Deux prix littéraires prestigieux pour des auteurs chinois
Le prix Neustadt, le prix littéraire le plus prestigieux après le Nobel, vient d'être attribué pour la première fois à un écrivain chinois, le poète Duo Duo pour l'ensemble de son œuvre. Quant à Su Tong, que nous avons présenté il y a six mois, il est le lauréat du prix littéraire Man Asie pour son dernier roman « Un Bateau pour une Rédemption »
Le « Nobel » américain
Le prix Neustadt, du nom de la famille qui l'a généreusement doté, est administré par l'Université de l'Oklahoma (qui publie également la revue « World Literature Today »).
Ce prix, attribué tous les deux ans, est considéré comme le « Nobel américain », d'autant que les deux tiers des lauréats du Nobel ont été préalablement soit candidats, soit lauréats du prix Neustadt. La compétition était relevée puisque Ha Jin, un des plus grands écrivains actuels, et Haruki Murakami étaient sélectionnés pour ce prix doté de 50 000$.
Duo Duo (Li Shizeng) a 58 ans et est né à Pékin ; envoyé comme tant d'autres « à la campagne » pendant la Révolution Culturelle, il fait partie du groupe de poètes dénoncés comme « obscurs » et qui ont publié la revue « Aujourd'hui » de 1978 à 1980, date à laquelle elle fut interdite.
Il est journaliste jusqu'en 1989 et quitte la Chine au moment de la répression de la place Tiananmen tout comme Bei Dao et Yang Lian, deux poètes très connus de ce groupe, dont les noms ont été souvent cités pour le prix Nobel de littérature.
Il revient en Chine en 2004 et est professeur à l'Université de Hainan, une île à l'extrémité Sud de la Chine. Il est souvent venu en France, notamment pour le Salon du Livre de 2004 et a été invité en 2005 à la Maison des Ecrivains et des Traducteurs Etrangers de Saint Nazaire (MEET) qui a publié en 2008 « Poèmes de Saint Nazaire » traduit par Chantal Chen Andro.
Le prix littéraire Man Asie
Le fonds d'investissement Man finance tous les ans le prix littéraire anglais le plus prestigieux (Man Booker Prize) et le « Man International Prize ». En 2007, en collaboration avec l'Université de Hong Kong, a été créé le prix littéraire Man Asie destiné à récompenser une œuvre d'un écrivain asiatique, non encore traduite en anglais.
En 2007, le prix a été attribué à Jian Rong pour « Le Totem du Loup ». L'écrivain philippin Miguel Syjuco l'a emporté en 2008 sur le roman « Brothers » de Yu Hua. Quant à Su Tong, son livre « Un Bateau pour une Rédemption », est en cours de traduction par Howard Goldblatt (qui a d'ailleurs également traduit « Le Totem du Loup » en anglais)
Le titre chinois du livre « Rivière et Rivages » représente deux mondes pendant la Révolution Culturelle, ceux qui habitent sur la terre ferme et sont politiquement solides et ceux qui vivent sur des bateaux et dont la loyauté est douteuse.
Su Tong a grandi à Suzhou, une capitale artistique de la Chine, près de la rivière et son rêve était d'écrire un roman sur le fleuve et les canaux ; on en reparlera…
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15 ans de prison pour le fondateur d'un site littéraire tibétain
Le fondateur d'un site littéraire tibétain a été condamné à 15 ans de prison mardi, accusé d'avoir divulgué des secrets d'Etat. Kunchok Tsephel (photo ci-contre), un fonctionnaire du ministère de l'environnement, âgé de 39 ans, a été condamné le 12 novembre, après un procès à huis clos tenu dans la préfecture de Gannan, dans la province du Gansu (sud-ouest), d'après des informations recueillies par des exilés tibétains, selon l'International Campaign for Tibet (ICT).
On lui reproche en particulier le contenu de son site influent, Chodme, qui signifie lampe à beurre. Il fait la promotion de la culture tibétaine, et avait aussi fait circuler de l'information sur les manifestations anti-chinoises à Lhassa et dans les régions voisines du Tibet l'an dernier.
Kunchok Tsephel était détenu par la police depuis le 26 février dernier. Sa famille n'avait pas été informée de sa détention depuis neuf mois, avant d'être convoquée jeudi pour entendre le verdict, d'après ICT.
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L'alcool fort dans les banquets chinois : bonjour les dégats
Tout visiteur en Chine le sait, il est une épreuve initiatique dont on n'est pas toujours certain de sortir indemme : le banquet arrosé au baijiu, l'alcool de riz à plus de 50°… LeFigaro.fr fait une description de ce rituel qui se perd certes dans les grandes métropoles comme Pékin ou Shanghaï, mais survit encore largement en province, et surtout dans les petites villes (un million d'habitants…).
Jim Jarrassé part d'un fait divers récent :
« La semaine dernière, dans un petit village de la province de l'Anhui, dans l'est de la Chine, le secrétaire local du Parti communiste chinois fêtait la signature de trois contrats immobiliers. Comme le veut la tradition, les “ganbei”, toasts à l'alcool de riz, se sont succédé pendant tout le repas. Shen Hao, 46 ans, s'est couché très éméché. Et ne s'est jamais réveillé. Il est la troisième victime officielle à la suite d'un banquet d'affaire, cette année.
En Chine, le repas est le lieu de socialisation par excellence. Toute affaire commence et se termine par un banquet. A tel point que l'Etat dépenserait chaque année 50 milliards d'euros dans l'organisation de dîners officiels. Objectif : resserrer les liens entre partenaires. “On ne négocie pas pendant un repas. On apprend à se connaître”, explique Valérie Tamman, qui dirige une entreprise de conseil et de formation des entrepreneurs français travaillant en Chine. »
Il m'est arrivé personnellement d'être défié aux dés par un officiel chinois de province à l'issue d'un banquet, le perdant de ce 421 local devant vider son verre d'alcool blanc. L'officiel espérait me voir rouler sous la table ivre mort. Ivre je l'étais, mais il n'a pas eu la victoire morale qu'il escomptait. Cette épreuve initiatique surmontée, il ne pouvait plus rien me refuser…
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Obama en Chine: entre business et droits de l'homme
C'est un rituel : quelques heures avant l'arrivée de Barack Obama, plusieurs dizaines de dissidents, libres penseurs ou activistes de causes diverses ont été arrêtés et mis au vert le temps de la visite du président des Etats-Unis. Routine, certes, mais qui vient singulièrement brouiller le sens de cette rencontre entre les deux « grands » du XXIe siècle.
Barack Obama s'est fait élire comme l'« anti-Bush », notamment vis-à-vis du messianisme démocratique musclé incarné par la précédente administration, cette idée selon laquelle la démocratie pouvait être installée par les chars ou tout au moins par l'influence américaine partout dans le monde. L'Irak est venu sonner le glas de cette approche des néo-conservateurs.
Mais Obama est pris entre des feux croisés qui l'obligent à avancer sur une voie pleine de contradictions, avec toutes les chances de se mettre tout le monde à dos : à la fois les défenseurs des droits de l'homme en Chine, qui déplorent son attitude timorée, et, quand même, le pouvoir chinois et la frange la plus dure de l'opinion, qui lui reprocheront le service minimum qu'il ne manquera pas de faire. Avec au bout du compte, un impact très faible sur la situation.
Une visite déterminante
Cette visite est présentée du côté américain comme l'une des plus importantes depuis l'élection du nouveau président il y a un peu plus d'un an. La relation sino-américaine sera déterminante pour donner le ton des prochaines décennies, avec un équilibre à trouver entre l'ex-hyperpuissance qui reste une grande puissance économique et militaire, en particulier en Asie, et la nouvelle puissance émergente chinoise, aux ambitions et aux appétits dévorants.
Barack Obama a donc fait tout ce qu'il fallait pour que cette visite se présente sous les meilleurs auspices, réaffirmant, la veille de son arrivée encore une fois, qu'il ne fallait pas avoir peur de la puissance chinoise, et qu'il considérait l'ancien Empire du Milieu comme un partenaire stratégique et pas comme un rival à « contenir ».
Le président américain a, en particulier, renoncé à une rencontre avec l'ennemi de Pékin, le dalaï lama, repoussant une éventuelle rencontre avec le leader tibétain après sa visite en Chine. Mais ce n'est pas suffisant pour la Chine, qui a déjà fait connaître son opposition à une telle rencontre, faisant même un parallèle osé avec l'esclavage des Noirs aux Etats-Unis pour convaincre ce président noir qu'il ne devait pas rencontrer le chef « féodal » des Tibétains.
Nicolas Sarkozy a payé l'an dernier pour savoir que Pékin ne plaisante pas avec ce sujet. Et Obama ne peut pas se permettre la même crise avec la Chine au moment où il tente de jeter les bases d'une entente durable -et vitale pour les Etats-Unis qui financent leur déficit à coup de bons du trésor achetés par les Chinois… Au moment où, aussi, du climat au commerce et aux finances, de la Corée du Nord à l'Iran et à l'Afrique, les Etats-Unis ont besoin d'une relation de travail cordiale avec la Chine.
« Monsieur le Président, détruisez la muraille électronique »
Illustration de l'ambiance, cette caricature dénichée par le site ChinaSmack, de Nicolas Sarkozy et son « ami dalaï » écrasés par la puissance chinoise, et qui ressurgit comme une menace voilée à Obama :

Mais Obama est également attendu au tournant par tous ceux qui regardent vers les Etats-Unis pour qu'ils aient une influence positive sur le dossier des droits de l'homme en Chine. L'artiste chinois Ai Weiwei, une des voix dissidentes qui s'expriment sans ambages, a clairement exprimé le malaise dans le Financial Times :
« Nous avons l'impression que le président Obama ne veut pas parler des droits de l'homme au cours de ce voyage. Mais c'est justement à cause de sa visite que beaucoup de gens sont arrêtés et détenus en ce moment.
Nous ne lui demandons pas de nous apporter les droits de l'homme, il vient ici pour faire avancer les intérêts américains et signer des contrats. Mais s'il ne veut pas parler des conditions réelles dans le pays quand il se trouve ici, il ne devrait pas venir. »
Sur le web chinois, les deux points de vue s'opposent, celui des « patriotes » qui mettent en garde Obama contre toute « ingérence » dans les affaires chinoises, et qui sont déjà remontés contre les premiers signes de guerre commerciale entre les deux pays, et de l'autre ceux qui attendent d'Obama les gestes qui pousseront le leadership chinois vers l'ouverture intérieure.
Une initiative qui a beaucoup fait parler d'elle récemment, a utilisé l'anniversaire de la Chute du mur de Berlin, et la fameuse phrase de Ronald Reagan adressée à Mikhaïl Gorbatchev -« Monsieur le président, abattez ce mur“-, pour demander à Obama d'en faire de même en Chine en disant à Hu Jintao : ‘Monsieur le Président, détruisez la muraille électronique’, c'est-à-dire le système de contrôle et de censure du Net chinois…
Ce ‘Mur de Berlin Twitter’, comme les activistes chinois l'ont eux-même baptisé, ne cesse d'être renforcé, avec l'impossibilité pour les Chinois d'accéder à de nombreux sites et réseaux sociaux. Voici une courte vidéo, relayée par le site China Digital Times, qui montre le ‘Mur de Berlin Twitter’ auquel s'attaquent les internautes chinois, en espérant que Barack Obama se fasse l'écho de leurs demandes. (voir la vidéo)
Le moment le plus attendu de la visite est la rencontre, lundi, du président américain avec les étudiants d'une université de Shanghaï, au cours de laquelle il répondra également à des questions sélectionnées parmi plus de 3000 demandes faites sur Internet. Les réponses de Barack Obama seront analysées à la loupe, et marqueront le succès ou l'échec de sa visite, au moins du point de vue de l'opinion chinoise.
Rectificatif le 16/11/09 à 19h00 : la caricature montre Sarkozy et le dalaï lama et ps Obama. Merci à l'internaute qui l'a signalé dans les commentaires !
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Le magazine Caijing remis au pas: départ de la directrice Hu Shuli
La fondatrice et rédactrice en chef du magazine économique Caijing, l'une des publications les plus respectées de Chine, a démissionné, un mois après le directeur général et une kyrielle d'employés de la revue, connue pour ses enquêtes sur des sujets sensibles.
« Hu Shuli a présenté sa lettre de démission », a affirmé à l'AFP un porte-parole, Heidi Zhang, selon laquelle Hu Shuli a accepté un poste universitaire.
Cette démission intervient un mois après celle de Wu Chuanhui et de 60 ou 70 salariés de Caijing et alors que Hu passait pour se battre contre des tentatives de museler sa rédaction.
Caijing est la propriété du SEEC (Stock Exchange Executive Council), un consortium soutenu par l'Etat, qui, selon des informations concordantes, souhaitait restreindre le pouvoir de Hu. Depuis sa fondation en 1998, le bimensuel a fait preuve d'une indépendance rare dans un pays où les médias sont étroitement contrôlés par le Parti communiste au pouvoir, avec des enquêtes de fond dénonçant des cas de corruption ou des scandales sanitaires.
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Neuf personnes exécutées au Xinjiang pour l'exemple
Les autorités chinoises ne pouvaient pas trouver meilleur symbole pour montrer que, 20 ans après la chute du mur de Berlin, il reste encore des murs bien en place : Pékin a annoncé lundi l'exécution de neuf personnes qui avaient été condamnées à mort pour leur participation aux émeutes d'Urumqi, la capitale du Xinjiang, en juillet dernier.
Le mois dernier, deux Tibétains avaient eux aussi été passés par les armes pour avoir pris part à des émeutes de même nature, l'année dernière dans la capitale tibétaine, Lhassa.
Lors de leur condamnation à mort, le mois dernier, les neuf personnes qui viennent d'être exécutées avaient été décrites comme huit Ouïgours, l'éthnie principale du Xinjiang, et un Han, le groupe majoritaire en Chine. Les émeutes d'Urumqi avaient fait officiellement 197 victimes, victimes à la fois d'un soulèvement de la population Ouïgour qui a dégénéré en violences aveugles contre les Hans, des vengeances de Hans contre les Ouïgours, et enfin des opérations de rétablissement de l'ordre par l'armée chinoise.
Contrairement à une idée reçue, les condamnations à mort liées à des troubles politiques sont rares en Chine, pays qui détient de record de recours à la peine capitale, prioritairement pour des crimes de droit commun. En novembre 2008, toutefois, un scientifique accusé d'espionnage au profit de Taiwan avait été exécuté, ce qui avait surpris au moment où certains espéraient une décrue du recours à la peine capitale.
Mais, dans le cas du Tibet et du Xinjiang, il s'agissait surtout pour le pouvoir chinois de frapper fort pour l'exemple, pour dissuader les « séparatistes » de récidiver. Et, surtout, de ne pas avoir l'air de faire preuve de faiblesse, à la fois vis à vis des minorités éthniques que des Hans vivant dans des deux régions aux « marches de l'empire », qui ont mal vécu les événements de Lhassa et d'Urumqi.
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Un traducteur accuse : « les romanciers chinois sont incultes »
Il y a trois ans, le sinologue allemand réputé Wolfgang Kubin avait créé une belle polémique en Chine, en qualifiant la littérature chinoise de « merde ». Directeur du Centre d'études orientales de l'université de Bonn et traducteur allemand de plusieurs auteurs, revient à la charge dans une interview à nos partenaires du magazine Books, dans laquelle il persiste et signe, avec d'autres mots, et n'hésite pas à écorner des « géants » de la littérature contemporaine comme Mo Yan ou Yu Hua. Principaux extraits.
Que reprochez-vous aux écrivains actuels ?
Il faut tout d'abord préciser que ma critique ne visait que le roman, auquel se réduit hélas ! pour la plupart des gens, la littérature chinoise contemporaine. On ne parle jamais de la poésie ou du théâtre. Le pays compte pourtant aujourd'hui une douzaine de poètes qui sont sans aucun doute parmi les meilleurs au monde. Mais ils n'ont aucune visibilité.
Aux yeux du public, des maisons d'édition et des historiens de la littérature, ils n'existent pas. Le roman, lui, jouit d'une grande visibilité sur la scène internationale, mais est de bien piètre qualité. Cette opinion est largement partagée par mes collègues. Ce que disent mes homologues chinois, en privé, est bien plus radical encore.
Aux yeux de la plupart d'entre eux, le romancier contemporain type est totalement inculte : il n'a aucune culture littéraire, ne maîtrise pas sa langue, ne parle pas un mot d'anglais et n'a pas la moindre connaissance de la littérature étrangère. Selon eux, sur la scène mondiale, les romanciers chinois sont des tubaozi, comme on nomme en Chine les migrants qui ont quitté la campagne pour les grandes métropoles, avec des problèmes d'adaptation : des « péquenauds ».
N'est-ce pas un peu exagéré ?
Il faut comprendre ces critiques dans une perspective historique. L'état de la littérature chinoise n'a pas toujours été aussi déplorable, mais la très riche tradition nationale a été malmenée par les communistes.
La littérature chinoise du XXe siècle se divise en deux périodes distinctes : avant et après 1949. La critique des romanciers « contemporains » s'entend par opposition avec la littérature « moderne » de la période républicaine, entre 1912 et 1949 ; aussi éphémère fût-elle, elle s'est enorgueillie d'écrivains de stature internationale, comme Lu Xun.
Cette littérature, qui mettait plus l'accent sur l'individu que sur l'État, encourageait la critique sociale et affirmait son indépendance par rapport au régime, était moderne au sens le plus pur du terme. Les écrivains de l'ère républicaine maîtrisaient les langues étrangères. Ce qui leur a permis de forger une nouvelle langue, d'une extrême élégance, qu'on appelle aujourd'hui le chinois « moderne ».
À partir de 1949, et jusqu'à la fin des années 1970, le régime communiste a contraint les écrivains à abandonner cette écriture : la langue chinoise a été détruite, exactement comme la langue allemande l'avait été entre 1933 et 1945. Mais la plupart des écrivains étaient consentants !
De nombreux intellectuels de l'époque voulaient abolir cette modernité et renouer avec la société communautaire et traditionnelle. C'est l'une des raisons pour lesquelles la majorité d'entre eux ont soutenu la révolution. Le poète Bei Dao, qui vit à Hong Kong, répète souvent que les auteurs continentaux n'ont jamais vraiment réussi à se débarrasser du discours maoïste. Tout comme les Allemands ont dû le faire, les écrivains chinois doivent désormais réapprendre leur langue.
Autrement dit, l'instauration de la République populaire a tué la littérature moderne dans l'oeuf ?
Oui. Mais, à partir de la fin des années 1970, nous avons vu se développer un débat sur le socialisme et la démocratie. Et les années 1980 ont marqué une renaissance de la littérature. Des écrits de très bonne qualité ont été produits à cette époque, notamment ceux de Wang Meng, l'auteur du Papillon, qui dispensait une critique très subtile et très intéressante du socialisme chinois.
Est-ce le massacre du « printemps de Pékin », en 1989, qui a sonné le glas de ce printemps littéraire ?
Le véritable tournant fut plutôt 1992 : la littérature chinoise « moderne » a été tuée une première fois par la révolution en 1949, et une seconde fois en 1992. Avec la célèbre tournée de Deng Xiaoping (photo ci-contre) dans les zones économiques spéciales du sud du pays, au printemps de cette année-là, l'idée de marché triomphe défi nitivement de l'idéologie communiste pure et dure ; Deng Xiaoping décrète officiellement que s'enrichir est une bonne chose - que c'est même « glorieux » - et qu'être pauvre est une honte.
Le climat social et politique en a été bouleversé : nous avons assisté à un renversement complet des valeurs. Jusque-là, être riche n'avait pas d'importance pour un intellectuel chinois.
L'essentiel était de se cultiver. À partir de 1992, la plupart des écrivains, y compris les plus talentueux, se détournent de la littérature pour se lancer dans les affaires. Les autres se mettent à écrire des livres qui répondent à la demande du marché, pour vendre.
Depuis 1949, les auteurs écrivaient afin d'obtenir du régime avantages et privilèges, se voir octroyer une chaire universitaire, par exemple. À partir de 1992, la littérature devient un pur business. Certains excellents poètes de l'époque ont même abandonné l'écriture, par désespoir et désillusion ; parce qu'il est très difficile de produire des textes de qualité dans une société où l'argent est le seul roi.
Comment expliquez-vous, dans ces conditions, l'écho que rencontre aujourd'hui la littérature chinoise ?
Incontestablement, ces écrivains se vendent extrêmement bien, non seulement en Chine même, mais aussi en Occident. Les critiques que je formule reposent évidemment sur les critères de qualité littéraire qui sont les miens. J'ai, comme mes collègues spécialistes, une conception élitiste de la littérature, que le grand public ne partage pas. La lecture est pour lui un divertissement. Il veut du crime, du sexe et de grandes histoires, denses et pleines d'action : des « sagas », comme celles élaborées par Jin Yong, un Hongkongais qui reprend les vieilles histoires de cape et d'épée.
Lorsque des écrivains français ou allemands publient ce genre de livre, on les range dans la catégorie du divertissement pour un lectorat qui ne veut pas trop réfléchir. Pourquoi avoir un jugement différent sur un écrivain chinois contemporain ?
Même le célèbre Mo Yan (photo ci-contre), malgré ses débuts prometteurs, cède désormais à la facilité et écrit des romans à la manière traditionnelle, en utilisant à outrance le vieux ressort de l'allégorie pour exprimer ses critiques sociales. C'est du Jonathan Swift, mais avec deux siècles de retard !
Prenez Le Totem du loup, cet incroyable bestseller planétaire de Jiang Rong : c'est du Jack London version chinoise, en moins bon ! Jiang Rong reconnaît d'ailleurs lui-même cette influence. Les auteurs chinois contemporains n'apportent strictement rien de nouveau : ils sont dépassés. Personnellement, je suis fatigué de ces mauvaises resucées de chefs d'oeuvre anciens. Et je passe sur les idées à connotation fasciste qui irriguent Le Totem du loup ! Les éditeurs occidentaux ont coupé plusieurs passages de la version originale. (…)
Les succès de Han Han ou de Yu Hua, dont le roman Brothers a été salué en France, ne tient-il pas aussi à leur façon de témoigner de la vie des générations actuelles ?
À croire que les lecteurs ne savent pas ce qu'est la Chine d'aujourd'hui et ont besoin de mauvais romanciers pour le leur dire ! J'ai l'impression que rares sont les lecteurs occidentaux qui s'intéressent à la littérature chinoise par amour des textes : ces livres sont pour eux un matériau sociologique. Mais il n'est jamais bon de réduire la littérature à un simple miroir du présent. Un grand écrivain doit savoir s'abstraire de l'air du temps s'il veut construire une oeuvre atemporelle. Quand tous ces romanciers mourront, leurs écrits mourront avec eux.
Mais on ne peut pas parler de témoignage éphémère à propos de Brothers, qui retrace un demi-siècle d'histoire du pays, et qui porte une charge critique qui lui a valu d'être salué par la critique française ?
Je ne suis pas d'accord. Où est la véritable critique du régime dans ce roman ? Yu Hua (photo ci-contre avec sa tradutrice française Isabelle Rabut) reste très politiquement correct. Ce n'est pas assez ! D'ailleurs, ni l'auteur ni sa maison d'édition n'ont été ennuyés par le régime. Aucun romancier actuel n'ose aborder les vrais sujets politiques, comme le Tibet ou la question du communisme. La pression du régime y est sans doute pour quelque chose…
C'est ce que disent la plupart des auteurs chinois, qui invoquent la pression politique qui les empêcherait d'écrire de bonnes choses. Mais les pays d'Europe de l'Est et la RDA comptaient d'excellents auteurs avant 1989. Ces écrivains publiaient tout simplement à l'étranger, exactement comme ont choisi de le faire des poètes chinois, tel Bei Dao, pour ne citer que lui.(…)
La littérature chinoise ne se relèvera que le jour où les auteurs oseront affronter cette question : quelle doit être la position de l'écrivain chinois face au monde ? Actuellement, aucun n'a le courage de se poser en conscience critique de la Chine.
Retrouvez l'interview complète sur le site Booksmag.fr
►Die chinesische Literatur im 20. Jahrhundert (« La littérature chinoise du XXe siècle »), par Wolfgang Kubin, K.G. Saur, 2005.
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Quand Mao prend des allures de poète romantique

Mao, ou Lord Byron ? Irrévérencieux sur Twitter, le correspondant du Daily Telegraph britannique, Malcolm Moore s'amuse d'une nouvelle sculpture géante -32 mètres…- du Grand Timonier en cours de construction à Changsha, la capitale de sa province natale, le Hunan, et qui ressemble, plus, en effet, au portrait d'un poète britannique romantique qu'au chef de la révolution chinoise.
Il est rare en effet que Mao Zedong soit présenté avec une telle chevelure romantique : regardez cet assortiment de sculptures photographié il y a quelques années dans un informel musée Mao de Chengdu tenu par un ancien Garde Rouge jamais réellement désintoxiqué (voir la photo ci-dessous) :

L'explication est simple : aujourd'hui, lorsqu'on construit une nouvelle sculpture de Mao (sauf au Tibet et au Xinjiang où l'idéologie reste au poste de commandement), il ne s'agit plus réellement de propagande politique. Dans le cas du Hunan, il s'agit d'une contribution au « tourisme rouge » généré par le lieu de naissance du Grand Timonier, Shaoshan, justement situé dans le Hunan, et sur lequel veulent « surfer » les autorités provinciales. Et quel meilleur « produit d'appel » qu'un Mao inattendu, romantique, de 32 mètres de haut, pour accueillir les visiteurs dans la capitale.
On lira avec intérêt et amusement l'article de Bertrand Mialaret sur le dernier roman de Yan Lianke, qui porte justement sur ce « tourisme rouge » dans lequel les habitants d'un village chinois placent tous leurs espoirs d'enrichissement…
Et, bien sûr, on consultera « Le Mao » de notre ami Claude Hudelot dont nous parlions il y a peu, pour comparer l'évolution de l'iconographie maoïste au fil du temps.
La Chine n'en a pas encore fini avec son Grand Timonier…
Mise à jour à 11h35 :
Outre Claude Lebrun facétieux dans les commentaires, un internaute nous envoie un Mao plus romantique que d'ordinaire (voir ci-dessous).

Photos : le chantier de la nouvelle sculpture Mao (Global Times), et Musée Mao à Chengdu (Pierre Haski/Rue89)
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Un cinéaste amateur tibétain jugé pour « subversion »
Dans un article de notre partenaire Aujourd'hui l'Inde, nous vous parlions l'an dernier d'un film tourné clandestinement au Tibet par un cinéaste amateur tibétain qui avait juste eu le temps d'envoyer ses cassettes à un cousin installé à l'étranger avant de se faire arrêter, le 26 mars 2008, quelques jours après les émeutes de Lhassa. Le New York Times nous apprenait samedi que Dhondup Wangchen, le réalisateur, a été jugé pour « subversion ». Le verdict n'est pas encore connu.
Dhondup Wangchen une histoire peu banale : paysan de 37 ans, sans grande éducation, il a appris tout seul à utiliser une caméra. En compagnie d'un ami moine, ils ont recueilli le témoignage d'une centaine de Tibétains, soit plus de 40 heures de tournage, qui ont fourni la trame d'un documentaire de 25 minutes, « Surmonter la peur », présenté pour la première fois en Inde l'an dernier au moment où s'ouvraient les JO de Pékin. (voir la vidéo ci-dessous)
Le procès du cinéaste amateur intervient dans un contexte de répresion implacable, retombée du soulèvement de Lhassa de l'an dernier, et il ne peut sans doute pas s'attendre à la clémence des jugs chinois. Le mois dernier, la Chine a reconnu avoir exécuté deux Tibétains accusés d'avoir participé aux émeutes de mars 2008. Selon les groupes tibétains en exil, il y aurait plus de deux exécutions capitales.
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Yan Lianke met le « tourisme rouge » à la sauce chinoise

Parfois interdit, parfois primé, le romancier chinois Yan Lianke ne laisse pas indifférent dans son propre pays. Il récidive avec son dernier ouvrage « Bons Baisers de Lénine », son préféré, dans lequel il joue avec les symboles du communisme et de la société de consommation, en bref avec les contradictions de la Chine actuelle. Il vient de le présenter à Paris où nous avons pu le rencontrer.
Un village d'éclopés, Benaise, héros du livre
Benaise est un village de handicapés, créé par des laissés pour compte lors de migrations forcées du passé dans l'Ouest du Henan (la province natale de l'auteur). Deux personnages principaux : Mao Zhi a près de 70 ans en 1990, elle a participé très jeune à la Longue Marche de Mao Zedong, et est de fait chef du village.
Le nouveau chef du district, Liu Yingque, a été recueilli à six mois par le chef de l'Ecole du Parti. Il a franchi beaucoup d'échelons et son ambition le pousse à développer le tourisme « rouge ». Un mausolée est construit, mais il faut de l'argent pour acheter aux Russes la momie de Lénine en mauvais état et qui les encombre ! [Invraisemblable ? Allez voir ce reportage du Quotidien du Peuple, l'organe du parti communiste chinois, sur son site en Français, ndlr]
Benaise compte nombre d'aveugles, de sourds, de muets, de boiteux et ce sont eux qui vont former une troupe de cirque et récolter beaucoup… beaucoup d » argent : l'unijambiste coureur de vitesse, l'aveugle qui entend tomber les plumes, la brodeuse paralytique…
Le village à la jonction de trois districts vivait heureux autrefois, abandonné de tous, mais Mao Zhi, en bonne communiste en fait une Commune Populaire d'handicapés. Le « Grand Bond en Avant » puis la « Révolution Culturelle » ont été fort mal vécus par les Benaisiens qui rendent Mao Zhi responsable des excès commis par les gens de l'extérieur, des Gens-Complets !
Liu accepte de rendre à Benaise son autonomie, de « déjointer » le village, mais il faut lever plus d'argent avec une deuxième troupe…
Après la dernière représentation, lors de l'inauguration du mausolée, les Benaisiens sont dévalisés puis emprisonnés et pour boire et manger doivent sacrifier leurs derniers sous et la vertu des petites filles de Mao Zhi. Tout cela finira mal avec la mort de Mao Zhi et l'accident de Liu, mais Benaise enfin « déjointée » va pouvoir couler des jours heureux.
Vivons heureux, vivons cachés…
Le titre chinois du livre (bien plus adapté ! ), était « La joie de vivre », celle des Benaisiens quand ils étaient loin des remous de l'histoire. Les « Gens Complets » sont de bien vilains personnages : Mao Zhi lors de la Longue Marche est violée par son chef de peloton de l'Armée populaire de libération ; Liu fait des quadruplées naines à la fille de Mao Zhi et disparaît… Mais Liu est finalement condamné par le Parti. Yan Lianke tombe t-il dans le politiquement correct ? Non, mais il n'évoque guère la corruption des officiels dans les grands projets touristiques !
Mao Zhi croit en la Révolution, mais ses interventions honnêtes et courageuses n'amènent que des catastrophes.
La composition est très habile entre le présent et les événements historiques qui souvent sont traités en commentaires à la fin des chapitres. Les variations de style sont un plaisir entre le poétique rural à la Shen Congwen, le délire des funérailles de Mao Zhi suivies par les Benaisiens et les chiens estropiés en pleurs, le réalisme magique de sa petite fille Huaihua, naine, qui grandit car elle couche avec des « Gens Complets ».
On ne peut oublier les satires d'épisodes historiques avec la campagne de production d'acier qui ne laisse pas une marmite en fer au village ou la Révolution Culturelle où il faut à tout prix trouver un propriétaire foncier exploiteur !
Un roman explosif et primé
Yan Lianke a été présenté sur Rue89 lors de la publication de « Les Jours, les Mois, les Années », à l'occasion de l'interview par Pierre Haski à Pékin pendant les JO, ou de sa chronique sur « Le Rêve du Village des Ding ».
Il a bien voulu répondre à quelques questions avec la traduction de Chen Feng, directrice de collection aux Editions Philippe Picquier :
Vous n'êtes pas à la Foire du livre de Francfort ?
Non, j'ai été invité mais je n'ai pas eu l'approbation des autorités chinoises. Mais je suis heureux d'être à Paris où mon éditeur et de nombreux lecteurs m'ont soutenu dans des moments difficiles. Tous les écrivains ne vont pas à Francfort : un grand écrivain comme Wang Anyi, qui est pourtant Vice-Présidente de l'Union des Ecrivains, n'y va pas car elle trouve que ce Salon est celui des JO de la littérature chinoise, très loin de la littérature…
Moi même, je ne travaille plus pour l'Union des Ecrivains ; c'est une organisation critiquée mais qui a aidé beaucoup d'écrivains à survivre dans le passé avec les très maigres droits d'auteur payés en Chine.
Je suis maintenant Professeur à l'Université du Peuple à Pékin. Je vois votre surprise compte tenu de l'image de cette université (surtout dans le passé), mais j'ai rencontré le Vice Président de l'université qui a une approche très libérale. Cependant il vaut mieux que je ne parle pas trop à mes collègues de mon livre récent « Elégies et Intellectuels » (Fen Ya Song) qui traite du manque de courage des intellectuels des universités de Pékin et de leurs efforts pour s'intégrer dans le système !
Il existe peu de livres sur les intellectuels : « La Capitale Déchue » de Jia Pingwa, après seize ans d'interdiction est de nouveau publié mais peut être est-ce dû au fait que Jia Pingwa est Président de l'Union des Ecrivains de Xian ; mes livres à moi qui ont été interdits, le restent !
« Bons Baisers de Lénine » est un de vos livres préférés : Pourquoi ?
C'est un des trois que je préfère. Ce livre n'a pas été censuré (contrairement à ce que dit la jaquette du livre ! ) et a obtenu le prix littéraire Lao She. Mais c'est vrai que les réactions des autorités militaires à ce livre ont été virulentes et ont entraîné mon départ de l'armée.
Liu Yingque, le chef du district, est un arriviste, mais je montre que les équilibristes en politique souvent se cassent la figure ; quant à Mao Zhi, c'est un personnage symbolique des souffrances qu'ont entraînées les excès de la Révolution. La censure nous force à aborder la réalité par des biais symboliques ou détournés mais dans ce livre (contrairement au « Village des Ding »), il n'y a aucune autocensure.
Vous avez publié un nouveau livre ?
Un livre de souvenirs qui n'est pas traduit et qui à ma grande surprise, a eu beaucoup de succès (200 000 exemplaires) car c'est un livre facile à lire alors que « Bons Baisers de Lénine » est considéré comme un livre difficile avec beaucoup de dialecte et d'inventions verbales. Mais en France, vous avez de la chance, car on me dit que c'est très bien traduit par Sylvie Gentil tout comme « Les Jours, les Mois, les Années » par Brigitte Guilbaud.
Je vais terminer dans quelques mois un livre sur la « Campagne Anti Droitière » de l'année 1957 contre les intellectuels en m'intéressant surtout à l'attitude des intellectuels au-delà des « droitiers » ; ce ne sera pas un texte réaliste, ce sera très libéré…
►« Bons Baisers de Lénine », par Yan Lianke. Traduit du Mandarin par Sylvie Gentil. Editions Philippe Picquier 2009. 560 p., 21,50€.
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