Le Laboratoire d'Aubervilliers : un théâtre permanent et gratuit
Tout l'été ils ont joué tous les jours. Ou presque. Pas dans un festival, pas dans un théâtre climatisé, pas à Paris. Mais à Aubervilliers, et cela depuis le début de l'année. Après « Lorenzaccio », « Tartuffe » et « Bérénice », c'est au tour de la rebelle « Antigone ». Viendront pour clore l'année « Hamlet » et « Woyzeck ». Un an de théâtre permanent, ouvert tout le temps à tous et gratuit.
Ce n'est pas un pari. Mais un rêve tangible, une utopie concrète que Gwénaël Morin et sa bande sont en train de vivre magnifiquement aux Laboratoires d'Aubervilliers.
L'urgence d'un théâtre permanent
A cinq minutes du métro Aubervilliers-Quatre chemins, une enseigne au 41 rue Lécuyer : « théâtre permanent » écrite à la main. Comme dans l'urgence. Tout semble d'ailleurs fait dans l'urgence : le texte de la pièce en cours collé sur le mur de l'entrée, le panneau où l'on s'inscrit pour les ateliers du matin avec un des comédiens de la pièce jouée le soir à 20 heures.
Idem pour le décor de la pièce réduit à des accessoires : de l'adhésif et du carton pour façonner les casques, une silhouette de corbeaux affichée, une couronne royale et des panneaux où l'on lit le déroulé de la pièce et la généalogie familiale des héros (chez les Grecs on s'y perd toujours).
Et un peu de bois bon marché pour fabriquer une sommaire palissade, tenant lieu de tombeau au besoin, derrière laquelle les acteurs vont changer au besoin de personnage.
Pas de jeux de lumière ni de bande son chiadée
Ils sont six à tout casser pour tout jouer. Autant dire que, côté sexe, cela valse : le roi Créon joué par une femme (étonnante Virginie Colemyn), Antigone et sa sœur Ismène par des hommes (énergiques Renaud Béchet et Julian Eggerickx, chacun joue plusieurs rôles).
Autant dire que toutes ces pièces sont plus ou moins adaptées, celle-ci « d'après l'Antigone de Sophocle ». Autant dire enfin qu'il n'y a pas de « jeux » de lumière ni de bande son « chiadée », évidemment pas de frais de décor autres que ceux de l'aménagement sommaire de l'espace existant : l'une des pièces des Laboratoire d'Aubervilliers et le vague jardin attenant où tout l'été le « Théâtre permanent » a donné en plein air « Bérénice » puis, depuis le 1er août, « Antigone » à l'affiche jusqu'au début de l'automne.
C'est du théâtre brut. En prise directe. Qui fait corps avec son mode de production. Et transforme ce coin excentré d'Aubervilliers en pendant urbain de la mythique place de village où Peter Brook et ses acteurs, lors de leur périple africain, s'arrêtaient pour jouer avec trois fois rien.
Le théâtre tutoie le réel, et, l'histoire d'Antigone -cette effrontée qui tient tête au roi Créon et en appelle aux dieux- fait tilt, sans que le spectacle n'en dise rien, avec le mouvement des désobéisseurs de l'Education nationale, pour citer un exemple. Le théâtre est là comme poreux.
Pas de frontière, pas de tri
On pense à la formidable efficacité d'un théâtre hautement populaire à la fois amateur et codé comme le tazieh iranien par exemple, où une poignée de paille, dit le sable du désert, où la pastorale qui chaque année du côté de la Soule, investit tout un village du pays basque.
On pense tout autant aux épée de bois et au « comme si » de tous les enfants qui font partout du théâtre impromptu, un théâtre du côté de la vie. Le spectacle du soir n'est qu'un moment de la démarche qui commence le matin par :
« Des ateliers de transmissions pour donner la possibilité à des amateurs d'expérimenter par la pratique des formes théâtrales dont ils auront été spectateurs lors des représentations du soir. »
Chaque après midi est répété le spectacle suivant (actuellement « Hamlet » retraduit et adapté par Joris Lacoste). La gratuité de l'accès au lieu et au spectacle.
Gwénael Morin, à l'initiative de cette aventure, signe la mise en scène des spectacles, joue et, chaque soir, debout sur l'unique table du bar des Laboratoires d'Aubervilliers, convie les spectateurs à prendre place sur le gradin. Il explique comment fonctionne le Théâtre permanent :
« Pas de frontière, pas de barrière, pas de tri. Mon objectif est de faire du théâtre un lieu où vivre une expérience de la relation à l'autre, une expérience politique qui ne peut se réaliser que dans un rapport approfondi de production et d'échange sur une longue période au même endroit. C'est la raison d'être du Théâtre permanent. »
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De Guy Valte
10H45 | 04/09/2009 |
En ce genre de choses, je crois.je croix, je croa,
ça me botte.
Merci d'en parler Msieur Thibaudat
De tweesty
Polytechnicien de surface | 13H29 | 04/09/2009 |
Merci du tuyau, je vais aller voir…
Il est encore nécessaire de rappeler que la culture appartient à tous mais qu'elle n'est hélas pas la chose la mieux partagée.
En plus, là bas, on est sûrs de pas croiser Albanel…
De JadotA
stable | 22H21 | 04/09/2009 |
Saluons cette initiative albertivillarienne.
C'est un blog théâtre anti-Hadopi, genre.
De pikasso02
22H35 | 04/09/2009 |
Je plagie les paroles de Gwénael Morin :
« Pas de frontière, pas de barrière, pas de tri. Mon objectif est de faire du dessin un lieu où vivre une expérience de la relation à l'autre, une expérience politique qui ne peut se réaliser que dans un rapport approfondi de production et d'échange sur une longue période au même endroit. C'est la raison d'être de mon blog permanent pikasso02 sur Google depuis 2005. »
Merci Gwénael Morin ! Mon travail est aussi passionné et passionnant que le vôtre. Le vôtre est vivant. Plus social que le mien qui appartient au virtuel, mais aussi au spectacle.
Théâtre et dessin ne doivent pas mourir faute de spectateurs.
De OralH
we are one | 16H42 | 05/09/2009 |
et à noter que la saison de l'Opéra de Paris démarre justement avec le Wozzeck d'Alban Berg, d'après le Woyzek de Büchners. En plus il faut savoir qu'il y a moyen d'avoir des places à 5 ou 10 € et que l'on peut se replacer au moment où vous êtes TOUS priés d'éteindre vos portables. Donc, vu que mon premier amour va à l'Opéra, j'irai aussi voire le Woyzeck d » Aubervillier. A signler également que Cristof Warlikovsky met en scène à l'Odéon un Tramway nommé désir, que j'attends avec impatience, vu les M.E.S. de génie qu'il a pu nous donnet à Bastille avec pour la saison dernière, « L'affaire Makropoulos » de Janacek, et « Le roi Roger » de schimanovsky.
De pikasso02
21H59 | 07/09/2009 |
Cinq commentaires pour le théâtre gratuit. C'est peu.
Le théâtre ! Le théâtre !
Mais à quoi ça sert ?
Monsieur Thibaudat je plaisante mais suis un peu triste.