Pékin ferme une école de hackers en ligne
En pleine polémique avec Google qui accuse des hackers chinois d'avoir pénétré ses serveurs pour espionner les comptes mail d'opposants chinois, les autorités chinoises ont fermé une plateforme de « formation en ligne » de hackers, et arrêté les trois responsables du site Black Hawk Safety Net. Ce site existait en toute légalité depuis … cinq ans.
Le site, basé dans la province du Hubei, dans le centre du pays, avait quelque 12 000 « membres VIP » payants et 120 000 inscrits, et offrait non seulement des tutoriels pour apprentis hackers, mais aussi des « outils » à télécharger pour se livrer à cette activité interdite en Chine depuis l'an dernier seulement.
Black Hawk offrait en particulier diverses versions de « chevaux de Troie », des logiciels dits « malveillants », qui, une fois installés dans l'ordinateur permettent de pirater ou de détruire des fichiers, et qui, à l'image du « vrai » cheval de Troie, est volontairement introduit dans l'ordinateur par son propriétaire qui ne se doute pas de ce qu'il contient…
En menant cette opération très médiatisée -50 policiers, une profusion de détails…-, Pékin veut se mettre dans le camp de la vertu par rapport au phénomène des hackers. Une manière de répondre à la Secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton qui, dans un discours le mois dernier, exigeait de la Chine qu'elle fasse toute la lumière sur la tentative d'intrusion de hackers dont ont fait l'objet Google et d'autres sociétés technologiques américaines. Pékin avait rejeté ces accusations.
- 1272 visites
- Version imprimable
Le Nobel de littérature Gao Xingjian, de la plume à la brosse
Gao Xingjian, prix Nobel de littérature en 2000, vient de fêter ses 70 ans. A cette occasion, l'Université de Londres a organisé en janvier un ensemble de témoignages et de présentations de son œuvre littéraire, cinématographique et théâtrale.
L'auteur de « La Montagne de l'Ame » (Ed. de l'Aube, 1995) et du « Livre d'un Homme Seul » (Ed. de l'Aube, 2000) a accepté de répondre à nos questions centrées sur ses films et sa peinture.
A Londres, des acteurs anglais donnèrent une lecture de sa dernière pièce « Ballade Nocturne », qui sera présentée du 10 au 28 Mars prochain au Théâtre de l'Epée de Bois (Cartoucherie de Vincennes, près de Paris), en alternance avec « Au Bord de la Vie » .
Film « Tripartite » et collages multimédia
Deux films furent présentés : « La Silhouette sinon l'Ombre » (2006), un film commencé à Marseille en 2003 (« année Gao Xingjian » à Marseille avec nombre d'expositions et de représentations de ses pièces), et « Après le Déluge » plus court (28 minutes), qui vient d'être réalisé.
Vous parlez de films « tripartites »…
La musique, comme l'image et les paroles, doivent avoir dans un film leur vie propre… si chaque élément prend son autonomie dans le temps, en ce cas on aura une autre écriture cinématographique, on se débarrasse de la narration.
Ce n'est pas le son qui interprète ou explique l'image, le son ou la musique ont leur autonomie. « Silhouette » évoque la guerre, toutes ses calamités en utilisant un chantier d'immeubles en destruction à Marseille. Mais ce film chante aussi la liberté avec le thème de la mouette relayant mon poème en prose « L'errance de l'oiseau ».
Dans « Après le Déluge », sans paroles, les corps des six acteurs , d'abord en noir et blanc, dialoguent avec vos peintures…
Il y a un travail assez subtil, au début, entièrement noir ; puis après le déluge, il y a une certaine espérance, la vie va peut-être reprendre, les images sont alors légèrement teintées… J'utilise la couleur avec beaucoup de prudence, si ce n'est pas nécessaire, je ne l'utilise pas. Il peut y avoir des extrêmes, dans « Silhouettes », on voit le vieux port de Marseille avec des couleurs extrêmement saturées.
L'encre a soif d'eau :
« On ne voit plus en moi qu'un écrivain, dit Gao Xingjian, alors que c'est la peinture qui dans mes premières années d'exil m'a permis de survivre ». C'est en 1978, en Europe, que la fréquentation des musées le convainc d'abandonner la peinture à l'huile, persuadé qu'il est de ne pouvoir atteindre cette perfection. Mais cette expérience va lui permettre d'ouvrir des voies très neuves dans l'art millénaire de l'encre.
La préparation du travail est pour vous importante, il faut être libre, se débarrasser des idées…
Bien sur, la peinture ce n'est pas une illustration, une interprétation ; il y a une autonomie de l'image. La vision, c'est tout a fait un autre langage…Il y a une autre façon de penser en images…Ce qui est le plus proche, c'est la musique ; la musique évoque ce genre d'images sans passer par la langue. On pense souvent que l'encre, c'est comme la calligraphie, une fois et c'est fini, mais ce n'est pas le cas ; moi je repasse, je fais beaucoup d'épaisseurs. Pour terminer un travail, cela peut prendre parfois un an…mais il faut être sûr car on ne peut pas corriger.
Toute peinture est basée sur deux dimensions, mais qu'est ce que cela veut dire cet espace ? Il y a de multiples façons de voir les choses, de composer, de créer. Si on commence par un bord du tableau, si l'on met une tache à cet endroit, on définit un espace. Il y a la perspective classique, bien étudiée dès la Renaissance, mais il y a aussi de multiples profondeurs.
Papiers, pinceaux, encres, des trésors…
J'ai une grande collection de papiers traditionnels, qu'on appelle des papiers de riz, mais en fait, il y a aussi d'autres fibres, c'est très varié ; papiers chinois, coréens, japonais. De même pour l'encre, il y a une grande variété et cela aide. Pour le même tableau, j'utilise toujours plusieurs encres, cela vient de mon expérience de la peinture à l'huile.
►Une exposition des oeuvres de Gao Xingjian peut être vue en Belgique, des petits formats jusqu'au 14 Février à la Galerie J. Bastien Art à Bruxelles. Sans oublier l'exposition remarquable au Musée Wurth à Eirstein en Alsace dont Chinatown vous a déjà parlé et que l'on peut visiter jusqu'au 16 Mai.
- 630 visites
- Version imprimable
La Chine en marche... pour les vacances du Nouvel An

A l'approche du nouvel an chinois, dimanche prochain, la plus grand migration du monde a débuté. Selon l'agence officielle Xinhua, les autorités prévoient pas moins de 2,5 milliards de voyages sur le réseau ferroviaire pendant la période des fêtes, alors que des centaines de millions de Chinois traversent le pays pour passer les fêtes en famille.
Cette migration concerne notamment les Mingongs, les migrants de l'intérieur, qui travaillent dans les villes et les usines de la côte Est, et retournent une fois l'an, les bras chargés de cadeaux, après des leurs.
Ce gigantesque mouvement de population met chaque année à rude épreuve le système ferroviaire chinois, qui vient toutefois de s'enrichir de trains à grande vitesse, réduisant le temps de transport qui, pour les plus grandes distances, oblige les voyageurs à passer quatre ou cinq jours dans les wagons surchargés.
Ici, sur cette photo, près de la gare de Canton, dans le sud-est de la Chine, un voyageur chargé de cadeaux passe devant une affiche de l'Opéra traditionnel chinois, avant d'aller fêter en famille l'avènement de l'année du Tigre.
Photo Joe Tan/Reuters
- 1149 visites
- Version imprimable
« Pourquoi la Chine n'est pas un grand pays de culture » par Han Han
Pour le célèbre écrivain et blogueur chinois Han Han, la censure paralyse la culture en Chine. Rien ne sert donc d'exporter la culture chinoise à l'étranger tant que l'esprit créatif n'a pas été libéré. Han Han s'est exprimé lors d'un forum sur la culture organisé à Xiamen, métropole du sud-ouest de la Chine, par le Nanfang Zhoumo, hebdomadaire chinois réputé pour son indépendance de ton. Voici, au titre de document, la traduction du texte de son allocution.
Pourquoi la Chine n'est pas un grand pays de culture ?
C'est la deuxième fois que je viens à Xiamen. L'air est bon ici, cela ne m'étonne pas que tout le monde aime « s'y promener'.
Tout à l'heure j'ai écouté le Professeur Deng parler du patriotisme. Deux phrases ont marqué mon esprit : une que j'avais entendu auparavant : “Le patriotisme est le dernier refuge d'une canaille'. La deuxième phrase : ‘Le vrai patriotisme, c'est de protéger un pays des persécutions d'un gouvernement'.
J'ai emmené un papier avec moi, ce sont des (notes de) choses que je voulais vous dire. C'est pour me limiter, pour ne pas trop vous ennuyer et parce que j'ai peur peur de dire n'importe quoi. Voilà on commence.
Chers dirigeants ici présents, chers professeurs, chers camarades de classes, bonjour. Savez-vous pourquoi la Chine ne pourra jamais être un grand pays au sens culturel ? C'est parce qu'on commence toujours un discours par chers directeurs ici présents’ alors que la plupart des directeurs n'ont aucun sens de la culture. Il ont peur de la culture, ils censurent la culture mais en même temps ils peuvent contrôler la culture.
Alors comment la Chine peut-elle devenir un grand pays de culture ? Qu'en dites vous, chers dirigeants ?
L'imagination des censeurs
Au passage, la Chine a un potentiel fort pour être un pays de culture. Je vais vous raconter une hisoire. Je suis le rédacteur en chef d'un magazine qui n'est toujours pas sorti. C'est écrit dans la Constitution, chaque citoyen a la liberté de publication. Mais la société a sa propre loi, selon laquelle les directeurs ont la liberté de prohiber une publication. Le magazine s'est retrouvé confronté à beaucoup de problèmes de procédure.
Sur sa couverture [reproduite ci-dessus, ndlr], il y a un dessin représentant un homme nu. Ça ne va pas. Parce qu'il y a des lois qui disent que l'on ne peut pas publier d'images de sexes à découvert. J'étais bien d'accord. J'ai mis un grand logo du magazine sur la partie illégale, il la recouvre complètement.
Après, les gens de la censure m'ont dit :
‘eh, ça ne va pas non plus, vous avez caché les parties centrales du monsieur, vous essayez d'insinuer le Parti central’‘(Phonétiquement, cacher les parties intimes’ se prononce comme ‘le Parti (communiste) central’, ‘Dang Zhongyang’).
J'ai eu la même réaction que vous, j'étais étonné. Je me suis dit : qu'est ce que ce serait bien si vous mettiez votre vive imagination au service de la création artistique au lieu de l'utiliser pour la censure.
Pourquoi je vous raconte tout cela ? Pour vous dire que tout le monde a de l'imagination. Mais qu'il y a beaucoup de choses que l'on ne peut qu'imaginer, que l'on ne peut pas faire, pas écrire et, dans beaucoup de cas, même pas dire.
Nous avons trop de barrières dans la vie, c'est un pays de barrières, c'est un pays classé X (et donc censuré). Comment les cultures peut-elles fleurir dans un pays comme ça ?
Moi je suis une personne qui pratique rarement l'auto-censure. Mais quand j'écris, il y a des alarmes dans ma tête, on ne peut pas écrire sur la police, sur les dirigeants, sur les politiques, sur le régime, sur les législateurs, sur l'Histoire, sur le Tibet, sur le Xinjiang, sur les rassemblements, sur les manifestations, sur la pornographie, sur l'esclavage, sur l'art. Ah, je ne peut pas écrire sur l'élégance non plus.
Désolé, je n'y arrive vraiment pas, je ne suis pas Yu Qiuyu [écrivain officiel du parti, ndlr].
Les auteurs souffrent beaucoup
Un bon nombre des articles que je publie sont (la preuve) d'une grande liberté de ton. J'ai pas mal d'amis qui écrivent des scénarios, par exemple des amis écrivant un scénario à partir d'un roman d'Aileen Chang et Ning Caishen, écrivant des scénarios de théâtre, de films. Ils souffrent beaucoup. Dans une atmosphère culturelle telle, je commence à me dire qu'on ne pourra jamais devenir un grand pays culturel à moins que tout le monde ne parle que de l'Afghanistan, de la Corée du Nord et de la Chine.
Dans notre communication à l'international, nous ne cessons de faire l'éloge des Quatre classiques [quatre livres considérés comme la base de la philosophie chinoise et du Confucianisme, ndlr]. C'est comme si vous rencontriez une fille pour parler de mariage, que la fille vous demandait si vous avez de l'argent, et vous lui répondiez que vos ancêtres en avaient pas mal. Ça ne sert à rien.
Cette tragédie n'a rien à voir avec vous. Mais le chemin qui mène en Corée du nord est pavé par tous ceux qui ont gardé le silence. D'un autre côté, nous sommes plus forts que la Corée du nord, vous savez tous comme ils sont là-bas. Et j'ai confiance en vous qui êtes ici présents. Beaucoup de gens ne sont pas forcément silencieux, ils sont tout simplement harmonisés [‘Harmoniser’ est un terme souvent utilisé par les internautes chinois pour évoquer la censure, ndlr].
Dans l'histoire des campagnes anti-pornographiques, il y a beaucoup d'étudiants ici, qui savent sûrement - bien que ça ne figure pas dans nos manuels officiels - que Teresa Deng et Liu Wenzheng [deux chanteurs, ndlr] étaient ‘pornographiques’ et ‘décadents'. Mais lorsque de plus en plus de gens se sont mis à les écouter, ils ont cessé d'être pornographiques. Quand toute la Chine les écoute, ils ne sont ni pornographiques ni décadents.
Ensemble contre la censure
Si nous pouvons être ensemble pour combattre la censure, pour qu'un jour les mots censurés ne contiennent que des mots contre toute l'humanité, rien d'autre, alors nous pouvons créer un grand pays culturel. Bien qu'il soit probable qu’ à un moment donné mon nom et le vôtre entrent dans la liste des mots censurés. Mais je crois bien qu'une liste de ce type a ses limites, que chaque mot ajouté la rapproche de sa fin.
J'espère que nos journalistes, nos professeurs et nos étudiants, nos passionnés de culture et ceux qui travaillent là-dedans, y compris les dirigeants, pourront contribuer ensemble à ce qu'il y ait moins de blocages et de censure. Nos dirigeants - ils sont différents de nous - et notre gouvernement peuvent donc avoir suffisamment confiance pour que notre culture soit plus ouverte.
Je sais que nos dirigeants aiment bien exporter notre culture, et qu'ils trouvent que c'est un symbole de l'émergence d'un pays puissant. Mais je pense que vu notre culture actuelle, ce n'est pas la peine de l'exporter. Quand on crée des oeuvres sous le climat actuel, chaque auteur, chaque artiste, n'arrête pas de s'auto-censurer.
Commment peut-on avoir une culture sous un climat de création pareil ? Vous castrez les oeuvres d'art jusqu'à ce qu'elles ressemblent au journal de 19h et puis vous essayez de les exporter ? Ne prenez pas les étrangers pour des extraterrestres.
La Chine a-t-elle vraiment émergé économiquement ou pas ? Il faudra voir lorsque notre marché immoblier se sera effondré, à ce moment tout sera dit publiquement. Mais lorsqu'un pays a émergé culturellement, alors c'est un vrai grand pays, sans risque de s'effondrer, me semble-t-il.
Retournons à notre liste de mots censurés. Plus il y a de mots dans cette liste, plus la culture d'un pays est faible. Bien sûr, notre gouvernement fournira de nombreuses explications à cela. Ils vous diront que c'est pour protéger la jeunesse, que c'est pour la stabilité de la société, que la culture est libre. Si vous êtes d'accord avec eux, un jour ou l'autre, vous découvrirez que lorsque vous raconterez ce qu'ils vous ont fait, ils vous censureront, car vous ‘mettez en péril la stabilité sociale’.
Au final, tous ceux qui mettent le statut du Parti et son pouvoir en danger, toutes les paroles qui vont à l'encontre de leurs profits, sont des dangers pour la stabilité sociale, sont des dangers pour la jeunesse. Si nous avions toléré Green Dam [filtre internet que le gouvernement souhaitait installer sur tous les ordinateurs en Chine, avant de faire marche arrière face au nombre de critiques, ndlr], nous vivrions maintenant avec Green Dam et ce ne serait plus un simple probème de culture.
Alors chers camarades de classe, c'est pour cela que l'on ne peut pas laisser ce jour arriver. Sinon à l'avenir, lorsque nos descendants recevront leurs manuels électroniques d'Histoire via satellite, nous serons leur risée.
Je vous remercie.
- 1778 visites
- Version imprimable
Deux Ouïgours de Guantanamo en Suisse, Pékin proteste
Malgré les pressions de la Chine, la Suisse accueillera deux détenus ouïgours de Guantanamo à titre humanitaire. Le gouvernement suisse a fini par donner son aval mercredi après des semaines de tergiversations. Les deux frères seront domiciliés dans le canton du Jura.
La décision du Conseil fédéral est tombée au lendemain de la confirmation du gouvernement du canton du Jura de son intention d'accueillir les deux hommes.
Les deux hommes, qui ont été détenus pendant des années à Guantanamo sans avoir été accusés ni condamnés, ne représentent aucun risque d'après l'analyse des experts, a assuré la ministre de Justice et Police Eveline Widmer-Schlumpf devant la presse. Ils se sont engagés à apprendre le français et à s'intégrer professionnellement.
Un autre ancien détenu de Guantanamo, d'origine ouzbèke, vit déjà dans le canton de Genève depuis janvier.
Réaction chinoise
Réaction immédiate : la Chine est « résolument opposée » à la décision du Conseil fédéral, a indiqué mercredi Feng Haiyang, conseiller à l'ambassade de Chine à Berne. Le gouvernement chinois s'oppose à la décision helvétique « parce qu'elle ne correspond pas aux intérêts fondamentaux des deux pays », selon lui. La Chine n'a toutefois pas voulu justifier plus en détail sa réaction.
Avant Noël, l'ambassade de Chine s'était fendue d'une lettre envoyée à Eveline Widmer-Schlumpf, où elle demandait à la Suisse de ne pas accueillir les deux frères ouïgours. Et cela en avertissant qu'une décision contraire pourrait mettre à mal les relations sino-suisses.
A l'appui de son avertissement, le gouvernement chinois accusait les deux Ouïgours d'appartenir au Mouvement islamiste du Turkménistan oriental (ETIM). Mais pour le ministère suisse de la Justice, les deux hommes ne figuraient pas « sur les listes de terroristes dressées par l'ONU ».
Dignité
Daniel Fried, envoyé special du gouvernement américain pour la fermeture de Guantanamo, se déclare très heureux de la décision helvétique :
« Le gouvernement chinois exigeait que les Ouïgours présents à Guantanamo soient renvoyés en Chine, ce que les Etats-Unis ne veulent pas, pour des raisons humanitaires ».
Avant d'ajouter :
« Nous pensons que la décision suisse a été courageuse. Nous avons bien travaillé avec les autorités helvétiques, en nous en tenant à un processus lent et prudent ».
Par ailleurs, la Société pour les peuples menacés (SPM) a salué la décision du Conseil fédéral, qui donne ainsi à ces deux hommes la possibilité de mener une vie en liberté et dans la dignité dans le canton du Jura.
La SPM se dit par ailleurs satisfaite que le gouvernement ait attaché plus d'importance aux droits de l'homme qu'aux intérêts de l'industrie suisse d'exportation. L'organisation prie en outre le Conseil fédéral de mener avec la Chine un vrai dialogue sur les droits de l'homme, en particulier de thématiser les droits des minorités dans la république populaire.
En partenariat avec :
- 559 visites
- Version imprimable
Twitter s'attaque de front à la censure du Web en Chine


(De Pékin) Après Google, c'est Twitter qui s'en prend à la censure chinoise. Mais alors que le premier menace de quitter le pays, l'approche du second est plus radicale : passer outre le contrôle du Web, que cela plaise ou non aux autorités locales.
Twitter aussi en a assez et hausse le ton face à la censure en Chine. Après Google il y a deux semaines, le PDG du site de micro-blogging, qui n'est plus accessible depuis des mois en Chine, est monté au créneau jeudi au Forum économique mondial de Davos.
Mais alors que Google souhaite discuter avec les autorités chinoises et, à défaut de réponse jugée satisfaisante, quitter la Chine, l'approche de Twitter est plus frontale.
Evan Williams : « Nous sommes partiellement bloqués en Chine »
Selon l'International Business Times, Evan Williams a déclaré :
« Nous sommes partiellement bloqués en Chine et dans d'autres pays et nous l'étions également en Iran. La manière la plus efficace de se battre n'est pas de collaborer avec la Chine et autres gouvernements dont l'essence même est opposée à ce que nous sommes. »
Son entreprise est actuellement en train de travailler à développer des moyens de contourner la censure, a-t-il, en précisant que Twitter dispose d'un avantage : à la différence de simples sites web, les flux de Twitter sont distribués via plusieurs canaux, dont les applications pour téléphones portables et les sites de syndication, tels que les sites regroupant les flux RSS.
Twitter est de plus en plus souvent utilisé pour la transmission de messages d'opposition politique, en Iran comme en Chine. Dimanche, une manifestation sur Twitter contre la « Grande muraille de l'internet » chinois avait réussi à faire remonter le mot clé au sommet des 10 sujets les plus évoqués du moment.
Hillary Clinton a appelé les entreprises américaines à refuser la censure chinoise
Cette démarche plus offensive de Twitter pose à nouveau la question de l'attitude que les entreprises étrangères doivent adopter face à la censure et, plus généralement, au gouvernement chinois. La problématique ne concerne d'ailleurs pas que les entreprises du monde virtuel.
Dans un discours sur Internet et les libertés le 21 janvier, la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton appelait les entreprises américaines à refuser la censure. Elle ne disait pas ce qu'elle entendait par « refuser » : quitter le pays ou se donner les moyens de passer outre la censure ?
Alors que le contrôle du web s'est renforcé ces derniers mois, de plus en plus d'internautes chinois se dotent de réseaux privés virtuels (VPN), sorte de tuyau virtuel permettant de crypter la connexion et de faire transiter les requêtes par l'étranger, et donc d'accéder aux sites interdits. Les censeurs ont bloqué la plupart des VPN gratuits mais certains payants restent accessibles.
Photo : dans un cybercafé à Changzhi, en Chine (Reuters)
- 13558 visites
- Version imprimable
Chine : des papys du Parti réclament la libération du dissident Liu Xiaobo

(De Pékin) Quatre vieux cadres du Parti communiste chinois (PCC) critiquent publiquement la condamnation du dissident Liu Xiaobo. Dans une lettre ouverte adressée « aux dirigeants du Parti et du gouvernement », ils remettent en cause, au nom du respect de la Constitution chinoise, la lourde peine de 11 ans de prison ferme infligée au dissident Liu Xiaobo, le 25 décembre dernier, pour avoir appelé à des réformes politiques en prenant part à la rédaction de la Charte 08.
Comme il arrive parfois, des vétérans du PCC, sans doute protégés par leur âge - ils ont tous entre 80 et 90 ans - ont fait entendre leurs voix. C'est Hu Jiwei, ancien numéro un du Quotidien du Peuple qui a rédigé cette lettre. Les trois autres signataires sont Li Pu, ancien dirigeant de l'agence Chine Nouvelle, Dai Huang, ancien grand reporter de la même agence, et He Fang, membre honoraire de l'Académie des Sciences Sociales de Chine.
Cette lettre n'appelle pas explicitement à la libération de Liu Xiaobo mais He Fang, interrogé par Associated Press dimanche, a confirmé néanmoins qu'il s'agissait de« renverser le verdict, d'établir que Liu n'est pas coupable et de le relâcher », précisant qu'ils entendaient aussi « sauvegarder la Constitution et les droits de liberté d'expression ».
Les rédacteurs de la lettre, reproduite par l'organisation Chinese Pen Center, ne mâchent pas leurs mots :
« Si le juge viole la Constiution et ne connaît pas l'histoire du Parti… cela ternira l'image du pays et du Parti et il sera difficile de montrer que la Chine est un pays régi par la loi et une société harmonieuse ».
Ces quatre vétérans communistes sont des personnalités respectées et connues pour leurs positions libérales. Hu Jiwei a notamment tenté en juin 1989 de convoquer une séance d'urgence de l'Assemblée Nationale Populaire pour empêcher l'imposition de la loi martiale à Pékin, dans le but d'éviter la répression sanglante qui s'est abattue le 3 juin sur les étudiants. Cette tentative lui avait alors coûté son poste à la tête du quotidien officiel.
- 1210 visites
- Version imprimable
Manif virtuelle sur Twitter contre la censure du Web en Chine
En pleine crise entre Google et le gouvernement chinois, une véritable manif virtuelle s'est déroulée dimanche sur le site de microblogging Twitter, les internautes chinois s'étant donnés rendez-vous autour d'un mot-clé qu'ils ont fait monter dans le classement des thèmes les plus abordés du moment. Le mot-clé était symbolique : #GFW, c'est-à-dire Great Fire Wall, ou Muraille de Chine électronique, le système de contrôle et de censure du Web chinois.
Le paradoxe est que le site de Twitter est bloqué en Chine, mais de très nombreux internautes connaissent les moyens de contourner les interdits, et ont lancé ce mot d'ordre de manif virtuelle, tous les dimanche après-midi (heure chinoise) pour protester contre la censure.
En multipliant les tweets (messages de 140 caractères maximum) comportant le « hashtag » (mot-clé) GFW, les cyber-manifestants ont pu faire monter ce mot-clé jusqu'à la deuxième place mondiale des « Trending Topics », c'est-à-dire le top 10 des sujets du moment. A l'heure de pointe de la « manif », les tweets portant le #GFW tombaient au rythme de 800 par minute.
Le numéro un, #nowplaying, étant un robot, les Chinois ont donc revendiqué le rang de premier Trending Topic humain pendant un moment, une manière neuve et résolument moderne de faire entendre sa voix.
Voici un exemple de messages très explicite provenant d'un internaute chinois. Le premier message est clair : « Fuck #GFW » !

Cette Twittmanif survient en plein bras de fer entre Google et les autorités chinoises, la firme américaine ayant accusé la Chine d'avoir tenté de pénétrer ses serveurs, et ceux de plusieurs autres entreprises étrangères, pour espionner des dissidents chinois. Google a cessé d'autocensurer son moteur de recherche chinois comme il le faisait précédemment à la demande de Pékin, au risque de se voir écarter du marché chinois.
Jeudi, la Secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a prononcé un important discours programme sur la liberté sur le web, visant en particulier la Chine qui a vivement répliqué.
Avec leur « manif », les internautes chinois les plus engagés ont voulu eux aussi faire entendre leur voix. Mais Twitter étant bloqué en Chine, elle aura été plus entendue à l'étranger que dans leur propre pays, même si l'existence de ce noyeau dur de partisans d'un internet libre en Chine ne doit pas être sous-estimé.
- 5824 visites
- Version imprimable
Clinton transforme Internet en champ de bataille idéologique

Internet sera-t-il le terrain d'affrontement mondial du XXIe siècle ? Après la Guerre froide qui se mesurait en terme d'ogives nucléaires capables d'annihiler l'ennemi, après la croisade éphémère de l'administration Bush qui rêvait d'imposer la démocratie par les chars et les armes, la secrétaire d'État américaine Hillary Clinton a présenté jeudi Internet comme la nouvelle frontière de la liberté pour le monde.
Premiers visés, les dirigeants chinois ont réagi dès vendredi en dénonçant une approche idéologique utilisant la « soi-disant liberté d'Internet ». Un communiqué officiel a rejeté les accusations de la secrétaire d'État qui avait appelé Pékin à enquêter sérieusement sur la récente tentative d'intrusion dans les serveurs de Google que ce dernier attribue à des hackers chinois.
Un éditorial du Global Times, quotidien reflétant les vues du courant nationaliste au sein du pouvoir chinois, est allé plus loin en écrivant vendredi :
« La campagne des États-Unis en faveur d'une libre circulation de l'information sans censure sur un Internet sans restrictions constitue une tentative déguisée d'imposer leurs valeurs aux autres cultures au nom de la démocratie. »
A l'opposé, certains blogueurs chinois applaudissent l'offensive américaine en faveur de l'abolition de la censure et des contrôles, y voyant une référence directe à leur propre situation.
Le site China Digital Times a repéré ce détournement (Voir la photo ci-dessous) par le blogueur chinois Chengcheng de la peinture de Delacroix, « La Liberté guidant le peuple », détournée en « Hillary guidant le peuple »…
Le risque de « se couper des progrès du siècle à venir »
Hillary Clinton, dont le discours était programmé avant le début du bras de fer entre Pékin et Google qui risque d'entraîner l'éviction du géant américain de Chine, a effectivement prononcé un plaidoyer en faveur d'un Internet sans frontières, sans barrières et sans censure. Un Internet unique à l'échelle mondiale, sans restrictions, qui deviendrait le « nouveau système nerveux du monde » :
« Les pays qui restreignent le libre accès à l'information ou violent les droits élémentaires des utilisateurs d'Internet risquent de se couper des progrès du siècle à venir ».
La secrétaire d'Etat a promis le soutien de l'administration au développement de systèmes pour contourner les blocages et les interdits sur le Web, et a demandé aux entreprises américaines, comme Google ou Yahoo, de refuser la censure et de privilégier les valeurs au profit à court terme… Elle est restée dans le flou sur les aspects concrets de cette posture libertaire.
La nouvelle frontière des libertés
Ce discours fait effectivement du Web la nouvelle frontière de la liberté dans le monde, mais aussi un nouveau terrain d'affrontement à la fois idéologique et même « guerrier » entre nations et groupes rivaux au XXIe siècle.
Dans sa ligne de mire, à la fois les pays cyberliberticides, citant nommément cinq d'entre eux : Chine, Iran, Ouzbékistan, Tunisie et Égypte ; mais aussi Al Qaeda et ceux qui détournent cet espace de liberté au profit de causes extrémistes ou liées au terrorisme.
Ce discours permet d'envisager les affrontements de demain, ceux de la cyberguerre dont la Chine est loin d'avoir le monopole et dont on sait que tous les grands pays s'y préparent activement, et ceux des interdits et des moyens de les contourner, qui, de Pékin à Téhéran, du Caire à Tunis, sont devenus des enjeux majeurs de notre époque.
Le revers de la médaille de la posture d'Hillary Clinton ? Elle risque aussi de trouver sur sa route certains de ses amis et leur volonté de contrôler et de restreindre le flux libre d'informations. Son plaidoyer en faveur de l'espace de liberté sur la toile malgré les excès tranche avec le discours dominant négatif entendu en France ou en Italie, et les mesures restrictives qui se multiplient.
Reste à attendre des actions concrètes
La vraie question tient aux moyens que l'administration américaine entend mettre au service de cette vision. Ethan Zuckerman, fondateur du site Global Voices (cité par Rebecca McKinnon) qui donne la parole aux internautes du monde entier dans une douzaine de langues, résume ainsi l'enjeu du discours :
« C'est encourageant de voir Clinton et le département d'État être sans ambiguïtés du bon côté sur ces questions. Mais il est difficile de savoir s'il y aura des conséquences concrètes à ces mots, au-delà d'un exposé vertueux d'aspirations.
Espérons donc que la prochaine étape sera une discussion sur les moyens d'aller au-delà des mots, pas seulement sur la censure, mais sur cette idée provocatrice de la “liberté de se connecter”, et la vision du “nouveau système nerveux planétaire”. »
La réponse à cette question est attendue avec intérêt dans des pays comme la Chine ou l'Iran, à la fois par ceux qui cherchent à élargir leur espace de liberté très relative sur Internet et par ceux qui voient dans l'attitude américaine l'amorce d'une nouvelle guerre froide, cyber celle-là.

Photo : le tableau « La Liberté guidant le peuple » détourné avec le visage d'Hillary Clinton ; Hillary Clinton pendant son discours sur Internet le 21 janvier (Molly Riley/Reuters)
- 11990 visites
- Version imprimable
Vente aux enchères de dessins au profit des Enfants du Ningxia

Voici une page de pub pour une cause qui me tient à coeur, et qui le mérite. Ce vendredi, à partir de 19h00, se tiendra une vente aux enchères de dessins de presse offerts par des auteurs talentueux comme Charb, Jul (voir ci-dessus), Cabu ou Catherine et quelques autres, au profit de l'Association Enfants du Ningxia. Comme la vente se déroule grâce à la généreuse hospitalité de la cave parisienne Legrand, il y aura aussi dégustation de vins offerts par des viticulteurs. Deux bonnes raisons de venir, en quelque sorte.
Les Enfants du Ningxia, l'association bénéficiaire de cette soirée, s'occupe d'offrir des bourses à des enfants de familles défavorisées dans le sud du Ningxia, une province oubliée du nord-ouest de la Chine. Cette association est née de la publication du Journal de Ma Yan, un reportage paru dans Libération, puis un livre que j'ai cosigné avec Ma Yan, une jeune fille de paysans pauvres de cette région.
Cette association, à laquelle je participe toujours, a permis depuis 2002 à des centaines d'enfants de poursuivre une scolarité dont ils auraient dû être exclus par manque de moyens, et à une trentaine d'entre eux d'accéder à l'université, un rêve impossible pour les jeunes originaires des villages deshérités du district de Tongxin.
A l'image de Ma Yan, qui a elle-même terminé sa scolarité et poursuite ses études … en France ! Un long chemin parcouru depuis notre première rencontre en 2001, lorsque cette photo fut prise devant leur maison de Zhang Jia Shu.

Pour poursuivre son action et remplir ses engagements auprès de cette communauté de Huis (musulmans chinois) à laquelle le hasard de la « découverte » du Journal de Ma Yan, et les liens tissés au fil des années nous attachent, l'Association a besoin de moyens. Sans ces moyens, ces bourses devront cesser, et des rêves d'éducation seront brisés.
Cette vente fait partie d'une série d'événements destinés à financer le programme éducatif de l'Association. Venez vendredi rejoindre les dessinateurs et les viticulteurs qui ont fait le geste généreux d'offrir leur production à cette cause.
►Vente aux enchères exceptionnelle, vendredi 22 janvier 2010, à partir de 19h00, chez Legrand, Galerie Vivienne, 4 rue des petits champs, 75002, Paris.
- 1066 visites
- Version imprimable

















