Le phénomène Kolyada déboule d'Ekaterinbourg à Nancy

extérieur du théâtre de Kolyada photo jp thibaudat

C'était il y a un an, je retrouvai Ekaterinbourg. La grande ville de l'Oural. Sans aucun charme et dont le centre semble introuvable.

Cinq gros théâtres officiels

C'est dans cette ville que le tsar et sa famille on été liquidés par les Bolcheviks au fond de la cave d'une maison qui a été rasée plus tard par Boris Eltsine (alors le secrétaire général du PC de la région). Aujourd'hui, en lieu et place, on a construit une petite chapelle. Lors de l'éclatement de l'URSS et l'avènement des « nouveaux russes », la réputation de la ville était sulfureuse : un haut lieu de la mafia. Cette époque est passablement révolue. La ville compte quelques grosses fortunes désormais « respectables ».

Comme toutes les grosses villes de Russie, Ekaterinbourg compte cinq théâtres officiels : opéra-ballet, théâtre musical, théâtre du drame, théâtre des marionnettes, théâtre de la jeunesse, ainsi qu'une école supérieure de théâtre et une maison des acteurs.

Un minuscule théâtre indépendant

Nikolaï Kolyada a été formé comme acteur à cette école. Bientôt, il est sorti du système institutionnel pour former sa troupe et trouver un lieu pour travailler. Pas facile. Passons les péripéties. Aujourd'hui sa troupe joue dans une sorte de datcha sans âge aménagée par les acteurs en théâtre.

scène du "Roi Lear" à la fin ph jp thibaudat

C'est Kolyada et sa troupe que je suis venu retrouver à Ekaterinbourg. J'avais vu « Hamlet » lors d'un précédent voyage, le spectacle m'avait fortement impressionné. Mais le voyage s'achevait, je ne pouvais pas rester plus longtemps. Je reviens accompagné par Charles Tordjman, directeur du Festival Passages à Nancy, festival dont je suis le conseiller artistique.

Une maison à jouer

La datcha-théâtre de Kolyada est située au 20 de la rue Tourguéniev dans le « centre » de la ville. C'est un lieu qui, lui, charme dès l'abord : maison en bois, chaises dépareillées et bancales alignées devant la façade, rubans noués aux arbres à vœu qui bordent l'entrée. Quelques marches et on entre dans une maison plus que dans un théâtre.

caisse du théâtre de Kolyada ph jp thibaudatDerrière la porte, une sorte d'entrée encombrée d'affiches, de bibelots, dans un recoin la caisse. Ce petit hall tien lieu de coulisses pendant les représentations. A gauche une porte donne sur le magasin des costumes –une toute petite pièce- où Kolyada est fier d'exhiber des costumes récupérés du Théâtre du drame qui n'en voulait plus, faits avec des habits d'église chatoyants ou damassés, confisqués naguère par les Bolcheviks. Une autre porte donne dans le bureau de Kolyada encombré d'accessoires qui vont être utilisés par le spectacle du jour.

On attend dans le foyer, accueillis par un gros samovar électrique où l'on puise l'eau chaude avec laquelle chacun peut se faire un thé. C'est là, par une porte étroite, que l'on accède à la salle. 62 places (80 en se serrant) sur quelques rangs de chaises noires.

Des accessoires à foison

La scène elle-même est comme une des pièces de la datcha : des murs en bois et au fond une porte à double battants. Pas de place pour un décor. Alors Kolyada multiplie les accessoires. Et invente un théâtre du débordement et de la saturation. La scène est petite mais cela n'empêche pas les acteurs de débouler à dix-sept sur le plateau !

A peine le spectacle joué, la troupe et les techniciens se précipitent pour changer le décor, car en dépit de sa petitesse et de ses faibles moyens, c'est un théâtre de répertoire. En cinq jours nous verrons six spectacles différents.

Le prix du billet est de 300 roubles, un peu moins de 10 euros, ce qui n'est pas cher comparé aux tarifs moscovites mais n'est pas rien à Ekaterinbourg où les salaires sont plus faibles. N'empêche, les salles sont « bookées » deux semaines à l'avance. Les recettes sont aussi celles des tournées. En Russie et ailleurs.

Le marché des poubelles

Kolyada va souvent chercher son inspiration au Chartachki rynek (rynek veut dire marché et l'autre mot est un nom Tatar). Nous l'accompagnons dans ce marché où tout le monde le connaît.

Kolyada au marché tatar d'Ekaterinbourg ph jp thibaudatC'est là qu'il a trouvé les serviettes kitch avec des cygnes que l'on voit dans « Le Révizor », les cuvettes métalliques qui font l'essentiel du décor de « Lear » et les colliers de chien qui tiennent lieu de couronne. Il fait aussi les poubelles, en particulier celles des autres théâtres. C'est là qu'il a récupéré une énorme cuillère (la cuillère de Peer Gynt), aussitôt recyclée dans « Hamlet ».

Nous décidons de programmer à Nancy au festival Passages « Le Révizor », « Hamlet » et « Le Roi Lear » et d'inviter Kolyada tout au long du Festival en lui offrant de s'installer dans une baraque en bois qui lui rappellera sa datcha.
La France va découvrir cet énergumène, flanqué de toute sa troupe.

Hamlet et Le roi Lear - (respectivement du 17 au 20 et du 21 au 23) par le théâtre de Nikolaï Kolyada - Festival Passages à Nancy - baraque Margot, parc de la Pépinière - Tél. : 03 83 37 42 42.

Photos : Jean-Pierre Thibaudat

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