Le 104, ce temple de glace qui jette un froid
Avec l'arrivée d'un nouveau siècle, on aurait pu penser que les concepteurs de théâtre profiteraient des erreurs et des errements du siècle précédent. Il n'en est rien : le 104 inauguré en fanfaronnade par le maire de Paris et le Nouveau théâtre de Montreuil sont des monstres froids.
En France, la seconde partie du XXe siècle a inauguré à tout de bras d'insipides salles polyvalentes et d'effrayants théâtres et autres maisons de la culture pourvus de halls arrogants. Autrement dit, soit des salles à tout faire et donc à ne rien faire de bien, soit des temples imposants où l'on n'entre pas sans un brin d'inquiétude (l'ai-je bien mérité ? est-ce pour moi cette chose là ? ).
C'était déjà, entre mille autres, l'erreur de l'ancienne maison de la culture de Grenoble construite sur une colline telle une forteresse imprenable, on a remis ça avec son nouvel édifice, en pire, inauguré l'an dernier et avant, même tabac, à Lorient. Et ça continue.
Au 104, des murs opaques avec des numéros
Sur le coup de 20 heures, quand on entre ces jours-ci dans le vaste 104 par la rue Curial (l'entrée la plus proche des métros Crimée et Riquet), le moins que l'on puisse dire c'est que ce n'est pas la joie.
D'abord, il n'y a personne à l'entrée et passé les portes vitrées et plus loin encore, personne sinon au loin, dans les travées, de rares types qui semblent être des vigiles du genre costauds.
Ensuite vous avez l'option vide sidéral à gauche et léger talus à droite, on opte pour la montée où vous accueille une improbable théorie de caisses en plastique. Ça et là poussent des graines, cela doit être une installation on bien un jardin hyper bio, genre elles sont pas bonnes mes petites pousses ? Mais il n'y a toujours personne pour vous haranguer, vous parler, vous regarder. Personne.
Vous continuez. Au dessus de vous, une voûte impressionnante. De chaque côté, au loin, des murs opaques avec des numéros, sans doute les emplacements de ces fameuses « cellules de créations » dont parlent à longueur de médias les deux directeurs de l'établissement. Mais de créateurs, point. Un silence abyssal. On se croirait dans une scène inédite de « Métropolis » de Fritz Lang ou du « Procès » de Kafka filmé par Welles ou encore dans une morgue pour guerre totale en attente de cadavres (vous vous souvenez -cela a été assez dit- que le lieu abritait naguère les Pompes funèbres de Paris).
Une interminable salle des pas perdus
Un vent glacé et humide semble fondre sur vos épaules. La culture, ça se mérite semblent vous dire, une fois de plus, ces kilomètres de murs de béton. La traversée du désert dure, dure encore jusqu'à ce que vous distinguiez enfin quelques péquins à l'autre bout de cette interminable salle des pas perdus. Ah, tiens, un socle blanc. Dessus, des mots vous parlent de l'écrivaine Olivia Rosenthal, on est censé entendre ses sons mais il n'y a pas de sons (à peine inauguré, déjà déglingué ? ).
Sur le côté, dans une salle attenante, ouverte celle-là, une grappe d'individus se presse devant un comptoir. C'est la caisse du spectacle du soir. Enfin des humains, enfin des sourires. Vous demandez à la caissière s'il n'y a pas un endroit où « boire un coup », une troquet quoi, un bistrot, un rade, un lieu de vie comme on dit aujourd'hui. On vous indique le « camion pizza », un peu plus loin à vers la sortie du 104, côté rue d'Aubervilliers.
Enfin le havre d'un camion pizza
De fait, sous l'imposante voûte, stationne un camion pizza, flanqué d'une bâche en plastique sous laquelle quelques tables sont installées. C'est petit, on s'y serre les uns contre les autres, il y a du vin dans les gobelets, des pizzas appréciables. Une île minuscule et chaleureuse dans un océan de froideur.
Il ne faut pourtant pas être sorti de la cuisse de Jupiter ou avoir trinqué avec Bacchus pour savoir que dans un théâtre, le point le plus important avec l'équipement de la scène et de la salle, c'est le bar, le foyer, le bistrot, le restau. Autrement dit l'accueil. En Espagne, on vient d'inaugurer un théâtre, me dit-on, avec à l'entrée un bar qui fait cinquante mètres de long. En Hollande, on entre dans nombre de maisons de théâtre par le bistrot. Comme au théâtre de Gennevilliers relooké.
Hauts murs et bar obscur à Montreuil
C'est l'une des grandes erreurs du Nouveau théâtre de Montreuil. Outre une architecture épouvantablement écrasante, de hauts murs rouges, des escaliers qui font courber l'échine du spectateur (avec toujours la même pensée sous-jacente : la culture ça se mérite). Le bar du théâtre est à l'étage, une double erreur puisque l'entrée dans la salle est interdite par le bar et qu'il faut redescendre. Mais surtout c'est un bar sous éclairé, avec des tables redoutables.
Cela se veut peut-être branchouillé mais c'est du congelé main, du flip garanti sur facture. Déjà que la nouvelle mairesse Dominique Voynet n'aime pas le théâtre, c'est mal parti. Les architectes se sont certainement fait plaisir, mais ont-il un instant pensé aux spectateurs ? Pas plus que les concepteurs du 104. Les uns et les autres n'ont pas lu Jean-Luc Lagarce :
« Les impressionnants bâtiments de la certitude définitive, nous n'en manquons pas. Cessons d'en construire. »
Et plus encore Claude Régy :
« Je pense qu'il faudrait des espaces perdus. Il faudrait cesser de les démolir. Il faudrait construire des espaces perdus. »
Il existe en France au moins un espace perdu, c'est la Fonderies du Mans. Mot d'ordre d'actualité : il faudrait ouvrir une, trois, dix Fonderies.
Célie Pauthe fait face avec Bergman
Les premiers spectacles de ces nouvelles « structures » essuient forcément les plâtres des édifices tristounets. Ils partent avec un handicap. Ils ont, eux, du mérite. C'est le cas à Montreuil du spectacle mis en scène par Célie Pauthe, « S'agite et se pavane » d'Ingmar Bergman. Le cinéaste qui, sur le tard, ne jurait plus que par le théâtre (il avait monté des pièces toute sa vie mais en atteignant rarement la force de ses films), emprunte son titre à Shakespeare :
« La vie n'est qu'un fantôme errant, un pauvre comédien qui s'agite et se pavane une heure sur scène et qu'ensuite on n'entend plus. » (« Macbeth »)
Bergman en avait fait un téléfilm « En présence d'un clown », en 1998, neuf ans avant de disparaître, laissant esseulée l'île de Farö.
Depuis, sa demeure sur l'île et l'île elle-même sont tirées à hue et et à dia par les héritiers (la Suède toute entière) comme les personnages de sa pièce sont écartelés entre la magie du théâtre et le cinéma artisanal, la vie et le jeu, l'amour et les pulsions, la famille et le reste du monde. La pièce est casse-gueule car elle met au centre de son propos la complexité de l'acteur créateur, les aléas de l'écriture, l'homme ou la femme face à sa nudité et toute le théâtre du paraître qui s'en suit canalisant comme il peut les jaillissements des souvenirs, le plus souvent d'enfance.
Un théâtre des complicités
Célie Pauthe s'est fait connaître avec ses fortes mises en scène de « Quartett » d'Heiner Müller et « L'Ignorant et le fou » de Thomas Bernhard. Elle s'attaque à une pièce plus « lourde » (une douzaine d'acteurs) et elle a raison et elle le fait avant tout parce que cette pièce la traverse et au demeurant n'est pas sans écho avec les précédentes.
Dans le programme distribué aux spectateurs et qu'ils liront plus tard (pas question de lire quoi que ce soit dans le bar obscur), Célie Pauthe écrit un magnifique texte où elle explique comment Bergman d'abord et puis cette pièce ont hanté sa vie. C'est ce qu'elle essaie de mettre en scène avec des hauts et des bas, des scènes magnifiques et d'autres qui flottent dans un espace à tiroirs que les acteurs n'avaient pas encore suffisamment apprivoisé le soir où j'ai vu le spectacle. Elle retrouve là des complices de grand talent telle l'actrice Violaine Schwartz dont la sœur Hélène sur le côté de la scène joue admirablement Schubert.
Où l'on retrouve le Japonais Okada près de l'Arabe du coin
Au 104, le Japonais Toshiki Okada présente « Freetime » après son sublime « Five Days in March » donné trop peu de temps au Théâtre2Gennevilliers (pourquoi des titres en anglais pour des spectacles japonais ? Pourquoi proposer des spectacles si peu de jours qu'on n'a pas le temps d'en parler ? ). Le tout est proposé dans le cadre du Festival d'automne.
« Five Days in March » était une merveille de théâtre proche de l'atonie et cependant intense qui aurait autant ravi Roland Barthes que Bertolt Brecht. Savoureuse dichotomie entre les corps et les dits, l'Histoire entrant par la fenêtre ouverte de la vie quotidienne réduite à rien (pas de décor) si c'est n'est des récits sans la moindre emphase offerts par des acteurs qui citent leurs personnages sans jamais les jouer.
Une pudeur qu fait mouche et nous désarçonne autant qu'un voyageur qui met les pieds sur le sol japonais pour la première fois. Etonnement, face à ce précipité subtil, « Freetime » semble se vautrer -toutes proportions gardées et il faut les garder- dans l'explicite, l'anecdote. Un comble pour cet art du presque rien qui caractérise Okada.
On peut sortir du 104 par la rue d'Aubervilliers, la plus proche de l'antre où se joue le spectacle japonais. En tournant à gauche, une station de Vélib vous attend en face d'un café, le Ben Oued Rhiou. Un vrai café ! Entrons-y. Moleskine en faux lézard, bouquet de fleurs artificielles derrière le comptoir, machine à café Twin Diva, musique arabe, odeurs de moules, de frites et de couscous, rires, chaleur humaine. Le théâtre de la vie, enfin.
► S'agite et se pavane actuellement au Théâtre National de Strasbourg jusqu'au 6 décembre - Réservation : 03 88 34 88 00 - Puis retour au du 11 au 20 décembre - les mer. et jeu. 19h30, les ven., sam. et lun. 20h, sf dim - Réservation : 01 48 70 48 90 - de 9 à 19€.
► Freetime au 104 rue d'Aubervilliers, Paris - jusqu'au 29 novembre - 20h30, sf le 27 à 19h - Réservation : 01 53 35 50 60.
Photo : au 104 (DR). S'agite et se pavane (Brigitte Enguérand).
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De Dany-de-montreuil
10H56 | 29/11/2008 |
J'attendais quelque temps avant d'aller faire un tour au 104, je crois que je vais oublier ! Ce que je craignais est arrivé : des bobos se font plaisir sans tenir compte de la finalité du lieu, faire venir des gens…
à Dany-de-montreuil
De Schtroumpf perplexe
physicien | 11H03 | 29/11/2008 |
« Bobo » c'est « bourgeois bohème » à l'origine ? D'après la description, le 104 manque singulièrement du coté bohème.
à Dany-de-montreuil
De organe_dhonneur
12H04 | 29/11/2008 |
Vous allez « oublier » ? Surtout pas voir les choses par vous-même ? Pour partir dans des généralités sur les « bobos » ? Vous savez que ce sont les administratifs de la Mairie de Paris qui se sont occupé du 104 ? Que viennent faire les « bobos » là dedans ? Pourquoi faut-il toujours voir des gens s'emballer sur les « bobos » d ! s qu'on parle de paris ?
Quant au 104, oui, ç aurait du être un espace perdu. Paris n'a pas d'espace et la créativité en a besoin. Une peur du vide obsède les administrateurs de la ville, ça a donné le massacre de paris rive gauche, et voilà donc le 104, halle proprette qui ferme à 22h. Et à minuit le samedi. Quelle blague. Cet espace hurlait d'accueillir du son, des expériences, de la vie.
Clairement un monstre bureaucratique.
à organe_dhonneur
De Hector Elis
Voleur de plaques d'égoûts | 13H35 | 29/11/2008 |
« Quelle blague. Cet espace hurlait d'accueillir du son, des expériences, de la vie. »
Rien à ajouter. Tout est dit.
à Dany-de-montreuil
De Deborah
16H20 | 29/11/2008 |
Dans le même genre, je vous recommande Bercy ! Le « village »…. Le triomphe du clonage. tous les bâtiments pareils, les rues droites comme des voies de chemin de fer. Quant de la bouff essentiellement…
Le triomphe du creux, du vide, de la mort d'une certaine façon.
à Deborah
De softrain
12H31 | 30/11/2008 |
« tous les batiments pareille »
Bercy village est la réhabilitation des anciens chais et entrepôts de Bercy, inscrits à l'Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques.
C'est plutôt réussi à mon sens même si je n'aime pas les marques de magasins sous franchise qui s'y sont installées, mais ca c'est plutot la faute des monsieurs tous le monde qui continuent d'y consommer.
Ca aurait été une grande erreur de detruire ces batiments qui tous pareilles sont néanmoins superbes.
Je vois pas trop ce que bercy village a de glacial.
à Dany-de-montreuil
De octobre
09H21 | 30/11/2008 |
Moi aussi j'attendrais qq ptemps même si votre petit rade arabe chaleureux me rappelle une de vos photo d'un autre rade improbable à Magnitogorsk. A propos je viens de voir vendredi soir à Nice dans le cadre d'une semaine russe une extraordinaire représentation de l'Orage par le théâtre d'art Pouchkine de Magnitogorsk.
La mise en scène de Lev Erenbourg a resseré la pièce en s'appuyant sur une scénographie simple et superbe avec la Volga en toile de fond se reflétant sur un miroir incliné et un jeu d'acteurs tellement physique qu'il se passe souvent des mots. (Ca valait du reste mieux étant donné le surtitrage intermittent dans un français approximatif.)
Et j'ai vu la plus belle scène d'amour jamais jouée sur scène. Avez vous vu d'autres spectacles de cette troupe quand vous étiez en Russie ?
Théâtre d'Art Dramatique Pouchkine, Magnitogorsk • Avec Petr Ermakov, Anna Dashuk, Igor Panov, Nadejzda Lavrova, Larissa Mejzennaya, Yuri Douvanov, Serguey Khoroujzenko, Lira Liamkina, Elena Savelieva, Marina Kriukova • Décor Alexey Votiakov • Costumes Gulnour Khibatullina • Musique Vera Yametova •
« Lev Erenbourg a fait sien le texte d'Ostrovski, n'hésitant pas à bouleverser l'ordre des scènes, les lieux de l'action, à supprimer certains personnages, en inventer d'autres, serrant au plus près le sens par l'expression des corps et une virtuosité plastique évidente. Le jury du Masque d'Or, plus haute récompense du théâtre russe, a distingué ce spectacle, lui donnant le prix du Meilleur spectacle de l'année et le prix de la Meilleure mise en scène. »
à Dany-de-montreuil
De softrain
12H32 | 30/11/2008 |
« J'attendais quelque temps avant d'aller faire un tour au 104 »
c'est vrai que le risque de sortir de montreuil était grand.
De Nolita
11H22 | 29/11/2008 |
Quand quelques intellos nombrilistes et irresponsables tuent la culture !
Enfin une journaliste qui a le courage de dézinguer ce haut temple sinistre de la bobo-cryptocommuniste attitude, des intellos de gauche qui n'en finissent pas de claquer du pognon dans des endroits qui tombent en désuétude en quelques mois pour le plaisir de quelques illuminés irresponsables et méprisants.
Nos amis européens, hollandais, allemands, belges savent faire des lieux culturels chaleureux et accueillants, nous pas. Car le grand problème, c'est qu'à part le copinage, et se regarder le nombril, les quelques responsables culturels français, hommes politiques et architectes oublient l'essentiel : que l'art doit être vivant, ludique, accessible.
Cette journaliste a parfaitement raison de dire que dans ces lieux culturels avant tout, le café est stratégique, primordial, lien social, fédérateur, mais en France on est également en train de tuer la culture du bistro, du zinc, qui a fait notre renommée, avec nos formidables produits du terroirs, occupé que l'on est à matraquer les consommateurs par le biais d'associations hygiénistes qui voudraient que derrière chaque consommateur d'un verre de vin se cache un assassin. Très dur de vivre dans cette société de la culpabilité. Alors, aller se divertir dans un lieu sans cafés, où vous attend un camion à pizza, comme au bord d'une nationale et qui plus est, anciennement pompes funèbres ! Sinistre soirée. Personnellement, quant à faire, je préfère rester chez moi avec une bonne bouteille de Bourgogne devant un DVD sur l'histoire du mur de Berlin !
à Nolita
De softrain
17H10 | 30/11/2008 |
les cafés sont libres de s'installer à coté.
Les cafés des musées sont la plupart du temps sinistres en effet, c'est très bien qu'il n'en ait pas fait. Aussi il faudrait pas mélanger culture et bistrot. Le bistrot fait partie de la culture est c'est un lieu social mais c'est pas toujours là qu'on y fait la culture. Il y a des café à belleville qui sont dynamique et qui sont foyé de la culture populaire mais bien heureusement ils ne sont pas gérés par l'état.
Surtout, il faut voir comment ce quartierdu 18/19ième à evolué, j'ai toujours pensé qu'en effet le lieu pompe funebre/ stalingrad était sinistre et qu'il méritait bien mieux que ça. C'est aussi le cas du hangar pagol.
Je trouve qu'aujourd'hui ce quartier devient vivant, le bassin de la villette peut devenir un lieu très attractif, le MK2 la mairie de Paris y participent, les autres ont toutes les changes de suivre.
je vous en supplie, ça n'a rien a voir avec les bobos ou le parisianisme ou je ne sais quoi. Certains vont encore dire qu'ils regrettent l'sapect populaire du quartier, j'imagine que ce sera pas les habitants, vue le nombre d'immeubles insalubres et d'insécurité que l'endroit a pu connaitre.
je ne suis pas encore allé au 104 et il a surement bcp des defauts mais je suis sur que l'endroit à de l'avenir.
De karlM
11H55 | 29/11/2008 |
Y a pas que là que les archi et la dde sont des nuls :
Chez moi le lotissement est plein Nord, alors que le camp de concentration pour vaches est plein sud.
La nouvelle bibliothèque a des baies vitrés, avec stores intérieurs inutiles, à l'ouest et donc la clim dès le mois d'Avril.
pour en revenir au spectacle :
La compagnie jolie môme doit avoir un lieu plus populaire : Ville de Saint Denis : La Belle Etoile.
De Laffreux Jojo
penseur libre | 12H08 | 29/11/2008 |
Ah sacré Jean-Pierre Thibaudat ! Posons la question de l'utilité de ce lieu mégalomane qui menace à court ou moyen terme les petite structures, déjà fort mal soutenu par la Mairie de Paris. Fallait-il construire ce lieu immense qui croule sous les frais fixes ? Fallait-il confier ce lieu à des gens aussi peu qualifiés pour diriger un llieu (de surcroît pluridisciplinaire) que Fisbach et Cantarella.
Quand on se souvient du désastreux Festival d'Avignon dont le premier fut Artiste Associé, la réponse est clairement non. Le second (à Montpellier) n'y a pas fait preuve d'une remarquable direction non plus.
Dans l'ensemble un projet mal ficelé, mal préparé avec des faux arguments obéissant à la bien-pensance et démagogie ambiente ( « amener la culture dans le 19ème arr, quelle blague ! Il y en a déjà, si on laissait travailler ceux qui sont en place). A vrai dire, un vide de reflexion sidéral !
Oui, boycottons ce lieu inutile et coûteux (je rappelle, ce sont les pauvres qui bossent depuis des lustres dans des conditions difficiles - Atelier du Plateau, Théâtre de la Bastille, Artistic Athévains, la Cartoucherie) qui vont en faire les frais. Obligeons les tireurs de ficelles, qu'ils soient directeurs ou adjoints à la Culture, de revoir leur copie. Pour l'heur l'existence de ce lieu ni s'impose ni se justifie.
De Valdo Lydeker
journaliste, auteur | 12H24 | 29/11/2008 |
euh, théâtre de la Bastille comme « pauvres », ça se discute.. mais assez d'accord avec JP Thibaudat. Pour habiter le quartier, à un jet de pierre du 104, je peux confirmer qu'il s'agit là d'un cheval de troie de réhabilitation (entendez gentryfication » du quartier. Dommage l'espace est magnifique, mais il aurait fallu un goût du désordre, (et une confiance dans les habitants) pour le rendre vivant… (comme l'ont fait le jour de l'inauguration le collectif coloco en amenant tous les jardiniers des jardins collectifs du quartier) .Là, sans mauvais jeu de mots, c'est funèbre…
De Dr Stange
12H39 | 29/11/2008 |
quel dommage ! les gens du quartier était si content le jour de l'inauguration du 104 ! Alors qu'il y avait un desir de mixitè sociale devant cet acceuil on restera chez soi !
Un bar et un resto sympa l'aurai permis,quant aux « bobo“(qui a juste ètait inventè pour faire oubliè le mot bourgeois)ces abjects individus vont aux cinemas,achetent des livres,vont aux theatres etc…il est vrai que cela devient extremement suspect ! a quant une modernisation de‘gros beauf’ ?
à Dr Stange
De Gina Grimont
15H50 | 29/11/2008 |
Les bobos sont des beaufs qui ont du fric !
à Gina Grimont
De Schtroumpf perplexe
physicien | 11H06 | 30/11/2008 |
Le mot « bobo » a précisément été inventé pour distinguer les riches cultivés (qualités et travers compris) de ceux qui lisent un livre tous les dix ans (comme le beauf de Cabu dans le « Canard Enchainé »).
Les mots « bobos » et « beauf » sont rapidement devenus des repères pour représenter(en caricature) des modes de consommation. Car dans notre monde consumériste, c'est toujours à cela que les journaux et la rumeur finissent par réduire les groupes sociaux.
Vus de loin tous les gens se ressemblent. Alors que de près, il est difficile de ne pas les distinguer. En ce qui concerne les bourgeois : avoir de l'argent et habiter Paris ne suffit absolument pas à définir autre chose qu'un pouvoir d'achat et un lieu d'habitation. Ce qu'en font les gens de leur argent et de leur logement est l'affaire de chacun, et les comportements(sauf chez les snobs, mais vous n'avez pas pensé à ce mot) sont assez divers.
PS : je n'habite pas Paris et, pour reprendre la métaphore consumériste, mon pouvoir d'achat ne m'autorise pas à faire des emplettes dans les magasins chics avec des jolis décors. Autrement dit, je ne suis pas un bobo et je n'écris pas ce commentaire pour me justifier.
à Schtroumpf perplexe
De softrain
17H32 | 30/11/2008 |
A entendre, les critiques perpetuelles sur les bobos, j'essaye de comprendre qui ils sont.
A l'origine le terme vient des états unis et designe ces gens aisés qui voyagent dans des hotels ultra classes des pays en voix de developement sans jamais cotoyer la population mais pensent se racheter une conscience an achetant commerce equitable dans les supermarcher bio.
En france le terme a glissé et on souvent l'impression qu'il désigne :
- ceux qui veulent le mixité sociale en s'installant dans des quartiers popu parcque surtout c'est plus sympa et vivant que le 16ieme qui meurt.
- ceux qui roulent à vélo parceque la voiture est devenue insupportable en ville.
- ceux qui ce cultivent dans des lieux qui ne sont pas forcement des bistrots.
en réalité le terme est utilisé à outrance par les réac qui ne tiennent pas à lacher leur voiture ni à s'ouvrir l'esprit.
Pour ma part j'ai uniquement compris ce qu'était réellement le bobo francais quand une amie m'a amené dans un restau chinois de belleville, où la bouf était identique au restau d'à coté, sauf que là il n'y avait pas de chinois, les nouilles étaient coupées, on mangeait avec des fourchettes et l'addition était à peine plus salées.
De Waldeck
Naufragé en Sarkoland | 12H43 | 29/11/2008 |
Tout ces lieux « de culture » sont édifiés pour être surtout inaugurés, avec plantes vertes de location, buffet de chez Halloyau, service d'ordre de Sécuritas, pour des personnes répondant à un mailing ( J.Lang, L. Ferry , Aillagon et leur amis)…
Le lendemain, on rend les plantes vertes (avant 11 h 00 ), on débarrasse le buffet, on ramasse les ordures, les brochures luxueuses et dossiers de presse sur papier glacé, oubliés…
Les techniciens découvrent que la clim » déconne, que les loges sont petites etc…
Quiconque émettrait un jugement sur le projet « forcément génial », serait taxé de poujadiste bien sûr !
Alors…
De Billyglou
culturel | 13H44 | 29/11/2008 |
entièrement d'accord avec l'article, sauf sur un point : un lieu culturel se définirait par l'existence ou pas d'un bar. Je pense que c'est un peu réducteur, la question est est-ce que ces lieux sont là pour l'image et la communication ou bien pour faire un vrai travail d'ACTION CULTURELLE qui peut prévoir un volet bar, accueil sympa…
Nous avons besoin d'action culturelle pas de ces aventures artistiques couteuses, prétentieuses et méprisantes…
Mais c'est vrai que l'action culturelle ce n'est pas à la mode, ca fait ringard…alors que pour ancrer un lieu dans son territoire, à ma connaissance on n'a rien trouvé de mieux !
De le tadorne
14H53 | 29/11/2008 |
Il fallait s'y attendre. Frédéric Fisbach, l'un des co-directeurs du 104, avait déjà jeté un froid alors qu'il était l'artiste associé du Festival d'Avignon en 2007. Cela dit, la froideur du 104, n'est pas sans rappeler la rigidité des liens entre structures théâtrales et leur public, entre critique et spectateur, entre artistes et tutelles. Il est indispensable de fluidifier tout cela. On a de beaux bâtiments mais le climat relationnel est glacial.
Pascal Bély
www.festivalier.net
De vol19
ailleurs | 15H18 | 29/11/2008 |
Effectivement, l'article pose une question essentielle pourquoi développe t-on tant d'espaces coûteux d'animation qui se révèlent à l'usage absolument morts ?
Ici, nombreux cantons ruraux développement des centres avec… une salle de spectacle de 200 places, salles d'expo, une mini médiatèque… sauf qu'il semble s'y passer jamais rien, une fois par trimestre peut-être…
Dans les plus grandes villes, la revitalisation d'anciennes friches est intéressante, même quand il s'agit de lieux qui dans la mémoire prennent une dimension funeste (une ex base de sous-marin transformée en musée et espace d'animation). Parfois çà marche et parfois c'est un échec… Souvent il s'agit de projets portés par des institutions.
En revanche, dénicher un atelier d'artiste est une gageure même dans des villes qui croulent sous les espaces innocupés. Il semble qu'il soit devenu impossible de développer des espaces vivants comme on peut trouver en Allemagne, Grande-Bretagne, par exemple des ateliers d'artistes associés à des incubateurs d'entreprises ou d'associations, des salles de spectacles, d'exposition, de formation, une cafétaria sympa, bref tout ce qui peut créer une dynamique collective et vivante, çà ne coûte pas cher à développer par rapport aux infrastructures culturelles que l'on voit pousser comme des champignons… et en France ça n'existe quasiment pas… Ou alors si vous en connaissez ? Toute tentative semble vite tuée par des petits corporatismes, le pouvoir de notables, leurs rivalités associatives, et au final en l'absence de budget de gestion impostants, il ne se passe évidement rien.
Par rapport au « 104 », que je n'ai pas visité, mais de ce qui me reste de mon travail en « l'analyse institutionnelle », j'avais l'impression que le projet ne permettait pas assez d'institutant vivant pour que s'installe cette dynamique entre pulsion de vie et pulsion de mort qui permet la création.
De patient
acteur | 15H26 | 29/11/2008 |
Je trouve que vous allez bien vite en besogne pour charger des lieux qui dans la proportion gardée sont comme des nouveaux nés (la vie d'un bâtiment public va de 30 à 300 ans) : nous, humains, sommes de passage dans la vie d'un bâtiment.
Au début, il y à la décision politique de créer un lieu.
Quelques années plus tard, les moyens sont réunis.
Quelques années encore pour la conception
Quelques années de plus pour la réalisation.
Et un grand nombre de personne ont porté ensemble le « Bébé ».
Là c'est comme si l'on reprochait à la maman épuisée d'avoir une sale gueule, et au bébé de péter, chier ou vomir, de ne pas faire ses nuits, et d'emmerder tous le monde…
Alors s'il vous plait, laissons le temps au temps.
N'opposons pas non plus les petites structures culturelles, aux moyennes et aux grandes, qui ont toutes leurs raisons d'exister avec leurs propres moyens.
N'opposons pas les lieux qui ont pris le temps pour exister, tisser et rayonner avec ceux qui viennent juste d'ouvrir.
Ne reprochez pas à ceux qui sont en charge de faire vivre le lieu de ne pas trouver tout de suite les bons choix pour « élever » le lieu (comme la belle mère qui gonfle la jeune maman de ses bons conseils).
La tour Eiffel et Beaubourg ont en commun le fait d'avoir opposé de manière égale les pours et contres dès leur réalisation et d'être aujourd'hui les lieux les plus visités au monde.
Alors laissons le 104 faire sa greffe avec le quartier, respectons cette rigueur architectural qui ne sera en rien antinomique avec des spectacles vivants.
Les solutions sont simples :
- pour le 104 : interpeler l'autorité compétente pour autoriser le camion à pizza à s'installer sous la halle
- pour le théatre de Montreuil : engueuler copieusement l'architecte un peu perdu dans son idéal cubiste et le faire bosser gratos pour déplacer sa cafêt au rdc et l'ouvrir sur la place.
à patient
De MilanPermeable
Chroniqueur | 16H37 | 29/11/2008 |
Le temps de passer mon commentaire, et d'autres pas « alignés », comme je disais, sont apparus.
Désolé de ce décalage.
R Milan, chroniqueur
à patient
De Schtroumpf perplexe
physicien | 11H39 | 30/11/2008 |
Certes, un bâtiment public vit entre 30 et 300 ans, mais le 104 n'est pas un nouveau né, puisque « morgue » il était déjà public ; o)
La Tour Eiffel et Beaubourg sont des bâtiments provocateurs, fortement chargés de caractère dès leur création. Il ne semble pas que ce soit le cas du 104.
Par ailleurs, un nouveau né pète, chie et ne fait pas ses nuits. S'il ne regarde pas les visiteurs qui se penchent sur son berceau, il est toutefois raisonnable de s'inquiéter.
N'atténuons pas le mérite des gens qui à l'avenir pourraient arranger les choses au 104. Vous parlez de solutions simples : quand il faut l'avis d'une administration (municipale ? ) pour modifier un lieu, rien n'est simple.
Pour cadrer mon intervention : je n'ai pas été là-bas, mais j'avais lu plusieurs articles (plutôt du genre publicitaire) qui m'avaient laissé froid.
Leur site oueb est glacial, et il indique que presque rien (bar, librairie, espace des petits) n'ouvrira avant 2009.
Il indique aussi pas mal d'artistes invités, ce qui je crois, correspond au projet initial. Peut-être certains d'entre eux laisseront-ils des traces, des oeuvres, dans ce grand espace vide aujourd'hui. Alors tout cela prendra peut-être vie, effectivement.
De abgroult
15H34 | 29/11/2008 |
Réalisation non pas d'indéfinissables « bobos » donnés en pâture à des imbéciles, mais d'architectes bien en cours, comme pour l'insensée « tour pyramidale » de la porte de Versailles. Mégalomanie de M. Delanoë ?
De Gina Grimont
15H47 | 29/11/2008 |
La seule culture digne de ce nom est la culture de proximitè, celles des petits lieux, des lieux humains, chaleureux, dans la vie. Où, nous artistes, buvons un coup aprés le concert avec le public. Plein de petits festivals fleurissent puis disparaissent faute d'argent. Il reste les gros, usines à groupes, places trés chéres.
La culture est bouffé en France par l'inculture et la mégalomanie de ceux qui prétendent la faire. La culture pour eux, c'est les paillettes, font pas la différence entre Lara Fabian et Catherine Ringer. Culture de jet set et surtout, là où je les dèteste, mépris total du public, négation de l'intelligence.
Etre artiste aujourd'hui est une addiction, une toxicomanie sinon il ne serait pas possible de continuer, d'y croire, de perséverer… Mais le public est là, qui rit, qui pleure, qui applaudit, qui dit merci. Il nous tient debout, c'est ça l'addiction et putain, qu'elle est bonne !
à Gina Grimont
De Laffreux Jojo
penseur libre | 19H41 | 29/11/2008 |
Vous pensez réellement qu'on fait l'art pour s'entendre dire « merci » ou de de goûter aux joie des applaudissement… Grand Dieu, un conception d'vant hier…
Votre « addiction » a très peu à voir avec l'art, je trouve. D'ailleurs cvous ne parlez pas du tout de contenu.
à Laffreux Jojo
De Gina Grimont
14H58 | 30/11/2008 |
@laffreux jojo
Votre pseudo est trés bien choisi !
Quand je parle des remerciements du public, c'est pour expliquer pourquoi nous tenons bon dans cette galére quand nous faisons de la musique non-commerciale, non formatée, non-préadolescente ( ça c'est pour le contenu). Le chemin est donc plus long pour y être reconnu,pour se
faire connaitre de SON public et pour pouvoir en vivre financièrement.
Quant à la conception d'avant hier de l'addiction à l'art, ça se voit que vous n'êtes pas artiste ! Comédien, chanteur, musicien, nous ne sommes rien sans le public !
à Gina Grimont
De Laffreux Jojo
penseur libre | 18H58 | 30/11/2008 |
Donc vous êtes musicienne, soit. Parlez plutôt de la reconnaissance du public. Il faut l'atteindre et le toucher : autrement dit avoir quelque chose à dire. Comme disait Brecht : quand je suis au théâtre, je n'aime pas laisser mon cerveau au vestiaire. Je crois simplement qu'un artiste « tient bon » comme vous dites - pour faire simple - parce qu'il croit ce qu'il fait et dit est juste. Peu importe les remerciement du public. Et d'ailleurs, musique non formatée ne veut pas dire bonne ou de qualité. D'accord avec vous , vivre de son art, c'est une autre paire de manche.
Et d'ailleurs détrompez vous, je suis peut-être plus artiste voire plus reconnu que vous ! Qu'en savez-vous ?
De Asse42
Posteur Royaliste | 15H50 | 29/11/2008 |
Il fait froid dans le dos ce billet…