« Mary Stuart » au TGP, pièce que la classe politique ne doit pas rater

La pièce "Marie Stuart" au théâtre Gérard-Philippe, de Saint-Denis (Pidz)

Deux reines s'affrontent. L'une est au pouvoir, l'autre le fut. Apre combat. Dans cette version nouvelle de la pièce de Friedrich Schiller « Mary Stuart » mise en scène par Stuart Seide, tout vole haut. Les mots, les tourments, le jeu des acteurs.

Comme un strip-tease de l'être politique

Comme le spectacle a été créé à Lille (au théâtre du Nord que dirige Stuart Seide), au pays de la reine Martine, difficile de ne pas penser à l'autre reine, déchue, en son royaume de Poitou Charente. Cette grande pièce -admirablement traduite, revivifiée et adaptée par Stuart Seide et Eberhard Spreng- explore à la loupe de bout en bout le comportement de ce que l'on pourrait appeler « l'être politique ».

Ce spectacle devrait être vu non seulement par Ségolène Royal et Martine Aubry mais par tous nos députés et sénateurs, tout le gouvernement et toute l'opposition, porte-parole en tête.

Tous y prendraient une leçon de savoir-dire. Ajoutons que dans le cadre de ses cours accélérés en matière culturelle, le chef de l'Etat gagnerait à assister à cette soirée. En plus c'est dans le 93, bonus sur toute la ligne.

L'anglaise Elizabeth Ier a envoyé l'Ecossaise catholique Mary Stuart qui complotait contre elle, à la tour de Londres. L'une ne veut pas mourir, l'autre hésite à signer l'acte d'exécution. On peut aussi lire en filigrane toute l'affaire Clearstream.

Mais là où notre roitelet, toujours trahi par ses mots non contrôlés, lâche le mot « coupable », la reine de Schiller, qui n'en pense pas moins, affronte de front lady Mary Villepin et lui assène :

« Vous êtes à votre place, Lady Mary !
Je loue et remercie la grâce de mon Dieu
Qui n'a pas voulu que je me retrouve à vos pieds
Comme vous à cet instant, vous vous retrouvez aux miens. »

Ah comme on aimerait que Sarko parle ainsi à la télévision dans un face à face avec son adversaire vaincu. Ou qu'en direct au JT la reine déchue Ségolène s'adresse ainsi à la reine mal élue Martine :

« Ne restez pas là, rude et inaccessible,
Comme un rocher auquel le naufragé cherche
En vain à s'agripper dans son combat désespéré.
Tout, ma vie, mon destin, dépend
De la force de mes mots, de mes larmes.
Déliez mon cœur pour que je touche le vôtre ! »

L'heure de vérité

On peut résumer l'enjeu de la pièce à deux répliques : « Oh ! Ce droit de malheur est, / A lui seul, l'origine de toutes les souffrances » dit la reine.. « Je crains que mes jours /Ne soient comptés et je me vois déjà/ Comme une mourante » présage sa prisonnière.

Toute une cour d'hommes va s'agiter -avancer des arguments plus ou moins sincères, mentir, tenir un double langage, pratiquer la langue de bois- autour de ces deux femmes (effet renforcé par la façon dont Seide monte en parallèle les deux premiers actes de la pièce, chaque acte étant consacré à une reine).

Cela va jusqu'à friser le boulevard quand Leceister est coincé entre l'amour qu'il porte ou dit porter à l'une et l'autre.

Ces hommes font penser à ces entraîneurs qui, au coin du ring, conseillent le boxeur entre deux rounds. Mais au moment du combat, les adversaires sont seuls. C'est ce qui se passe dans la pièce de Schiller lorsque les deux reines se retrouvent face à face.

Deux belles bêtes de scène

Moment magnifique qui doit beaucoup -comme tout le spectacle- aux deux actrices, deux bêtes de scène (mais toute la distribution est de bonne tenue). L'une sombre, reine tourmentée et solitaire, Cécile Garcia-Fogel. L'autre calculatrice puis, n'ayant plus rien à perdre, abattant superbement son jeu, Océane Mozas.

L'une dans des tenues rouges de plus en plus hiératiques, l'autre finissant par attendre la hache qui lui coupera le cou dans une simple tenue immaculée (costumes Fabienne Varoutsikos).

La sobre scénographie de Philippe Marioge contribue à la clarté du spectacle. Avant l'affrontement, le sol s'ouvre et apparaît un champ de terre. C'est les pieds sur la terre que les deux reines s'affrontent à mains nues.

La parole est à la solitude du pouvoir

La pièce "Marie Stuart" au théâtre Gérard-Philippe, de Saint-Denis (Pidz)La fin de la pièce approche. La reine doit signer l'acte d'exécution. « Qu'on me laisse seule avec moi-même ». Elle demande aux « hommes » dont elle n'attend « ni conseil ni consolation » de sortir, mais tout de même, mi-femme, mi-reine, elle demande à l'un d'entre eux de ne pas trop s'éloigner. Et reste seule.

Magnifique moment où l'actrice sans filet parle de l'exercice solitaire du pouvoir. En des vers qu'aurait aimé écrire François Mitterrand :

« Oh, l'esclavage de servir son peuple !
Servitude Honteuse
Je suis fatiguée de devoir flatter cette idole
Qu'au fond de moi je méprise !
Quand vais-je enfin être libre sur ce trône ?
Je dois respecter l'opinion, courtiser
La faveur de la foule, donner raison à une plèbe
Qui n'aime que le bonimenteur.
Ah ! Il n'est pas roi, celui qui doit Plaire au monde !
Pour être roi il ne faut demander Les applaudissements de personne. »

Mais nous sommes au théâtre, alors applaudissons tous les artisans de ce spectacle magnifique.

Marie Stuart au théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis - jusqu'au 18 oct. - les lun, jeu, ven 20h, sam 19h, dim 16h - 6€-20€ - Rens. : 01-48-13-70-00 - pour les Parisiens intra-muros, navette gratuite tous le soirs jusqu'au Châtelet à l'issue de la représentation.

Marie Stuart de Schiller dans la version de Stuart Seide et Eberhard Spreng , aux éditions La Fontaine, 108p, 12€

Photos : la pièce « Marie Stuart » au théâtre Gérard-Philippe, de Saint-Denis (Pidz)

4 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de pomme53

De pomme53

Médiation | 18H32 | 30/09/2009 | Permalien

 » en ma fin gît mon commencement ! »
Marie STUART s'était fait broder sur sa robe cette pensée à la suite de son arrestation en 1568 par les sbires de la reine Elisabeth.
Cette « pensée » inspirerait-elle aujourd'hui l'une de nos deux jouvencelles socialistes ! ?

Portrait de General Subverciòn

De General Subverciòn

kouign aman délocalisé | 19H25 | 30/09/2009 | Permalien

c'est rapport avec la fin de son histoire,le lien avec les politiques de maintenant ? moi je ne salirais même pas une hache pour les raccourcir…par respect pour les haches…

Portrait de Laffreux Jojo

De Laffreux Jojo

penseur libre | 07H18 | 01/10/2009 | Permalien

La classe politique peut-être, tous les autres feront mieux de rester chez eux, à moins qu'ils aient besoin d'une bonne dose de sommeil.
Seide, mon Dieu (façon de parler)… encore un qui fait du théâtre à papa… Stuart Seide encore un fonctionnaire de la culture indéboulonnable qui sévit depuis des lustres. Y en a marre !

Portrait de kronprintz

De kronprintz

23H14 | 01/10/2009 | Permalien

Quand est-ce que l'Affreuxjojo cessera de marquer J.P. Thibaudat à la culotte ?

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