Portrait décoiffant de Lady Di en pièce montée

laissez moi seule

Les derniers mots de Lady Di auraient été « laissez-moi seule » et c'est le titre que Bruno Bayen donne à la pièce qui met en scène cette princesse disparue dans « la forêt de l'Alma. » C'est en voyant ses obsèques à la télévision, comme des millions de citoyens du monde, que l'envie d'écrire sur ça lui est venue.

Duch, 2CV, Duchesse

Bayen n'est pas Shakespeare (il n'y en a qu'un) et l'histoire de la cour d'Angleterre n'est plus ce qu'elle était. Avant on se tuait, on s'étranglait, on se pendait entre maris, femmes, amant(e)s, cousins. Aujourd'hui on divorce, on donne des interviews, on soigne son image. Mais on couche toujours en famille ou entre amis.

Dans la pièce, parlant de Duch (c'est ainsi qu'on surnommait Diana enfant), Arthur (dernier prénom du prince Charles) résume la situation à son amante Girlfriday (c'est ainsi que le prince Charles surnomme Camilla Parker Bowles) en ces termes :

« Sa sœur anorexique a flirté avec moi, ton mari, qui est un athée sexuel, a flirté avec ma sœur, ton arrière-grand-mère couchait avec mon trisaïeul, nous deux, après ton mariage, recouchons ensemble depuis la mort de mon oncle. »

Le Ritz brille comme un gros diamant

Hormis ces personnages ayant existé, les autres sont plausibles : Tété, une amie de collège (en Suisse) de Duch, deux types chargés des écoutes (un vieux de la vieille nommé prénommé Adam qui en pince pour une jeunette, Diana passant la flambeau à un jeunot) flanqués d'une certaine Jessica, deux frères embaumeurs italiens, et, à l'heure de l'enterrement, un chœur de trois fleuristes.

La pièce est curieusement composée : quatre prologues et un intermède, pour suivre l'année (fatale) 1997, et enfin quatre épilogues. Aucun suspense : on sait comment cela se termine. Le mot Ritz brille comme un gros diamant et attire comme un aimant. Il fait son entrée dès la première scène lorsque, au collège, Duch, qui n'a pas inventé la poudre (« bête comme se pieds, c'est moi », répète-t-elle à l'envie) et danse « comme un éléphant », lit « Idylle au Ritz » de Barbara Cartland, une auteure chérie puisqu'elle en a déjà « dévoré trois cent livres » de celle qui était la mère de la belle-mère de la « vraie » Lady Di nous informe Bruno Bayen dans le dossier de presse.

Info ou affabulation

En bon ex-normalien, il a constitué un dossier costaud. Dans sa pièce, après sa mort ou avant je ne sais plus (les princesses ont la postérité dure et les mythes sont increvables), Duch retrouve son amie Tété fondue aux bonnes œuvres. Elle lui offre non seulement ses souliers de mariée pour que leur prix de vente soit converti en repas chauds, mais aussi des morceaux (forcément secs) de la pièce montée de ses noces pour les vendre au plus offrant. Imagination de l'auteur ? Non, information. On vendait encore aux enchères en 2008 des parts du gâteau du mariage de 1981, certifie Bayen.

Une distribution haut de gamme

Toute la pièce oscille ainsi entre le possible et l'incroyable, l'impitoyable et le pitoyable. Bayen écrit moins en dramaturge (pas d'intrigue puisqu'elle est déjà écrite) qu'en entomologiste fantasque. Si les situations semblent parfois flotter, c'est qu'il n'y a rien d'important à apprendre que l'on ne sait déjà, hormis le plaisir d'être là et de parler. Et là, c'est du nanan. D'autant que Bayen, qui met en scène sa propre pièce, s'appuie sur une distribution magnifique.

laissez moi seuleQui d'autre que Clotilde Hesme aurait pu donner autant de charme à Duch, personnage de ravissante idiote, rêvant un jour de « s'autodissoudre comme l'Aspégic » et au seuil de sa postérité parlant comme Mary Stuart et Agrippa d'Aubigné ?

Qui d'autre qu'Axel Bogousslavski aurait pu faire du prince un homme aussi lunaire et à côté de la plaque, et dire avec un naturel à couper au couteau : » ce matin mon hongre bai a été victime d'un infarctus » (sa toute première réplique) ?

Qui d'autre que Dominique Valadié aurait pu donner au personnage de Girlfriday autant de souriante méchanceté et de candeur assassine, donnant le surnom de « Valeur d'échange » à l'épouse de son amant ? Tout le reste de la distribution est exquis à commencer par Jérôme Derre, l'homme qui ne se remet pas d'une rencontre fugace avec une certaine Diana (non, c'est une autre).

Les dits de Lady Di

Bayen multiplie les pistes au point parfois de s'égarer dans un décor aussi terne qu'encombrant. Une mise en scène plus resserrée et plus continuellement cabaret, comme l'est la fin enlevée du spectacle, aurait peut-être mieux servi cette drôle de pièce qui distribue les scènes comme autant de bonbons surprises. Mais laissons là ces réserves. Clotilde Hesme et les autres mènent la danse des dits de lady Di, ne les laissez pas seuls.

Laissez-moi seule - Théâtre de la Colline - mardi 19h30, mercredi au samedi 20h30, dim 15h30 - jusqu'au 21 juin - Tél. : 44 62 52 52.

Photos : Vincent Pontet/Wikispectacle.

9 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de FabiendeMénilmontant

De FabiendeMénilmontant

journaleux - blogueur | 20H02 | 09/06/2009 | Permalien

Pour cette pièce, qui a démarré voici une semaine (le 2 juin) une soirée spéciale en compagnie de Bruno Bayen ce 9 juin à La Colline (salle du Grand Théâtre).
Le dossier pédagogique est (enfin) disponible ici :
http://www.colline.fr/0809/assets/textes/pedago-laissez-moi.pdf
après avoir été bloqué tout le week-end, pour celles et ceux que ça intéresse.

Portrait de hershellgordon

De hershellgordon

21H22 | 09/06/2009 | Permalien

perso…le sujet ne m'intéresse guère…cependant la dimension tragique me semble être retranscrite avec intelligence…triste époque que celle que nous vivons, une poupée barbie s'éclate la tronche en mercedes en compagnie d'un prince de pacotille…la messe est dite !

Portrait de Numerosix

à hershellgordon Portrait de hershellgordon De Numerosix

Prisonnier dans le village global | 21H39 | 09/06/2009 | Permalien

Moi aussi , le sujet m'intéresse pas , n'empêche que j'ai trouvé que The Queen , de Ken Loach , c'est un putain de bon film ..

Portrait de hershellgordon

à Numerosix Portrait de Numerosix De hershellgordon

22H17 | 09/06/2009 | Permalien

the queen de ken loach ? tes fiches sont pas trés frears…

Portrait de Numerosix

à hershellgordon Portrait de hershellgordon De Numerosix

Prisonnier dans le village global | 22H22 | 09/06/2009 | Permalien

Aie , tout allait bien jusqu'ici et l'erreur impardonnable..La chute

Portrait de hershellgordon

à Numerosix Portrait de Numerosix De hershellgordon

22H53 | 09/06/2009 | Permalien

de toute façon…I don't care !

Portrait de Raslacouette

à hershellgordon Portrait de hershellgordon De Raslacouette

. | 23H05 | 09/06/2009 | Permalien

You don't care, peut-être, mais la bise mamorille !

Portrait de brogilo

De brogilo

in angulo | 10H39 | 10/06/2009 | Permalien

Le matin du drame, j'étais au Lac vert, près du plateau d'Assy. Au moment d'apprendre la nouvelle, j'ai vu cet étrange nuage dans le ciel et j'ai pensé : « Tiens, voilà Lady Di qui monte au ciel… “

Upload images

Voilà, c'est tout et c'est bien peu… mais si ça peut contribuer à faire avancer l'enquête…et puis dire tout le bien que je pense du communisme des affects.

Après, on est redescendu sur Servoz, jon a pris une omelette aux champignons.Bien baveuse. Deux fois.

Portrait de corbeau deciitre

De corbeau deciitre

Educateur spécialisé | 22H49 | 10/06/2009 | Permalien

Portrait décoiffant certes, mais il parait que ses bras en tombent !

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