L'actrice Céline Milliat-Baumgartner effeuille le strip

strip tease

« Striptease », c'est le titre du spectacle créé et joué (seule en scène) par Céline Milliat-Baumgartner. Un genre donne son nom à un spectacle. Samuel Beckett avait en son temps écrit une pièce titrée « Comédie ». D'ailleurs « Striptease » est aussi une comédie. Et un exquis feuilletage d'effeuillages.

Toute actrice qui se « met à nu » devant son public s'adonne à un certain striptease même si son corps n'est pas ou n'est que partiellement dévoilé. Etre stripteaseuse est par ailleurs un métier reconnu d'utilité publique comme celui de docker ou de vendeur de cravates. C'est cela que raconte l'actrice (qui ne manque pas de chien ni de boa) prénommée Céline. A la fois une brève histoire, une anthologie voire une anthropologie du striptease. Raconté par une actrice qui sait nous surprendre au bord du geste éculé.

Caressée par les projecteurs

Tout y passe. Le rapport au public fait de séduction et de provocation et tout autant de dérision. Voyeurs (forcément) d'un côté, voyante (et elle a l'œil) de l'autre. Complicité à tous les étages. « On est bien là, non ? » La phrase revient, me semble-t-il, plusieurs fois. Oui elle est bien là. Bien dans sa peau, son corps, caressée par les projecteurs, souriante, épanouie, ravie. Espiègle aussi. Avec des étonnements à la Liza Minelli.

Elle dévoile tout : l'origine du mot striptease, la première femme (une chanteuse) qui s'y est adonnée par inadvertance puis par plaisir. Suit, en forme d'hommage et de filiation, un fabuleux inventaire (texte signé Cédric Orain qui signe aussi la mise en scène) égrenant les noms souvent extravagants d'une pléiade de stripteaseuses, de Foufoune Darling à Bonita Super en passant par Rita Renoir, « la tragédienne du strip » comme le dit Céline Milliat –Baumgartner.

Du tout au trou

Elle dit aussi le trou qui est au centre de tout, à travers un texte qui lui fait penser aux explorations de Pierre striptease photos Denis ArlotMeunier (présent dans la salle le soir de la première).

Et puis, vient le boulot à la barre. Le travail posté de la stripteaseuse. Harassant, épuisant. Elle lance son corps sur la barre d'acier, s'enroule, monte, s'écroule, recommence. Sisyphe strip. Une fatigue non feinte du corps qui s'épuise, se vide, à vue.

On est bien là, non ?

Reste le dernier éclat solaire du corps nu, allongé, soufflant. Et ces mots « On est bien, là ». Oui, elle est bien là. Très bien.

Avec deux autres spectacles (« Crave » de Sarah Kane dans une mise en scène de Sophie Lagier et « Blanche-Neige » de Robert Walser dans une mise en scène de Sylvie Reteuna), « Striptease » vient d'ouvrir le festival Trans 09 au Théâtre de la Bastille.

A tout Trans

Une manifestation proposée par Jean-Michel Rabeux et Clara Rousseau réunissant onze spectacles « qui nous bouleversent et qui, de ce fait, ont du mal à se faire voir ailleurs. S'il n'y avait pas ces spectacles, et ceux là seulement, il n'y aurait pas Trans », expliquent-ils. Trans est aussi un collectif réunissant le compagnonnage de trois metteurs en scène (Sophie Lagier, Cédric Orain et Sophie Rousseau).

Bref côté Trans on ne foule pas des sentiers battus. On cherche, on trouve, on bute, on ne se rebute pas. On attaque le théâtre à mains nues par la face Nord, on n'a pas froid aux yeux, on y va. Ils y vont. Allez y.

Festival Trans - au Théâtre de la Bastille - trois ou quatre spectacles par jour, et aussi des rencontres professionnelles, des lectures, des transbuffets à partager avec les artistes, un débat sur le nu, etc. Sans oublier, le 23 juin, une Nuittranserotic - Programmes détaillé et horaires sur les sites du Théâtre de la Bastille et de Jean-Michel Rabeux - Tél. : 01 43 57 42 14 - Jusqu'au 28 juin.

Photos : Denis Arlot

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Portrait de Sophie Verney-Caillat

De Sophie Verney-Caillat

Rue89 | 00H54 | 18/06/2009 | Permalien

Bon, allez, je commence puisqu'aucun riverain n'a osé et que j'en reviens tout juste.
Qu'on est loin de la pub Espace max qui tourne en ce moment sur Rue89 et de la femme objet que l'on imagine dans une boite glauque (ou pas) devant des mecs aux yeux brillants, bavant légèrement de n'avoir pas payé assez pour consommer le plaisir jusqu'au bout.
Là, Céline Milliat-Baumgartner (dont on avait remarqué la propension à vivre la nudité dans « L'homosexuel ou la difficulté de s'exprimer », de Copi, mis en scène par le même Jean-Michel Rabeux qui organise le festival Trans) nous manipule, elle fait de nous ses sujets, force notre respect, nous mène à la baguette. Oscillant entre des tons badin, enfantin, manipulateur, elle nous pousse à explorer la curiosité de notre désir, qui est autant possession que destruction. Mais toujours elle garde la main.
Car de son strip elle maitrise tout. Nos émotions elle joue avec, les fait monter crescendo jusqu'à un orgasme qui nous fait mal pour elle tant elle donne de son corps à cette barre de danse. Combien de fois tourne-t-elle autour de cet objet, symbole du mâle que tel un serpent elle envenime ? Peut-être autant de fois et aussi différemment que tous les prénoms de stars (120) du striptease qu'elle égrène. Ces filles de joie dont il n'est resté dans le souvenir des hommes que l'idée d'un plaisir possible.

Portrait de Philippine7

De Philippine7

Cadre | 17H02 | 19/06/2009 | Permalien

Superbe spectacle, et démarche intelligente de la part de Céline Milliat-Baumgartner, qui en avait marre que « les metteurs en scène demandent souvent de jouer à poil »

A voir et réfléchir sur la femme objet !

Portrait de Guy-un soir ou un autre

De Guy-un soir ou un autre

07H10 | 21/06/2009 | Permalien

C'est spectaculaire, intelligent, audacieux !
Tout est très sensuellement montré et démontré…Et à intelligemment déshabiller le regard du spectateur : c'est au bout du compte la strip-teaseuse- la question de la réalité de son désir - qui se dérobe à nos regards !

http://unsoirouunautre.hautetfort.com/archive/2009/06/18/striptease.html

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