Avec Mesguish, où va le Conservatoire national supérieur d'art dramatique ?

Nommé à la tête du Conservatoire national supérieur d'art dramatique, la plus ancienne école nationale de théâtre, l'acteur et metteur en scène Daniel Mesguish semble vouloir mettre à bas l'oeuvre de ses prédécesseurs.

Naguère (1977) , l'arrivée d'Antoine Vitez comme professeur (lorsque Jacques Rosner dirigeait l'établissement) avait entamé une révolution (en gros la victoire des modernes sur les anciens) que plus tard, Marcel Bozonnet allait parachever avant que Claude Straz (metteur en scène et ancien assistant de Chéreau) ne poursuive( jusqu'à sa tragique disparition) cette voie ouverte à bien des vents.

Lieu mythique symbolisé par le film « Entrée des artistes » avec Louis Jouvet, devenu après guerre un temple du théâtre à l'ancienne que symbolisaient des professeurs comme Robert Manuel, le Conservatoire (le » Cons' » comme disent les anciens) depuis Vitez s'était ouvert au théâtre moderne, invitant des professeurs aussi différents que Michel Bouquet, Claude Régy ou… Daniel Mesguish à venir y enseigner. Les concours de sortie (avec prix) laissèrent place à des » journées de juin » où, depuis, la profession peut voir les travaux de sorties des élèves de troisième (et dernière année) après avoir suivi les travaux d'atelier des mêmes tout au long de la saison.

 » Musique, voix et diction »

Bozonnet sut élargir la palette en ouvrant un département » musique, voix et diction » novateur sous l'impulsion d'Alain Zaepffel, en affirmant l'enseignement de l'histoire du théâtre et de la dramaturgie, en multipliant les disciples enseignées (un département cinéma en collaboration avec la Fémis par exemple). Parallèlement, il invita des metteurs en scène français ou étrangers (Grüber, Fomenko et bien d'autres) à diriger des ateliers avec souvent au bout une manifestation publique, tout en favorisant les travaux menées de façon interne par les élèves.

Quand Bozonnet partit diriger la Comédie Française, ce travail de fond fut poursuivi par son sucesseur Stratz. C'est sous l'impulsion de ce dernier que Eric Lacascade a récemment dirigé un formidable atelier autour d'une pièce de Marivaux et que Jacques Rebotier ou le russe Youri Pogrebnichko sont attendus dans la maison.

Cette formation plurielle avait cependant pour socle l'enseignement dispensé par des professeurs dans des classes d'interprétation . En 2006 : Dominique Valadié et Andrzej Seweryn pour les premières années, Cécile Garcia Fogel, Nada Strancar et Daniel Mesguish pour les secondes années, la troisième année étant consacrée à des ateliers. Tout n'était pas parfait mais l'ensemble avait le mérite d'une certaine cohérence.

Claude Stratz , disparu brusquement, un intérim a été assuré par Joël Jouanneau avant l'arrivée de Mesguish nommé comme il se doit par le ministre de la culture sous l'oeil complice du conseiller élyséen à la culture. Mesguish a convoqué un à un les professeurs, disant à certains qu'il mettait fin à leur fonction (c'est le cas de Béatrice Picon-Vallin qui enseignait l'histoire du théâtre), à d'autres qu'il serait bon de prendre un congé d'un an (c'est le cas de deux professeurs dont le CDD aurait été automatiquement transformé en CDI), etc. Ambiance.

Ambiance délétère

Ambiance d'autant plus délétère que Mesguish, sans concertation avec le corps des professeurs ni la moindre discussion avec les (anciens ) élèves, décidait que désormais les élèves des trois années seraient mêlés et répartis dans plusieurs classes d'ensemble sous la houlette d'un maître avec lequel ils resteraient trois ans. Daniel Mesguish étant lui-même l'un de ces six maîtres. La rumeur annonçait parmi les six l'arrivée de Philippe Torreton… Réunissant l'ensemble du personnel et des élèves en fin de semaine dernière, Daniel Mesguish ne confirma pas cette nomination et eut bien du mal à répondre (sinon par des pirouettes dont il sait l'art) aux nombreuses questions précises d » élèves plus que préoccupés.

Quand on sait que Mesguish veut aussi ouvrir une classe de one man show, inviter Régis Debray à venir causer philosophie à des élèves acteurs auxquels on n'enseignera plus l'histoire de leur art, il y a effectivement de quoi se poser des questions. Mais le plus inquiétant c'est l'esprit qui préside à ce chamboulement : mettre en avant le vedettariat, la mythologie du grand acteur, de la vedette médiatique et reléguer aux oubliettes le travail de soutier que doit mettre en oeuvre tout pédagogue. Or une école n'a pas pour vocation de former des » grands acteurs » mais aussi des petits, des humbles, elle doit d'abord développer des sensisiblités, des personnalités et des responsabilités, elle doit éveiller des créativités individuelles et collectives.

Ce que veut faire Mesguish c'est d'abord » former, chercher, faire fleurir l'exception » pour reprendre des mots que Vitez prononçait pour mieux les dénoncer, prônant, lui, à contrario, une » école de groupe » , des » travaux d'atelier » , privilégiant le spectacle ou le fragment de spectacle contre » la scène à passer » car il n'y a rien de tel que la formation de groupe pour former l'individu. Autant de choses que Mesguish semble vouloir supprimer sur l'air de : » en arrière toute » .

Un journal titré » L'aurore » , réalisé par des élèves, circule dans les couloirs et les cours du conservatoire.On y lit, par exemple, en photocopie, les » Douze propositions pour une Ecole » , un texte manifeste d » Antoine Vitez qui, on le voit, n'a rien perdu de son actualité.

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Portrait de hema

De hema

10H30 | 21/12/2007 | Permalien

Oui,on peut sérieusement se demander ou va le conservatoire !
Je suis stupéfaite, et mon imagination m'amène en ces lieux que j'ai fréquenté comme élève il y plusieurs années. Une année j'ai eu Mesguich comme professeur. Et là, professeur rime à merveille avec faiseur, poseur,et séducteur.L » Ambiance délétère était déjà là, au sein des cours même ; il avait les « séduits », les « conquis » au plus prêts du Maître, ces envoûtés qui choisissaient pour lui les futurs élèves.
Il m'apparaissait à l'époque comme un prince avec sa court , aujourd'hui il est roi !
Alors il convoque, il limoge, pas de concertation, pas de discutions. Trois années avec le même prof, quel gâchis ! Les élèves singeront leur maître…
Oui, il va casser le travail de ses prédécesseurs,pour imprimer sa marque ; il a été nommé par ce conseiller de l'Elysée parce qu'il est l'homme qui va faire rentrer le blig ! blig dans cette école ! Même si tout cela est logique, j'ai du mal a y croire.
Alors « veillons et armons-nous en pensée “( ref au spectacle de Hourdin et Chattot)

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