasse aux FDLR a toujours été l'excuse officielle. En 1996, le Rwanda était le principal allié de Laurent-Désiré Kabila, père de l'actuel président, dans une guerre pour renverser le régime de Mobutu. Deux ans plus tard, la même armée combattait aux côtés d'une nouvelle rébellion composée essentiellement d'anciens dignitaires du régime mobutiste qui en voulaient à celui qui les avait poussés à l'exil.
De toutes ses incursions sur le sol congolais, l'armée rwandaise n'a jamais réussi à anéantir les combattants Hutus. Elle ne s'est par ailleurs jamais vraiment attaquée à leurs positions mais s'est plutôt retrouvée sur d'autres territoires, éloignés des positions des FDLR. Toutes les régions occupées par l'armée rwandaise pendant les différentes guerres au Congo ont un point commun : la richesse de leur sous-sol en minerais (or, diamant, coltan, cassitérite,…)
Les questions sans réponses
Le retour pour une énième fois de l'armée rwandaise sur le sol congolais suscite des interrogations au sein de la population et réveille les vieux monstres. Malek, étudiant résidant à Goma, s'interroge :
« Je ne comprends pas à quoi joue le gouvernement. Personnellement je garde un très mauvais souvenir des antérieures présences de troupes Rwandaises au Congo. En 2003, j'ai été sérieusement battu par un militaire rwandais, simplement parce que j'avais refusé de dégager des pierres placées en barricade sur la route après des manifestations de protestation par rapport à leur présence. Maintenant, nos dirigeants les laissent revenir, je ne comprends rien ».
Ce nouvel accord entre le Congo et Rwanda permettra-t-il une normalisation des relations entre les deux pays et un retour de la paix dans la région des Grands lacs ? Trop tôt pour l'affirmer. La situation dans cette région est pleine de rebondissements. En tout cas, apprendre que Nkunda est sous les verrous accorde un répit aux populations du Nord-Kivu, mais pour combien de temps ?
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Dans les grands défis d'Obama, il y a aussi l'Afrique

Barack Obama vient d'emménager à la Maison-Blanche et trouve bon nombre de dossiers chauds auxquels il devra s'attaquer avec force et intelligence en même temps. Si l'investiture du premier afro-américain reste indiscutablement un événement historique, le nouvel homme fort américain a du pain sur la planche :
- Crise financière. Le nouveau président américain doit faire face à la plus grave crise depuis la Grande Dépression de 1929. Les regards de ses électeurs et ceux de tous les américains sont tournés vers lui.
A la veille de son investiture, il a lancé un nouvel appel à la patience et au courage. Barack Obama s'est engagé à remettre en marche l'économie à travers son plan de relance de 850 milliards de dollars sur deux ans mais le problème est que demeurent, au sein de son équipe, d'anciens acteurs impliqués dans la déroute actuelle du système financier. Pas rupture donc dans la gestion actuelle du problème.
- Irak. Le désengagement d'Irak, Barack Obama en a plusieurs fois fait mention pendant la campagne et a confirmé son intention de lancer un retrait progressif des troupes américaines lors de son discours d'investiture.
Dans la seule journée de mercredi 21 janvier 2009, il a publié cinq ordres exécutifs et plusieurs mémorandums allant dans le sens du « désengagement de l'armée américaine de façon responsable ». Rien n'est dit en revanche au sujet de l' »après occupation, sachant que le gouvernement installé par les américains après la chute de Saddam Hussein ne contrôle rien et que l'armée américaine a semé le chaos dans ce pays, prétextant la présence d'armes de destruction massive qu'elle n'a jamais trouvé.
- Afghanistan. S'il a l'intention de retirer les troupes américaines d'Irak, le nouveau shérif américain compte envoyer 20 000 soldats supplémentaires en Afghanistan.
Le mouvement des talibans, soutenu par la tribu des Pachtounes, considérée, avec ses 40 millions de ressortissants entre Afghanistan et Pakistan, comme la plus grande tribu au monde dépourvue d'État, contrôle 70% du territoire afghan. L'envoi de soldats supplémentaires en Irak ne risque-t-il pas d'embraser la région et étendre la guerre sur le Pakistan qui sert de base arrière aux talibans ? Si tel est le cas, l'image d'homme de paix qu'incarne Barack Obama ne risque-t-elle pas de prendre un coup ?
- Proche-Orient. Alors que de nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer son silence face aux violences et aux raids israéliens sur la bande de Gaza, Barack Obama s'est déclaré prêt à s'engager activement, dès le début de son mandat, en faveur d'un règlement du conflit et à œuvrer à la consolidation du cessez-le-feu entre le Hamas et Israël.
Le nouveau locataire de la Maison-Blanche s'est entretenu tour à tour avec Mahmoud Abbas, le chef de l'Autorité palestinienne, Ehoud Olmert le premier ministre israélien mais également avec le roi Abdallah de Jordanie et le président égyptien, Hosni Moubarak. Barack Obama aura-t-il le courage d'aller à l'opposé de la position traditionnelle américaine qui consacre un soutien indéfectible à Israël ?
- Afrique. Comités de soutien et blogs ont vu le jour sur le continent. Nombreux sont les Africains espérant que l'arrivée d'un Noir à la Maison-Blanche va apporter un changement positif dans les relations entre les Etats-Unis d'Amérique et le continent africain.
Dans plusieurs cas, il est apparu qu'aux yeux des Etats-Unis, la république bananière est l'idéal en matière d'indépendance et de souveraineté sur le continent africain. Le pouvoir en Afrique est détenu par une bourgeoisie qui ne représente en rien le peuple et ses aspirations, mais qui agit plutôt en représentante locale des intérêts des multinationales qui les rémunèrent en leur laissant les miettes du festin.
La prise en main de la machine américaine par Barack Obama changera-t-elle cette donne ? Ira-t-il toucher aux intérêts de ceux qui gagnent à ce que l'Afrique reste le dernier de la classe au concert des nations ?
Barack Obama a clairement plusieurs défis à relever, le premier étant de passer après plusieurs années de pouvoir Bush. Il devra tenir compte des espoirs de ses électeurs et du regard de ses nombreux supporters. Toutes ces attentes et espoirs n'engendreront-ils pas une « bulle Obama » prête à éclater ?

Illustrations : dessins de Patou Bomenga et de Luba (Congoblog.net).
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Pourquoi y a-t-il « trop de nègres en France » ? Parce qu'on vous aime

Cette inscription, je l'ai trouvée derrière la porte des toilettes du restaurant universitaire de la rue Gauthier-de-Châtillon, à Lille, où je vais déjeuner tous les midis. « Il y a trop de nègres en France… Au bateau… » J'aurais bien voulu répondre à l'auteur de ces écritures, mais la difficulté c'est qu'il n'a pas signé, ni laissé d'adresse à laquelle on pourrait le joindre.
J'entreprends donc de lui répondre ici, et par la même occasion à tous ceux qui se posent des questions sur la présence de gens comme moi en France.
Je vais commencer par raconter une histoire. Elle est longue et complexe mais je vais essayer de l'écourter.
Il y a plusieurs années, alors que mes aïeuls étaient tranquilles dans leurs huttes en Afrique, ils ont vu venir des visiteurs un peu bizarres. A l'époque, ils ignoraient tout de l'existence d'autres continents et d'autres peuples.
Pris de peur, croyant au départ qu'il s'agissait de leurs parents morts qui revenaient à la vie (vu la dépigmentation de leur peau, résultat d'un séjour prolongé sous terre), ils n'ont pas résisté et ont été obligés d'accueillir ces hôtes sans leur demander de visa. Et puis, comment résister en voyant bien que les visiteurs avaient des armes beaucoup plus puissantes ? Ces convives, on les appellera plus tard « colons ».
Malgré quelques problèmes, la cohabitation s'est plutôt bien passée. Nos amis les colons ont dit à mes ancêtres qu'ils étaient ignorants et qu'ils devaient abandonner leurs habitudes pour apprendre de nouvelles choses. Il n'était plus question de se promener nu, mais il fallait s'habiller en chemise, pantalon et autres. Il fallait aussi apprendre à lire et écrire, manger avec des couverts sur une table…
Mes aïeuls ont dû abandonner leurs huttes pour construire des villas en matériaux durables. Ils ont aussi adopté le Dieu des colons, abandonnant les prières adressées aux ancêtres.
A cette époque, l'Africain qui s'habillait, qui marchait et qui mangeait comme le colon était appelé « civilisé ». Celui qui résistait était appelé « sauvage » ou « indigène ».
Beaucoup plus tard, lors de l'Exposition universelle parisienne en 1889, les 400 indigènes du village nègre étaient l'attraction principale et furent visités par 28 millions de personnes. Futés, profitant de ces voyages, mes indigènes d'aïeuls ont retenu le chemin qui conduit au continent européen.
Depuis, le secret fut transmis de père en fils, dans un strict respect de la tradition orale. Bon nombre d'africains veulent eux aussi visiter le continent européen, y vivre et parfaire l'apprentissage débuté par leurs ancêtres.
Cette cohabitation a fait du colon et de l'indigène des amis aux destins indissociables. Même si le colon a changé les règles et introduit les visas et l'immigration choisie, l'indigène ne se décourage pas.
Ils sont nombreux, des frères et sœurs indigènes à traverser la mer en pirogue pour arriver en Europe, exactement comme le colon lorsqu'il est arrivé chez nous.
En conclusion, pour répondre à la question de savoir pourquoi il y a trop de nègres en France, la réponse est : on vous aime les français et on aime votre pays. Malgré le durcissement des conditions et la fermeture des frontières, notre amour pour vous est tellement fort que nous trouvons toujours le moyen de contourner les obstacles et venir vous visiter.
Photo : au restaurant universitaire Gauthier-de-Châtillon, à Lille (Cedric Kalonji).
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Le règne des nouveaux colons en Afrique
Parmi les réactions à la décision du président gabonais Omar Bongo de faire emprisonner cinq opposants le 31 décembre, celle de Cédric Kalonji, l'un des blogueurs de Rue89.
Après les « indépendances », au départ des colons blancs du continent Africain, les colons noirs ont pris la relève. Ils travaillent en étroite collaboration avec les colons blancs.
Les principes de cette collaboration :
- Le colon noir et le colon blanc exploitent les richesses du pays colonisé. Les bénéfices sont partagés entre les deux colons et rien à foutre de la population qui peut crever.
- Le colon blanc s'engage en échange à soutenir le colon noir, de lui apporter une aide matérielle et militaire s'il le faut pour se maintenir au pouvoir le plus longtemps possible, histoire de veiller sur les intérêts des deux colons.
- Le colon blanc apporte de temps en temps nourriture et médicaments sous forme d'aide « humanitaire » pour panser les plaies consécutives à la mauvaise gouvernance du colon noir.
- Le colon blanc ouvre les portes de son pays au colon noir et à sa cour. Ces derniers peuvent investir en toute sécurité l'argent qu'ils récoltent chez le colon blanc. Ils peuvent garder leur fortune dans les banques, acheter des hôtels, des appartements et des voitures luxueuses… Ainsi, à titre d'exemple, les banques suisses ont soigneusement gardé la fortune du dictateur congolais Mobutu.
- Le colon noir et sa famille n'ont pas de problèmes de visa pour aller au pays du colon blanc. Les enfants du colon noir ont accès aux grandes universités du pays du colon blanc alors que les écoles et universités des pays colonisés peinent à fonctionner.
- La population des pays colonisés qui tente de fuir la misère, conséquence directe des accords entre colons, se voit fermer les frontières des pays des colons blancs.
Peut-on encore s'interroger sur la léthargie de l'Afrique alors qu'il apparait clairement que malgré son changement de forme, la colonisation du continent africain est encore une réalité ?
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Guerre au Kivu : vrais enjeux et questions sans réponse

On a vu les rebelles par ci, il y a des déplacés par là, un massacre a été signalé à tel autre endroit… Tout le monde parle de la guerre dans le Kivu, à l'est de la République démocratique du Congo. Une « rébellion » bénéficiant d'une très bonne couverture médiatique et un gouvernement visiblement incapable de remettre de l'ordre ou de restaurer l'autorité d'un état qui n'en est plus une depuis quelques années.
Mais des explications claires quant aux vrais enjeux de cette guerre sont rares. Chacun tente d'analyser la situation avec ses clichés ou avec les éléments incomplets fournis par une des parties en conflit. Tentons d'y voir un peu plus clair.
Une mission des Nations unies coûteuse mais impuissante
Créée le 30 novembre 1999 par la résolution 1291 du Conseil de sécurité des Nations unies, la Monuc est actuellement la plus importante des missions de maintien de la paix de l'ONU. Elle est également la plus coûteuse avec un budget annuel de près d'1 milliard de dollars.
A ses débuts, cette mission, qui rassemble 17 000 hommes, a pour objectif d'accompagner le processus de transition et les élections en RDC. En 2006, après une longue transition et des élections agitées, Joseph Kabila est élu président de la République. Les priorités changent alors pour la mission, qui s'attache à rétablir la paix et de protection des populations civiles dans les zones encore touchées par des conflits armés.
Depuis la reprise des hostilités entre l'armée congolaise et le CNDP du général déchu Laurent Nkunda, la Monuc a reconnu plus d'une fois son incapacité à protéger les populations civiles, évoquant des difficultés d'ordre logistique.
La solution passe-t-elle par l'envoi de plus d'effectifs sur place, et l'augmentation des moyens engagés ? Combien d'hommes de plus faudrait-il, et quel sera leur rôle ? Observer, ou imposer la paix ?
Des intérêts économiques en jeu
L'Executive Order 13 413 signé par George W. Bush en 2006 ordonnait le gel les avoirs de Laurent Nkunda aux Etats-Unis. Il est alors accusé d'« enlèvements, de déplacements de populations et de violences sexuelles ciblant notamment des enfants ».
Cet exemple prouve que depuis les montagnes du Kivu, un chef de guerre peut mettre à l'abri dans des banques occidentales la manne récoltée pendant les conflits.
Contrairement à ce que l'on peut penser, un chef rebelle dans un pays comme la RDC ne correspond pas à l'image du guerrier couvert d'un costume traditionnel en raphia et qui habite sous une tente avec ses hommes.
Les mouvements rebelles œuvrant dans l'est de la RDC peuvent être considérés comme modernes. Les leaders de ces groupes s'affichent volontiers montre Rolex au bras, au volant de voitures luxueuses et couverts de vêtements sortant tout droit des grandes maisons de couture occidentales.
Même tendance du côté des FARDC, l'armée régulière dont les officiers sont avant tout des hommes d'affaires, impliqués directement dans l'exploitation et la vente d'étain, d'or et de coltan.
Souvent, dans la conquête des territoires pendant les affrontements, les zones minières sont prioritaires. La présence des populations civiles et leur situation sanitaire ne sont que des questions secondaires. Cette même population est utilisée par toutes les parties en conflit comme main d'œuvre bon marché ou même gratuite pour l'extraction des minerais.
Les questions sans réponses
Le regain de violence à l'est du Congo pose aussi quelques questions, notamment sur la légitimité de la rébellion de Nkunda et ses éventuels soutiens étrangers.
- Depuis la reprise des hostilités, on observe une montée en puissance du CNDP. L'armée congolaise collectionne les défaites face à une rébellion plus organisée et beaucoup mieux équipée.
D'où viennent les armes qu'utilisent les rebelles et où trouvent-ils les moyens de s'en procurer ? Qui se cache donc derrière Nkunda ?
- Au lendemain de la reprise des hostilités dans le Nord-Kivu, Laurent Nkunda évoquait un renversement du pouvoir actuel. Il menaçait d'amener ses troupes jusqu'à Kinshasa, « chasser le pouvoir actuel pour libérer le pays d'un gouvernement corrompu et irresponsable ».
La communauté internationale et l'ONU « privilégient la voie diplomatique », reconnaissant de fait le CNDP comme mouvement rebelle. L'ONU a d'ailleurs dépêché récemment l'ancien président Nigérian Olusegun Obasanjo pour négocier une trêve avec Laurent Nkunda.
D'où Laurent Nkunda tient-il sa légitimité ? Une rébellion a-t-elle le droit de prétendre renverser un gouvernement issu d'élections démocratiques, organisées en 2006 avec le soutien de la Monuc et de la communauté internationale ?
- Laurent Nkunda multiplie des déclarations pour donner une dimension politique à sa lutte armée. Sa dernière revendication : une révision des contrats signés entre le gouvernement congolais et la Chine.
Ces accords semblables à du troc prévoient l'exploitation d'une certaine quantité de minerais par les chinois en échange de quelques kilomètres de routes, hôpitaux et écoles. Plusieurs pays occidentaux dont la Belgique ont toujours clairement affiché leur opposition à ces accords.
N'y a-t-il pas une main obscure derrière la montée en puissance de Laurent Nkunda ? N'est-ce pas là une manœuvre pour faire fléchir Kabila et lui faire regretter d'avoir pactisé avec les Chinois, au détriment de certaines puissances ?
- En 2001, les Nations unies accusaient le Burundi, le Rwanda et l'Ouganda de piller les ressources minières congolaises. Les experts onusiens s'étonnaient alors que ces pays soient devenus exportateurs de minéraux qu'ils ne produisent pas : or, diamant, cobalt et coltan.
Le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, recommandait l'interdiction immédiate des exportations de minéraux et de bois en provenance de ces pays. Qu'en est-il aujourd'hui ? Rien ! Les minerais congolais, coltan, or et étain transitent toujours par le Rwanda et l'Ouganda.
Quelle est la destination finale des minerais pillés au Congo ? A qui profitent la guerre et la confusion qui prévaut à l'est de la RDC ? Ne serait-il pas plus bénéfique pour les grandes firmes occidentales, avides de minerais d'entretenir la guerre afin de préserver leurs mines bon marché ?
Les réponses à toutes ces interrogations permettront sans doute de trouver une solution pour mettre fin à la guerre qui fait tous les jours des milliers de victimes innocentes. Des libérateurs armés, les populations civiles des Kivu en ont vu, et de toutes les couleurs.
Enterrant leurs morts, n'ayant plus de larmes pour les pleurer, ils attendent impuissants qu'un miracle se produise, qu'il cesse enfin de pleuvoir des bombes chez eux. Si l'aide humanitaire leur apporte un réconfort temporaire, une paix durable reste le salut, un grand rêve pour ces nombreuses âmes meurtries.
Photos : Des réfugiés à Ntamugenga, à l'est du Congo (Finbarr O'Reilly/Reuters)
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