
Avec mon film, je pars lutter à ma manière en Israël-Palestine
J'écris ce premier billet du blog que Rue89 me fait l'amitié d'héberger dans l'avion qui vient de décoller de Paris, direction Tel-Aviv. Je vais passer 10 jours en Israël-Palestine, pour y montrer mon nouveau film, « Rachel », au festival international de Haïfa et au Festival international de
Ramallah.
C'est important pour moi de montrer ce film là-bas, juste avant sa sortie en France (le 21 octobre).
Israël-Palestine, c'est pour moi le même pays, malgré les murs que je n'accepte pas, que je m'obstine à franchir le plus souvent possible, physiquement et symboliquement.
Cette fois aussi, en dépit de toutes les difficultés, je me suis débrouillée pour que ce film qui parle d'eux soit présenté -dans la même semaine- à des Israéliens et à des Palestiniens. J'ai besoin de leurs regards sur mon travail, et je vous parlerai dans quelques jours des réactions que « Rachel » aura suscité chez les uns comme chez les autres.
Je vous raconterai aussi comment on fait, dans ce pays de fous, pour trimballer les 6 grosses bobines d'un film de 1h40 à travers les checkpoints. Et comment on passe d'un monde à l'autre, d'un public à l'autre, en restant la même : une cinéaste franco-israélienne d'origine marocaine que ceux qui aiment enfermer les gens dans des tiroirs communautaires bien séparés ne savent jamais comment cataloguer.
Ecrasée par un bulldozer isréalien
« Rachel » est une coproduction franco-belge, qui parle anglais, hébreu et arabe. C'est une enquête cinématographique sur la mort d'une jeune pacifiste américaine, Rachel Corrie, qui a été écrasée par un bulldozer militaire israélien en 2003 dans la bande de Gaza, alors qu'elle et ses camarades tentaient d'empêcher la destruction de maisons palestiniennes. (Voir la bande-annonce du film)
J'ai essayé, dans ce film, de transcender mon sujet. Tout en enquêtant très rigoureusement et méticuleusement sur l'affaire Corrie, j'ouvre des fenêtres de méditation sur des thèmes plus larges : la jeunesse, la guerre, l'engagement politique.
J'ai appris du poète palestinien Mahmoud Darwish -qui était mon ami et sur lequel j'ai réalisé un film- que la réalité palestinienne, lorsqu'on l'observe de près, devient très vite une métaphore de l'état du monde.
Dans chacun de mes films, je suis guidée par cette exigence : qu'avons-nous à dire au monde ? En parlant de nous, que disons-nous de tous les autres ?
Le paysan palestinien arc-bouté sur son lopin de terre menacé d'expropriation ressemble à tous les paysans spoliés de la planète. Le mur qui enferme son village et le coupe de son oliveraie ressemble à tous les murs érigés par les puissants pour se protéger des faibles.
Et le gentil soldat israélien qui se transforme en brute, le cerveau lavé de bonne conscience « démocratique » et de propagande « antiterroriste » renvoie à tous les petits soldats rendus sourds et aveugles à la souffrance et aux humiliations qu'ils infligent.
Vingt ans plus tard, il arrive qu'un petit soldat devienne cinéaste, et que sa prise de conscience tardive nous donne des films aussi magnifiques et ambigus que « Valse avec Bashir ». C'est compliqué, tout ça, et c'est pour cela que cela m'intéresse !
La jeune fille que j'ai été
Rachel avait 23 ans, elle aurait pu être ma fille, et elle est aussi –en beaucoup plus courageuse- la jeune fille que j'ai été. A son âge, j'ai commencé moi aussi à manifester et à lutter de différentes manières pour le droit des Palestiniens à l'indépendance.
Mais ma génération a lamentablement échoué : l'occupation est beaucoup plus dure qu'elle ne l'était, les Palestiniens se sentent bernés et abandonnés et les Israéliens se donnent des gouvernements de plus en plus brutaux. Même le mot « paix » est devenu obscène : toutes ces poignées de mains, tous ces processus lancés en fanfare, alors que les bombes continuent de pleuvoir et les implantations de se construire…
Je ne suis pas optimiste, même l'espoir que l'élection d'Obama a suscité en moi est en train d'être déçu. Mais comme le dit l'un des personnages de mon film : « Lutter, c'est vivre ». La figure lumineuse de Rachel est celle de ceux qui, de tous temps et sous toutes les latitudes, ont refusé que l'on opprime en leurs noms, et qui ont découvert en chemin l'hospitalité des pauvres, meilleure consolation aux railleries réservées aux « doux naïfs » de son espèce. L'histoire de Rachel n'a pas de Happy End, mais elle rend le goût du partage, de la solidarité, et de la lutte. Alors voilà, je m'en vais lutter, à ma manière, avec mon film.
Les parents de Gilad Shalit vous recevoir des nouvelles de leur fils
Dans cet avion d'El Al, il y a beaucoup de juifs français très religieux qui vont en Israël pour y passer la fête de Sukkot. D'autres, moins religieux, qui changeront d'avion à Tel-Aviv pour continuer vers les plages d'Eilat. Ils prient, papotent, échangent des adresses d'hôtels. Ils ne semblent pas beaucoup s'intéresser à l'actualité, ou ne lisent pas l'hébreu.
Dans cette partie de l'avion, je suis la seule à avoir pris tous les journaux proposés par l'hôtesse.
Aujourd'hui, les parents de Gilad Shalit vont enfin recevoir des nouvelles de leur fils. En échange, 19 familles palestiniennes vont retrouver leurs filles, relâchées des prisons israéliennes.
L'une d'entre elles, une enfant de 15 ans du camp de réfugiés de Jalazoun, avait été arrêtée il y a un an à un checkpoint avec un couteau dans son sac. Elle a toujours nié qu'elle avait l'intention d'utiliser ce couteau pour poignarder quelqu'un, et le juge d'application des peines avait de toutes manières accepté de réduire sa peine
pour bonne conduite.
Elle a déclaré qu'elle espérait que Gilad sera bientôt libéré, de même que les 11000 détenus palestiniens en Israël qui, selon ses mots, « ne sont pas traités comme des êtres humains ».
Chacun sait que la libération du soldat israélien tarde parce que l'armée israélienne marchande interminablement le nombre de détenus palestiniens à relâcher en échange, mais tout se passe, encore une fois, comme si la souffrance et la vie des uns n'avait pas la même valeur que celle des autres.
Je vais atterrir au pays du cynisme, dont je ne cesse, film après film, de documenter la douleur, mais aussi la beauté. Le pays de ma jeunesse, que j'observe sans complaisance, souvent avec colère, avec une inquiétude et un effarement grandissants -mais toujours avec tendresse.
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De PIT LE CHIEN
14H52 | 04/10/2009 |
Merci Simone Bitton (« Le Mur » est un film inoubliable), merci de continuer, notamment sur un sujet aussi injuste, inhumain, que l'assassinat de Rachel Corrie. Et merci à vos producteurs … !
De rrrobotom
Echec et Mat | 20H52 | 04/10/2009 |
Chère Simone, des gens qui pensent comme toi existent peut être mais il n'y en a sûrement pas beaucoup surtout en Israel. J'ai peur de vous confirmer que ce pays que vous vouliez voir naître : Israel-Palestine ne soit qu'une utopie. La réalité est que personne ne veut céder d'un poil, pire encore avec les implantations construites en terrain palestinien on ne fait qu'éloigner les espoirs de Paix. Le rapport de force est très loin de l'équilibre. La haine des arabes est entrain d'être nourrie par des enseignements dans des écoles de juifs orthodoxes comme celle des juifs par les arabes dans certaines écoles de musulmans extrémistes. J'ai le regret de prédire que la seule chose qui pourrait unir ces deux peuples serait une catastrophe naturelle qui frapperait toute la région. Un grand malheur commun pourrait changer les mentalités. Dois je souhaiter tout ça pour avoir la paix entre les deux peuples ? Bien heureusement je ne peux le faire et Malheureusement les atrocités vont continuer à se reproduire jour après jour. Je suis désolé chers amis mais je ne peux donner de faux espoirs. Barak Obama est une malchance pour la paix. car le seul pays qui pourrait forcer Israel c'est les USA mais avec barak c'est impossible ; déjà sans rien faire il est traité de musulman que dire alors s'il se met à exiger d'Israel des retraits ou autres concessions ?
De hershellgordon
22H04 | 04/10/2009 |
shalom salam simone
votre démarche humaniste est d'autant plus méritoire que, si j'en juge des commentaires sur cette rue, elle suscite nombre de posts haineux…
bon courage à vous ici et ailleurs !
De lifka
22H55 | 04/10/2009 |
Madame Bitton nous parle de la mort de Rachel Corrie qui a eu lieu il y a 6 ans, et de cette jeune fille innocente de 15 porteuse d'un couteau.
Elle omet curieusement un événement qui a eu pourtant lieu il y a exactement 6 ans jour pour jour :
C'était le 4 octobre 2003. Une autre jeune fille - de 24 ans celle là, étudiante en droit et militante du Jihad islamique - pénétrait dans le restaurant Maxim's. Elle abattait froidement le gardien qui était à l'entrée et se faisait exploser au milieu de la salle.
Bilan : 21 morts dont 3 enfants en bas âge et un bébé de 2 mois.
Cette jeune fille s'appelait Hanadi Jaradat, elle est aujourd'hui glorifiée comme « the Rose of Palestine, » dans des poésies distribuées par L'autorité palestinienne.
Vous avez dit un peuple pour qui « la vie d'un civil coute moins cher que celle d'un chien, au nom de conneries dans un pauvre bouquin » ?
Je ne sais pas qui méprise qui ? Qui méprise par exemple madame Bitton quand elle s'imagine qu'on pourrait oublier ces faits et omet opportunément de les rappeler ?
De carlib
09H18 | 05/10/2009 |
Bravo Simone.
Ca va swinguer, c'est sur…
Bravo.
De Hugues Serraf
Chroniqueur | 17H29 | 05/10/2009 |
S'il est vous possible de sortir un moment de votre sidération, vous découvrirez, dans l'ordre qui vous conviendra le mieux, que vous ne savez absolument pas qui est Simone Bitton, que « La Valse avec Bachir » n'est absolument pas un film tentant de déculpabiliser des criminels de guerre et qu'Israël, pour tous ses défauts, n'est évidemment pas un pays fasciste.
Mais sur les deux premiers éléments, on peut regretter qu'un anonyme qui vient énoncer ses slogans sans subtilité se sente à l'aise en attaquant des gens qui, effectivement, concrètement, pratiquement, publiquement, travaillent et militent pour faire avancer les choses.
Simone Bitton en écrivant et en filmant (et je ne suis pas moi-même toujours sur la même longueur d'ondes que ses papiers du Monde Diplo), fait partie de ceux dont on aimerait qu'ils aient justement plus de poids et de visibilité dans les médias et dans le débat. Le film de Folman, de son côté, ne dédouane personne et rend compte d'un drame dans un drame : l'implication de jeunes dans un conflit absurde et sans fin. Mais bon, peut-être pensez-vous que « Avoir vingt ans dans les Aurès » est un film fasciste qui dédouane les conscrits français des crapuleries de la guerre d'Algérie…
De Gisor
semeur de troubles | 21H05 | 05/10/2009 |
« Simone Bitton en écrivant et en filmant (et je ne suis pas moi-même toujours sur la même longueur d'ondes que ses papiers du Monde Diplo), fait partie de ceux dont on aimerait qu'ils aient justement plus de poids et de visibilité dans les médias et dans le débat. »
« des gens qui, effectivement, concrètement, pratiquement, publiquement, travaillent et militent pour faire avancer les choses. »
Je ne vois pas ce que Mme Bitton apporte au débat de particulier. Elle ne fait qu'exprimer l'opinion généralement admise dans les milieux progressistes occidentaux : Israël quoiqu'il fasse a toujours tort. Mme Bitton effectue avec méthode et obstination un travail de sape qui a pour objectif de délégitimer le droit à l'existence d'un état pour les juifs gouverné par les juifs. Elle s'empare d'un drame (reprenant inconsciemment (j'ose l'espérer) à son compte le cliché antisémite du juif assassinant des enfants goys) survenu dans des circonstances troubles pour continuer son œuvre de déligitimation. Madame Bitton ne fait rien avancer du tout sinon peut-être la haine à l'égard d'Israël au sens large du terme. Un travail pervers qu'elle effectue avec délectation et en toute bonne conscience !