
Triomphe à Chaillot de « La Estupidez » contre la connerie
C'est l'un des derniers spectacles de théâtre que présente Ariel Goldenberg, le directeur de Chaillot remercié comme un malpropre par la ministre de la Culture, et il porte un titre de circonstance : « La connerie ». Ou plus joliment en argentin dans le texte : « La Estupidez »

Rien n'y a fait. Ni la déculottée de la droite aux dernières élections municipales, ni la veste que s'est prise miss Albanel qui se présentait dans un arrondissement parisien, ni les pétitions qui ont pu circuler ici et là ni le soutien amical des plus grands noms du théâtre mondial. Sans avoir été reçu par la ministre –toujours en place- qui n'a même pas le courage de ses décisions, Ariel Goldenberg va devoir quitter l'ingrat paquebot de Chaillot qu'il avait transformé –quelle gageure ! - en lieu convivial. Et pour se retrouver où ? Nulle part. Pas de parachute doré, pas de parachute du tout, pas d'au revoir et merci pour tout ce que vous avez fait. Dehors ! Quelle connerie !
Chantons donc, a contrario, les louanges de « La Estupidez », une pièce de l'argentin Rafael Spregelburd, dans la mise en scène de Marcial Di Fonzo Bo et Elise Vigier, cofondateurs -avec d'autres dont Pierre Maillet qui joue dans le spectacle- de la compagnie Les Lucioles, créée en 1994 par un groupe d'anciens élèves de l'école du Théâtre national de Bretagne.
L'auteur, qui est aussi un acteur, a écrit cette pièce pour cinq acteurs qui interprètent à toute vitesse une belle brochette de rôles, trois ou quatre par tête de pipe. Et c'est là l'essentiel. Une formidable machine à jouer.
La pièce offre aux acteurs une ribambelle de personnages à la fois hystériques, bavards, flippés, des héros de série B américaine rewrités au petit matin par un argentin cocaïné à mort qui aurait dansé toute la nuit le tango et le rock avec une fausse femme serpent fondue de physique quantique. Sachez par exemple que Marcial di Fonzo bo interprète Richard Troy, Ralph Dorset, l'officier Greg Davis, Donnie Crabtree et Lino Venutti. Et c'est le même tonneau des Danaïdes qui vaut pour les rôles interprétés par les quatre autres acteurs, j'ai nommé Marina Foïs, Pierre Maillet, Grégoire Oestermann et Karin Viard (que l'on avait pas vue sur une scène depuis quinze ans, on en redemande).
Disons-le sans tergiversations subliminales : il n'y en a pas un pour rattraper l'autre, ils sont tous au top niveau du jeu déjanté, ils pètent les plombs à l'heure dite qu'ils font durer jusqu'à plus soif tant ils sont heureux de leur bingo de dingos, s'accordant des temps morts comme les joueurs de handball, le temps de souffler. Car c'est du sport que de disparaître au gré de l'intrigue dans une salle de bain pour ressurgir en un clin d'œil par une autre porte du motel dans la peau d'un autre personnage.
On rit comme à Guignol, on rit comme on le fait devant les blagues attendues d'un de nos héros de série télévisée, on rit comme devait le faire Montaigne dans sa tour en zappant devant la vanité des mots et des choses. On est à fond avec eux dans l'histoire abracadabrantesque qu'ils nous racontent sans trop y croire et jusqu'à nous y perdre. Une histoire argentinissime où passent des flics pédés et ripoux, une fille atteinte de bavardite aigue comme on dit en Poitou-Charentes, une fausse rousse, un savant digne de la chanson de Boris Vian qui a trouvé une sorte de quadrature du cercle et que son fils oxygéné trahit pour payer une dette, une journaliste blonde vedette, une bête à scoops dont le carnet de notes est un chéquier, un japonais richissime qui fait une apparition désopilante avant que ne lui succèdent deux maffieux italiens. Sachez tout de même que les uns et les autres évoluent dans les chambres d'un hôtel du côté de Las Vegas et sont sur la piste d'un tableau d'un maître contemporain dont le temps a quasiment tout effacé.
On l'aura compris, Rafael Spregelburd bouffe à tous les râteliers (mélo, sit com, boulevard, Copi, Tarentino et bien d'autres) dans une débauche de mots et une sorte de débordement permanent de l'intrigue qui confine au boxon. Une pièce sur le chaos, assurément. On sait qu'en Argentine le discours sur la catastrophe est un sport national.
L'Allemagne, l'Angleterre et bien sûr, l'Espagne connaissent bien cet auteur que nous découvrons en traduction avec « La Estupidez ». Il faudra attendre la traduction du cycle auquel appartient cette pièce (cycle inspiré des « Sept pêchés capitaux » de Jérôme Bosch vu au musée du Prado) pour en savoir plus sur cet auteur, né en 1970, que s'est formé auprès de Ricardo Bartis, a traduit Sarah Kane et Pinter et a déjà écrit une trentaine de pièces.
Théâtre national de Chaillot, jusqu'au 4 avril (puis Rennes, Lyon, Dijon), du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 14h30, de 12 à 27,5 euros, 01 53 65 30 00.
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De parakalos
22H06 | 25/03/2008 |
juste une remarque : la estupidez est un mot espagnol et non argentin (dans le texte)
De Nekrobastard
médecin à Lunéville | 22H10 | 25/03/2008 |
des nouvelles du Kenya ? …
De René B.
22H30 | 25/03/2008 |
Une précision : qui est le traducteur ?
à René B.
De Servais-Jean
4591
HS | 00H07 | 26/03/2008 |
Imaginez. Je suis costaud, trés costaud.
- Le traducteur ? C'est moi. T'as un problème ?
à René B.
De Jean-Pierre Thibaudat
(auteur)
Journaliste | 01H48 | 26/03/2008 |
la traduction est cosignée par Marcial di Fonzo Bo et Guillermo Pisani
à Jean-Pierre Thibaudat
De Servais-Jean
4591
HS | 16H07 | 26/03/2008 |
Vous aviez dit « délation » ?
Ben voilà on y arrive.
De albin
journaliste, écrivain & éditeur | 23H00 | 25/03/2008 |
Marcial di Fonzo Bo avait joué un superbe rôle dans le film « L'Homme que j'aime » avec Stéphane Giusti
De marigae
23H08 | 25/03/2008 |
Mince…l'intro était une fausse piste…je croyais que vous donneriez des éléments sur cette « déculotté », le nom du remplaçant, le point de départ de la polémique.
Quant à aller voir la pièce oui…mais c'est une autre histoire, maintenant que vous avez éveillez la curiosité sur un autre point…la suite ?
De Servais-Jean 4591
HS | 00H03 | 26/03/2008 |
A 600 kilomètres de Paris vous ne pouvez que nous faire saliver.
Mais comme il est toujours bon de retirer un petit quelque chose d'une information si gentiment donnée, je vais prendre « La estupidez », j'arriverai bien à la loger quelque part ne serai-ce que comme synonyme d'Albanel. Ce mot est quand même plus chantant que la connasse.
Alors, merci.
De Beryl
04H50 | 26/03/2008 |
ALBANEL ou LA BANALE, catastrophe culturelle chic et toc,
fossoyeuse au sourire tombal de l'imaginaire qui sauve, du travail de la liberté d'inventer, LA STUPIDEZZA sur son trône, la pisse-copie de circulaires en rond de cuir, la petite fée carabosse sorkoïste vomie par tous les Mai 68 et autres vivants d'aujourd'hui, elle finira par couler son insignifiance crasse dans le moule de son propre néant. Pouah.
De pikasso02
11H45 | 26/03/2008 |
Une bonne pub pour cette pièce.
Mais pourquoi donc, Ariel Goldenberg est-il invité à quitter le navire ? Voilà ce qui serait intéressant de savoir. Si ce n'est qu'une affaire de ministre de la culture, c'est gravissime !
De Toffolo
16H18 | 26/03/2008 |
Vous pouvez tous aller sur le site du ministère de la culture aussi ringard que son ministre et écrire une suggestion. N'hésitez pas à laisser votre nom, personne ne vous mangera (c'est obligatoire d'ailleurs). Vous pouvez écrire par exemple John Wayne ou Charles Bronson, NYPD Police District… Et pour les courageux et courageuse leur vrai nom histoire de voir ce qui se passe.
De mumu3
20H08 | 26/03/2008 |
Qui va remplacer Ariel Goldenberg ?
Johnny, Bigard, Mireille Mathieu, Enrico ou Fodel ?
Youpi ! la France a gagné en votant Sarko ! il faut continuer dans ce sens là !
C'est bientôt Mai 2008, que pourrait-on faire ?
Je vais faire un tour sur le site du ministère de la culture (de pois-chiche) !
De batila
entrepreneur international | 14H57 | 27/03/2008 |
On lui a refilé le poste.
Pourquoi ?
Où a vécu sarko pendant 3 semaines avant l'élection présidentielle ?
Où a logé Cecilia après son divorce ?
Quel était le poste de La Banale avant d'être ministre ?
En répondant à ces trois dernières questions, vous aurez la réponse à la première…