Mitterrand pas concerné par Ndiaye : Malraux, lui, avait défendu Genet

Le courage n'est pas le mot qui caractérise le mieux le nouveau ministre de la culture. On vient d'en avoir une nouvelle preuve ce jeudi matin en écoutant France Inter, qui relayait une interview de Frédéric Mitterrand réalisée par France Bleu Isère.

Depuis Berlin où elle vit actuellement, l'écrivain français Marie NDiaye avait cru bon de faire appel là son ministre de tutelle (par ailleurs écrivain occasionnel) pour qu'il s'exprime sur les propos tenus accusatoires par Eric Raoult à son endroit.

Le silence valant complicité avec l'accusateur (lequel souhaitait également que le ministre prenne position), Frédéric Mitterrand devait parler tôt ou tard.

Il l'a donc fait. Comment ? En bottant en touche. En adoptant une non-position, comme souvent depuis qu'il est à un poste qui consiste à ne pas prendre parti, à opter courageusement pour ni-ni, ou à réfléchir indéfiniment sur la question. Bref, à s'abriter derrière un paravent.

Ça ne le « concerne » pas en tant que ministre. Alors à quoi sert-il ?

D'un côté, il a assuré que l'écrivain lauréate du prix Goncourt pouvait s'exprimer comme elle le souhaitait (dans un pays démocratique, cela frise la tautologie). De l'autre, il a parlé de son « ami » Eric Raoult, lequel, lui aussi, a le droit de s'exprimer, de dire ce que bon lui semble. Y compris de tenir des propos qui vont à l'encontre de la liberté d'expression dont se prévaut le ministre…

Pire, le ministre a dit qu'en tant que tel, il n'avait pas « à arbitrer ». Ajoutant : « Ça me regarde en tant que citoyen, mais ça ne me concerne pas en tant que ministre. » Si ce n'est pas son job de monter au créneau quand la liberté de paroles des créateurs est mise en danger à quoi sert un ministre de la Culture ?

Ce n'est pas la première fois que Frédéric Mitterrand s'abrite derrière un écran de fumée. Ça s'appelle de la lâcheté.

Comment ne pas songer à un autre ministre de la Culture du même camp qui, lui, ne s'est abrité derrière aucun paravent pour, en son temps, défendre « Les Paravents » de Jean Genet à la tribune de l'Assemblée nationale.

Le Journal officiel du 27 octobre 1966 rapporte les propos qu'André Malraux a tenu lors de la séance de la veille (ils ont été publiés dans « La Bataille des paravents », aux éditions Imec).

L'UMP de l'époque, qui s'appelait UNR et UDT, tire à boulets rouges sur la pièce de Genet. La commission des finances a déjà opéré une réduction symbolique des crédits affectés au théâtre de France (alias le théâtre de l'Odéon, dirigé par Jean-Louis Barrault et où la pièce a été créée) pour protester contre la représentation des « Paravents » dans ce théâtre national.

Malraux : « La liberté n'a pas toujours les mains propres »

A la tribune, on discute d'amendements supplémentaires pour réduire davantage le budget de l'institution. Les députés disent que le spectacle des « Paravents » insulte la France, l'armée française, les enfants morts pour la France en Algérie…

C'est du lourd, et non du pipi de chat, comme les propos de monsieur Raoult. Malraux entend tout ça et monte à la tribune :

« La liberté, mesdames et messieurs, n'a pas toujours les mains propres. Mais quand elle n'a pas les mains propres, avant de la passer par la fenêtre, il faut y regarder à deux fois. »

Superbe non ? Et plus loin :

« Genet n'est pas plus antifrançais que Goya anti-espagnol. Vous avez l'équivalent de la scène dont vous parlez dans “Les Caprices”… »

Imparable ! Prenez-en de la graine, monsieur Frédéric Mitterrand, vous qui condamnez les libres paroles d'un rappeur et ne condamnez pas les propos imbéciles et votre « ami » Raoult.

46 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

  • Téléchargez votre photo sur votre page perso. Elle apparaitra à côté de vos réactions.
  • Merci de respecter la charte des commentaires, sans quoi nous nous réservons le droit de supprimer votre réaction.
  • Les commentaires sont fermés après quatre jours.
Portrait de lavoine

à lancetre Portrait de lancetre De lavoine

région parisienne | 18H32 | 12/11/2009 | Permalien

et moi je vous naze le mort-vivant.

Portrait de chienlit le retour

à lavoine Portrait de lavoine De chienlit le retour

à temps plein | 23H41 | 12/11/2009 | Permalien

Ah, on la voit bien votre famille de pensée, Lavoine, toute en jurons militaires, en réflexions gaillardes, avec votre ami Roger64000 vous formez une paire de choc, qui sait, peut-être étiez-vous dans le même régiment d'élite ? Quoiqu'il en soit, vous faites du bon boulot, on vous tirera gentiment l'oreille pour cela, mais vous permettrez à un partisan de la faible gauche de vous dire son point de vue, précisément sur la question de l'abstention.
Car les abstentionnistes existent, ne vous déplaise.
A titre personnel, sachez que je fais rarement partie de leur catégorie, surtout lorsque je considère qu'il y a en face de nous des Lavoine et des Roger très déterminés, peu sujets aux doutes et, le plus souvent malheureusement, roués au maniement des armes. Car nous parlons bien de prise du pouvoir, n'est-ce pas ? Le modèle démocratique semble vous convenir (c'est une demi-surprise), tant mieux, il me va aussi, mais il est menacé lorsque le nombre des abstentionnistes augmente. Voyez-vous Lavoine, vous ne devriez pas négliger cette question là, parce que les abstentionnistes au fond, ce sont assez souvent des gens qui regrettent de ne rien trouver de solide dans l'offre politique d'une époque et le danger, c'est que ces gens-là décident de pallier eux-mêmes à l'incurie de la classe politique, juste pour que s'arrête ce spectacle désolant.
Désolant, oui, un ministre de la culture pusillanime, et le fer de lance de la politique des charters recruté parmi les anciens conseillers économiques de Ségolène Royal, voilà le raout auquel nous sommes conviés... Reconnaissez qu'il est bien difficile de ne pas s'abstenir dans ces conditions alors, lorsque j'entends des voix qui s'élèvent, comme celle de Marie N'Diaye, je comprends que ce sont ces voix-là qui font vivre une démocratie peu reluisante par ailleurs.

Portrait de Compte supprimé le 13 novembre

à chienlit le retour Portrait de chienlit le retour De Compte supprimé le 13 novembre

Observateur | 11H27 | 13/11/2009 | Permalien

permmettez moi de rigoler .....
", lorsque j'entends des voix qui s'élèvent, comme celle de Marie N'Diaye, je comprends que ce sont ces voix-là qui font vivre une démocratie peu reluisante par ailleurs.. "
La démocratie ...elle devrait l'installer dans sa pseudo république du Sénégal ....qu'elle s'occupe plutôt de son pays encore à la charge de la France dans le cadre de l'aide au développement ...
Quand on a besoin du pognon des autres , on se la ferme ou on dit merci la France ...
Parce qu'en matière de démoncratie , entre la France et cette république islamiste du Sénégal ... le choix est vite fait ...
Parce que le jour où tous les français vont savoir que l'Afrique et autres , coutent 9 milliards d'euro par an ... je pense qu'il va y avoir du recadrage assez violent ...
patience camarade ... ça va chauffer bientôt ...

Portrait de tilou_

à Compte supprimé le 13 novembre Portrait de Compte supprimé le 13 novembre De tilou_

Chat de garde | 11H29 | 13/11/2009 | Permalien

"Marie NDiaye, née le 4 juin 1967 à Pithiviers dans le Loiret," le Loiret serait-il au Sénégal?
D'autre part, vous ne risquez pas d'écrire comme elle, permettez- moi de le dire!
Permettez un seul m, même dans les Basses Pyrénnées!

Portrait de Valdo Lydeker

à lavoine Portrait de lavoine De Valdo Lydeker

journaliste, auteur | 11H45 | 13/11/2009 | Permalien

sur le "mort aux cons", je vous rejoins tout à fait. C'est sur les chiffres que je diverge: ils ne seraient pas tout à fait 53%...

Portrait de lavoine

à caro Portrait de caro De lavoine

région parisienne | 17H50 | 12/11/2009 | Permalien

quant au chèque, faut bien comprendre le pactole que représente le Goncourt en termes sonnantes et trébuchantes d'édition. N'Diaye ne représente qu'elle-même c'est à dire pas grand'chose, une expatriée bling-bling à Berlin, la capitale du boboland.

Portrait de spin590

à lavoine Portrait de lavoine De spin590

18H12 | 12/11/2009 | Permalien

L'étron dont vous parlez, fut posé en août 2009 dans un article des Inrock.

Bien avant que quiconque pense à lui attribuer le Goncourt.

Par ailleurs, elle insulte moins les français que ceux qui sont partis à l'étranger pour éviter de participer à la solidarité nationale (Halliday, Prost, Mulliez pour ne citer que ceux la).
Elle explique simplement pourquoi elle a décidé de s'expatrier : l'ambiance socio-économique créée par les dirigeants de son pays ne lui plaisait pas.

Portrait de lancetre

à spin590 Portrait de spin590 De lancetre

18H19 | 12/11/2009 | Permalien

Je vous tope pour le principe, mais ne perdez pas votre temps !

Don't feed the troll !

Portrait de tlaloc

De tlaloc

Retraité | 18H18 | 12/11/2009 | Permalien

Comparer Malraux et F Mitterand, F Mitterand ce n'est pas celui qui est arrivé grâce à son nom?

Portrait de lancetre

De lancetre

18H21 | 12/11/2009 | Permalien

Ministre de la culture de Nicolas Sarkozy: cela dit tout !

A quoi d'autre pouvait-on s'attendre ?

Portrait de arumbaya

De arumbaya

18H23 | 12/11/2009 | Permalien

Très bel article... Merci ! Oui le ministre de la culture est lâche et "l'écrivain occasionnel" ne sait pas ce que veut dire "solidarité"

Portrait de Keldan

De Keldan

Polytoxicomane à temps partiel | 18H24 | 12/11/2009 | Permalien

Putain, ça craint vraiment ce pays si on doit aller chercher un mec mort depuis un tiers de siècle pour trouver un ministre de la culture qui a dit un truc intelligent...

Remarquez, c'est du niveau de la culture française. Un type sort une réflexion méchante sur une écrivain, et celle-ci court se réfugier dans les jupes du ministre.
Du coup, je me demande qui a vraiment écrit son livre si elle n'est pas capable de répliquer d'une manière à la fois élégante et incisive.
Quoi qu'avoir écrit un livre n'est pas un critère pour toucher le Goncourt, puisqu'il suffit de vendre un livre.

Franchement autant de foin pour une histoire aussi insignifiante c'est ridicule. Raoul c'est un keum de l'UMP, il dit des trucs d'UMP, genre "zyva traite pas ma france", c'est ce qu'on attend de lui sinon il serait pas de droite. En plus suffit qu'il soit UMP tendance raciste, alors c'est encore moins surprenant.
Ça va être quoi la prochaine fois ? Être offusqué par Besancenot qui dit ne pas aimer les banquiers ?

En plus la liberté d'expression marche dans les deux sens.
L'auteur peut dire qu'elle trouve le gouvernement gerbant, du coup un mec de l'UMP a parfaitement le droit de dire qu'elle ne doit pas dire ça.
Je ne vois pas pourquoi l'un a le droit d'exprimer son avis et pas l'autre (non, être de droite n'est pas une raison pour se faire censurer, même si c'est tentant :D)

Portrait de amonhumbleavis

à Keldan Portrait de Keldan De amonhumbleavis

auvergnate mais aussi auvergnate | 19H12 | 12/11/2009 | Permalien

non non vous vous trompez sur les circonstances et sur les personnages, ce qui change absolument tout!

ce n'est pas un type, c'est un député
et c'est lui qui pleure dans les jupes du ministre...

Interessez-vous au sujet avant de commenter.

Portrait de Keldan

à amonhumbleavis Portrait de amonhumbleavis De Keldan

Polytoxicomane à temps partiel | 10H07 | 13/11/2009 | Permalien

et c'est lui qui pleure dans les jupes du ministre...
Depuis Berlin où elle vit actuellement, l'écrivain français Marie NDiaye avait cru bon de faire appel là son ministre de tutelle
hum...
je ne sais pas trop qui doit s'intéresser le plus des deux...

Et il a beau être député, ça ne signifie rien. C'est quoi un député, c'est juste un type qui peut raconter sa life et ce qui lui passe par la tête devant des journalistes, juste un keum qui a serré des paluches et léché des cul dans un bled à la con.
Il parait que ça peut aussi représenter le pays et décider de la législation, mais ça c'est seulement dans la théorie, vu qu'ils racontent ce qu'ils veulent et que c'est le gouvernement qui décide de tout depuis toujours...

Portrait de amonhumbleavis

à Keldan Portrait de Keldan De amonhumbleavis

auvergnate mais aussi auvergnate | 11H16 | 13/11/2009 | Permalien

bon bah vous n'avez pas suivi l'histoire.
Lisez les autres articles de la rue, si elle en appelle au ministre c'est qu'elle souhaite le voir répondre à la demande de E. Raoult (au ministre) de la museler suite à son prix goncourt.

Mais bon j'aurais dû voir au ton de votre premier commentaire, que vous êtes plus fort que tout le monde et que vous connaissez tout mieux que tout le monde.

Sur votre discours "un député c'est un type lambda", je préfère ne pas vous répondre.

Portrait de egide

De egide

Littéral | 12H37 | 15/11/2009 | Permalien

M. Frédéric Mitterand est le premier politique en charge des affaires culturelles à avoir fait métier de produire des spectacles de genre, historiques ou biographiques, de personnages à la notoriété communément répandue voire des personnalités très célèbres ou emblématiques d'une époque.

Si cela est un métier, ce n'est pas un métier ni d'inventeur ni de créateur, encore moins un métier d'art.

Au mieux c'est une sorte d'artisanat de la vulgarisation sinon cela ressort surtout de la compilation d'anecdoctes dont l'insignifiance a cette qualité qui rend les récits tellement « vrais ».

Frédéric est un professionnel du spectacle. C'est un homme de corporation. L'agenda et et le carnet d'adresses sont les indépassables outils de la profession. On y a des « amis »

Dans un pays comme la France où l'esprit d'inventivité est surtout réservé pour le montage de dossiers qui justifieront l'aide publique, indispensable sésame pour mener à bien tout projet multimédia avec des moyens décents, il faut des « amis ».

On constate simplement que Frédéric Mitterand a beaucoup « amis » y compris parmi des élus de droite, ce qu'on ne saurait lui reprocher.
Mais ses interventions ministérielles vont d'abord en faveur de ses amis avant toute autre considération, même culturelle.

Je ne sais pas si cette apparente « indiférence » à la chose culturelle vaut pour un neutralité arbitrale ou, si les valeurs de l'amitié tient de nouveau paradigme pour les affaires culturelles et artistiques.

Si cette dernière hypothèse devait se confirmer alors on pourra parler du ministère de la Communication Amicale, ce qui ne manquerait pas de gueule en ces temps d'identités incertaines.

S'il pouvait leur demander « gentiment » « amis » politiciens de ne pas se mêler de culture et d'arts ni de « menacer » de rétorsion les créateurs surtout ceux qu'on prime non sans quelques bonnes raisons :

Toute récompense n'est pas prébende républicaine qui vaudrait de rendre, rubis sur l'ongle, la récompense de la distinction qui n'a rien d'honorifique, sous la forme de discours por-gouvernementaux, ou, au pire; de mettre sous le boisseau d'un consensualisme de façade, à l'étranger, toute opinion qui ne ferait pas accroire que nous sommes, entre Français, membres d'une « famille » nationale et républicaine.
Même les descendants des indigènes des anciennes colonies.

Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89

Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)

Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)

En savoir plus

Accrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.

123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque

Connectez-vous pour entrer votre code