
Allemagne : la victoire de Die Linke, casse-tête du SPD

Nous nous étions quittés sur une note d'espoir - que la campagne électorale en Allemagne gagnât un peu en intensité. Nous fûmes exaucés. Il n'est d'ailleurs pas certain que ce changement de ton soit du goût de tout le monde, à commencer par les chrétiens-démocrates (CDU) d'Angela Merkel, qui sont les grands perdants des élections régionales de dimanche 30 août, appelé par la presse le « Supersonntag » : on votait ce même jour dans trois Länder, la Saxe, la Thuringe et la Sarre (voir les résultats ici).
A un mois des législatives, ces élections régionales ont un effet loupe et servent de test grandeur nature pour les différents partis en lice. Ça vaut tout les sondages du monde.
Une chancelière critiquée en son parti
La nuit fut difficile pour les chrétiens-démocrates. Ils ont certes sauvé l'honneur en Saxe, où ils pourront continuer à gouverner, mais leur débâcle en Sarre et en Thuringe ne laisse pas les caciques du parti indifférents. Ils sont réunis ce lundi en concile pour analyser les résultats.
Le mot d'ordre officieux est « sachons raison garder ». Personne ne veut envisager un retournement de situation en moins de quatre semaines, mais l'inquiétude est bien palpable. Chacun des poids lourds de la CDU y va de son couplet. Les résultats de dimanche soir sont un « appel au réveil », dit le ministre-président de Hesse Roland Koch.
Autre voix qui compte, celle du ministre-président de Basse-Saxe Christian Wulff. Selon lui, « tout ceux qui veulent qu'Angela Merkel reste chancelière doivent maintenant se mobiliser ». Il serait peut-être temps, en effet.
Ces petites notes ne viennent pas par hasard. Il s'agit de faire contre-feu aux nombreuses voix, qui, au sein même de la CDU, critiquent la stratégie de la chancelière, à qui l'on reproche depuis le début de la campagne son silence assourdissant. Merkel ne devrait cependant pas longtemps rester dans sa tour d'ivoire. Les appels à muscler sa campagne contre le SPD seront probablement entendus.
Si la CDU a perdu, à qui profite le crime ? Les sociaux-démocrates (SPD) étaient hier soir de fort bonne humeur, leur candidat Frank-Walter Steinmeier affichait un grand sourire. Le soulagement est réel : le temps où le SPD alignait les résultats catastrophiques est révolu. Objectivement, le gain en voix du SPD dans ces élections régionales reste assez marginal. Mais la politique étant aussi affaire de psychologie et de méthode Coué, Steinmeier veut croire que rien n'est encore joué.
En réalité, le grand vainqueur à gauche de ces élections, c'est la Gauche radicale (Die Linke) d'Oskar Lafontaine, lui-même un transfuge du SPD, puisqu'il en fut le chef entre 1995 et 1999. Et ce n'est pas nouveau, le bonheur de la gauche au couteau entre les dents a toujours fait le malheur des socialistes roses-bonbons -et partant des sociaux-démocrates (ou des socialistes, pour évoquer le cas français).
Le SPD est débordé par Die Linke, dont le discours séduit en temps de crise ; il ne sait pas comment s'y prendre. Or, dans une logique de victoire de la gauche plurielle, Steinmeier devrait annoncer une coalition à l'échelle nationale : une « Rot-Rot Koalition », une coalition rouge-rouge. Il n'en est rien.
Le SPD a multiplié les déclarations contradictoires : d'abord le refus clair et net de toute alliance. Ensuite, pragmatisme oblige, le SPD accepta de s'acoquiner avec la Gauche radicale dans les Länder de l'ancienne Allemagne de l'Est, où Die Linke jouit d'une solide assise électorale. Maintenant que la Sarre pourrait tomber aux mains du SPD avec l'aide de la Gauche radicale et des Verts, les sociaux-démocrates sont de nouveau prêts à accepter une entorse à la règle officielle. Mais toujours en excluant une alliance au niveau fédéral.
Ce comportement est évidemment inconséquent et donne des armes aux chrétiens-démocrates et aux libéraux, qui ne se privent pas de dénoncer les errements de Steinmeier. Ils auraient tort de se gêner. Les libéraux (FDP) sont d'ailleurs à droite les vainqueurs de ce « Supersonntag », puisqu'ils gagnent des voix dans chacun des trois Länder.
Voilà qui ne consolera pas la CDU, car le gain des voix libérales ne comble pas les pertes des voix conservatrices. Mais pour le FDP, ces résultats renforcent sa légitimité en vue de former un gouvernement avec la CDU. Les chrétiens-démocrates répondaient jusque-là timidement aux avances du FDP, dont ils exigeaient allégeance pleine et entière, tout en refusant de se prononcer définitivement de leur côté. Désormais, la donne à changé.
Les prochaines semaines seront donc celles des grandes manœuvres. A gauche, entre SPD et Gauche radicale, à droite entre CDU et les libéraux. Et au milieu les Verts, en faiseurs de roi.
Photo : Oskar Lafontaine, de Die Linke, à Berlin le 31 août 2009 (Wolfgang Rattay/Reuters).
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De Lugi
16H47 | 31/08/2009 |
La « gauche au couteau entre les dents ».
Ca c'est du journalisme !
Un article à l'analyse relativement légère et dont le contenu a du mal a dépasser celui d'une dépêche AFP.
Le journaliste propose l'information avec un biais anti-gauche de la gauche relativement bien prononcé, mais qui en ces temps de permets pas de distinguer l'auteur d'un social-libéral façon PS/SPD d'un ultra façon UMP/CDU-FDP ce qui est relativement triste si on considère le gouffre idéologique sensé séparer ces 2 points de vue.
J'ai pas vraiment aimé. C'est possible de présenter la gauche de la gauche comme quelque chose d'autre qu'une bande de dangereux politiques capitalisant sur la misère des gens ?
Ca commence à devenir pénible venant d'une certaine presse.
à Lugi
De pablico
17H06 | 31/08/2009 |
c'est toujours la gauche qui a le couteau entre les dents.. jamais la droite..
c'est marrant les clichés..
c'est à croire qu'à droite ils n'ont pas de dents, ou de couteaux… ; -)
à pablico
De jyeden
khmer vert ( age des caverne, bougi... | 17H15 | 31/08/2009 |
evidement
eux le couteau ils vont l'avoir dans le dos
d'ailleurs tous les amis de sarko ont un couteau dans le dos
c'est bien connu
regarde les dessins de plantu
à pablico
De impertinent3
19H22 | 31/08/2009 |
La droite ne peut pas avoir le couteau entre les dents, elle l'utilise pour poignarder les petites gens.
à Lugi
De Michel5
17H34 | 31/08/2009 |
Tout à fait d'accord avec cette analyse… Il devient véritablement très très compliqué d'obtenir une information de gauche.
Ceci dit, si on met de côté le point de vue orienté à droite de l'article, c'est tout de même une bonne nouvelle, encourageante.
à Michel5
De I.P
Flat4 | 19H28 | 31/08/2009 |
Tout à fait d'accord avec cette analyse… Il devient véritablement très très compliqué d'obtenir une information de gauche.
Et de l'information tout court ce n'est pas mieux encore ?
à I.P
De Michel5
19H49 | 31/08/2009 |
si « l'information tout court » existait, on le saurait.
à Michel5
De I.P
Flat4 | 20H46 | 31/08/2009 |
Franchement je trouve assez paradoxal de vouloir une information orientée « de gauche » quand on se plaint sans arrêt de l'information pro-gouvernementale dont on nous abreuve chaque jour.
Paille, poutre, etc.
à I.P
De Aloïs
Etudiant | 17H32 | 01/09/2009 |
Mon cher, l'information qu'elle soit biaisée par un point de vue de gauche ou de droite n'en reste pas moins orientée. Et ce, parce que toute information, quelle qu'elle soit, ne peut être objective, toute information rapportée est subjective. La neutralité n'existe pas, l'impartialité c'est du vent sous des couverts d'objectivité.
Il faut accepter que l'information ne soit pas neutre, qu'elle ne l'a jamais été, et qu'elle ne le sera jamais. Partant de là, il suffit de prendre l'information, et de s'en servir comme d'un moteur pour se construire son propre point de vue.
à Aloïs
De I.P
Flat4 | 19H15 | 01/09/2009 |
Il faut accepter que l'information ne soit pas neutre, qu'elle ne l'a jamais été, et qu'elle ne le sera jamais.
Mais je suis bien d'accord.
Ce que je ne comprends pas c'est la recherche volontaire d'une information biaisée dans le sens souhaité.
à Lugi
De RBWL
Cineaste | 17H32 | 31/08/2009 |
Je suis d'accord avec vous.
Pour avoir vécu en Allemagne pendant la période où Lafontaine dirigeait le SPD, je ne peux qu'accabler de louanges cet homme politique qui est resté conséquent dans ces choix.
Lorsqu'il a quitté le SPD, c'est essentiellement après la prise du parti par une sorte de Sarkozy allemand, Gerhard Schröder, bling bling et pipole avant l'heure, qui entre 1998 et 2005, en tant que chancelier allemand, a entièrement déconstruit et détruit le modèle social allemand d'après guerre, qui était pourtant une référence.
Aujourd'hui, dans sa logique néfaste, Schröder est membre du conseil de surveillance de Gazprom, pour un gros salaire à rallonges.
Lafontaine, lui aussi conforme à ses valeurs, continue le combat de Willy Brandt au sein de « Die Linke », alors que Schröder a laissé le SPD dans un état de déliquescence proche du PS français.
Mais c'est vrai que nos journalistes ont si peu de regard sur ce qui se passe vraiment au delà de nos frontières.
à RBWL
De Jean-Luc LUMEN
en invalidité | 11H19 | 01/09/2009 |
Mieux, Oscar avait fait le calcul de ce qu'allait coûter aux contribuables (allemands de l'ouest) la réunification et ceci presque aux pfennigs près, naturellement qui dit la vérité doit être achevé.
« une sorte de Sarkozy allemand, » vous avez plus que raison.
Mesdemoiselles, Mesdames, Messieurs,
Saviez vous que Staline voulait rendre la DDR à la RFA en 1946-48 mais que Adenauer avait refusée.
.
à Jean-Luc LUMEN
De Scotian
| 17H29 | 01/09/2009 |
Adenauer ? Il est arrivé au pouvoir en 49, donc je ne vois pas trop ce qu'il aurait pu accepter ou refuser en 46-48…
à Lugi
De armagedon
_ | 18H24 | 31/08/2009 |
Bien… Peut-on avoir le bilan de la gauche de la gauche dans l'Histoire ? Appréhender le futur en analysant le passé peut s'avérer fort utile. En regardant ce qu'ont fait les régimes communistes du XXè siècle, on doit pouvoir comprendre où nous mèneraient ces gens s'ils prenaient le pouvoir dans un état. Ou seraient-ils devenu subitement de grands démocrates ?
à armagedon
De Autist Reading
Plombier/Electricien | 18H48 | 31/08/2009 |
Oui, je t'encourage à découvrir les lois édictées par La Commune de Paris, le Parti Bolchévik de 1917 à 1921, la République Espagnole dès juillet 1936.
Quant à l'état de la planète sous économie capitaliste, je suppose que t'es déjà au courant…
à Autist Reading
De armagedon
_ | 19H54 | 31/08/2009 |
1917, oui, je vois… Mais la suite, les dizaines de millions de morts jusqu'en 1991… On peut parler du grand bon en avant aussi, si tu veux… Ou du Kampuchea dit « démocratique »… C'est ça, la gauche de la gauche aujourd'hui ? Ou elle a su évoluer ? Tu vas me dire, le capitalisme tue aussi. Certes, mais je n'ai pas défendu le capitalisme…
à armagedon
De déluge
menuisier | 22H22 | 31/08/2009 |
Et le présent… ?
Ce qui s'éfondre sous nos pieds ?
Qui l'apréhende, en tire les conséquences et tente d'inflêchir la marche à la catastrophe ?
Certainement pas plus les troskos que les maos, les anciens khmers que ceux d'AD,
On est d'accord.
Mais certainement pas ceux non plus qui nous vendaient le libre marché comme gage de prospérité générale tandis qu'ils organisaient l'enrichissement d'une poignée aux dépends du reste de la population.
Une certaine gauche a faillie entre Cambodge, goulag et camps de rééducation par le travail.
Pour autant la gauche n'est pas réductible à son penchant totalitaire.
Orwell est là pour témoigner d'une gauche farouchement opposée aux totalitarismes de type stalinien.
Nous connaissons nos démons.
Mais cette droite qui n'a eue de cesse de se commettre avec tous les totalitarismes bruns d'Europe et d'Amérique Latine, qui encore en Espagne en est à nier les crimes du caudillo à plumeau sanglant (qui exécutait du gauchiste au cordeau jusque dans les années 70), cette droite morale elle en est où de ses tatcher, de ses pinochet ?
De ses plans condor, des coups d'état maquillés ?
De ces peuple broyés sous les intérêts de la Machine Economique ?
Qu'elle arrête de nous faire braire et qu'elle se regarde son trou du cul :
Il n'est pas plus propre que le notre.
Mais nous, on prétend pas qu'il sent la rose.
à déluge
De armagedon
_ | 18H39 | 01/09/2009 |
Globalement d'accord.
à armagedon
De jyeden
khmer vert ( age des caverne, bougi... | 19H06 | 01/09/2009 |
j'aime pas trop globalement
ça me rappelle globalement positif
à déluge
De jyeden
khmer vert ( age des caverne, bougi... | 19H08 | 01/09/2009 |
pour le present le NPA reste farouchement productiviste
seul le parti de gauche semble plus sensible à la possibilité d'abandonner le culte de la croissance
la situation actuel vient du productivisme capitalisme
c'est de cela qu'il faut sortir
à armagedon
De langue-rouge
travailleur social | 14H10 | 01/09/2009 |
Le bilan de la gauche de la gauche si on inclut le pcf, ce sont toutes ces conquêtes sociales obtenues dans la rue en 1936 ou en 1968 par exemple.
Peut-on un instant imaginer 1936 et 1968 mais aussi toutes les grandes luttes qui ont arraché les acquis sociaux sans les réseaux militants structurés par la gauche de la gauche principalement autour du PCF et de la CGT mais pas seulement ?
Non.
Donc le bilan de la gauche de la gauche ce sont toutes ces conquêtes sociales arrachées à des gouvernements principalement de droite mais aussi parfois de gauche.
Indirectement d'ailleurs, l'état-providence est d'abord le produit d'une analyse des classes dominantes, analyse clairement exprimée par Lord Beveridge (l'un des inspirateurs anglais du Welfare state) qui ont accepté des concessions de peur de se retrouver face à une révolution.
à Lugi
De Scotian
| 19H03 | 31/08/2009 |
Ca devient dangereux d'être journaliste. Une métaphore vaguement ironique, et vlan, on est accusé d'insulté la « Gôche » sans le savoir.
En tout cas, merci de m'apprendre que Rue 89 serait maintenant quelque part à droite du fig…
Perso, je trouve l'article utilement objectif et neutre dans ses analyses. Au sujet du gouffre censé existé entre SPD d'un côté et CDU-FDP de l'autre, le fonctionnement de la démocratie parlementaire allemande et ses alternances sur les 50 dernières années montrent bien qu'il n'a jamais existé… ni même prétendu exister.
à Lugi
De Jean-François@Carenton
19H03 | 31/08/2009 |
Je ne suis pas sûr que l'expression « gauche au couteau entre les dents » ne relevât point d'un certain humour. Moi aussi je sais manier le subjonctif. Avec ce papier très fin, je constate mon ignorance crasse sur l'Allemagne : la Hesse, la Thuringe, c'est où ? Des gens y habitent ? Les routes sont goudronnées ?
à Jean-François@Carenton
De Jean-Luc LUMEN
en invalidité | 11H49 | 01/09/2009 |
La Sarre et Oscar Lafontaine …vous connaissez ? avec la ville de Saarlouis , le maréchal Ney, cela vous dit quelque chose ?
à Lugi
De Lionel Dominique Guérin
écolo | 20H27 | 31/08/2009 |
Lisez le programme de Die Linke. On se retrouve pour en parler autour d'une bieère, on va bien rigoler.
à Lionel Dominique Guérin
De Jean-Luc LUMEN
en invalidité | 11H51 | 01/09/2009 |
si vous l'aviez lu, vous n'écririez pas autant de fadaise
à Lugi
De pierrejcallard
www.nouvellesociete.org | 14H40 | 02/09/2009 |
@ Lugi : Avec la crise, il est inévitable qu'on se déplace vers les extrêmes. Les pays où la gauche radicale ne s'imposera pas rapidement verront monter une droite radicale. Un choix à faire…
De toute façon, dans l'immédiat, elles se rejoignent et se donnent la main « de l'autre côté ». Là ou il y a un hiatus dans l'hémicycle, parce que ceux qui pourraient y être sont dans la rue.
La prochaine décision pourrait bien être contre la démocratie, tout simplement.
http://nouvellesociete.wordpress.com/2009/04/24/le-ballon-de-jackie-chan…
http://nouvellesociete.wordpress.com/2008/03/12/171-karcher/
Pierre JC Allard
à Lugi
De norman
17H37 | 02/09/2009 |
Comme je souscris ! Eh oui, la gauche de la gauche, c'est bien connu, ce ne sont qu'irresponsables ignorant tout des contraintes du marché … Une vraie logique social-démocrate, celle qui va partout se casser la gueule.
à Lugi
De norman
17H37 | 02/09/2009 |
Comme je souscris ! Eh oui, la gauche de la gauche, c'est bien connu, ce ne sont qu'irresponsables ignorant tout des contraintes du marché … Une vraie logique social-démocrate, celle qui va partout se casser la gueule.
De Autist Reading
Plombier/Electricien | 16H59 | 31/08/2009 |
Ces allemands de l'est, ils ne veulent pas comprendre que le libéralisme et le christianisme sont leurs sauveurs.
Ils votent communiste !
20 ans après le passage au capitalisme, ils n'y croient plus, c'est dingue !