De Nanterre aux Molière de l'Odéon, la galaxie Gabily
Derrière » Le Bourgeois, la mort et le comédien » , au théâtre de l’Odéon et derrière » Le Roi Lear » au théâtre de Nanterre-Amandiers, derrière ces deux orgies de théâtre, puissantes et généreuses, l’ombre lointaine mais certaine d’un homme : Didier-Georges Gabily.
Il y a onze ans, Gabily mettait en scène un dyptique, » Don Juan » de Molière et l’une de ses propres pièces » Chimères et autres bestioles » avec les acteurs du groupe T’chan’G, lorsque son coeur cessa de battre suite à une opération. Les acteurs décidèrent d’aller au bout du spectacle , ils le jouèrent après quoi le groupe T’chan’G cessa d’exister comme tel.
Parmi les acteurs de cette dernière mise en scène inachevée de Gabily, figurait Jean-François Sivadier, le metteur en scène du » Roi Lear » (il interprète également le rôle du roi de France). Le spectacle, créé en juillet dernier dans la cour d’honneur du palais des Papes à Avignon, est donné au théâtre de Nanterre-Amandiers jusqu’au 27 octobre, après quoi il entamera une longue tournée à travers la France jusqu’au printemps.
Un triptyque avec » Les Précieuses Ridicules » , » Tartuffe » et » Le Malade imaginaire »
Ce même 27 octobre, après une longue tournée en France ces dernières années, le spectacle » Le Bourgeois , la mort et le comédien » (soit un tryptique réunissant trois pièces de Molière, » Les Précieuses ridicules » , » Tartuffe » et » Le Malade imaginaire » ) joué par la compagnie La nuit surprise par le jour, sera donné pour une dernière fois sur la scène de l’Odéon, à Paris.
La mise en scène est signée Eric Louis, qui participa également au groupe T’Chan’G. Parmi les acteurs, Alexandra Scicluna et Yann-Joël Collin faisaient partie de la distribution du mémorable » Violences » , première manifestation publique du groupe T’chan’G et première pièce publiée de Didier-Georges Gabily, créée en octobre 1991 au théâtre de la Cité internationale. Un spectacle où l’on retrouvait également Jean-François Sivadier, acteur du groupe T’chan’G depuis longtemps.
Mais le jeu des filiations et des ramifications ne s’arrête pas. Vincent Dissez qui interprète, entre autres, le comte de Gloucester dans » Le Roi Lear » , a fait partie du groupe T’chan’G, tout comme Nadia Vonderheyden, qui interprète Kent, Nadia fut également une actrice de plusieurs spectacles du théâtre du Radeau.
En 2003, elle mit en scène » Gibiers du temps’ » , pièce de Gabily avec les élèves de l’Erac (l’école de Cannes) et plus récemment la » Médée » de Sénèque avec dans le rôle titre Frédérique Duchêne, actrice du groupe T’chan’G (et compagne de Gabily). Frédérique Duchène jouait également dans » Les Barbares » de Gorki, créé il ya deux étés dans la cour d’honneur du palais des Papes, dans la mise en scène de Eric Lacascade. Ce dernier a souvent dirigé l’actrice Norah Krief qui interprète Cordélia et le fou dans » Lear » et elle a également joué il y a quelques années sous la direction de Yann -Joël Collin.
Enfin la traduction décapante de la pièce de Shakespeare à Nanterre est signée Pascal Collin. Ce dernier avait déjà traduit une autre pièce de Shakespeare » Henry IV » jouée, entre autres, par Jean-François Sivadier, dans une mise en scène de Yann-Joel Collin, lequel a aussi mis en scène » Violences » de Gabily en 2003 avec comme conseillers artistiques Pascal Collin et Eric Louis, ce même Eric Louis qui signe la mise en scène de » Le Bourgeois, la mort , le comédien » où l’on retrouve Pascal Collin comme conseiller artistique.
Un théâtre qui s’avance groupé et coupe court à tout vedettariat
Une famille ? Le mot convient mal. Plutôt une nébuleuse : la galaxie Gabily. » Un groupe, pas une troupe. Une certaine somme d’intérêts tant communs que contradictoires ; un Ensemble en quelque sorte » notait Gabily en septembre 1986 alors qu’il travaillait au Mans, de façon souterraine avec son groupe qui ne s’appelait pas encore T’chan’G ( » Notes de travail » , Actes sud).
Ces propos traduisent exactement ce qui définit l’équipe réunit par Jean-François Sivadier autour de » Galilée » et aujourd’hui de » Lear » et c’est ainsi aussi que fonctionne la compagnie » La nuit surprise par le jour » , de projet en projet. Les mises en scène des deux spectacles sont signées, mais elles sont nées du groupe constitué (c’est pour lui que Pascal Collin a traduit Shakespeare), portées par lui.
C’est un théâtre qui s’avance groupé (coupant court à tout vedettariat par exemple) et qui s’affirme comme tel. C’est particulièrement flagrant avec les trois Molière, où le même groupe joue les trois pièces avec pour chaque acteur une noria de personnages qui distillent bien des correspondances. Mais c’est aussi le cas du Shakespeare, où les hommes jouent des femmes et inversement, où la plupart des acteurs interprètent plusieurs rôles. Au demeurant, on retrouve des groupes quantativement similaires : douze acteurs pour le Shakespeare, onze pour les Molière.
Autre élément commun : l’espace. Dans les deux cas, pas un décor mais une machine à jouer, dont l’élément de base est l’increvable et indispensable tréteau ( » le plateau, non la scène » disait Gabily). Dans les deux cas encore, une connivence avec le public. Dans les deux cas enfin, une façon formidable de tutoyer les chefs d’oeuvre. » On appellera ça une féérie, juste pour ce que ça laisse encore espérer… » écrivait Gabily à l’orée de » Chimères et autres bestioles. Appelons les comme ça ce » Lear » et ces Molière : des féeries.
► Le Bourgeois, la mort et le comédien - de Molière, créé par Didier-Georges Gabily, mise en scène Eric Louis - au Théâtre de l’Odéon, place de l’Odéon - jusqu’au 27 octobre - Rens. : 01-44-85-40-40 - 6€/30€ - en semaine est jouée une des trois pièces, mais rien ne vaut les intégrales le samedi - plan.
► Le Roi Lear - de William Shakespeare, mise en scène Jean-François Sivadier - au théâtre de Nanterre-Amandiers, 7, avenue Pablo-Picasso, Nanterre (92) - jusqu’au 27 octobre, en tournée ensuite - à 20h sauf le dim. à 15h30 - Rens. : 01-46-14-70-00. 12€/24€ - plan.
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Merci à Jean Pierre Thibaudat de replacer « l’aventure » Lear et Molière dans son contexte, son historique, sa filiation et de nous éclairer sur ce qui pour moi a été une découverte, les « Molière(s) » à l’Odéon.
Je ne vois que demain le troisième volet « Le Malade Imaginaire » et ne peut parler que des deux premiers.
Pour moi aucune déception.
« Les Précieuses Ridicules » . Remarquable sur toute la longueur (courte) de la pièce. Le parti pris est conduit de main de maître et surtout ne faiblit jamais.
On est bien avec ce spectacle, bien avec les comédiens et complices.
La qualité de jeu va surtout s’affirmer dans « Tartuffe » certes plus convenu, moins explosif mais peut-on l’être avec une telle pièce ? Faire jouer Madame Pernelle, comme à la création par un comédien situe à merveille toute la pièce et nous invite à l’entendre comme jamais et Orgon et Tartuffe sont remarquables. Je ne fréquente pas le Club Med (désolé!) et je ne sais comme on le donne dans ses lieux mais ce que j’ai vu m’a donné à entendre un Molière où rien n’est négligé. Et ce « Tartuffe » tient beaucoup plus à son ton qu’à ses inventions et son souci est bien de nous dire l’histoire d’une famille unie, divisée, et presque ruinée par un escroc sous la richesse de chaque personnage. Il n’y a pas de « fable » à raconter mais une « aventure » et ce n’est pas se désintéresser de Molière que de nous la présenter! Et puis ces « faux dévôts » ne reviennent-ils pas à la charge aujourd’hui et ne se dissimulent-ils pas en agents de pouvoir ?
Je vous dirai très vite si j’ai été « exaspéré » par « Le Malade ».
La Ministre de la culture a décidé de faire la peau à la culture… je crois que c’est confirmé. On est tous complices désormais, elle le fait en notre nom ; vous vouliez du populaire, vous aurez du populiste !
ce petit article du Monde qui ne fait pas trop de vagues jusqu’à présent, à lire d’urgence
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3246,36-971132@51-971225,0.htm…
Et voilà, il faut vous quitter à regret. Au revoir! Votre Malade Imaginaire était remarquable! Et seul le travail acharné de toute une troupe bien dans ses baskets pouvait nous porter à un tel plaisir (bien partagé par le public de Jeudi dernier).
Quelle magnifique trouvaille de faire vivre Béralde comme le cauchemar d’Argan! et quel bel instant que Louison arrachée à la salle!
Oui, il y a comme une nostalgie à vous quitter si vite!
À bientôt donc et sachez qu’il me sera difficile de voir Molière autrement, même s’il continue à bien se défendre le Bougre!