Le directeur de Chaillot écarté: la goujaterie au pouvoir
En matière de savoir vivre, la ministre de la culture, Christine Albanel, ne vaut pas mieux que son prédécesseur à ce poste, le non regretté Donnedieu de Vabres. Ce dernier avait jeté Marcel Bozonnet de la Comédie Française et Georges Lavaudant du théâtre de l'Odéon avec la politesse que l'on réserve à un Kleenex. Remerciés l'un comme l'autre. Sans grande concertation, sans un minimum de politesse ou simplement de respect.
C'est exactement ce que vient de faire l'ex patronne du château de Versailles en annonçant au directeur du théâtre de Chaillot, Ariel Goldenberg (sans l'avoir rencontré préalablement), qu'il ne serait pas renouvelé à son poste (à l'issue de son mandat qui vient à échéance en juin), quelques heures au plus avant d'annoncer le nom de ses successeurs, précisant que Chaillot allait changer de visage, délaissant le théâtre qui l'occupait depuis Jean Vilar pour se vouer à la danse. Et cela, sans annoncer la moindre porte de sortie pour l'infortuné Ariel Goldenberg.
Une goujate succède à un goujat. Car comment qualifier autrement de telles façons de procéder ? Aucun directeur d'un établissement culturel n'est propriétaire de son poste et il est normal qu'un mandat renouvelé une ou deux fois venant à échéance conduise à un changement. Il est bien que Georges Lavaudant sorte prendre l'air après ses années Odéon, il est juste que Bozonnet cède la place. Il n'est donc pas anormal qu'Ariel Goldenberg quitte Chaillot après des années de bons et loyaux services, mais pas comme ça ! Cet homme dont toute la profession vante les talents, le goût, le charme et les qualités gestionnaires, ce capitaine qui a su piloter sans casse le bateau fou qu'est le monstre Chaillot, cet ami des artistes du monde entier respecté par les plus grands est là mis sur le ban de touche comme un éclopé.
Tel un animal blessé, Ariel Goldenberg, depuis cette annonce ministérielle en fanfare, se tait. Les spectacles qu'il programme parlent pour lui. Il se trouve que le nouveau spectacle à l'affiche (à partir du 8 novembre), en fait un reprise pour cause de succès, tombe à pic. Veillons et armons-nous en pensée , tel est son titre. Opportun.
Jean-Louis Hourdin et François Chattot, ses fomenteurs, acteurs et maîtres d'oeuvre hantent les couloirs de Chaillot avec en bouche des textes de Büchner, Le manifeste du parti communiste de Karl Marx et Friedrich Engels et le Manifeste en vers de Bertolt Brecht. Autant de lectures favorites de Christine Albanel, n'en doutons pas.
Mais, ô délice, le spectacle des deux compères offre en bonus une lecture du Journal officiel » expliquant les fonctions des différents ministres du gouvernement en place (le spectacle a été créé en octobre 2005) et distille des textes de l'AGCS (Accord général sur le commerce et les services) La coïncidence est d'autant plus drôle que ce spectacle est hilarant, réjouissant, festif.
On ne saurait trop conseiller à la locataire de la rue de Valois de se rendre à Chaillot pour y veiller en pensée. En attendant, offrons-lui cette phrase du spectacle qu'elle ferait bien de méditer : aucun travailleur quelque soit son métier, ne peut plus ignorer la violence que certains imposent à tous, et, de ce fait, il doit changer obligatoirement sa façon de travailler et de vivre .
► Veillons et armons -nous en pensée , Théâtre national de Chaillot du 8 nov au 15 déc, 20h30 sf lun, dim 15h, 01 53 65 30 00, www.theatre-chaillot.fr
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Rendre hommage à Ariel Goldenberg au moment où il sort de charge eût été le geste courtois qu’on attend de quelqu’un qui succède à André Malraux. Car les compliments auraient été adressés non au seul directeur de Chaillot mais à toute son équipe, à tous les artistes qui ont été invités sur cette scène, à tous les spectateurs qui ont consacré une soirée au théâtre de ce pays.
J’hésite: « La folle de Chaillot », « Madame Sans-Gêne » ou « La précieuse ridicule » mais certes ni « Antigone » ni « Mère Courage ».
D’accord au fond avec vous. La Maréchale « Madame Sans-Gêne » avait du coeur, elle, à défaut d’avoir de bonnes manières. Notre ministre de la Culture aurait-elle trop fréquenté Versailles, au point de croire que les moeurs des puissants du XVIIIème siècle envers le petit personnel sont encore de mise aujourd’hui? On a bien fait de prendre et de démolir la Bastille, tout bien réfléchi…
Ouf !, Les Guignols de l’info sont sur une chaine privée ! Encore une petite place pour la critique !
Sur France-Télévisions, il y a longtemps qu’ils auraient été virés !
(Auraient-ils pu seulement exister ?)
Mme Albanel souhaite consacrer Chaillot au ballet. Eric Vu-an, directeur du Ballet national de Marseille était invité au Claridge (voir Marianne de ce jour). On ouvre les paris?
C’est le mot.
La dite ministre deale avec un fournisseur d’accès à internet (free) son allégeance en matière de soumission à la loi pret-à-porter des industries du disque, en échange d’une faveur sur un autre dossier.
A un autre niveau, bien plus grave, la police raffle à tout va, en toute illégalité (voir à ce propos le témoignage d’un flic dans libé d’aujourd’hui).
On gare le bus, on controle tous les basanés qui passent, et hop, quand le bus est plein, la journée est faite.
On juge les fous comme les autres, quand bien même le type ne peut d’aucune sorte répondre de son acte - ce qui constitue une régression de plus de 150 ans, soit dit en passant.
Des exemples comme ça, il y en a à la pelle depuis quelques mois.
Et ça moufte pas fort.
Pourquoi se priver, dès lors. Décompléxés, qu’on vous dit !
Pour avoir travaillé dans l’audiovisuel du service public, je peux vous assurer que la façon qu’ont les nouveaux arrivants (arrivistes ?) de traiter leurs vassaux n’a rien à envier à la droite ! Rappelons-nous le pauvre Philippe Guilhaume, PDG d’Antenne 2 alors que Mme Tasca avait fait préparé les petits fours pour l’illustre Me Kiejman ! Contre qui le ministère fit donner les syndicats, et sur lequel on fit courir des ragots de pédophilie ! Souvenons de Guy Thomas, PDG de France 3, glosant au milieu d’une cour de journalistes, sur son personnel « d’incapables » ! Rappelons nous les cinq journalistes communistes (aucun ne l’est resté sitôt promu !), que chaque rédaction avait obligation d’engager. Et puisqu’il est question des théâtres, rappelons-nous de quelle façon leurs responsables ont été virés en 1981. (Cela dit, j’ai pour ma part été jeté par un directeur et un PDG très à droite, aujourd’hui en telle faveur que l’un des deux, qui pourtant fit s’écrouler les sondages de Radio France, est le Président du CSA !).
Ce pour dire que droite ou gauche peu importe. Un cuistre reste un cuistre, et ceux qui parviennent au pouvoir le sont plus que d’autres, par la manière souvent misérable qu’ils ont eu d’accéder.
Amusant votre commentaire, chez JP David, si l’on en juge par son apport inestimable au débat. Mais surtout, votre définition du métier de « critique » (fonction qu’occupait ce « monsieur Thibaudat » à Libération me semble-t-il) qui semble ressortir de vos propos ne tient pas la route. Ne peut-on pas, en effet, ranger votre « Descendre en flammes tout ce qui n’avait pas le bonheur de lui plaire » dans le rayon « pléonasme » ?
Devrait-on ne pas critiquer ce qui ne nous plait pas ? N’est-ce pas le métier de critique d’être… critique ? A votre décharge, sans doute avez-vous l’air du temps avec vous… ou l’air du jour. Prenez Drucker (vivement lundi), l’homme qui n’a jamais lu un mauvais livre et pour qui tout est formidable. Voilà un « critique » formidable, qui ne descend jamais rien, qui ne dit jamais de mal, parce que, n’est-ce pas, tout a le bonheur de lui plaire.