
Un génial roi Lear en pleine errance à la Cartoucherie
On ne se lasse pas, non des chefs d'œuvre, mais de leur mystère. On a beau voir dix fois » Le Grand Sommeil » de Howard Hawks, tôt ou tard, on perd pied. Il en va de même du » Roi Lear » de Shakespeare. Quelque chose nous échappe, nous entraîne dans des sentiers inédits. La folie du vieux roi gagne les spectateurs On mesure la force d'une mise en scène du » Roi Lear » à sa capacité d'égarement.
A cet égard, celle d'André Engel avec Michel Piccoli dans le rôle titre, proposée sur la scène de l'Odéon ces dernières saisons, était d'un rendement médiocre, engluée qu'elle était dans le théâtre décoratif, cette maladie dont sont atteints bien des metteurs en scène. Celle, plus ancienne mais mémorable, de Matthias Langhoff avec Serge Merlin, atteignait des sommets. On verra bientôt ce qu'il en adviendra dans la cour d'honneur du Palais des Papes où Jean-François Sivadier et son ami Nicolas Bouchaud s'attaquent à cette bête de pièce.
Au moment où Engel triomphait à l'Odéon l'an dernier, Sylvie Reteuna créait son » Lear » au Garage, le théâtre de L'Oiseau-Mouche à Roubaix. Depuis, le spectacle a tourné un peu partout en France (égrenant le chapelet de ses coproducteurs) avant de venir à la Cartoucherie de Vincennes au théâtre du Chaudron (où tout avait commencé lors d'une manifestation Trans –comme transgénérationnel– proposée par Jean-Michel Rabeux et visant à faire mieux connaître de jeunes compagnies), où le spectacle s'achèvera à la veille de la première avignonnaise. C'est un » Lear » hautement égaré que nous propose Sylvie Reteuna, mêlant, de façon joliment inextricable, des acteurs de sa compagnie à des acteurs » extérieurs » , qu'ils soient de L'Oiseau-Mouche ou d'ailleurs. Pas de » Lear » sans délire.
Créée à Roubaix il y a une trentaine d'années, la compagnie L'Oiseau- Mouche regroupe des acteurs qui se trouvent être aussi des handicapés mentaux. Mais le théâtre est là un art de vivre et un métier, non une forme de thérapie. Sylvie Reteuna travaille avec eux depuis sept ans. En 2004, elle a créé sa propre compagnie, la Sibylle, et » le Roi Lear » est le premier spectacle de cette dernière.
Les acteurs du spectacle ont » tous des parcours singuliers » , explique Reneuta, qu'ils viennent de L'Oiseau-Mouche ou pas. Sur le site de cette compagnie, une phrase vous accueille : » Si nous étions tous pareils, le monde n'avancerait pas. Chacun est une source. »
La preuve par cette adaptation drastique mais cohérente de la pièce (en sorte que le spectacle dure une heure et demie) signée par Sylvie Reteuna en tandem avec Jean-Michel Rabeux (dont elle fut une proche collaboratrice). Un » Lear » de moins, aurait pu écrire Gilles Deleuze dans son indépassable » Superpositions » (à propos de Carmelo Bene, éditions de Minuit), ouvrage que Reteuna a certainement lu.
Lear est ici un roi petit comme Bonaparte, chétif comme un souverain échappé d'un rêve de Kafka, ailleurs, tout de suite ailleurs (François Daujon). Quel pauvre fou que de vouloir léguer son royaume à ses trois filles contre des preuves d'amour. L'hypocrisie, le mensonge, la traîtrise seront récompensés par deux fois, alors que le père qu'est Lear pense honorer un amour filial. Moins idéaliste que Lear, le roitelet Sarkozy récompense lui, la traîtrise, sachant mieux que personne que l'ivresse du pouvoir conduit à tout, même au reniement.
La troisième fille, Cordelia, ne joue pas le jeu. Elle s'en explique dans la pièce de Shakespeare. Dans l'adaptation qu'en fait Reteuna, Cordelia reste muette. Incapable de dire son amour qui ne passe pas par les mots. Extraordinaire moment d'intensité théâtrale magnifié par la présence intense de l'actrice (Jennifer Barrois).
Cordelia sera bannie, le roi aussi (trahi par ses filles), Gloucester trahi à son tour par son bâtard de fils aura les yeux crevés et s'en ira par les champs vers les falaises de Douvres. La lande devient un lieu d'errance de tous les bannis. » La folie est une errance » , dit Reteuna après Shakespeare. Gloucester, Lear et Cordelia en savent quelque chose. Leur folie est leur refuge, et la lande informe le paysage. La folie comme la vérité (c'est tout comme) ne compose pas. Elle va comme elle est. La muette Cordelia peut enfin parler avant de mourir étranglée.
Comment rendre scéniquement ces chavirements ? Langhoff avait imaginé un plancher instable, ici c'est un chariot sonore porteur d'orage et de tocsin (scénographie de Pierre-André Weitz et musique d'Eric Sterenfeld) qui ouvre et rythme la représentation. Edgar, le fils de Gloucester, l'un des rares survivants, porte ici des ailes d'ange, d'aigle ou d'albatros. Il a comme il se doit le dernier mot : celui de l'homme qui dit. Non ce qu'il faut dire, mais ce qu'il ressent. » Folie-/ folie que de -/ que de -/ comment dire- » écrivait le vieux Beckett.
► Le Roi Lear, de William Shakespeare, mise en scène Sylvie Reteuna - au théâtre du Chaudron, à la Cartoucherie de Vincennes - jusqu'au 7 juillet - 13€/20€ - Rens. : 01-43-28-97-04 - plan.
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De
00H27 | 07/07/2007 |
Bon, genial, je sais pas hein… On y etait ce soir et franchement c'est plutot chiant et pretentieux (pitoyable me souffle mon camarade, faut dire que le roi passe son temps a hurler des trucs incompréhensible, en fait, on doit pas etre assez intelligent… a ne pas voir si vous n'avez pas 256794 10^5 de IQ donc)…. Avis aux amateurs : preferez la version de Kurosawa en DVD (Ran) !
PS : en fait, on critique on critique, mais bon ca dure 1h30, donc ca passe plutot vite. J'ose a peine imaginer ce que j'aurais eu a endurer avec une durée normale !
De
15H53 | 08/07/2007 |
Gonflant, inutile, insipide, pitoyable non pas à cause des acteurs handicapés qui font ce qu'ils peuvent et le font bien à leur mesure. Mais au lieu de faire payer un public pour les voir s'accrocher à une pièce qui les dépasse (par sa difficulté et sa puissance), pourquoi ne pas faire jouer ces acteurs généreux d'eux-mêmes pour des publics concernés ? … Bref, bon, une bonne action pour eux, et c'est bien, mais une mauvaise action publque pour Shakespeare. Nada, on n'y croit pas un instant.
De
00H33 | 07/07/2007 |
Bon, genial, je sais pas hein… On y etait ce soir et franchement c'est plutot chiant et pretentieux (pitoyable me souffle mon camarade, faut dire que le roi passe son temps a hurler des trucs incompréhensible, en fait, on doit pas etre assez intelligent… a ne pas voir si vous n'avez pas 256794 10^5 de IQ donc)…. Avis aux amateurs : preferez la version de Kurosawa en DVD (Ran) !
PS : en fait, on critique on critique, mais bon ca dure 1h30, donc ca passe plutot vite. J'ose a peine imaginer ce que j'aurais eu a endurer avec une durée normale !
De Guy-un soir ou un autre
17H22 | 07/09/2007 |
Tout à fait d'accord avec jean Pierre Thibaudat : ce beau Roi Lear mis en scène par Sylvie Reteuna permet de se perdre (grace à cette distribution si inhabituelle ? ). D'autant plus que je me rends compte avec amusement que j'avais écrit moi même la même reflexion dans ma chronique d'alors, sans qu'alors nous nous lisions l'un l'autre !