Fana de théâtre, épris de politique, Jack Lang se raconte

Jack Lang photo DR

Ce ne sont pas de doctes mémoires mais une vie en actes que nous livre Jack Lang en répondant aux questions précises de Jean Michel Helvig (ancien directeur adjoint de la rédaction de Libération).

Entre miel et fiel

Le propos n'est pas exempt de franc parler même si à l'aune du jugement sur telle ou telle personne (les différents ministres de la culture qui l'ont précédé ou lui ont succédé rue de Valois par exemple), le miel est volontiers préféré au fiel. L'autosatisfaction va bon train (on ne saurait lui reprocher d'être satisfait d'avancées culturelles comme le prix unique du livre) mais l'auto-critique n'est pas absente.

Ici et là pointe un regret, une erreur de jugement. L'inimitié réciproque entre Michel Guy, fondateur du festival d'automne et ministre de la culture sous Giscard et Lang , fondateur du festival de Nancy et ministre de la culture sous Mitterrand, était notoire. Lang confesse aujourd'hui : « j'ai été au fond très injuste à l'égard de Michel Guy . Nous étions très éloignés politiquement, mais très proches sur le plan intellectuel et culturel ».

Une jeunesse nancéenne

Lang raconte sa famille éprise de modernité, sa jeunesse nancéenne, sa passion précoce pour le théâtre et ses années passées au conservatoire de Nancy où il joue le rôle-titre dans « Caligula » de Camus (vidéo sur le site de l'INA). C'est au conservatoire qu'il rencontre sa future femme Monique.

Puis vient en 1963, toujours à Nancy, la création du festival mondial du théâtre (Lang a vingt quatre ans) dont il est l'initiateur et le maître d'oeuvre. Une aventure qui va marquer la vie théâtrale en france et ailleurs et qui , sur le plan personnel , deviendra le tremplin d'une carrière politique.

Un homme de combats

Combat est un mot que Lang affectionne, il revient souvent dans ce livre et c'est un mot qui le résume assez bien. C'est l'intérêt de cet ouvrage que nous entraîner dans les coulisses de ces combats dans les alcôves d'un parti ou dans l'ombre d'un président sphynx dont il fut l'un des intimes (récit du dernier réveillon à Latche qui contredit la version qu'en a donné Benhamou).

De l'augmentation du budget de la culture (la lutte pour le fameux 1%) aux colonnes de Buren (si longtemps décriées) ou à l'Institut du monde arabe, la liste des combats obstinés est longue et plutôt à son crédit. Lang ne tire pas (trop) la couverture et mentionne volontiers les collaborateurs qui lui ont suggéré une idée ou joué un rôle crucial, ainsi Christian Dupavillon souvent cité.

Marier Culture et Education

En cumulant les portefeuilles de la culture et de l'éducation dans le gouvernement Bérégovoy, Lang espère parvenir à ses fins : mettre en place un projet d'éducation artistique d'envergure avec des vrais moyens. Mais les élections arrivent, la gauche se ramasse, la cohabitation commence. Léotard et Bayrou détricotent ce qu'il a mis en place. Il reviendra brièvement aux affaires en 2000, recollera des morceaux. Mais après l'élection de Sarkozy, Luc Ferry et Xavier Darcos enterrent ce dossier crucial. C'est, culturellement, sa grande défaite. « Si Lionel Jospin avait été élu président de la République en 2002, je lui aurais demandé de rester rue de Grenelle. »

Moins que Malraux, mieux qu'Albanel

Lang a souvent rêvé d'autres ministères à commencer par celui des affaires étrangères. Il est tenté par des postes prestigieux loin de Paris, mais la France est son ancre. Interprétant un jour une phrase allusive de Mitterrand, il comprend que ce dernier souhaitait que sa longévité à la rue de Valois, dépasse celle de Malraux (plus de dix ans). Lang échouera de peu.

Pressé de questions (documentées) par Helvig, il parle sans fard (ou presque) de dossiers sensibles comme celui de l'Opéra couverture du livre de Jack Lang photo drbastille, de ses élections à Blois et dans le Nord Pas de Calais, de l'acquisition de son appartement place des Vosges. Il juge « idéologiquement irrecevable » la lettre de mission envoyée par Sarkozy à Albanel en août 2007 dans laquelle le président de la république résume la « démocratisation de la culture » en ce que les « aides publiques à la création favorisent une offre répondant aux attentes du public ».

La réponse de Lang à cette vision nconsumériste de la culture, c'est « la notion de temps » qui est « consubstantielle à l'acte de création, à l'éducation, à la recherche. » Et d'ajouter : « les succès immédiats ne sont pas nécessairement les plus durables. »

Et Ségolène Royal dans tout ça ?

Plus ces entretiens parlent des temps éloignés, plus ils sont passionnants. Mais dès qu'ils se rapprochent du présent, la prudence est trop souvent de mise. Quand Lang fait l'inventaire de ses œuvres ou distribue des bons points pour n'oublier personne, on se lasse. Mais quand il brosse un portrait de Ségolène Royal difracté au fil du temps, le verbe se fait alerte : « sa passion des médias est aussi forte que celle de l'action. Et puis elle a l'art, avec trois ficelles, de faire une pelote. C'est un peu mon tempérament aussi, je dois le dire. » Il l'a dit.

Une incroyable coquille

Notons pour finir une énorme coquille page 69. Lang évoque un déjeuner avec le président Georges Pompidou. Le ministre de la culture Jacques Duhamel –auquel il rend un juste hommage- vient de nommer Lang à la direction du Théâtre de Chaillot et lui a demandé de faire partie du Conseil du développement culturel présidé par Pierre Emmanuel dont les membres sont conviés à ce déjeuner. Lang, « pantois », en voit plus d'un « courber l'échine » devant le Président. Ce n'est pas le cas de l'éditeur Christian Bourgois et de Jean-Marie Serreau, grand homme de théâtre, qui montent au créneau pour défendre une télévision indépendante du pouvoir. Malheureusement dans l'ouvrage, Serreau devient Serrault (comme Michel), sans doute un effet de la « démocratisation » sarkozienne…

Demain comme hier Jack Lang avec Jean-Michel Helvig - collection Témoignages pour l'Histoire - Fayard - 428p., 21,90€.

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Portrait de matrasov

De matrasov

17H43 | 05/05/2009 | Permalien

tu aurais pu ajouter après Christian Bourgois « grand éditeur » comme tu as écrit « grand homme de théâtre » pour Jran Marie Serreau

Portrait de lawicca

De lawicca

salariée | 10H19 | 06/05/2009 | Permalien

Jack Lang fait le tour des plateaux pour promouvoir l'HADOPI et fustiger son propre parti. Sa duplicité connue depuis longtemps se met en pleine lumière. Faire de la propagande pour une loi liberticide défendue bec et ongles par l'UMP, ne m'étonne pas de lui.

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