
37 mètres sous terre, ma visite du bunker de Staline à Samara
(De Samara, Russie) Au bord de la Volga, le paysage semble immuable. L'imposant théâtre dramatique toise le fleuve au bord duquel se dresse une brasserie ancestrale. Deux beaux édifices.
Près du théâtre, une modeste datcha où Lénine séjourna, une plaque l'atteste. Mais, à deux pas de là, dans une rue adjacente, peu de gens savent ce qui se cache derrière une porte anodine.
C'est pourtant l'une des deux entrées d'un impressionnant édifice souterrain : le bunker de Staline.
Par moins 37 mètres de béton
C'était pendant la Seconde Guerre mondiale. Dans cette ville que le pouvoir soviétique avait rebaptisé Kouibichev (un héros rouge), loin du front et de Moscou, on déménagea de nombreuses usines (187) ainsi que le comité central du Parti. Et on édifia à la hâte un bunker pour le jour où le maître du Kremlin devrait se replier sur la Volga.
Redevenue Samara, Kouibitchev, ville aux industries sensibles (construction d'avions, de spoutniks) resta une ville fermée jusqu'en 1992.
L'homme qui fait visiter les lieux (il faut demander l'autorisation, ce n'est pas -encore- un site touristique) est né en 1942. Il a l'âge du bunker, il semble même être né dedans, tant il semble conservé dans le formol soviétique.
Tout chez lui respire cette époque révolue. Son regard, ses vêtements ternes, la petite badine chère aux guides soviétiques pour commenter le plan de l'édifice, et d'abord son langage coulé dans le béton :
« 597 personnes ont travaillé ici, des ouvriers de l'institut du métro de Moscou, entre février et novembre 1942. Moins de neuf mois, un record. »
Litanie de chiffres, débitée d'un ton assuré :
« 37 mètres de profondeur, l'équivalent d'un immeuble de 12 étages. 10 000 tonnes de béton, 5 000 tonnes d'armatures métalliques. Et personne n'en a jamais rien su. »
On s'étonne. Il explique : « On a édifié au dessus un immeuble de quatre étages pour accueillir le comité central du Parti. » (Aujourd'hui, l'immeuble abrite l'institut de la culture de Samara.)
On ne pouvait pas être curieux et vivant
On descend dans le vaste puits circulaire en faisant résonner les marches d'un escalier métallique. Mais les sons s'étouffent.
Au dessus-de nous, une chape : six mètres d'épaisseur de béton, avec au milieu une large couche de sable fin, autour un mur circulaire d'un mètre d'épaisseur et plus.
On en profite pour poser des questions. Que sont devenus les ouvriers ?
« Tous sont restés vivants mais aucun n'a jamais rien dit : ils avaient signé un document où ils s'engageaient à ne rien dire jusqu'à leur mort. »
N'y a-t-il pas eu de fuite, de gens qui ont fini par savoir ?
« On ne pouvait pas être curieux et vivant. »
Le guide tourne les talons et poursuit la descente : « Je vous invite à la profondeur. » On s'enfonce. « Vous remarquerez la température constante : 19°C. ». Deux énormes portes en fer à moins 20 mètres.
Dans un renfoncement du puits, une salle transformée aujourd'hui en salle d'exposition. On y raconte en images cette capitale bis que fut Kouibichev pendant la guerre, avec ses ambassades étrangères, ses usines d'où sortaient des avions de combat, son opéra rapatrié de Moscou avec à l'affiche « Carmen » ou « Faust », comme l'atteste une affichette.
Staline préférait les canapés
A moins 37 mètres, on parvient au saint des saints : le bureau de Staline fort de six portes, comme son bureau du Kremlin, à une différence près : dans le bunker quatre d'entre elles sont fausses. « Une arme psychologique », explique le guide qui souligne que le bunker de Staline était bien plus profond que celui d'Hitler (16 petits mètres).
Un bureau avec un téléphone sous le plafond rose pale et vert pisseux comme au Kremlin. Pas de lit. « Staline préférait les canapés », dit le guide. « Comme Maïakovski », remarque le metteur en scène Matthias Langhoff qui est de la visite.
A deux pas, une vaste salle de réunion avec des places pour les sténos dos aux participants, et au mur des portraits de Marx, Engels et Lénine. Et quatre fausses cheminées. « Cent quinze personnes pouvaient vivre et tenir cinq jours sans contact avec l'extérieur », martèle le guide qui finit son exposé avec une pointe de lyrisme :
« Ce bunker c'est un monument aux ouvriers soviétiques. On a eu des hommes talentueux, on en a, on en aura. »
188 marches et nous voici à la surface. On sort par l'autre porte, tout aussi discrète, située dans le hall de ex-comité central. Fin de la visite. Ce que le guide ne dit pas, ou finit par reconnaître en laissant planer un (faux) doute : Staline n'a jamais mis les pieds dans son bunker.
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De flixp
14H06 | 28/05/2009 |
Merci pour ce reportage.
Est-il possible d'en voir plus ?
à flixp
De barounet
sociétaire du pestacle | 15H28 | 28/05/2009 |
on ne peut pas en voir plus et être vivant.
à barounet
De Libre electron
Citoyen Lamda | 20H24 | 28/05/2009 |
Ils se croyaient forts avec des armées puissantes et des armes de pointe mais avaient tout de même la trouille. Pourquoi aller construire un bunker 37 mètres sous terre au lieu d'affronter le danger ? Il est où le courage et la bravoure ?
Et dire que c'est le malheureux soldat dont on ne parlera jamais qui risque sa vie et qui meurt alors que le chef va se terrer comme l'ont fait tous ces fous.
à Libre electron
De DBL8
Retraité | 12H10 | 29/05/2009 |
Armée puissante… pas au moment de l'invasion par l'armée allemande, car Staline avait été floué par les services de renseignements Allemand qui lui avait fait croire que presque tous les officiers voulaient faire un coup d'état.
Les armes de pointes, ce sont les U SA qui ont fournis, au début, l'armement pour que la Russie ne soit pas écrasé !
Mais voilà, dire que les USA ont fournis en armes et nourriture la Russie lors de la dernière guerre…
http://fr.wikipedia.org/wiki/Op%C3%A9ration_Barbarossa
à flixp
De AlexG2008
temporaire | 17H30 | 28/05/2009 |
Même si j'ai bien ri au commentaire de barounet, je me pose la même question. Vous n'auriez pas plus de photos ? Ou une chtite vidéo ?
De Antotoine
Jeune paumé | 16H23 | 28/05/2009 |
J'ai trouvé ma prochaine mission urbex ! : D
à Antotoine
De Bimbol
Gratouilleur de mammouth | 10H02 | 29/05/2009 |
Je vois qu'on a les mêmes occupations, sauf que j'appelle ça de l'archéologie urbaine : )
Plus prêt de chez nous et avec les mêmes avantages, le bunker secret de Churchill à Londres :
http://www.nyclondon.com/blog/archives/2004/09/19/churchills_secret_unde…
Et pour un bunker moins encadré, le réseau souterrain d'Hitler à Berlin, dont j'ai découvert l'existence dans l'émission Cities of the Underworld : http://www.thehistorychannel.co.uk/site/tv_guide/HD_full_details/Conflic…
De Pierrrrre
17H13 | 28/05/2009 |
C'est avec ça qu'on fait des trous dans les budgets.
Le notre de trou en France, il s'appelait plateau d'Albion.. le fric qu'on a dû y mettre en pure perte pour faire la nique aux américains et cocoricoter notre gaullismement votre…
à Pierrrrre
De SuperAlAmAs
homo sapiens sapiens qui sait qu'il... | 01H16 | 30/05/2009 |
mouarf mouarf, très beau skètche !
De chapolin
scoresdownload.com | 19H05 | 28/05/2009 |
Ouais tout çà pour les caprices de ce très très méchant vilain pas bel homme qu'était Staline.
Ps caprices = soif du pouvoir, guerres, massacres, etc etc tout ce qui est pas beau quoi.
à chapolin
De Grandloup74
20H23 | 28/05/2009 |
Comme Sarko ?
De alberte
Sage-femme retraitée | 19H28 | 28/05/2009 |
Très intéressant reportage, mais je ne suis pas du tout sûre que les ouvriers s » en soient sortis vivants : Staline n » en étant pas à quelques assasinats près
à alberte
De Peureux anonyme
08H49 | 29/05/2009 |
Je ne suis pas certain que l'URSS de Staline fonctionnait par l'assassinat des travailleurs.
N'oublions pas que l'on nous a bourré le crane pendant 75 ans contre l'Union Soviétique et qu'il est toujours de bon ton de la vouer aux gémonies. Il va bientôt être temps de remettre les pendules à l'heure.
Je ne veux pas dire que le régime était paradisiaque, ni que j'aimerais y vivre.
Mais Staline n'a pas pu construire la deuxième puissance au monde sans récompenser les méritants et punir les incompétents. Ceci exclut l'assassinat des ouvriers méritants.
Par parenthèse, cela pourrait nous inspirer quand à l'attitude à avoir vis à vis de nos dirigeants incompétents. C'est peut être pour cela que l'on continue à nous bourrer le crane.
à Peureux anonyme
De zenondekition
stoicien | 13H59 | 29/05/2009 |
t'es certain ?
tu plaisantes sans doute !
Sinon relis les ouvrages soljenitsyne ou même les declarations de gorbatchev à la destanilisation.
A moins que tu sois Robert Hue incognito.
à zenondekition
De Peureux anonyme
09H43 | 30/05/2009 |
1) la destalinisation c'est Krouchtchev et non Gorbatchev
2) Soljenitsine était un opposant au régime soviétique et un admirateur de Pinochet, lequel devons nous préférer ?
3) Il ne faut pas confondre Staline et Mobutu.
La terreur que faisait régner Staline visait surtout les apparachikis qui n'étaient pas à la hauteur des responsabilités qui leur étaient confiées ou qui avaient peur de ne pas y être, ce qui faisait beaucoup de monde. Le principal effet de la déstalinisation a été de leur garantir l'impunité.
Force est de reconnaitre que l'impunité des incapables a été le début de la décadence rapide de l'URSS.
On peut en déduire que punir les dirigeants défaillants peut être bénéfique pour le corps social.
Mais évidemment, plutôt que d'envoyer les dirigeants défaillants au Goulag, on peut préférer leur verser des retraites chapeau de 600 000 euros par an et envoyer les travailleurs à l'ANPE, pardon au Pole Emploi.
De Hippopotable
Honnête homme | 09H25 | 29/05/2009 |
Sujet intéressant, dommage qu'il n'y ait pas plus de photos (quoique des couloirs et des escaliers ce n'est pas forcément spectaculaire). Dommage surtout qu'il soit si mal écrit, une faute de grammaire par paragraphe c'est agaçant.
à Hippopotable
De DBL8
Retraité | 10H48 | 29/05/2009 |
Par curiosité, j'ai passé l'article au traitement de texte pour voir si vous aviez raison.
Il y a 12 fautes et quelques autres petites joyeusetés.
Un passage par le bouton phôttes aurait été la bienvenue.
De zelectron
10H10 | 29/05/2009 |
Ce n'est qu'une des nombreuses « planques » de ce tueur paranoïaque
De SuperAlAmAs
homo sapiens sapiens qui sait qu'il... | 01H18 | 30/05/2009 |
le grand chien rouge et sa cabane à samara : que c'est romantique tout ca…
la nostalgie camarade ; )
De lolo-java
charcutier-zingueur | 10H11 | 30/05/2009 |
ça m'énerve ce reportage , j'étais à Samara il y a 1 mois, j'ai voulu visité ce bunker mais après renseignement , on m'a dit qu'il était réservé à des groupes d'étudiants et pas ouvert aux individuels .(à moins d'être journaliste)
Ce que je sais , c'est qu'il a été légué à la ville de Samara par l'état Russe et que la ville doit faire un certain nombre de travaux afin qu'il soit ouvert au plus grand nombre.
C'est toujours des discussions brûlantes lorsqu'on évoque ces périodes sombres de la guerre , il y a l'est et l'ouest , le communisme et le capitalisme , la gauche -la droite , la lutte des classes en quelques sortes …ça ne terminera jamais…
Pour avoir discuté avec bon nombre de Russe sur le sujet , je peux vous affirmé que j'ai été particulièrement surpris de certaines réactions notamment concernant Staline et ses dérives abominables …
Les Russes n'ont pas la même vision que nous de la guerre , ils n'ont pas vécus les mêmes choses car tout simplement ils sont différents, ils ne pensent pas comme nous et vice versa , c'est culturel déjà.
Pour la majorité que j'ai rencontré , Staline était un homme à poigne qui a mis en place un régime trés dûr , lorsque j'ai dit que chez nous en France , Staline était presque considéré comme un Hitler , on m'a regardé avec étonnement et j'ai compris qu'il ne fallait pas s'enfermer dans des préjugés mais qu'il fallait vraiment chercher à en savoir plus que ce qu'on nous a dit , pour moi ce fut une véritable leçon , que je m'efforce d'appliquer au quotidien ! (je pense que c'est gens là n'ont pas eu de famille impliqué dans les purges et autres, ça compte aussi)
Autre détail qui a son importance , ne dites surtout pas en Russie que ce sont les Anglais et les Américains qui ont battus l'Allemagne Nazie , les Russes n'y comprendraient rien.(ce qui prouve encore aujourd'hui, que la propagande n'était pas qu'à l'est )
J'ai assisté aux cérémonies du 9 mai 2009 , j'ai pu ressentir à quel point cette guerre a marqué les Russes(et l'ensemble des pays de l'Union Soviétique ), on a l'impression que cette guerre s'est terminé il y a à peine 20 ans , tellement la population, jeunes-vieux confondus , ce sent impliqué par l'événement …