Dette publique : le FMI a-t-il raison de sonner l'alarme ?
L'endettement des pays riches atteint des records, mais cette hausse ne met pas forcément en danger leur économie.
Si le Fonds monétaire international (FMI a surpris récemment en prônant des objectifs d'inflation deux fois moins stricts que ceux que suivent les banques centrales occidentales, il n'a pas abandonné son costume de père fouettard en ce qui concerne l'endettement.
La crise économique a laissé des cicatrices profondes dans les comptes budgétaires des pays les plus riches, et si la reprise se poursuit, ceux-ci seraient bien inspirés de restreindre leurs dépenses dès l'année prochaine, a déclaré dimanche le numéro deux du fond, John Lipsky, en visite à Pékin.
Lipsky, directeur général-adjoint du FMI, a rappelé que le niveau d'endettement public allait atteindre dans les prochaines années un niveau (en pourcentage du PIB) jamais atteint depuis la Seconde Guerre mondiale. Il s'élevait dans les pays développés à 75% en 2007, et devrait atteindre 110% fin 2014, selon les projections de l'institution. Mais l'alarmisme autour de cette question est-il justifié ? Réponse en cinq actes.
Pourquoi la dette publique s'accroît ?
Sur le diagnostic, il y a consensus. La dette publique s'accroît parce que la croissance est molle et ponctuée de récessions. Une économie malade, ce sont des recettes fiscales maigres et des dépenses plus importantes (chômage, santé, sécurité etc).
Dans une telle situation, le budget de l'Etat sert de « stabilisateur ». L'augmentation des déficits publics, pendant la récente crise, a ainsi permis d'éviter des pertes d'emplois plus importantes. (Voir le graphique)

Evolution de la dette des administrations publiques, en France, en % du PIB et en milliards d'euros (courants), de 1978 à 2008,
chiffres Insee (Gedefr et MaCRoEco / Wikimedia Commons).
La France est elle plus menacée les autres ?
La France est « en faillite », déclarait François Fillon à son arrivée à Matignon. A l'époque, l'endettement public tournait autour de 60% du PIB. Trois ans plus tard, il dépasse 80%. Ce qui n'est pas surprenant, après la tempête économique traversée par l'Europe. Selon les prévisions
du gouvernement, elle atteindra 83,2% à la fin de cette année.
La France était en 2009 le 16e pays le plus endetté au monde (selon le ratio dette publique sur PIB), si l'on en croit ce classement de la CIA. Si elle reste dans la moyenne de l'Eurozone, la France se distingue par un autre record : c'est l'un des seuls pays qui n'ait jamais affiché une seule année à l'équilibre depuis trente ans. (Voir le graphique)

La dette publique dans le monde en 2007, chiffres CIA World Factbook (Master Uegly/Wikimedia Commons)
En quoi la dette publique est-elle un problème ?
Après tout, une dette importante n'est pas toujours un problème : si je m'endette pour acheter mon appartement, par exemple, et que je peux rembourser régulièrement, j'améliore mon sort. Certes, je dois amputer ma consommation chaque mois pour rembourser, mais c'est un choix que j'ai fait. De même, une entreprise qui s'endette pour investir dans une machine parie sur des revenus futurs importants : pourquoi pas ?
De nombreux économistes ne partagent pas cette vision concernant l'endettement public. Surtout ceux qui partent du principe que l'argent public n'est jamais très bien utilisé.
Pour eux, la dette est
malsaine, car elle produirait un « effet d'éviction » : l'épargne disponible, au
lieu d'aller vers des projets productifs, est prêté à l'Etat sous forme d'obligations et de bons du trésor. Résultat, les taux d'intérêt grimperaient trop, et les projets d'investissement productifs seraient moindres.
Le poids de la dette freinerait donc la croissance future. C'est la thèse qu'a défendue John Lipski à Pékin :
« Le maintien de la dette publique à des niveaux post-crise pourrait réduire le potentiel de croissance des économies avancées d'au moins un demi-point de pourcentage par an. »
« Il vaut mieux un Etat endetté que des ménages endettés »
Les économistes sont divisés sur cette question d'effet d'éviction. Pour certains, on raisonne à l'envers : c'est au contraire parce que l'investissement privé est malade que l'Etat a été poussé à jouer son rôle, soutenir la demande intérieure et donc atténuer la crise.
Lors de l'émission de France Info Parlons net, en
partenariat avec Rue89, Jean Paul Fitoussi, président de l'OFCE, jugeait contreproductif de lutter contre l'endettement public si cela avait pour conséquence d'augmenter « les déficits des
ménages » :
« Il vaut mieux un Etat endetté que des ménages endettés. N'importe quel économiste vous dira : là où l'Etat est endetté et pas les ménages, les taux d'intérêt sont plus bas. »
Mais le problème de la dette, c'est aussi sa dynamique : ce qui est craint, c'est son effet boule de neige. Ou, pour reprendre le jargon des économistes, c'est la question de sa « soutenabilité ».
La dette publique est-elle « un mauvais coup fait à nos enfants » ?
C'est la critique « morale » de la dette souvent utilisé en politique, par des personnalités comme François Bayrou. Nous serions des cigales qui imposerions une vie de fourmi à nos enfants.
Mais ces derniers héritent aussi des actifs (routes, universités, hôpitaux…) créés par cette dette.
Pour Jean-Paul Fitoussi, ce débat relève de « considérations de fausse morale » :
« C'est une stupidité. Pourquoi ? Les générations futures, elles sont parmi nous. Pour que mon fils soit heureux il faut que je sois malheureux ? Nos enfants seraient-ils plus heureux si nous étions au chômage ou si nous étions plus mal soignés ? (…)
De quoi héritent nos enfants ? Ils héritent aussi des titres de la dette, ils héritent de la dette et aussi de la créance sur l'Etat… » (Voir la vidéo)
Ce que ne précise pas l'économiste, néanmoins, c'est que les créances de la dette sont aujourd'hui largement détenus par des groupes étrangers, à la différence de la dette elle même, dont le remboursement pèsera sur la société française.
Comment faire décroître la dette ?
Il n'y a pas trente-six solutions, seulement trois :
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L'austérité budgétaire et fiscale (augmentation des impôts et/ou diminution des dépenses publiques) : il s'agit de la solution la plus dure et la plus dangereuse. D'une part, parce que les programmes d'austérité n'ont jamais fait le bonheur des citoyens. D'autre part, parce que ces programmes, en pesant sur la croissance, risquent d'aboutir à l'effet inverse à celui recherché : moins de recettes fiscales.
La rigueur sur les finances, c'est possible en période de vaches grasses. Le numéro deux du FMI parie sur leur retour en 2011 : Dieu (ou au moins la main invisible) l'entende !
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La croissance : c'est évidemment la meilleure solution. Elle est indolore :
le surcroît de croissance apporte un surcroît de recettes fiscales, sans
qu'on ait à relever la « pression fiscale ». Plus de consommation, par
exemple, se traduit par plus de TVA. Certaines dépenses décroissent (allocations chômage…)
Cela fonctionne très bien : l'Europe dans les années 60, les Etats-Unis sous Clinton, la zone euro au début des années 2000, ont vu leur déficits publics disparaître et leur niveau d'endettement public décroître.
Le problème, c'est que depuis le choc pétrolier, les pays occidentaux, particulièrement en Europe, ne connaissent plus de longue période de croissance, de celles qui permettraient de ramener leur dette publique à des niveaux plus acceptables.
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Spolier les prêteurs en comptant sur l'inflation pour effacer l'ardoise : le roi de France Philippe Le Bel avait directement confisqué les biens des Templiers, et quelques banqueroutes partielles ont été décrétées par la couronne.
Une méthode plus « moderne », pour spolier les prêteurs, consiste à passer par l'inflation. Historiquement, c'est souvent grâce à elle que la question de l'emballement de la dette publique a été réglé.
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Ski freeride à Verbier : gros gadin et météo médiocre

On ne connaîtra pas tout de suite le nom du skieur le plus habile à slalomer entre les cailloux et à jouer à saute-mouton avec les rochers : samedi, l'épreuve hommes de ski freeride Xtrem de Verbier, en Suisse, a été dû être reportée, la faute aux mauvaises conditions de visibilité.
Avant que le brouillard tombe, snowboardeuses et skieuses ont pu s'élancer, ainsi qu'une partie des concurrents, dont le Français Julien Lopez. Victime d'une mauvaise chute, il a dû être évacué et souffre d'une épaule déboîtée.
Selon le site Skipass, c'est le Suédois Henrik Windstedt qui a réalisé la meilleure « trace » le long de l'impressionnant versant du bec des Roches, dernière étape du tour mondial de la discipline. (Voir la vidéo)
Photo : chute de Julien lopez lors de l'épreuve de ski freeride de Verbier (Valentin Flauraud/Reuters)
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En Bretagne, Duflot avoine Le Drian, « dernier des Mohicans » du PS
En Bretagne, le tiercé du premier tour des régionales dimanche donnait, dans l'ordre d'arrivée au paddock : Le Drian, casaque rose PS (37,2%) devant la majorité présidentielle emmenée par Bernadette Malgorn, toque bleue (23,7%) des suffrages. Europe Ecologie est arrivé en troisième position, avec un score de 12,2% avec Hascoët, panache vert.
Histoire de rendre le scrutin de ce dimanche un peu plus fun, Le Drian et Hascoët se sont empouillés sur la répartition des sièges à la future assemblée de Bretagne.
J'aurai aimé être petite souris pour assister à la beuglante, car ces deux caractères bien granité ne se laissent pas manger la galette saucisse sur le dos.
PS hégémonique, écologistes gourmants ?
Vendredi, Cécile Dufflot, en campagne sur un marché rennais , entre cucurbitacés et salades, n'a pas maché son kig a farz en taxant Le Drian de « dernier des Mohicans » :
« La responsabilité du refus des accords est totalement du côté de Jean-Yves Le Drian… La Bretagne est la leçon inverse de ce qui s'est passé ailleurs, quand le PS n'a pas la capacité de comprendre que les temps ont changé, qu'on peut passer des accords dans la clarté et la cohérence.
Jean-Yves Le Drian est le dernier Mohican que cela contrarie, et qui s'obstine. »
L'électorat va-t-il se saisir de cette occasion pour à la fois, remettre une claque à la minorité présidentielle, et se payer à peu de frais les têtes de gondole de la baronnie socialiste locale ?
Bernadette Malgorn, ayant remisé son bicorne de préfète, doit se gausser de la situation, mais ce sera là sans doute, son unique occasion de se fendre la poire devant sa part du fromage.
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Rue89 vous offre des entrées gratuites pour le Salon du Livre
Comme en 2009, Rue89 est partenaire du Salon du Livre de Paris, trentième du nom, qui aura lieu Porte de Versailles du vendredi 26 au mercredi 31 mars.
Le programme ainsi que les 90 invités d'honneur de cette édition un peu spéciale vous ont déjà été détaillés. J'animerai une dizaine de rencontres durant ces cinq jours, dont une dans le cadre du partenariat de Rue89, qui aura lieu le mardi 30 mars de 17h à 18h : « Identités mondiales : le monde vu par… »
« Retour du sacré » et identité rigides
Dès lors qu'elle s'ouvre au monde, la littérature est une extension du réel. Témoin de cette mutation incessante non seulement de la planète, mais de l'ADN même des hommes qui y vivent, de leurs rêves, des strates qui composent un coeur, des lignes qui dessinent une vie.
A l'heure où il est question d'un « retour du sacré » et d'identités rigides, quel monde nous dessine -et nous assure- la fiction ? Invités :
- Leonora Miano (« Les Aubes écarlates », Plon, 2009)
- Véronique Ovaldé (« Ce que je sais de Vera Candida », L'Olivier, 2009)
- Mathias Enard (« Zone », Actes Sud, 2008)
- Luis Sepulveda (« L'Ombre de ce que nous avons été », Métailié, 2010).
Pour cette table ronde, vous pouvez d'ores et déjà envoyer des questions aux romanciers invités dans les commentaires du présent article. Très prochainement ici, vous trouverez une présentation du Chilien Luis Sepulveda.
Au titre du partenariat, Rue89 vous offre des entrée gratuites pour le salon. Deux sortes de sésame seront offerts :
- 10 entrées pour le jour de votre choix, à gagner en envoyant un mail ici avec vos coordonnées postales
- 50 entrées (valables pour deux personnes) pour la Place des Livres (stand où se tiendra la rencontre Rue89) le mardi 30 mars à 17h, jour du débat. Pour les obtenir, envoyer un mail là, en donnant vos nom et prénom
A bientôt !
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Caroline Aigle enceinte avec un cancer : retour sur un dilemme
Je sors de la lecture de « Caroline Aigle : Vol brisé », de Jean-Dominique Merchet (éd. Jacob-Duvernet). Première femme pilote de chasse, polytechnicienne, triathlète, Caroline Aigle se préparait à devenir astronaute. Elle a été fauchée en été 2007 par un cancer.
Elle avait 33 ans. Enceinte de son deuxième enfant, elle a accouché juste avant de mourir, après avoir refusé la proposition d'avorter, qui aurait pu modifier le pronostic de sa maladie.
Avec cette lecture, il me revient en mémoire le cas d'une jeune patiente déjà mère d'une petite fille pour laquelle, alors qu'elle était enceinte de 4 mois bientôt, l'équipe avec laquelle je travaillais à l'époque discutait sans arriver à conclure de la meilleure prise en charge à proposer à la patiente.
Nos arguments portaient sur le plan médical, sur le plan éthique, mais le souhait de la patiente était peu évoqué. Certains propos me choquaient. Ainsi j'avais entendu une femme médecin remarquer « qu'elle pouvait déjà être satisfaite d'avoir eu un enfant ».
La jeune femme s'en remettait à l'opinion des médecins
Moi-même, j'étais partagée : entre l'objectivité médicale, qui poussait à interrompre la grossesse pour mieux soigner la mère et l'envie de garder toutes les options, avec les cartes qui nous étaient données.
Lorsque nous traitons un insuffisant rénal ou un diabétique par exemple, il ne nous viendra pas à l'esprit de lui greffer un rein ou de lui greffer un pancréas afin de le traiter plus confortablement… pour nous !
Cette jeune femme s'en remettait à nous et attendait la plus sage décision. Quelle était son opinion à elle, son choix éclairé ? Elle ne comprenait pas le français et nous devions passer par un interprète. Nous avons choisi de privilégier la mère.
Mais notre jeune patiente est décédée 48 heures après son interruption de grossesse. Nous avions à peine pu débuter un traitement.
Je travaille souvent à mieux comprendre la physiopathologie des traitements de chimiothérapie pendant la grossesse et je réfléchis aussi à ce que les patientes peuvent ressentir en temps que mères, divisées entre leur soif de vivre et celle tout aussi vitale d'enfanter.
Le livre sur Caroline Aigle m'est arrivé dans les mains et je crois ne toujours pas avoir de réponse définitive. Je salue le choix de cette femme qui avait un tempérament qui présageait des plus grandes destinées. Je ne lui aurais pas conseillé de garder son enfant si je l'avais rencontrée au début de sa grossesse.
Ce bébé qu'elle porte, de quel droit lui retirer ?
Le mélanome est un cancer dont on connait la stimulation par les hormones maternelles. Mais après le premier trimestre ?
Ce bébé qu'une mère porte, quand je n'ai aucune certitude de toxicité, de quel droit devrais-je le retirer ? Dans le cas de Caroline Aigle, une IVG aurait peut-être précipité son état, ou tout simplement n'aurait-elle rien changé à l'échéance d'une maladie foudroyante ?
Maintenant, il existe un petit Gabriel qui a une histoire extraordinaire, avec une mère non moins extraordinaire qui lui a laissé la vie en disant : « Il a le droit autant que moi d'avoir sa chance. »
Je veux croire que ce siècle, qui donne sa chance à de nombreux cancéreux condamnés il y a encore cinq ans, nous permettra par notre persévérance à tous, malades et soignants, de donner leur chance à ces mères dont les joies de l'enfantement sont broyées par le cancer.
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A Zurich, un Nigérian meurt lors de son expulsion forcée

(De Zurich) Un demandeur d'asile débouté est décédé à l'aéroport de Zurich mercredi en fin de soirée, avant le décollage d'un avion de rapatriement vers Lagos. Deux Nigérians témoignent et critiquent la police zurichoise, qualifiée d'« inhumaine ».
On ne sait pas grand chose de lui, si c'est n'est qu'il avait 29 ans, qu'il était nigérian, en Suisse depuis 2005. Il avait été condamné à une peine de prison ferme et il refusait de s'alimenter depuis quelques jours.
Mercredi soir, cet homme est mort à l'aéroport de Zurich au moment où il allait être embarqué dans un vol spécial qui devait le ramener, avec quinze autres compatriotes, à Lagos.
Selon le communiqué de la police cantonale zurichoise :
« Il a essayé de s'opposer à l'expulsion et n'a pu être attaché que par la force. Peu de temps après, il a soudain rencontré des problèmes de santé et ses entraves ont été défaites. »
Malgré l'intervention des secours sanitaires, il est décédé sur le tarmac. Le vol a été annulé.
Interrogée, la police n'en dit pas beaucoup plus. Quels problèmes de santé ? « Il n'était pas blessé, mais comme léthargique. On ne pouvait que difficilement lui parler, et son état a empiré rapidement », répond laconiquement le porte-parole Marcel Strebel. Il ne sait pas depuis combien de temps l'homme refusait de s'alimenter.
Le parquet de Winterthour a ouvert une enquête, mais rien n'a filtré des premiers interrogatoires, jeudi. L'Office fédéral des migrations a provisoirement suspendu tous les vols spéciaux.
« On nous traite comme des animaux »
Julius et Emmanuel, de leur côté, ont presque tout vu. Ils en sont traumatisés. Ces deux Nigérians auraient dû quitter la Suisse dans ce vol de nuit (les avions partent aux alentours de minuit) au départ de Zurich.
De retour au Centre de détention administrative romand de Frambois, dans le canton de Genève, ils témoignent de ce qu'ils ont vu à Zurich. « On nous a traités comme des animaux », répète, encore apeuré, Emmanuel.
Julius et Emmanuel expliquent comment « plus de 60 policiers » -pour 16 hommes à expulser- les ont accueilli vers 22 heures à Zurich-Kloten :
« Ils nous ont attaché les pieds, les genoux, les mains, les hanches, les bras, le torse et mis un casque comme ceux des boxeurs. On ne pouvait absolument pas bouger. »
Julius, un grand gaillard d'une quarantaine d'années, dit avoir parlé avec son compatriote décédé, qu'il ne connaissait pas, dans la salle où tous les requérants déboutés sont entravés, avant d'être isolés dans des cabines. « Il avait l'air en forme », dit Julius, surnommé « le médiateur du carcéral ».
Porté sur une chaise
Julius a été attaché sur une chaise et porté par trois policiers dans l'avion. Mais il est tombé et s'est blessé dans la chute. Emmanuel, lui, a marché, avec ses entraves, jusqu'à l'avion. Effrayé, il dit ne pas avoir parlé avec les autres dans la salle commune. Dans l'avion, les hommes sont détachés des chaises et à nouveau attachés aux sièges.
Les deux hommes, s'ils avaient, jusque là, refusé de partir volontairement, avaient finalement accepté -c'est aussi le rôle du Centre de Frambois- le retour au Nigéria. « Je voulais retrouver la liberté », dit Julius, « je n'avais jamais été en prison avant cela. »
Julius et Emmanuel ne comprennent pas qu'on attache des gens qui sont d'accord pour partir :
« Les policiers ont serré les entraves si fort que cela faisait mal. Les policiers vaudois qui nous accompagnaient les ont desserrées en cachette. »
D'autres Nigérians pleuraient ou criaient de douleur, selon Julius et Emmanuel.
« Pour leur sécurité »
La police zurichoise rejette ces critiques :
« Les policiers sont des professionnels. Ils attachent sur des chaises seulement ceux qui résistent à l'embarquement ou qui sont trop faibles. Les autres marchent jusqu'à l'avion. »
Selon Marcel Strebel, les entraves et les casques sont destinés à « protéger les hommes contre le mal qu'ils pourraient se faire à eux-mêmes en résistant ».
« Et vous savez, nous sommes habitués aux critiques. Nous avons une tâche désagréable à accomplir, et c'est parfois un grand écart entre sécurité et humanité. »
En attendant les premiers résultats d'enquête, l'ODM indique ne pas remettre les vols spéciaux en question. « C'est la seule possibilité, utilisée en dernier recours, pour les personnes qui refusent tout retour volontaire », explique Urs von Arb, chef de la division retour.
Observateurs indépendants
De son côté, Amnesty International se dit « consterné » par le décès du Nigérian. L'organisation de défense des droits humains exige la présence d'observateurs indépendants. Urs von Arb précise :
« La Suisse est obligée de les mettre en place. Selon la directive de renvoi de l'Union européenne, nous avons jusqu'au printemps 2011 pour nous doter d'un “monitoring” [un dispositif de surveillance, ndlr]. »
« Quelle que soit la solution que nous retiendrons, il y aura de toute façon des observateurs extérieurs à la police et à notre office », conclut Urs von Arb. Ce qui ne changera plus rien pour le Nigérian décédé mercredi soir, dont le destin tragique ne porte encore ni nom ni prénom.
Photo : un tunnel de métro à l'aéroport de Zürich (AntwerpenR/Flickr)
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Drum, titre phare de l'Afrique du Sud encore noire et blanche

Quelques clichés noir et blanc qui font revivre une époque… Les photos de Jürgen Schadeberg, exposées à la galerie parisienne Polka et dans le magazine du même nom, proviennent d'une époque de combats et d'espoirs en Afrique du Sud : les années 50, les années Drum, du nom du magazine sud-africain qui l'a le mieux incarnée.
Drum était un petit miracle : un magazine réalisé par une équipe multiraciale dans un pays qui était en train de bâtir les murs de séparation et de haine de l'apartheid, dans la foulée de la victoire du Parti national des Afrikaners en 1948. Un groupe animé par une énergie positive que seule la glaciation de l'apartheid saura faire taire une décennie plus tard.
De passage à Paris pour l'exposition, Jürgen Schedeberg, aujourd'hui âgé de 75 ans, toujours bon pied bon oeil (photo ci-contre), évoque cette période étonnante de bouillonnement culturel et d'effervescence politique.
Drum a été lancé en 1951 par un millionnaire blanc, Jim Bailey, qui prit comme premier rédacteur en chef un journaliste britannique par la suite réputé, Anthony Sampson.
Engagés contre la montée en puissance des lois d'apartheid, ils s'entourèrent des meilleurs journalistes noirs, et produisirent un mélange d'enquête et de reportage qui fit sensation.
Au même moment, Nelson Mandela, alors jeune avocat, et ses amis, radicalisaient le Congrès national africain (ANC) après avoir pris la tête de sa Ligue de la jeunesse. Ils lançaient des campagnes de désobéissance civile et trouvaient dans Drum le relais nécessaire à leurs idées.
La « zone grise » des années 50
Les lois d'apartheid n'ont pas été imposées du jour au lendemain, et, dans les années 50, il existait encore une grande « zone grise » dans laquelle Blancs et Noirs pouvaient encore se rencontrer, coopérer, ou même faire la fête ensemble. Le jazz sud-africain était en plein essor, avec des musiciens comme Todd Matshikiza, Dollar Brand (Abdullah Ibrahim), ou Hugh Masekela, qui durent ensuite s'exiler.
Des quartiers comme Sophiatown à Johannesbourg, ou District 6, au Cap, préfiguraient une « autre » Afrique du Sud multiraciale, et le pouvoir s'efforça de les raser, quel qu'en soit le prix.
Drum était le magazine de cette « autre » Afrique du Sud. En 1988, Jürgen Schadeberg, qui avait été le directeur artistique et photographe du magazine, réalisa un documentaire intitulé « Have You Seen Drum Recently », pour garder la mémoire de cette époque. (Voir la vidéo, en anglais, mais aussi à écouter pour la bande son)
Des journalistes de Drum comme Peter Abrahams, Can Themba, Ezekiel Mphahlele, figurent aujourd'hui dans les anthologies de la littérature sud-africaine. Des photographes comme Peter Magubane, l'un des grands noms de l'histoire du photojournalisme sud-africain y ont également débuté.
Jürgen Schadeberg est arrivé en Afrique du Sud en 1950 à l'age de 19 ans, en provenance de son Berlin natal. Il raconte dans Polka :
« Quand je suis arrivé, j'ai découvert un mur invisible entre deux mondes. Les Blancs vivaient comme dans un cocon, dans une ambiance coloniale, ignorant les gens de couleur. »
Les photos d'une décennie oubliée
Entré à Drum, il sera le témoin de cette époque, et ses photos racontent cette décennie oubliée, qui prendra fin au début des années 60 avec les lois d'exception, l'emprisonnement des dirigeants de l'ANC, Nelson Mandela en tête, et une longue période de glaciation.
Restent ces photos noir et blanc, cette histoire de Drum et d'une certaine Afrique du Sud qui s'entremêlent, et qu'on revoit avec délectation.


Et avec un personnage central, Nelson Mandela, dont Jürgen Schadeberg a pris l'un des rares clichés connus antérieurs à son emprisonnement à Robben Island, ci-dessous en 1958 alors qu'il quitte le tribunal de Johannesbourg où il comparaissait avec 155 autres prévenus dans le « procès de la trahison ».
Il sera finalement acquitté, pour mieux être condamné à la prison à vie en 1964, après une brève période dans la clandestinité.
Un quart de siècle plus tard, Jürgen Schadeberg reverra Mandela à sa sortie de prison. Il raconte dans le magazine Polka : « Quand il m'a revu, après toutes ces années, il m'a dit en souriant : “Alors, vous n'êtes pas encore à la retraite ? ‘ Et je lui ai répondu : Vous non plus, semble-t-il.
► Jürgen Schadeberg exposition à la galerie Polka, Cour de Venise, 12 rue Saint-Gilles, Paris III - jusqu'au 22 mai à- l'exposition accompagne la sortie du numéro 8 de Polka magazine, avec un dossier consacré à l'Afrique du sud.
Photos : toutes les photos sont de Jürgen Schadeberg, avec l'accord de la galerie Polka… sauf celle du photographe (Pierre Haski/Rue89).
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Mode : quand la guerre d'Algérie inspire les branchés new-yorkais
Pour la griffe « Nom de guerre », des créateurs s'inspirent des tenues de l'époque… sans intention politique affichée.

Nostagiques de la guerre d'Algérie, le style OAS vous tend les bras ! Un collectif de designers new-yorkais très hype s'est inspiré de la période pour sa collection printemps-été 2010. Ironiquement, la griffe s'appelle Nom de guerre… pour un conflit qui est longtemps resté « la guerre sans nom ».
Comment les épaulettes de Bigeard et Massu ont-elles pu atterrir sur les podiums branchés de Manhattan ?
Sur son site (en anglais), la marque précise que la dernière collection ne se limite pas aux seuls uniformes de l'armée coloniale. Et qu'elle intègre aussi des silhouettes inspirées des forces de la contre-rébellion civile.
La marque affiche une ambition savante qui puise dans la Nouvelle Vague comme chez le réalisateur Chris Marker. Mais les plaies de la guerre semblent bien loin de l'esprit des créatifs derrière ces fringues.
Des modèles peu visibles en France
En France, difficile de trouver les articles griffés « Nom de guerre ». La marque reste largement confidentielle. Deux fashionistas confirment à Rue89 qu'elles n'ont aperçu qu'un très petit nombre de pièces au concept store Colette -et, très rarement, encore. L'essentiel des ventes se faisant sur des sites de e-commerce pointu.
Malgré sa dimension subversive (voire vomitive), la nouvelle ligne a encore fait peu parler d'elle. Mais le blog tendances « Materialiste » a salué, photos à l'appui, la sortie des modèles qui fleurent bon le début des années 60.
Précision : ce blog animé par Mathieu Lebreton, rédacteur en chef de 24 ans, arbore fleur de lys et blason tricolore sur sa homepage. Attributs identitaires ? Oui, mais « pas au sens politique », assure le fondateur du blog :
« En France, il y a une grande pudeur à utiliser le drapeau, les couleurs bleu blanc rouge, contrairement à ce qu'on observe aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni. Comme si ça appartenait à l'extrême-droite.
Alors que nous, nous sommes lus de plus en plus aux Etats-Unis, et nous voulions affirmer notre côté français. »
« Cette année, le militaire est la grande tendance »
A ses yeux, les relents polémiques que peuvent charrier une telle collection algérienne n'ont rien de flagrant aux yeux du public américain :
« C'est un label hyperconfidentiel créé par un collectif en 2003. Ils sont de plus en plus matures et intéressants mais, dès le début, ils se sont intéressés aux looks tirés de l'armée.
Cette année, le militaire est la grande tendance. A mon avis, l'Algérie était plus un prétexte qu'autre chose, pour eux. »
Un prétexte à quoi ? « Plutôt au côté vintage qu'à l'interprétation politique » du symbole, affirme le rédacteur en chef de Materialiste. Reste à voir si le buzz marketing fera plutôt des ravages du côté de la rue Saint-Honoré ou dans les travées des facs françaises les plus traditionnalistes.
Photos : des modèles de la collection Nom de guerre (DR)
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Quiz spécial sadomaso pour réviser l'actu de la semaine
Cette semaine, hommage à tous ceux qui ont rendu la semaine plus douloureuse : l'UMP malmenée par les électeurs, les candidats du « Jeu de la mort » transformés en tortionnaires virtuels, Angela Merkel bien décidée à punir la Grèce, ou encore les informaticiens de la SNCF qui jouent à se faire du mal…
Inutile d'en rajouter : faites plutôt vous du bien avec un 10/10 bien mérité.
Pour tous ceux qui font un score inférieur, on vous prévient, c'est la fessée.
Service offert par Quizz.biz
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Rugby : grand chelem pour la France, qui bat l'Angleterre 12-10
L'équipe de France de rugby a remporté le neuvième grand chelem de son histoire, battant l'Angleterre 12-10 lors du dernier match du Tournoi des VI Nations. Suivez et commentez le « crunch » sur Rue89.
Pour participer, c'est simple, inscrivez-vous sur Twitter ou connectez-vous à votre compte, et ajoutez #crunch à la fin de chacun de vos tweets.
(non validés par la rédaction de Rue89)
Chez nos amis anglais…
Traduction des meilleurs tweets en anglais à suivre sur @rue89live.
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