Il faut financer le plan Rocard-Juppé par l'impôt !
Lancer un grand plan innovateur pour reconstituer un appareil productif adapté aux défis de la mondialisation et de l'économie « verte », reste une excellente idée. Michel Rocard et Alain Juppé ont sélectionné sept axes pertinents . D'abord les universités et la recherche .
La France accuse là un grande retard avec une dépense par étudiant, recherche comprise, de 11 000 dollars contre 13 000 en Allemagne et au Japon, 15 500 au Royaume Uni 15 500 et 25 000 aux Etats-Unis, selon les dernières statistiques OCDE 2006 (Regards sur l'éducation-2009).
Même avec les 3 milliards supplémentaires annoncés en 2008 , nous restons loin des pays anglo-saxons et scandinaves.
Puis Rocard et Juppé ont choisi le secteur des PME innovantes -dont le nombre est insuffisant et qui n'atteignent pas la taille optimale pour exporter-, les biotechnologies, les énergies renouvelables la « ville de demain » , la « mobilité du futur » (voiture électrique..) et l'économie numérique.
Total pour l'Etat : 35 milliards, qui, selon eux, devraient entraîner au moins 15 milliards de plus d'investissements par d'autres acteurs. 35 milliards devrait donc être le montant du « grand emprunt ».
L'emprunt n'est pas le seul moyen de financement possible
Mais pourquoi emprunter ? Le fait de rentrer en 2014, comme le souhaite le Gouvernement, ou en 2013, comme le préfèreraient les autorités européennes, « dans les clous » des 3% de déficit public, n'empêchera pas la dette (1450 milliards en 2009) de continuer à augmenter. N'y-a-t-il donc pas d'autres leviers de financement de cette dépense d'avenir dont bénéficieraient tous les Français. Le levier de l'impôt par exemple !
Rappelons quelques chiffres. En tenant compte des prélèvements sociaux (retraite, maladies, allocations familiales…), nous sommes avec 44,7 % du PIB, au quatrième rang de l'OCDE pour les prélèvements obligatoires totaux.
Mais, en termes d'impôt au sens strict, nous étions, selon les statistiques 2007 de l'OCDE (Statistiques des recettes publiques) avant les baisses d'impôt de 2007 et 2008, au douzième rang des pays développés.
Nous sommes sans doute au quatorzième voire quinzième aujourd'hui. Conclusion : nous ne sommes pas surimposés !
Des baisses d'impôts de 20 milliards depuis 2002
De 2002 à 2009 , comme l'expose la fondation Terra Nova dans une étude de septembre, les baisses d'impôts ont été de 20 milliards, dont 70% ont bénéficié aux 20% des ménages les plus aisés. Les « niches fiscales » , on l'a répété ces derniers temps, représentent environ 70 milliards d'euros et ce sont principalement les mêmes qui y trouvent refuge.
Après les chiffres, révisons un peu les idées. L'impôt n'est pas le mal comme on tend à le rabâcher chez nous depuis vingt ans, dans un mimétisme reagano-thatchérien aujourd'hui d'un autre âge. L'impôt est la « contribution » normale des citoyens au « vivre ensemble ».
Où va la cohésion sociale, dont dépend finalement le bien-être de chacun, quand les gouvernements successifs se font élire sur l'objectif principal de baisser les impôts, quand la Presse économique, dans son ensemble, publie chaque années plusieurs « unes » et de longs développement sur la meilleure manière d'échapper à cette contribution ?
François Hollande et Michel Sapin ont eu bien raison de souligner dans une excellente chronique récente (La Tribune 4 novembre) que le programme socialiste pour 2012 devait être centré sur une véritable révolution fiscale replaçant l'impôt au centre des choix politiques
L'Etat doit reprendre la main, sans emprunt
L'Etat doit être à l'initiative financière dans la reconstitution-modernisation de notre appareil productif, puisque l'on ne peut pas compter sur l'épargne privée française pour s'engager suffisamment dans l'innovation, ni sur les dirigeants des grandes entreprises, soumis à leurs actionnaires, pour participer à l'effort de recherche-développement au même niveau que leurs homologues étrangers.
Mais l'Etat ne doit pas, ne doit plus, pour ce faire, recourir à l'emprunt usuel. Il doit trouver les fonds en recourant à l'impôt. En supprimant des niches fiscales et/ou en appliquant aux taux progressifs de l'IRPP , payé seulement par les 47% de français les plus aisés, une hausse elle-même progressive, de 5% à 30% . L'IRPP représente 55 milliards d'euros. Les investissements correspondant au plan seront réalisés au mieux en cinq ans.
A cette échéance, l'augmentation d'impôt susdite aura suffi à financer les 35 milliards. Au-delà, une telle hausse accélèrera la baisse de la dette et de son service annuel. S'il taxe ainsi la moitié d'entre nous la plus aisée, il peut même demander à l'autre moitié, sauf à ceux qui sont au dessous du seuil de pauvreté, de consacrer, chacun, symboliquement, de 10 à 50 euros par an à cette opération, qui, bien ciblée, profitera à tous.
Le petit jeu électoraliste des baisses d'impôt, et la répétition que Nicolas Sarkozy n'a pas été élu pour les augmenter, deviennent insupportables dans la situation économique ou nous sommes avec un appareil productif à la dérive, comme l'illustre notre déficit commercial. Ils pourraient même constituer une sorte de forfaiture de la part de ceux qui nous dirigent.
Lançons le plan mais finançons le sainement, sans démagogie : sans plomber un peu plus par avance, la gestion du prochain quinquennat !
- 1917 visites
- Version imprimable
Une réforme territoriale pertinente mais plombée par des manœuvres
Personne ne nie qu'une réforme territoriale soit nécessaire. Au fil des ans, chaque fois pour de bonnes raisons techniques, se sont empilés des institutions administratives nouvelles entre les communes, les départements et l'Etat.
Il y a par exemple trop de communes : 36 000 pour 62 millions d'habitants, alors que l'Allemagne n'en compte que 12 900 avec 82 millions d'habitants. Les « quatre vieilles » taxes qui financent les collectivités locales sont anciennes et injustes. La taxe professionnelle, qui était calculée jusqu'en 2003, sur le montant des salaires, et qui l'est encore sur les investissements, est économiquement contre-productive.
Malheureusement, Nicolas Sarkozy, bien dans sa faconde, ne perd jamais le nord électoral. Sous son contrôle et révélant déjà bien ses intentions, Alain Marleix, secrétaire d'Etat aux Collectivités territoriales, a concocté une réforme des circonscriptions législatives :
- 33 circonscriptions sont supprimées et autant créées
- 23 des 33 supprimées sont détenues aujourd'hui par la gauche
- 24 des nouvelles créées penchent à droite.
En 2012, avec 51,3% des voix, la gauche serait minoritaire à l'Assemblée.
Vers une main-mise politique totale de la droite dans cinq ans
Le même scénario commence avec la réforme des collectivités territoriales. La gauche détient 22 régions sur 26, et 62 départements métropolitains sur 90. Ne prévoir qu'un seul élu par canton, siégeant pour le conseil régional et le conseil général, n'est pas en soi une mauvaise idée.
Mais en appliquant, pour l'élection de 80% d'entre eux, le suffrage uninominal à un tour, dans la situation actuelle, la carte administrative de la France de 2014 sera pratiquement inversée.
Si l'on combine les deux magouilles, sachant, qu'en plus, la taxe professionnelle supprimée sera remplacée par deux taxes, une foncière et une sur la valeur ajoutée, levées sur les entreprises par l'Etat puis redistribuées par lui aux collectivités locales, la main-mise de la droite politique devient totale dans cinq ans.
Et l'incertitude sur la répartition de cette manne étatique de substitution, avant même de connaître la nouvelle répartition des fonctions entre les deux collectivités, a conduit d'ailleurs 24 sénateurs UMP menés par Jean-Pierre Raffarin a refuser de voter ce texte en l'état.
Que peut faire une commune de 300 habitants avec un budget minimum ?
Une réforme nécessaire est donc gâchée par intérêt électoraliste et l'on est obligé, en tant que citoyen, de souhaiter que le Conseil constitutionnel la censure et/ou en retarde l'application.
Quel serait le point idéal d'arrivée d'une vraie réforme ?
Que peut effectivement engager une commune de 200 ou 300 habitants avec un budget de 20 000 ou 30 000 euros, formé de taxes foncières agricoles, souvent sur des exploitations non professionnelles et de minuscules taxes d'habitation.
Il y a belle lurette que, déjà, les communes ont créé entre elles des syndicats pour certaines fonctions. Mais les fusions volontaires entre communes, pourtant souhaitables, ayant buté sur des motifs « clochemerlesques », la loi Chevènement a institutionnalisé le système des rapprochements fonctionnels par la création en 1999 des communautés de communes, d'agglomération et urbaines.
Aujourd'hui, le nouveau texte, prévoit, à juste titre, des métropoles, ayant les responsabilités des départements. Ces communautés doivent se multiplier pour organiser les transports publics allant des centres villes aux zones rurbaines, pour le traitement de l'eau et des ordures ménagères, et bien d'autres services publics locaux.
Mais cela crée un échelon de plus, et il apparait bien que le département est en trop, entre ces communautés et les régions.
Plutôt que réduire le nombre d'élus, aller vers une fusion région-département
L'argument de la réduction du nombre d'élus de 6 000 à 3 000 n'est pas vraiment pertinent. D'aucuns pourraient d'ailleurs objecter qu'une réduction d'une telle ampleur porte une certaine atteinte à la démocratie.
On économisera sans doute des indemnités et des frais de secrétariat, mais la vraie économie serait obtenue en fusionnant vraiment les administrations départementales et régionales. Peu à peu, on pourrait réduire des effectifs souvent pléthoriques. A terme, le « point omega » de la réforme territoriale serait donc à deux échelons : les communautés d'anciennes communes et les régions.
Ce modèle aurait, en outre , un avantage sur le plan fiscal : il permettrait de remplacer les « quatre vieilles » par des impôts plus modernes :
- des taxes foncières subsistantes pour les communautés
- des taxes spécifiques, comme celles sur les ordures ménagères
- au niveau régional, à répartir entre les communautés et région, un impôt sur le revenu et un, deux ou trois points de TVA
De tels impôts peuvent être levés sur des zones économiques régionales, qui offrent une assiette fiscale suffisante, surtout si les plus petites régions sont fusionnées. Ramener les 22 régions métropolitaines à quinze est aussi une bonne idée à cet égard.
A certains égards, dans sa structure, la réforme Sarkozy va dans le bon sens.
Mais, voulant en profiter pour asseoir et consolider le pouvoir de ses amis de droite au niveau des départements, des régions et donc du sénat qui n'a jamais connu une majorité de gauche, il va déclencher dans le pays une opposition farouche jusque dans les rangs de la majorité qui, ensuite, interdira toute nouvelle évolution, laissant la situation très proche de l'actuel « millefeuille » impuissant, coûteux et fiscalement rétrograde.
- 1133 visites
- Version imprimable
Banques : fausse route des députés et du gouvernement!
Après avoir voté, la semaine dernière en formation très réduite, une surtaxe exceptionnelle sur les bénéfices des banques, la majorité a faite revoter ses députés dés le lundi suivant en sens inverse. Beau témoignage, par parenthèse, du respect du gouvernement pour la représentation nationale.
Cette proposition faisait écho à d'autres identiques faites en Belgique ou en Allemagne. Certains y voient une sorte de « punition » infligée à ces organismes qui ont été à l'origine de la crise actuelle. D'autres n'y voient qu'une source supplémentaire de recettes pour des Etats déficitaires et endettés.
En France, la ministre s'y est opposé au prétexte de ne pas handicaper nos banques dans la concurrence ! Ces jours-ci, plusieurs commentateurs, dont notre éminent confrère Le Monde, se demandent : « Faut-il interdire aux banques de spéculer ? Faut-il rétablir la “ spécialisation ” bancaire entre banques commerciales (banques de dépôts en France) et banques d'investissement ou d'affaires ?
Les banques retournent à leurs démons !
Comme on l'a dit et répété à l'occasion des deux G20, l'important est d'empêcher les banques de repartir dans le même fonctionnement dément qui les a conduit là où elles en étaient à l'automne 2008, d'où tous les gouvernements les ont sorties par des garanties et des apports en capitaux.
Elles affichent aujourd'hui des bénéfices quelquefois supérieurs à ceux d'avant la crise, au point d'ailleurs de rembourser, les unes après les autres, par anticipation, les capitaux prêtés par les Etats. Et elles réalisent ces bénéfices par les activités de marché, et non par les prêts.
Sur ce dernier point, le procès fait aux banques, de ne pas prêter aux PME, n'est pas juste. En période de ralentissement, les entreprises empruntent peu pour investir, et celles qui cherchent à emprunter sont souvent en très mauvaise situation économique proches du dépôt de bilan, et n'expriment que des besoins de trésorerie.
Prêter aux plus malades dans ces conditions relèverait d'une imprudence bancaire condamnable, et d'ailleurs régulièrement condamnée par la justice dans les périodes normales. Les banques doivent se montrer un peu plus larges qu'à l'accoutumée, mais ne peuvent prêter quand elles savent qu'elles auront à provisionner une créance douteuse quelques mois plus tard.
Ce qu'on peut, par contre, reprocher aux banques, c'est de repartir à nouveau vers la gestion déséquilibrée consistant à rechercher leurs profits presque exclusivement par les opérations de marché. Celles-ci, c'est vrai, sont largement plus rentables.
Gagner 4% ou 5% sur la différence entre le prix de l'argent sur le marché monétaire, ou la rémunération des dépôts, d'une part, et le taux des prêts, auxquels il faut ajouter 2% ou 3% de plus gagnés sur les “ commissions ” souvent dolosives qu'elles prélèvent (de la “ tenue de compte ” aux virements et traitement des chèques en bois) est, tous comptes faits, moins attrayant qu'obtenir des rendements de 10% ou 15% sur les marchés.
Mais si elles offrent des rendements plus élevés, les opérations de marchés sont aussi beaucoup plus risquées. C'est la loi d'airain de la finance : plus de rendement = plus de risque. C'est bien ce qui a conduit à la catastrophe de 2008. C'est ce qu'il faut les empêcher de faire et, pour cela, 10% de taxation en plus ne serviront à rien.
Augmenter fortement les fonds propres requis pour aller sur les marchés
Rétablir la spécialisation bancaire est une fausse solution. On a constaté, en effet, au plus fort de la crise, que les banques universelles, sans être insubmersibles, avaient plus d'atout pour résister que les banques purement tournées vers la Bourse.
La vraie mesure à prendre, aussi bien au G20 que dans chaque pays, est un freinage fort dans leur tropisme de marché. Comment ? Par le biais du ratio de solvabilité. Toute banque doit avoir un montant de fonds propres (capitaux et réserves) proportionnel aux risques qu'elle prend. Ce ratio de solvabilité est donc une fraction avec au numérateur les fonds propres et au dénominateur les risques.
Au minimum ce ratio doit être, selon les normes actuelles, de 8%. Toutes les banques étaient au dessus. Et, malgré cela, de très grandes banques n'ont pu faire face à la réalisation des risques qu'elles avaient pris. La solution s'impose donc d'elle-même.
Pour freiner les ardeurs des banques sur les marchés, et les inciter, au moins en ce moment, à un peu plus de largesses en crédit, il suffirait de mettre un ratio de solvabilité beaucoup plus élevé sur les opérations de marché : 12% voir 15% ou 20%. Peut-être progressif en fonction du niveau global des risques ! Comme leurs fonds propres ne sont pas extensibles sans limites, elles seraient bien obligées de réduire leurs risques de marché.
Sans elle, et sans l'harmonisation des normes comptables, qui va de pair, toutes les autres mesures resteront de nul effet. Les banques paieront en rechignant, mais aisément, toute surtaxe, et le “ business as usual ” reparti de plus belle, conduira , dans cinq ou dix ans, aux mêmes effets.
- 3043 visites
- Version imprimable
Prix Nobel à Elinor Ostrom : l'autre économie sort de l'oubli

Au moment où tous les politiques critiquent les excès du capitalisme financier, sans d'ailleurs proposer de modèle économique alternatif et en laissant les banques repartir exactement dans les mêmes errements, le jury du Nobel, rappellant une troisième voie économique trop ignorée, a fait novation en élisant deux économistes originaux : Olivier Williamson et Elinor Ostrom.
Le premier, initialement ingénieur, a développé une analyse institutionnelle de l'industrie, étudiant notamment l'organisation des échanges entre firmes industrielles et les fusions-absorptions auxquels ces échanges peuvent conduire pour des raisons techniques ou d'organisation (par exemple entre constructeurs automobiles et leurs sous-traitants) quand les relations se complexifient.
Des consommateurs associés gèrent mieux la ressource commune
Mais c'est surtout le second lauréat, une femme pour la première fois, Elinor Ostrom, qui retient l'attention. Cette professeure à l'Université d'Indiana a, en effet, démontré, à partir d'exemples concrets et en donnant une interprétation théorique, que des hommes associés en égaux, par exemple autour de l'exploitation d'une ressource locale, l'eau entre autres, aussi bien dans des pays pauvres que dans la riche Californie, géraient mieux cette ressource que l'administration ou une entreprise capitaliste privée.
Sa démonstration va donc directement à l'encontre de l'hymne au marché et à l'entreprise capitaliste que l'on nous sert depuis vingt ans, comme fondement incontournable de l'économie.
Par parenthèse, sa démonstration va aussi a posteriori à l'encontre de l'étatisation, plus exactement la propriété publique des biens de production sous contrôle de l'Etat, que proposaient, comme modèle alternatif, les économies dites « socialistes » jusqu'à leur déliquescence à la fin des années 80. Elinor Ostrom propose une troisième voie.
Cette troisième voie avait été expérimentée avant d'être théorisée par Charles Gide
Mais cette troisième voie est-elle vraiment nouvelle ? Non ! Spontanément, depuis le XIXe siècle avec l'Anglais Owen, dans le concret, se sont constituées de « coopératives » de consommation, tandis qu'en France se développaient d'abord les coopératives de production ,les SCOP. Elles n'ont jamais disparu, et connaissent même aujourd'hui un regain réel.
Les coopératives de consommation ont disparu en France, la FNAC en ayant été le dernier avatar. Mais elles survivent à l'étranger. De plus les Mutuelles en sont une forme moderne dans les secteurs de l'assurance notamment. Ces types d'entreprises constituent ce que l'on dénomme aujourd'hui « l » économie sociale ». Or Charles Gide (l'oncle de l'écrivain), dès la fin du XIXe siècle, a théorisé ce type d'économie et montré ses avantages par rapport au capitalisme.
Pour Charles Gide, l'économie toute entière pouvait être dirigée de l'aval par les consommateurs associés dans une sorte de « république des coopératives » qui peut inclure des coopératives de production. Loin de s'en tenir à cette description d'un idéal, il a dans moult articles analysé le fonctionnement des coopératives dans le milieu capitaliste et dans l'économie de marché, sous le plus grand dédain des économistes néoclassiques de l'époque que l'on qualifierait aujourd'hui d'ultralibéraux.
Plusieurs facteurs ont cependant rendu impossible un vrai développement de l'économie coopérative. Ils ont même conduit de grandes coopératives à la faillite, à l'image de la Verrerie ouvrière d'Albi crée en 1896, avec l'appui de Jean Jaurès, et absorbée en 1993 par Saint Gobain Emballages, ou, du côté de la consommation, de la FNAC absorbée par la GMF en 1986, puis par PPR en 1994.
La voie coopérative est la voie d'une économie humaine
Premier facteur négatif : l'hostilité de l'aile gauche des socialistes ( Jules Guesde notamment) au principe même des coopératives de production « voie trompeuse (qui) obligent les ouvriers à souscrire une action pour pouvoir travailler » et qui conduisait les prolétaires à s'exploiter eux -mêmes et à se détourner de la « lutte de classes »
Second facteur négatif : la méfiance pour ne pas dire l'hostilité des banques aux formes coopératives, où le chef est élu et la stratégie définie selon le principe « un homme , une voix » et où les réserves ne sont pas distribuables. En l'absence de crédit, les fonds propres des coopératives sont, par construction, assez faibles, les seules cotisations des adhérents ne pouvant constituer des capitaux suffisants , compte tenu des investissements nécessaires pour résister à la concurrence des entreprises capitalistes.
Troisième facteur : l'assiduité des adhérents aux assemblées s'est fortement réduite au fil des ans, du fait de la montée de l'individualisme, engendrée elle-même par le fonctionnement du capitalisme.
Enfin, dans nombre de cas, la forme coopérative a été adoptée en désespoir de cause quand la situation financière de la firme privée était déjà désespérée.
Dans le domaine agricole, nombre de coopératives laitières ou céréalières, et ,dans le secteur financier, nombre de banques dites mutualistes, fonctionnent aujourd'hui plus sur le mode capitaliste vis-à-vis des coopérateurs agricoles de base ou des « clients » déposants et emprunteurs.
Réfléchir aux voies de la transformation des entreprises
Pour autant l'idéal coopératif et mutualiste est loin d'être désuet, et les travaux d'Elisor Ostrom montrent, dans ce sens, que les hommes associés sont tout à fait capables de gérer au mieux des ressources communes à l'avantage de tous.
On ne peut guère attendre de gouvernements venus au pouvoir en plein triomphe théorique du capitalisme et du profit individuel, qu'ils favorisent un retour vers cette forme d'économie. Au moins les économistes qui se veulent « alternatifs », ou simplement objectifs, devraient -ils réfléchir concrètement aux voies et moyens pour transformer nombre d'entreprises capitalistes individuelles, lorsque leur créateur ou propriétaire prend de l'âge, ou n'a pas trouvé de successeur, ou bien lorsque ce dirigeant s'avère incapable de donner un futur à son entreprise, en entreprises coopératives, avant qu'il ne soit trop tard.
Ils devraient aussi réfléchir au moyen de relancer la coopération dans le domaine de la consommation par exemple autour des fruits et légumes « bio » proches des villes. Un collectif d'hommes et de femmes est sans aucun doute plus soucieux de son avenir commun et de ce qu'ils consomment concrètement, que ne peut l'être un conseil d'administration prioritairement soucieux du profit maximum des actionnaires. En tous cas les jurés du Nobel ont judicieusement rappelé cette troisième voie, vers une économie vraiment humaine.
Photo : Elinor Ostrom fête son prix Nobel d'économie à l'université Indiana de Bloomington le 12 octobre 2009 (John Sommers II/Reuters).
- 3114 visites
- Version imprimable
C'est le dollar qui plonge mais c'est l'Europe qui va trinquer

Depuis le mois de mars, le dollar s'effondre à nouveau. L'euro vaut aujourd'hui près de 1,5 dollar et pourrait continuer à se renforcer dans les mois qui viennent. C'est un casse-tête pour la Chine et une mauvaise nouvelle pour l'Europe. Explications.
Le dollar grimpait au début de la crise, pourquoi baisse-t-il ?
Au début de la crise financière pourtant, la monnaie américaine, qui baissait depuis 2006, était remontée à 1,3 euro. Elle était encore perçue comme une monnaie refuge face à l'avalanche des mauvaises nouvelles économiques et financières.
Mais depuis début 2009, le déficit abyssal du Trésor américain fait aussi peur que les autres. Et l'économie des Etats-Unis ne rassure personne. Les Américains qui n'épargnaient presque rien et s'endettaient pour continuer à consommer malgré des salaires stagnants, se remettent à mettre de l'argent de côté. Ce qui signifie qu'ils ne devraient pas reprendre leur rythme de consommation d'avant la crise.
Or, compte tenu de sa masse, la consommation américaine est un facteur important de la croissance mondiale. Sans elle l'économie planétaire ne retrouvera pas aisément son dynamisme. Et le Trésor américain aura du mal à retrouver des recettes fiscales pour rembourser sa dette et en payer les intérêts.
La monnaie américaine se déprécie donc par rapport à toutes les autres, sauf deux : la livre sterling britannique (parce que les finances britanniques sont en piètre état) et le yuan chinois (parce que les autorités maintiennent volontairement une parité fixe avec le dollar, pour ne pas renchérir leur produits sur le marché américain).
Le dollar peut-il perdre son rôle de monnaie mondiale ?
Rebondissement la semaine dernière : les autorités chinoises, russes,
brésiliennes et arabes des pays du Golfe ont annoncé qu'elles seraient
favorables à ce que l'on crée un panier de monnaie intégrant, en plus
du dollar, d'autres monnaies comme l'euro, et même l'or.
Aujourd'hui, plus de 50% des exportations mondiales sont facturées en dollars. Les réserves des banques centrales sont à plus de 65% en dollars (25% en euros) et le dollar intervient pour 85% dans le marché des changes.
Or, pour les pays pétroliers et les autres pays émergents exportateurs de matières premières comme le Brésil, la baisse du dollar, leur monnaie de facturation sur laquelle sont basées leurs recettes d'exportation, est très pénalisante.
Ils se sont donc réunis avec la Chine et la Russie pour proposer qu'une nouvelle monnaie de facturation soit créée, une monnaie composite, un « panier » de monnaies composé de dollars mais aussi d'euro, d'autres monnaies et même d'or. Leurs recettes d'exportation seraient alors mieux protégées contre la baisse d'une monnaie, et, aujourd'hui, du dollar. Cette seule annonce a suffi à accélérer un peu plus la plongée de la monnaie américaine.
Mais les chances d'aboutir d'un tel projet ne sont pas évidentes. Les monarchies du Golfe ne tiennent pas à fâcher les Etats-Unis ; elles ont besoin de leur « amitié » politique et militaire.

La Chine a-t-elle intérêt à voir le dollar chuter ?
Les Chinois ont « accroché » leur monnaie au dollar. Pourtant, Pékin n'a pas intérêt à ce qu'il baisse trop, car une grande partie de
ses énormes réserves en devises, près de 2 000 milliards, est libellée
en dans cette devise. Quand il baisse, ces réserves fondent donc en valeur relative et elle s'appauvrit.
On assiste donc à un petit jeu de barbichette entre les Etats-Unis et la Chine. C'est elle qui, en plaçant ses réserves sous forme de bons du Trésor américain depuis des années, finance le déficit budgétaire des Etats-Unis. C'est donc elle qui, durant la période d'euphorie financière antérieure à la crise, a alimenté le marché monétaire américain et a permis aux banques américaines de prêter sans compter.
Elle a financé un déficit qui a permis aux américains de vivre à crédit et avec une balance commerciale négative, en particulier du fait… des importations issues de Chine.
Compte tenu de leurs réserves, les Chinois auraient intérêt à ce que le dollar cesse de baisser. Mais ils ne veulent toujours pas provoquer la réévaluation du yuan, pour ne pas freiner des exportations (qui sont en train de ralentir parce que les américains consomment moins). Donc ils font baisser le yuan parallèlement au dollar.
Par ailleurs, comme l'Asie est restée la zone économiquement la plus dynamique, les investisseurs des pays développés se ruent vers elle. Ils apportent des dollars, des euros, des yens japonais contre des monnaies de ces pays asiatiques, ce qui a fait monter le cours de ces monnaies par rapport au dollar, abaissant donc la compétitivité des exportations de ces pays.
Ces derniers temps, leurs banques centrales ont donc acheté des dollars sur le marché des changes pour tenter d'enrayer la baisse de la monnaie américaine. En vain !

L'Europe, grande perdante de ce jeu sino-américain
Pour l'instant, le principal perdant dans ce jeu, c'est évidemment l'euro. Il ne cesse de s'apprécier par rapport au dollar ce qui signifie que les exportations des pays de la zone euro sont entravées. Cela nuit principalement aux Allemands. Mais si la marche de la « locomotive » allemande est freinée, c'est le train européen qui est touché.

Que faire ?
Est-il possible d'inverser le mouvement ? Il faudrait pour cela :
- que l'on voit de vrais signes positifs dans l'économie américaine
- que la banque centrale américaine relève ses taux
- que la banque centrale européenne, à l'inverse, poursuive plus loin la baisse du taux sur l'euro
Aucun de ces trois facteurs n'est acquis. La conjoncture américaine n'est pas encore franchement positive et l'emploi, donc les revenus des ménages, donc la consommation, en sont loin.
Ben Bernanke, le président de la FED, affirme qu'il est partisan, comme le gouvernement américain, d'un dollar fort. En relevant ses taux sur le dollar il attirerait un peu plus les capitaux sur cette monnaie.
Mais il ne le fait pas , car il ne veut pas, par ailleurs, freiner les exportations américaines. Il n'est pas aussi cynique que le secrétaire Connaly au Trésor qui, en 1971, disait aux européens « le dollar, c'est notre monnaie et c'est votre problème ». Mais c'est tout comme…
Enfin, Jean Claude Trichet, président de la banque centrale européenne, aura du mal à baisser encore le taux sur l'euro, par peur du retour de l'inflation lors de la reprise. De plus, la gestion du taux de change de l'euro par rapport aux autres monnaies n'est pas de son ressort, d'après le traité de Maastricht, mais des seize gouvernements de la zone euro. Autant dire de personne !
Toutefois, si l'inflation reste proche de zéro comme en France aujourd'hui, et si les Allemands prennent vraiment peur pour leurs exportations, il pourrait être poussé à baisser son taux. Il faut le souhaiter car, autrement, l'euro sera vraiment la victime du jeu de barbichette sino-américian.
Illustration : évolution du cours du dollar par rapport à l'euro depuis deux ans (Yahoo ! Finance)
- 25650 visites
- Version imprimable
Ah, cachez ces problèmes que nous ne saurions voir !
Les faits sont têtus, disait Lénine ! Sur ce point, au moins, il n'avait pas tort ! Dommage pour la Russie qu'il soit mort si tôt. Mais ce constat d'évidence s'applique très bien en France, en réaction contre une nouvelle mode politique à laquelle se conforment aujourd'hui des « people » de gauche comme de droite : le déni lassé et hautain des contraintes du réel.
Hier soir encore, dans « On n'est pas couché », l'ami Eric Nolleau, approuvé par son compère Eric Zemmour, y est allé de son couplet : les écologistes « l'emmerdaient » à rappeler sans cesse la contrainte écologique et ses multiples formes. D'autres dénient les contraintes économiques, à gauche comme à droite. D'autres enfin, comme mon éminent collègue Le Pen (non, non, aucun rapport ! ), professeur à Dauphine, nienr le problème du déficit de l'assurance maladie. Malheureusement, face à ces porteurs d'un déni irresponsable, il faut rappeler quelques vérités qui continueront à déranger.
Les effluents anthropiques polluent la Terre et la saturation globale est proche pour toutes leurs catégories, avec des saturations locales déjà atteintes. Des graphiques publiés par l'Académie des sciences montrent à l'évidence que l'actuel réchauffement, par exemple, ne s'intègre pas dans une des variations cycliques très longues du climat, mais trouve ses origines dans la production industrielle et l'explosion démographique.
De nouvelles disciplines sociales sur la consommation de carburants, le tri et le traitement des déchets sont donc inéluctables. Bien sûr, c'est emmerdant… de devoir utiliser deux ou trois sacs différents pour les déchets ménagers, de rouler moins vite et se chauffer moins, de consommer moins d'eau potable. Mais c'est ainsi ! Il en va non seulement, à terme, du sauvetage de notre « Terre-patrie », mais à plus court terme de la santé quotidienne de nos descendants proches.
Un ralentissement inéluctable comme la hausse des impôts
Le pire, cependant, c'est que toutes ces mesures restrictives seront insuffisantes, si nous prétendons continuer à bénéficier d'une croissance économique à 2% ou 3% par an, et de l'augmentation globale du pouvoir d'achat et de la consommation qui vont avec.
Un ralentissement est inéluctable, au moins dans tous les pays développés. En France, déjà, son rythme était lent. Il le restera ! Pour les économistes, dont la croissance a été, depuis deux siècles qu'ils existent, la nourriture quotidienne, et les politiques, qui fondent sur elle leurs promesses depuis des décennies, oui, c'est « emmerdant » !
Tout aussi em… sont les déficits des budgets et les endettements publics. Le fait que la France soit maintenant rejointe ( Grande-Bretagne, Allemagne…) et même dépassée (Italie, Grèce, Japon, Etats-Unis…) dans cette course au pire économique, n'y change rien. Il faudra rembourser la dette.
Nicolas Sarkozy a commis une faute capitale quand, à peine entré en fonction, il a, en juillet 2007, augmenté un peu plus le déficit déjà existant et alourdi la dette déjà importante, en baissant plusieurs impôts, de manière particulièrement injuste. Contrairement à ce qu'affirme aujourd'hui le gouvernement français, la croissance économique pourra d'autant moins permettre le remboursement, même si les recettes fiscales se remettent à augmenter, qu'elle sera lente, comme on vient de l'expliquer.
Il n'y aura donc qu'une solution : augmenter les impôts ! Tous les Etats d'ailleurs y seront contraints. Et il sera de plus en plus em… pour les politiques de devoir l'annoncer. Le plus probable est qu'ils ne l'annonceront d'ailleurs pas avant le scrutin de 2012… Mais l'élu(e) y sera ensuite contraint(e).
L'assurance maladie, la priorité des Français
Enfin, il faut en finir avec le déni de l'importance du déficit de l'assurance maladie. Si celui des retraites par répartition peut être couvert par l'allongement de la durée de cotisation, celui de l'assurance maladie ne peut l'être que par deux voies : l'augmentation des cotisations (ou de la CSG) ou le freinage des dépenses. Et là encore, la sortie de récession réduira l'ampleur du trou à combler mais n'en arrêtera pas le creusement !
La santé est le souci primordial des Français et c'est bien compréhensible. Les soins de toutes sortes créent des emplois, c'est vrai ! Parmi ces emplois, d'ailleurs, nombre de médecins spécialistes, kinés, ambulanciers, dentistes, radiologues, pharmaciens, reçoivent une rémunération désormais sans commune mesure avec celle du passé, ou celle des autres membres de la population active.
Cependant, ces dernières années, on a mis la réduction du déficit, à la charge des patients et de leurs mutuelles. La Cour des comptes a calculé que le déplacement de la charge économique du médicament, de l'assurance maladie vers le patient, entre 2004 et 2008, du fait des mesures d'augmentation du « ticket » modérateur, des « délistages » ou déclassements de médicaments ont été de plus de deux milliards d'euros . Ce déport aura une fin et le choix d'une solution, cotisations ou dépenses, s'imposera lui aussi.
Bref, des politiques, des chroniqueurs, des experts, peuvent toujours vouloir tourner la page de ces trois problèmes de fonds et parler d'autre chose, ils restent à résoudre, et le plus tôt serait quand même le mieux. Même si c'est très emmerdant !
- 3538 visites
- Version imprimable
La délinquante, c'est l'économie

Les services de police peuvent faire tous les efforts qu'ils veulent, la délinquance ne cesse d'augmenter, selon les chiffres officiels. Délinquance liée à la drogue, cambriolages, « car et home jacking », vols à l'arraché, se multiplient. Les prisons sont saturées (60 000 détenus pour 50 000 places). L'unification très pertinente, sous un même commandement de la police de Paris, des Hauts-de-Seine, de Seine-Saint-Denis et du Val-d'Oise, permet au préfet de police de focaliser ses efforts sur tel ou tel quartier avec plus d'effectifs et de mieux concentrer le renseignement. Mais les sources du mal ne seront pas taries pour autant.
Les policiers surtout, mais tous les représentants de l'Etat, considérés comme étrangers dans certains quartiers, y deviennent des cibles. Leur travail, il faut le dire, est de plus en plus difficile. Ils sont poussés sans cesse à la bavure. Un gendarme est aujourd'hui devant les assises du Gard parce qu'il a tiré sur un véhicule en fuite et blessé mortellement l'un des passagers arrière. Il se trouve que c'était un petit délinquant, mais il n'avait que 17 ans.
Ce gendarme n'avait évidemment pas l'intention de tuer. Il risque quinze ans de prison. Chaque bavure, évidemment détestable, est le prétexte de nuits d'émeutes qui portent principalement préjudice aux personnes qui habitent les quartiers.
C'est l'économie qui est délinquante
Près de cent cinquante ans d'études socio-économiques sont-elles oubliées ou inutiles ? Le lien entre délinquance, chômage et pauvreté a été cent fois démontré. Certes, il y a des délinquants en période prospère et dans toutes les sociétés. Mais la délinquance, surtout la « petite » augmente, avec les difficultés économiques. Or la France a connu un chômage endémique au dessus de 9% pratiquement depuis 1992 ; il baissait doucement depuis 2000 ; la crise le fait remonter très vite. C'est l'économie qui devient délinquante et stimule la délinquance.
Il est tout aussi bien connu qu'il faut « agir par les deux bouts ». Celui de la répression, bien sûr, et Lionel Jospin a été obligé de reconnaître en 2001, que les socialistes avaient été naïfs sur ce point : quand la délinquance est installée , elle se consolide, se cristallise et les mesures économiques et sociales les meilleures sont à elles seules impuissantes, surtout à court terme. Malgré le RMI de Rocard, la CMU de Martine Aubry, l'embellie économique de 1997-2001, la délinquance a prospéré.
Mais compter sur la seule répression pour la réduire est absurde. C'est ce que prônait Nicolas Sarkozy ministre de l'Intérieur, puis Président et c'est sur ce point, un échec total. La répression, comme seul levier, dégrade à ce point les relations avec la police et la justice, que les affronter devient un défi à relever, un rite initiatique, pour des mineurs de plus en plus jeunes.
De plus, une économie ou la frustration pour un « toujours plus » impossible, devient un levier de croissance, et ou la crainte de perdre son emploi devient permanente, développe aussi l'usage des drogues, et la délinquance qui lui est subordonnée. Les philosophes sociaux nous expliquent bien que dans la lutte menée par chaque homme, chaque femme pour « être reconnue » et acquérir ainsi respect de soi et estime de soi, la menace économique comme le risque permanent, sont ressentis comme un mépris social face auquel la drogue, le suicide et la délinquance sont des réponses fréquentes.
Quinze élèves par classes, internats gratuits et « busing »
Au point où nous en sommes, une répression forte et maintenue est inévitable, mais elle n'a de sens que si est par ailleurs réduite la « délinquance » du système économique par plusieurs voies :
- Réduction par l'impôt des inégalités génératrices d'irrésistibles frustrations.
- Réduction du nombre d'élèves par classes dans les quartiers difficiles à moins de quinze, quitte à augmenter ce nombre dans d'autres quartiers.
- Création à marche forcé de dizaines d'internats gratuits, éventuellement obligatoires par voie de justice, éloignant les jeunes à la fois des halls d'immeubles ou ils s'initient à la délinquance, et de familles dont ils ne reçoivent plus aucune éducation.
- Mélange forcé des publics scolaires ; le « busing » américain lancé en 1971, pour transporter les enfants de certains quartiers dans d'autres, a été à l'origine de nombreuses réussites de noirs américains ; il a été tenté en France avec une certaine réussite dans neuf communes dont Oulins, Bergerac et Courcouronnes ; le gouvernement a dit en 2008 son intention de le développer. Dont acte !
- Reconstruction et remobilisation, même si cela ne parait immédiatement efficace, du tissu associatif avec animateurs, que fut d'ailleurs Obama lui-même à Chicago.
- Organisation d'un grande initiative nationale des entreprises et de l'Etat pour l'embauche de jeunes issus de l'immigration. Comme l'a formidablement démontré un article récent du « Monde », et les réactions qu'il a suscitées, trop de racisme des petits chefs bloque encore embauches et carrières des français d'ethnies différentes.
La première mesure, impliquant une réforme fiscale d'ampleur, doit financer les autres. Il faut faire la comparaison entre les économies aujourd'hui faites sur l'éducation et le social, et le coût total de la délinquance pour la société. Le solde ne fait aucun doute. Faute de quoi, sans pessimisme excessif, la vie va devenir véritablement impossible pour des pans entiers de la population, les autres se réfugiant, comme on le voit déjà aux Etats-Unis, dans des quartiers de haute sécurité de luxe, des prisons inversées, qui traduisent la dilution totale du lien social.
Photo : l'affiche du film « Banlieue 13 » de Pierre Morel (DR).
- 3161 visites
- Version imprimable
Il n'y a pas que les bonus dans le G20 : trois mesures à la loupe
Nul n'espère que les vingt dirigeants des plus grands pays de la planète vont, ce week-end, s'entendre sur tous les sujets.
S'agissant simplement de la « régulation du système financier », ils vont certainement se congratuler des progrès -réels- en matière de paradis fiscaux (en oubliant habilement les îles anglo-normandes…) et nous concocter un accord sur les « bonus » qui, compte tenu de la réticence anglo-saxonne, aura tout du compromis vide de tout effet réel.
Mais quels seraient les points d'accord minimaux qui permettraient de dire que le « G20 »a fait avancer les choses ?
Des normes comptables communes
Le G20 pourrait se mettre d'accord sur le principe d'un corps complet de normes comptables communes au plus tard le 31 décembre 2010, soit plus d'un an pour y parvenir.
Il est devenu inadmissible qu'avec la mondialisation, le mode de comptabilisation des amortissements, des provisions, des bénéfices des sociétés, comme des divers risques des banques ne soient pas strictement identiques entre Paris, Londres et New York, puis, très vite, Hong-kong, Shanghai et Bombay.
Un point crucial est le principe de l'évaluation des actifs au prix du marché (« mark to market »). Les Anglo-Saxons, presque par idéologie, en sont des partisans convaincus.
Eviter d'amplifier les mouvements du marché
Mais quand tel ou tel marché s'effondre les sociétés et les banques qui possèdent ces valeurs doivent immédiatement dévaloriser ces actifs dans leurs bilans, au nouveau prix du marché, donc provisionner les pertes correspondantes, donc éventuellement entrer elles aussi en pertes.
A leur tour, ces pertes du premier cercle d'institutions impactées peuvent entraîner celle d'autres institutions financières en cascade et transformer l'accident en catastrophe. Une telle norme est, comme on dit, « procyclique » ; elle va dans le sens du cycle boursier et l'amplifie.
A l'automne 2008, les divers Etats ont, pour éviter le pire, très vite décidé d'autoriser exceptionnellement un provisionnement plus raisonnable : les actifs ont pu être dévalorisés plus progressivement. Il faut adopter, catégorie d'actif par catégorie d'actif, des procédures mondiales de même type applicables systématiquement.
Séparer activités de marché et activités classiques des banques
En France, comme aux Etats-Unis et en Grande Bretagne (mais pas en Allemagne et dans les pays scandinaves), ces activités étaient autrefois menées par deux types différents de banques : les banques de dépôt ou commerciales et les banques d'investissement ou d'affaires.
Puis a déferlé sur le monde la vague de dérégulation « reagano-thatcherienne » et les banques sont devenues universelles, y compris en France (loi de 1984).
Or le cataclysme financier qui a failli se produire -avec, selon certains, une réplique encore possible- est principalement venu du fait que les opérateurs de marché, dans les banques d'investissement , ont inventé des produits de plus en plus sophistiqués, notamment au travers des techniques de titrisation, et pris des risques spéculatifs de plus en plus grands, à la recherche du profit maximal.
C'est la loi d'airain de la finance : plus de gains = plus de risque.
La faillite de Lehman Brothers, précédée par des problèmes bancaires en Grande Bretagne (Northern Bank que le gouvernement a dû nationaliser) et provoquée, en partie, par l'insolvabilité de centaines de petites institutions financières américaines engagées dans les crédit à taux variables à des particuliers trop pauvres, a entraîné des pertes lourdes dans les actifs des bilans de toutes les banques du monde.
Comme elles étaient devenues universelles, les dépôts des particuliers étaient directement menacés. D'où la nécessité que les Etats se portent garants, ce qu'ils ont légitimement fait, et recapitalisent les banques qui en avaient besoin, ce qu'ils ont fait aussi.
Porter le « ratio de solvabilité » de 8% à 16% voire 25%
Comment consolider l'ensemble du système de banques universelles ?
Les banques sont tenues selon le ratio de solvabilité dit « Mac Donough » (successeur du ratio Cooke) ou Bâle II de détenir en fonds propres et prêts longs ou remboursables à la volonté de l'emprunteur, 8% de leurs risques aussi bien de crédit que de marché, dont 4% en fonds propres réels (capital et réserves).
Toutes étaient censées dépasser ces 8% Le principe sur lequel le G20 devrait s'accorder serait de porter, par exemple à 16% (dont 8% en fonds propres réels) voire 25%, le ratio de solvabilité sur les risques de marché, en laissant à 8% le ratio sur les risques de crédit.
Ce qui exige, bien sur, dans le droit fil de l'accord précédent sur les normes comptables, un accord sur l'évaluation très précise des risques de marché, aussi bien inscrits au bilan (actions, obligations, autres titres) qu'au hors-bilan (garanties données, options, garanties sur défaillance-CDS..).
Sur ce point, les Américains proposent plutôt de fixer un ratio fonds propres/bilan total, mais un tel ratio ne discrimine pas risque de marché et risque de crédit.
Moraliser le fonctionnement des agences de notation
Enfin le G20 pourrait s'entendre sur une transformations profonde du statut des agences de notation. Aujourd'hui , les trois grandes agences, Standard and Poor, Moody's et Fichte, sont payées par les sociétés qu'elles évaluent, leur attribuant des notes qui vont de AAA à D.
Chacune devrait être absorbée par une institution internationale (FMI, ONU, BRI…), devenir totalement indépendante et noter sans faire payer. Les « notes » n'en seraient que plus crédibles. Ces agences, à leur tour, pourraient être régulièrement contrôlées par le Forum de stabilité financière, créé à Londres en avril et censé anticiper les risques du système financier mondial.
Des mesures qui règlent au passage le problème des bonus
Si déjà nos gouvernants s'entendaient définitivement sur ces trois points, le G20 aurait été très utile. Le problème des bonus, par parenthèse, serait déjà en grande partie réglé, par la hausse du taux de solvabilité sur les opérations de marché qui les rendraient très coûteuses en fonds propres, ce qui, au moins, en limiterait le volume total pour chaque établissement.
Un accord de principe sur les bonus, même s'il est aussi souhaitable, ne serait pas de nature, tout seul, à tarir l'excès de spéculation.
- 2392 visites
- Version imprimable
Pourquoi les Etats-Unis refusent de plafonner les bonus
Tout plutôt que plafonner ! Aux dernières nouvelles, l'administration américaine vient de sortir ce dimanche de ses cartons une nouvelle proposition qui, sous des aspects plus rigoureux, écarte, en fait, la proposition européenne de plafonner les bonus des traders.La banque centrale américaine, le Federal reserve system, serait autorisée à « contrôler la structure des rémunérations » de 5000 holdings bancaires américaines pour vérifier qu'elle ne leur fait pas courir de risques excessifs. Dans cette dernière hypothèse, elle pourrait imposer des changements et même des remboursements. A charge pour chaque banque centrale régionales d'en faire autant avec ses banques.
Pourquoi ce refus de plafonner ?
Il est donc inutile d'imposer un plafond aux revenus des traders et, par la même, de tirer plus ou moins vers le bas, les rémunérations de l'ensemble des dirigeants… du moment que les banques peuvent les supporter sans trop de risques. Voici un premier point qui permettra aux gouvernants des vingt Etats de se congratuler publiquement à Pittsburgh. J'analyserai ailleurs les autres « points » du futur accord à grand « spectacle », en essayant, en contrepoint, d'exposer les réformes vraiment nécessaires. Mais l'on peut déjà se poser la question : pourquoi ce refus de plafonner ?
La raison avancée depuis Londres en avril, c'est que si une banque ne peut pas rivaliser en matière de revenus avec les banques des autres pays, elle perdra ses bons opérateurs qui s'expatrieront. Mais si un accord était justement passé entre les vingt Etats pour plafonner ensemble et simultanément ces revenus, ou leur imposer une fiscalité confiscatoire, une telle vague d'expatriations serait tarie à la source.
Derrière les traders, les dirigeants
Mais plafonner les bonus des « traders », ce serait aussi remettre en cause, les revenus « obscènes » de leurs dirigeants. Et les remettre en cause, ce serait ébranler une pyramide des revenus dont les étages supérieurs n'ont cessé de s'élargir, parce que les plus hauts s'envolaient. Les revenus des financiers jouent à cet égard le même rôle légitimant que ceux des sportifs professionnels.
Selon deux économistes américains Friedman et Sachs, entre la fin 1940 et la fin 1960, le rapport entre le revenu moyen et celui des trois principaux dirigeants des 100 premières firmes américaines était de 35/40 ; il est aujourd'hui supérieur à 1501 !
Cet écartement des revenus vaut pour tout le monde développé, qu'il se manifeste entre les plus bas et les plus hauts revenus, ou comme en France, en raison des mesures sociales comme le RMI ou la CMU, entre les revenus moyens et supérieurs. Je cite l'Insee : l'augmentation des revenus ne s'est pas faite de manière uniforme au sein de la population ; les personnes ayant un niveau de vie inférieur au 1er décile ont vu leur niveau de vie moyen augmenter de 5%, c'est-à-dire un peu plus que la moyenne.
A l'inverse, les niveaux de vie moyens des plus aisés ont augmenté et ce d'autant plus que l'on se situe sur le haut de la distribution. En effet, le niveau de vie moyen des 20% de la population la plus aisée s'est accru de près de 8% sur la période.
Des inégalités qui « font système »
Cet élargissement de l'éventail des revenus n'est pas seulement moralement condamnable. Il n'est pas seulement socialement destructeur, et économiquement inutile car ces hauts revenus, surtout en Europe , s'investissent peu dans l'entreprise. Il fait surtout système, et c'est pourquoi il ne saurait être remis en cause.
Comme l'ont montré de nombreux économistes, à commencer par Thorstein Veblen, ce sont les personnes les plus aisées qui fixent le « mode de vie » à imiter pour avoir « réussi ». La lutte pour la reconnaissance que mène chaque homme pour acquérir confiance en soi et estime de soi passe, dans notre société, par la possession et l'usage des mêmes biens que ceux qui sont au-dessus dans l'échelle sociale. Et cette lutte, c'est la mécanique qui entretient la demande et donc la croissance économique, financée depuis vingt ans, non plus par la hausse des salaires, aujourd'hui bloqués par la mondialisation, mais par l'endettement.
Malheureusement cette dynamique économiquement et socialement insoutenable à long terme, est devenue aujourd'hui écologiquement désastreuse.
Plus de riches, plus de pollution
Comme le dit fort justement Hervé Kempf, les consommations ostentatoires des « riches » sont celles qui gaspillent le plus et sont les plus polluantes. En cherchant à les imiter, les autres citoyens des pays développés, mais aussi, à travers le spectacle de la marchandise, « télé-visible » partout dans le monde, ceux des pays émergents, ne peuvent que polluer de plus en plus la planète.
A la fin de l'ancien régime, l'aristocratie nobiliaire française était persuadée que ses privilèges politiques et économiques étaient de plein droit. Les réformateurs d'alors, les Necker, et Turgot n'ont pas pu y porter atteinte car c'était faire écrouler tout le système. Aujourd'hui, il en va exactement de même de cette nouvelle « aristocratie financière », au niveau mondial. Elle est persuadée de la parfaite légitimité de ses privilèges financiers exorbitants, et ceux-ci tiennent et tirent le système par le haut.
Nicolas Sarkozy, comme Angela Merkel ou Gordon Brown, pour peu qu'ils le veuillent tous vraiment, pas plus qu'Obama, ne sont en mesure, hors d'une véritable révolution, d'ébranler le système et de ramener à la raison ces dirigeants économiques menés par ceux de Goldman Sachs et Barclays. Les bonus de leurs traders, comme les leurs, vont donc continuer comme avant à caracoler au détriment du lien social et de la planète.
- 2579 visites
- Version imprimable
Taxe carbone : très politique, peu écologique et asociale
Reconnaissons un mérite à Nicolas Sarkozy. Il avait signé la déclaration proposée par Nicolas Hulot aux candidats à la présidentielle et il a tenu bon pour instaurer la taxe carbone contre l'avis d'un grand nombre de ses ministres et parlementaires. Il se place ainsi plus dans l'avenir que nombre de ses partisans.
Le climat de la terre est gravement menacé par nos effluents gazeux ! Seul Claude Allègre le nie. Il peut avoir raison contre tout le monde. Mais en l'occurrence, nous ne sommes plus comme au temps de Galilée, face à un dogme. Les études scientifiques sérieuses se sont multipliées et confirmées les unes les autres.
Il faut donc réduire ces effluents gazeux « anthropiques » ? Bien entendu, comme il s'agit de toute la terre, ce sont tous les pays qui doivent freiner leurs effluents gazeux, notamment en gaz carbonique et en méthane. Et, pour ce faire, ils doivent au premier chef réduire la consommation des carburants, donc les explosions ou combustions qui produisent ces gaz.
Agir à l'échelle française
Tous les pays tentent de se mettre d'accord pour prolonger, à Copenhague, un accord de Kyoto que ni les Etats-Unis, ni les pays émergents (Chine Inde Brésil, Russie..) n'ont ni signé ni appliqué. Y arriveront-ils ? Il faut l'espérer. Mais cette incertitude est-elle une raison pour ne rien faire chez nous en France, ou plus exactement en Europe, car les quinze pays les plus développés de l'Union européenne sont à l'unisson sur ce point ?
C'est ce qu'estiment certains, et l'inévitable Allègre de renchérir : puisque la réduction des émissions françaises seules ne contribuerait que pour une part minuscule à la réduction du réchauffement, autant ne rien faire.
Ce à quoi les écologistes rétorquent, et je les approuve sur ce point, que s'engager, même à un petit nombre sur cette route, exercera un effet d'entraînement pour les autres, par l'entremise de leurs opinions publiques. Sans compter que nos poumons , ici et maintenant, se porteraient mieux dans une atmosphère localement moins souillée.
Cette taxe est peu écologique
Pour autant , selon l'annonce faite jeudi dans l'Ain, la taxe telle qu'elle est envisagée aujourd'hui chez nous a au moins trois défauts. D'abord, elle n'est pas vraiment écologique. Pour l'être, il lui aurait fallu à nouveau deux caractéristiques de plus.
D'abord son niveau ! La Commission d'experts, suivant en cela diverses études scientifiques, avait fixé le chiffre à 32€ la tonne de gaz carbonique émise. Nicolas Sarkozy l'a fixé à 17€ (à comparer aux 108€ où sont aujourd'hui les Suédois sans aucun impact négatif sur leur économie) ce qui n'aura que des conséquences très minimes sur le prix des carburants et combustibles. Le rationnement sera donc peu efficace.
Avec 17€, Nicolas Sarkozy a choisi un niveau juste un peu plus élevé que les 15€ annoncés par François Fillon. Ce chiffre de 15€ est tiré du « marché du gaz carbonique », marché sur lequel les gros utilisateurs industriels d'énergie fossile s'échangent leurs « droits à polluer », ceux qui ont moins émis vendant des droits à ceux qui veulent émettre plus.
Mais d'une part, ces droits ont été alloués à chacun assez hauts par les autorités de l'Union européenne, d'autre part la crise freine la croissance économique, donc la production et les émissions, ce qui a fait baisser le prix du CO2 en ce moment. Le choix de cet indicateur est donc très biaisé.
A 17€, la taxe ne découragera pas, notamment, les gros consommateurs automobiles, propriétaires de grosses cylindrées ou de 4x4. Et même si la taxe est augmentée chaque année -rien n'est moins sûr, compte tenu du jeu politique usuel- , elle ne deviendra peut-être efficace que très lentement.
Par ailleurs, il fallait inclure l'électricité dans les énergies taxées car, si 80% de notre énergie électrique est produite par des centrales nucléaires -ce qui n'est pas non plus sans pollutions possibles et durables pour la terre-, celles- ci doivent être relayées en période de pointe par des centrales thermiques produisant moult CO2. C'est la consommation globale d'énergie qu'il fallait freine.
Une taxe « politique » et donc asociale
Pour freiner la consommation d'énergie, trois solutions étaient possibles à long terme : développer des transports publics non polluants, les voitures électriques, et faciliter la transformation des modes de chauffage ainsi que l'isolation de l'habitat et des locaux industriels et commerciaux.
C'est ce que proposent à juste titre les écologistes, comme Ségolène Royal. Malheureusement, si l'on attend la finalisation de toutes ces modifications profondes de nos modes de transport et de chauffage, il faut compter une ou deux décennies au minimum. D'ici là, sans réduction de nos émissions de gaz à effet de serre, il sera trop tard.
Il était donc bien nécessaire, sans oublier ces réformes à long terme, d'adopter des solutions à impact court. Il n'y en a que deux :
- Le rationnement quantitatif. Tant de litres par citoyen et par an. Cela rappellera aux plus anciens les « tickets » de la guerre et l'immédiat après-guerre. Valable en temps exceptionnels. Exclu aujourd'hui.
- Le rationnement par les prix, assez efficace (pas à 100% d'ailleurs, la perpétuation de l'usage du tabac le prouve) , mais socialement injuste.
D'où la nécessité de compenser pour les moins aisés d'entre nous et les plus dépendants de l'usage de la bagnole pour aller au travail. Et c'est là que le plan de Nicolas Sarkozy, pour être « politique », en devient asocial, sinon anti-social. Il a en effet décidé de restituer intégralement la somme prélevée sur les ménages à tous les citoyens (les entreprises la paieront, mais seront largement dédommagée par la réforme de la taxe professionnelle).
Ceux qui payent l'IRPP auront une réduction d'impôt de 112€ ; s'ils habitent la campagne ou sont rurbains et ne disposent pas de transports publics elle s'élèvera à 142€ ; et ceux qui ne payent pas l'IRPP, soit la moitié de nos concitoyens, toucheront ces compensations sous forme de « chèque vert ».
Nicolas Sarkozy qui veut fidéliser sa clientèle anti-fiscale de 2007 pour les régionales de 2010, lesquelles sont le tremplin de la présidentielle de 2012, s'obstine dans son refus de toute nouvelle imposition, alors que les plus aisés d'entre nous ont été largement bénéficiaires de largesses fiscales depuis 2002.
Un contribuable, déclarant par exemple 50 000 à 60 000€ de revenu annuel, a vu son taux moyen d'imposition baisser, toujours en moyenne, de 20% à 15%. En vertu de cet impératif fiscal et inégal catégorique, il fallait tout restituer, à tout le monde.
En sens inverse, l'Etat aurait dû faire trois parts d'une recette qui aurait pu être largement supérieure aux 4 milliards prévus (ménages et entreprises) pour que la taxe devienne écologiquement efficace.
- Une première effectivement restituée sous forme de chèque vert aux moins aisés d'entre nous, pour lesquels l'effort supplémentaire demandé, notamment pour le chauffage, est effectivement lourd.
- Une seconde pour aider effectivement les rurbains et campagnards mais toujours les moins aisés, à continuer d'utiliser leur véhicule à titre professionnel.
- Enfin, une troisième part aurait dû être affectée au développement des véhicules électriques, stations de recharge des batteries, isolation thermique des habitats et énergies renouvelables.
La taxe, devenue écologiquement plus efficace, aurait été, de plus, sociale car réductrice des inégalités.
Mais derrière cette annonce, faite aussi, de manière évidente, pour mettre un « coin » (de plus) entre les Verts et les socialistes, se cache mal le souci du « président des baisses d'impôts » de maintenir et renforcer la cohésion de son électorat traditionnel.
- 5120 visites
- Version imprimable

















