
Un « marathon de débats » dans les salles pour montrer mon film
Ça y est ! « Rachel » sort en salles mercredi et j'ai commencé mon tour de France. Quelques avant-premières (Montreuil, Montpellier, Bordeaux, Toulouse), et à partir de mercredi, des projections-débats dans les salles qui programment le film.
Heureusement que j'aime rêvasser dans le train en regardant filer le paysage, car mon agenda affiche une bonne trentaine de villes avant la fin de l'année : Marseille, Lyon, Hérouville, Nantes, Amiens, Tulle, Brive, Auch, Limoges, Douarnenez, Clermont-Ferrand, Lille… La liste me donne le tournis.
Le « marathon des débats », c'est un phénomène typiquement français, avec un circuit bien rodé de cinémas de province dont les exploitants s'assurent de la disponibilité du cinéaste pour une soirée avant même de programmer son film.
Leurs salles se remplissent mieux lorsque la séance est annoncée « en présence du réalisateur », car les spectateurs français sont très attachés à l'idée de rencontre et d'échange direct. De plus, et c'est aussi une spécificité française, le circuit associatif a transformé les cinémas en lieux essentiels de débat citoyen.
Rien de tel qu'un bon film dont le thème se rapproche de leurs préoccupations diverses et variées -pour donner aux militants l'occasion de s'exprimer à l'issue de la projection !

Ce qui est vrai pour tous les films l'est encore plus des films fauchés, et pour les films documentaires -fauchés d'entre les fauchés- le « marathon » est une nécessité économique incontournable.
En l'absence de tout budget de publicité, avec un tout petit nombre de copies en circulation et sans le pouvoir d'attraction exercé par les visages familiers de comédiens sur les affiches de leurs films, les documentaristes doivent absolument « mouiller leur chemise » de salle en salle, pour contribuer au déclanchement du mystérieux effet de bouche-à-oreille qui permettra à leur travail d'exister.
C'est pourquoi, dans la vie de chacun de nous, la sortie d'un film au cinéma est une période à la fois enthousiasmante et exténuante, que nous passons généralement à râler tout en étant, au fond, ravis de l'aubaine : c'est une telle joie, chaque soir, de voir les dernières images de son film reflétées dans les yeux des spectateurs lorsque les lumières se rallument !
Un bagage prêt à l'avance !
En 2005, j'ai fait tellement de débats à l'issue des projections de mon film « Mur », que j'avais toujours un bagage prêt à l'avance : il m'arrivait souvent de ne passer chez moi que pour y déposer ma petite valise et en prendre une autre. J'avais terminé mon « marathon » avec le sentiment extraordinaire d'avoir rencontré physiquement chacun des quelque 60 000 spectateurs qui avaient vu mon film.
Une autre impression, très forte, était que les salles de cinéma comptent aujourd'hui parmi les rares lieux où l'on se parle, souvent intelligemment et avec respect, et cela même lorsqu'il s'agit de la Palestine et d'Israël, ce qui est assez rare pour être remarquable.
J'avais pris beaucoup de plaisir à aller ainsi à la rencontre du public, même si au bout d'un certain temps, j'avais l'impression d'être devenu un perroquet répétant les mêmes phrases en réponse aux mêmes questions : il était temps de tourner la page, c'est-à-dire de faire un nouveau film !
Quatre ans plus tard, ce film existe, c'est « Rachel », et je me suis offert un beau sac de voyage tout neuf pour l'accompagner de ville en ville. Je trimballe surtout des livres, mais cette fois j'emporte aussi mon appareil photo et mon ordinateur portable : pour tenir mon blog !
Pour la sortie de « Rachel », je bénéficie du soutien du Groupement national des cinémas de recherche (GNCR), dont je vous parlerai dans un prochain billet, et de l'Association du cinéma indépendant pour sa diffusion (Acid), un regroupement de cinéastes qui fonctionne sur un modèle extraordinaire qui n'existe nulle part ailleurs qu'en France.
L'une des idées de l'Acid, c'est que des cinéastes s'entraident en soutenant et en accompagnant les films des autres. Ainsi, il arrivera parfois que « Rachel » soit présenté par l'un de mes collègues, comme il m'arrivera, une fois mon « marathon » achevé, que j'accompagne le film d'un autre cinéaste, et en discute avec le public en son absence.
Pour parler d'un film, rien de mieux qu'un cinéaste !
C'est une idée formidable, car pour parler d'un film, il n'y a quand même pas mieux qu'un cinéaste. Les adhérents de l'Acid voient beaucoup de films, français et étrangers, ils en sélectionnent plus d'une vingtaine par an.
Des « petits films » qui sont souvent très beaux (Mes préférés de l'année étaient « Kommunalka » de Françoise Huguier, « Inland », de Tariq Teguia , « Dernier Maquis » de Rabah Ameur Zameche, et « Irène », d'Alain Cavalier, qui sortira le 28 octobre).
L'Acid aide parfois les films à trouver un distributeur français, que l'association aide ensuite à trouver plus de salles où programmer le film. Le soutien peut aller jusqu'au tirage de copies supplémentaires, et la cerise sur le gâteau est bien sûr la sélection parallèle de l'Acid au Festival de Cannes, reprise ensuite à Paris (et dont Rue89 était partenaire cette année).
Lorsqu'un réalisateur chinois, roumain ou algérien est ainsi « adopté » par des cinéastes français, cela donne tout son sens à la phrase de Jean-Luc Godard que j'aime particulièrement :
« Le cinéma est un pays de plus, un autre territoire sur la carte du monde. »
Lundi, à l'initiative de l'Acid, le peintre et cinéaste Joël Brisse et moi-même sommes allés au magnifique studio du Fresnoy à Tourcoing, pour y montrer nos films à une vingtaine d'exploitants de la région Nord-Pas-de-Calais.
Certains de ces exploitants travaillent dans des localités de quelques milliers d'habitants à peine, et ces journées de pré-visionnement organisées par l'Acid sont une sorte de service à domicile, destiné à les inciter à résister à la déferlante des grosses productions et à programmer aussi des films tels que « Rachel », ou « Suite parlée » (le film de Joël Brisse et de Marie Vermillard, dont la sortie est prévue en Janvier 2010).
Une bagarre quotidienne pour le cinéma
Tout cela, c'est beaucoup de travail, dont les spectateurs n'ont généralement pas conscience, et c'est pour cela que je tenais à en parler. C'est beaucoup de motivation, d'amour du cinéma, et une bagarre quotidienne de dizaines de cinéastes, de petits producteurs, distributeurs et exploitants : tout une tribu de cinglés opiniâtres qui fait de la France -mais pour combien de temps encore ? - une sorte de paradis pour cinéphiles que nos collègues étrangers nous envient.
Essayez d'aller voir un film comme « Inland » dans une ville de l'Amérique profonde, dans une ville de province en Allemagne ou en Grande-Bretagne, essayez même dans certaines capitales comme Rome, et vous verrez la différence !
Certes, rien de cela ne serait possible sans l'existence du CNC et de divers mécanismes d'aide à la distribution, en particulier des mairies et des conseils régionaux. Mais là aussi, il faut se battre quotidiennement pour que quelques miettes de soutien échappent aux films « du haut » et même « du milieu » pour parvenir aux films dont je vous parle.
Dans cette bagarre, chaque spectateur est aussi un résistant. C'est pourquoi j'ai envie de remercier d'avance tous ceux qui, s'intéressant à mon travail, m'accueilleront dans leurs villes au cours de mon « marathon » , et plus généralement, tous ceux qui iront voir « Rachel » dans une salle de cinéma au cours des prochains jours et des prochaines semaines.
Attendre la diffusion aléatoire des films à la télévision, leur sortie en DVD, ou (vaste sujet) leur piratage sur Internet, c'est accepter d'avance la mort programmée de pans entiers du cinéma.
Car pour exister, nos films ont d'abord besoin d'arriver à bon port, sur un écran de cinéma dans une salle de cinéma, là où les images et les sons transpercent le noir et le silence pour transporter chacun de nous dans cet étrange état de rêve éveillé que Walter Benjamin appelait « l'inconscient instinctif ».
Le cinéma est la plus belle invention artistique et populaire des temps modernes, qui nous concerne tous. Renoncer à sa diversité, c'est s'appauvrir soi-même.
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De Chamaco
Dans l'ombre | 15H09 | 19/10/2009 |
votre ténacité et votre volonté sont à saluer.
très sincèrement.
à Chamaco
De mauser
10H11 | 20/10/2009 |
+1 en plus elle doit sans doutes avaler bien de couleuvres
De Di
mère déchlorurée (papotable) | 16H48 | 19/10/2009 |
Y a-t-il un lien pour ceux qui veulent connaître les horaires et les salles dans les différentes villes? Merci!
De Simone Bitton (auteur)
Cinéaste | 18H29 | 19/10/2009 |
L'agenda de mon marathon de débats est sur mon site
http://www.simonebitton.com/blog/
Et pour les salles qui programment le film et les horaires , il faut regarder à partir de mercredi sur les sites specialisés comme allocine, telerama.fr, etc...
à Simone Bitton
De PIT LE CHIEN
06H38 | 20/10/2009 |
Tout comme ce fut le cas pour "Le Mur", votre nouveau film (vu le 13 à Pais) m'a impressionné par la qualité des documents et des témoignages que vous êtes parvenue à réunir.
J'avais lu, en leur temps, les lettres, si belles, de Rachel à ses parents. Ceux-ci peuvent être fiers de leur fille.
Vous mentionnez l'aide de l'ACID. A Cannes, chaque année, on s'y précipite car c'est en effet, un véritable vivier de films "à part" que l'on ne verrait pas ailleurs et, bien souvent, on y trouve des perles...
Bravo et merci à vous !
Et, comme le dit, l'un des camarades de Rachel dans le film :
" Il faut lutter, même quand il n'y a pas d'espoir" ...
De leconcombrevert
La vraie vérité >:-)) | 23H32 | 19/10/2009 |
Vous avez raison de nous rappeller combien il est important de soutenir les circuits de programmation "parallèles". D'autant plus que je fais partie des gens qui adorent rencontrer des réalisateurs présentant leurs films.
Néanmoins:
Comme je n'aurais sans doute pas l'occasion de voir votre film en France, puisque je reside à l'étranger et ne viens que de temps en temps en France - sort partagé par pas mal de riverains -, pouvez-vous nous indiquer quand il doit passer sur ARTE ou à la RTBF ?
à leconcombrevert
De Claudine W.
In Loving Memory | 05H55 | 20/10/2009 |
"Attendre la diffusion aléatoire des films à la télévision, leur sortie en DVD, ou (vaste sujet) leur piratage sur Internet, c'est accepter d'avance la mort programmée de pans entiers du cinéma."
à Claudine W.
De mauser
06H54 | 20/10/2009 |
tout le monde n'habite pas dans une grande ville et en plus avec l'hivers certaines routes deviennent des pièges
Ce qu'il faudrait ce serait une structure de vpc des dvd des films ou docu mal ou pas distribuès
à mauser
De Edwy
13H47 | 20/10/2009 |
+1
De labima
retraitée culturelle | 22H07 | 20/10/2009 |
Chère Simone,
Quand donc ferez-vous un film sur le lâche attentat kamikaze, entres autres, du Park Hotel de Netanya que vous devez bien connaître, et qui a fait 26 victimes au seder de la Pâque juive?
Labima
De Simone Bitton (auteur)
Cinéaste | 15H02 | 21/10/2009 |
Ce soir , je fais un premier débat parisien, à l'issue de la séance de 20h au cinéma "Reflet Medicis", 3 rue Champollion, 75005.
Venez nombreux ( et un peu à l'avance pour avoir une place)
à Simone Bitton
De Tokani
Oldmole | 06H07 | 22/10/2009 |
N'y a t'il aucun risque de voir vos réunions faire l'objet de provocations de la part d'extremistes pro palestiniens ?