Quand les artistes révèlent la musique cachée des ponts

La passerelle Simone de Beauvoir à Paris (mariaboismain/flickr).

Les ponts et passerelles en ont ras la casquette des balades romantiques et des pique-nique pornographiques. Ces nobles architectures ne demandent qu’à sortir de ces archétypes triviaux imposés par notre société crispée. De la singularité que diable ! Du détournement parbleu ! Figurez-vous que ces élégants ouvrages recèlent un potentiel musical prodigieux : instrument de musique  » naturel » , le pont offre une multitude de sons atmosphériques et organiques.

Les pionniers de la sculpture sonore


Bernard et François Baschet : en 1977, ces frères créent 14 structures exploitant les possibilités sonores des métaux et sans recours à l’électricité ou à l’électronique.

Len Lye : les pièces de son opus  » Composing Motion » tirent leurs sonorités des propriétés vibratoires du métal.

Bill Fontana : un des précurseurs de la sculpture sonore.

Stahl Quartett : en concert le 2 mai au festival Octopus, quattuor de violoncelles d’acier qualifiés de synesthésiques.

Pour enregistrer le langage mélodique des ponts, suivez cette recette ultra simple : scotchez des capteurs piézo (ceux des guitares électro-acoustiques) sur les surfaces vibrantes du pont. Ou aimantez sur un pylône des capteurs magnétiques (ceux des guitares électriques).

Dernière étape : enregistrez la voix du pont, excitée par les pas des passants, le vent, le trafic automobile et consorts. Le décor lynchéen est bien planté pour injecter des  » field recordings » étranges au sein de vos compositions ou alors pour conserver cette matière sonore à l’état brut.

La passerelle Simone de Beauvoir, un métallophone géant

Sous la houlette d’Emmanuel Rébus (mathématicien et post-musicien), une équipe d’expérimentateurs a fraîchement entrepris de jouer avec la passerelle parisienne Simone de Beauvoir. Long de 304 mètres, ce métallophone géant relie le parvis de la Bibliothèque nationale de France et le nouveau parc de Bercy à la Seine.

Regardez et écoutez le fruit de capteurs délicatement posés sur les croisillons de Simone :



Parmi ces bidouilleurs du son figurait l’artiste australienne Jodi Rose, une spécialiste de la musique des ponts, de passage à Paris. Elle parcourt le monde entier pour poser des capteurs sur les câbles des ponts suspendus, qui pour le coup, se transforment en instruments à cordes, à la manière d’une harpe éolienne.

Outre la passerelle Simone de Beauvoir, Jodi Rose a également pris d’assaut la passerelle moderne jouxtant le quai de Jemmapes. Regardez et écoutez ses vibrations mystérieuses :



Ces différents tests réalisés par Jodi Rose et son acolyte Emmanuel Rébus ont pour dessein de préparer leur performance sonore au Festival Mal au Pixel aux Mains d’Oeuvres à Saint-Ouen. Ils entreprennent de réaliser l’impossible : créer un pont entre Paris et Singapour.

Jodi, perchée sur un pont suspendu à Singapour, enverra par Internet un stream de vibrations acoustiques à l’aide desquelles Emmanuel fera vibrer un ersatz de pont métallique sur la scène des Mains d’Oeuvres. Les ponts vont enfin fusionner par voie sonore… wah !

Festival Mal au Pixel sur le thème de l’espace public, cette troisième édition se tiendra à Paris et à Saint-Ouen, du 16 au 25 mai 2008, à Ars Longa, La Cantine, Mains d’Oeuvres et au Point Ephémère.


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XavXav
13H03 27/04/2008

très bonne idée. ça me rappelle une passerelle sur la Saône, à Lyon, qui bougeait énormément quand on courait sur le pont, avec un bruit de ressort.

 
A.V. | 
13H32 27/04/2008

Les pieds, ça tape, le métal, ça résonne, et les artistes bobos, ça fait du vent.

 
Yakafersa | retraité consentant
13H41 27/04/2008

Cela rejoint la mysticité du fromage qui copule avec le hurlement du vent dans le brouillard de mes nuits agitées.
C’est une blague, bien sûr.
Simone nous charme encore de sa passerelle. Est-ce une ode à Jean Paul ?

 
Antotoine | Etudiant en cours de renflouement
14H13 27/04/2008

Trippant, je parlais récemment d’un projet dans le même genre qu’un prof des écoles avait mis en oeuvres avec ses élèves.

 
Nom pas déjà pris | Néant
16H22 27/04/2008

C’est festival du rire, aujourd’hui, dans la rue! Merci, Agnès Aokky (je remarque que vous semblez félinophile, ce qui ne gâte rien).
Pour le rire: chanson pas barbare mais presque de Barbelivien, rubrique vidéo », et croisade mondiale de soutien à Obama (« A trois voix »,je crois).

 
A.V. | 
17H10 27/04/2008

Barbelivien devrait aller chanter sous un de ces ponts, et la boucle serait bouclée.

 
issibee | ita tu me ames
00H28 29/04/2008

« C’est festival du rire, aujourd’hui, »

Le rire groupal aussi c’est comme l’acier d’un pont, un grand corps qui vibre, entre détente et tension.
Nous en sommes là, ma chère Nompas, vous comme moi, à courir après de bonnes vibrations.
Ne serait-ce qu’à travers nos tentatives de « corporisation » au sein d’un groupe d’élection.
J’aimerais comprendre ce qui vous gêne tellement dans le fait qu’on puisse utiliser la structure d’un pont comme une sorte d’immense cordophone?
N’est-ce pas là, au contraire, une façon originale d’aller au-devant de cette « autre chose » que nous désirons tant?
En musique comme en toute matière, n’a-t-on pas le devoir d’explorer le champ des possibles dans toutes les directions?

Bonne journée.

 
jean aubert | étudiant histoire/science po.
16H54 27/04/2008

Un concept, à mon sens, plus intéressant et plus ludique aurait été d’amplifier directement ces sons sur la passerelle. De ne pas intervenir et ainsi de laisser les quidams composer.

 
Guy Valte
19H04 27/04/2008

Ben oui, mais en même temps c’est vite chiant, à chaque fois il y a une excitation de découvrir une source inattendue, mais en réalité ça n’a pas d’âme, et c’est pour ça que c’est vite ennuyeux.

 
Philippe Tixier | Citoyen
17H40 27/04/2008

tres bonne créativité

on peut m^me lancer les deux enregistrements ensemble : c’est terrible

par contre mes chats n’on pas l’air d’aimer !

en plus on peut peut etre reperer le degre de fiabilité du pont en question

non sincerement je trouve ça plutôt chouette

philippe

 
Jonas2
18H52 27/04/2008

Bravo! Pour cette écriture sonore. Elle trimballe quelque chose d’émouvant ou de nostalgique; je ne sais pas trop dire.
Je me souviens qu’enfant je faisais la même chose en collant mon oreille sur le tabler métallique d’un pont enjambant le Rhin dans les environs de Haguenau.
Difficile de ne pas penser à « Correspondances " de Baudelaire et à Debussy " Les sons et les parfums ». (Deux artistes bobos comme dit un connaisseur un peu plus haut:-))

« Correspondances
La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers.
Comme de longs échos qui de loin se confondent »

Merci pour cette belle balade Agnès.

 
A.V. | 
22H57 27/04/2008

Effectivement, très difficile de ne pas penser à Baudelaire et à Debussy. On retrouve cette art de mouiller la chemise, de mettre ses tripes sur la table, d’oser des techniques que personne n’avaient imaginé avant. La « Symphonie pour un homme seul » de Schaeffer et Henry date de 1950. Hé ! Ça fait que 58 ans.
Dans le village du Pas-de-Calais où j’ai vécu deux ans, il y avait des bovins qui faisaient un tas de bruits bizarres. Dommage que je n’aie pas eu un de ces microphones. J’aurais pu enregistrer Mururoa I à XXIV. Bah oui, y’avait 24 têtes chez le paysan d’à côté.

 
Network 23 | identité perdue dans mes papiers
02H05 29/04/2008

« Moderne »: vouloir être le premier?

 
A.V. | 
08H47 29/04/2008

J’ai écrit ça, moi ?…

 
A.V. | 
23H02 27/04/2008

Oh, et puis difficile de ne pas penser à Beethoven. Vous vous souvenez de la neuvième ?…
« Pont pont pont pont. Pont pont pont pont. »

 
Charles Mouloud | Bras gauche de la Vénus de Millau
21H35 27/04/2008

Aaarg ! les fonctions vibratoires des ponts !

Je pense que ce mois de mai nous rendra sensible à la musicalité des ponts et autres passerelles qui enjamberont nos jours chômés.

Mais attention à ne pas prendre les sampans du pont Thieu pour des canots de sauvetage !

 
Tinhinane | Médiatrice scientifique
22H03 27/04/2008

Ce sujet, la photo, les vidéos et mon intérêt pour les ponts ont ramené à ma mémoire « l’accolade ": " écoute voir » de Vernant.

 
Jean-Jacques Louis
23H13 27/04/2008

En novembre 1940, au pont de Tacoma,Wa, le vent a fait une musique … à tout casser !

www.youtube.com/watch?v=AsCBK-fRNRk

Mieux que le gaffophone.

 
A.V. | 
23H23 27/04/2008

Un chef-d’œuvre !

 
Charles Mouloud | Bras gauche de la Vénus de Millau
06H48 28/04/2008

Frères chrétiens,
Reprenez tous en choeur , en ces jours de ponts bénis, les chants pontificaux grégairiens « Pont pont Pie Douze ! »

 
GanzGenau | Berlinois à quatre mains
13H10 28/04/2008

J’adore voir l’envers des choses, merci!

 
geros
19H02 28/04/2008

Y aura t’il un grand bal des pixels comme l’année dernière?

 
poisson_d_avril
19H27 28/04/2008

poétique

 
barbara44 | rédactrice
23H13 30/04/2008

Résolument dans le clan des appréciateurs.
Fermez les yeux, écoutez ces sons, cela semble venir d’ailleurs, c’est reposant, presque zen. Je trouve que la magie opère mieux yeux fermés.

Et c’est vrai que les deux enregistrements lancés en même temps fonctionnent très bien ensemble.

J’aimerai bien que Rue reprenne la vidéo de You tube sur la création à venir, que j’espère récupérer plus tard, car je serais en voyage au moment où cela se passera.