La Comédie-Française comme symptôme de la culture selon l'Etat sarkozien

Entre la Comédie-Française, l'Etat et la MC93 de Bobigny, le feuilleton continue de plus belle.
La semaine dernière Muriel Mayette dans un entretien au « Monde » (daté du 13 novembre) jetait l'éponge en renonçant à faire de la MC93 un pôle banlieue de la maison de Molière. Un renoncement tardif mais logique : la plupart des Sociétaires de la Comédie-Française avaient signé une motion disant qu'ils n'iraient pas à Bobigny, la profession avait donné de la voix, ténors en tête, pour protester contre cette main mise, dénonçant au passage l » absence concertation préalable avec l'équipe de Bobigny.
On croyait donc l'affaire enterrée. Mais non. Sermonné par le ministère, Muriel Mayette mangeait son chapeau en corrigeant son propos : on l'a mal comprise, le projet entre « dans une deuxième phase de travail » précisait-elle au « Monde », phrase à l'évidence soufflée par Christine Albanel qui la reprenait dans un communiqué. Pour elle, le projet « conserve sa pertinence ».
Derrière ce feuilleton, le symptôme. Celui d'une instrumentalisation des artistes par le pouvoir sarkozien. Les artistes ne sont désormais que des pions, des objets jetables ou corvéables à merci et se doivent d'obtempérer, de s'estimer heureux si on leiur donne de quoi bricoler. Naguère on les honorait, on les remerciait d'exister, on leur offrait le gîte et le couvert, on aimait les écouter, et même tenir compte de leurs propositions. Aujourd'hui ce sont au mieux d'encombrants locataires, le plus souvent on les réduit au rang de mendiant auquel on condescend à faire l'aumône –les temps étant durs, on est passé du bifton à la piécette- et, convoqué dans un bureau au ministère, l'artiste-mendiant est prié de dire merci, de faire allégeance, de courber l'échine, de ne pas moufter quand on lui rogne son os de subvention, et de la fermer quand on lui demande de prendre sa retraite même si ses oeuvres pètent le feu.
En acceptant de se dédire, Muriel fait le salement le sale boulot. Elle n'en sort pas grandie. Avec arrogance et suffisance, contre la profession toute entière, le ministère, lui, persiste et s'enfonce dans l'erreur.
« Cet entêtement risque de provoquer une rupture entre la Comédie Français et les autres théâtres » vient de déclarer le Syndeac (syndicat regroupant la plupart des directeurs de théâtre subventionnés) dans un communiqué menaçant. « Les professionnels se demandent s'ils doivent cesser toute discussion avec le Ministère de la culture et entamer d'autres actions, au moment même où ils préparent une conférence de presse le 24 novembre qui évoquera les nombreux problèmes posés par ce gouvernement aux publics et aux artistes ».

1 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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De fran

10H25 | 18/11/2008 | Permalien

En effet Muriel Mayette va finir par faire partie elle aussi des « dommages collatéraux » de cette affaire où elle s'est fourrée bien naivement. Quelle genre de relation possible avec sa profession : la méfiance va marcher à plein régime (qu'est-ce qu'elle me veut ? ). Il est grand temps de stopper tout ça. Juste une petite interrogation : on n'entend pas beaucoup Claude Bartolone (conseil général de seine-saint-denis) ; le PS n'a donc rien à dire sur la question ? je sais qu'il est occupé par des batailles plus importantes

je signale ce petit blog de spectateurs, plein d'informations sur le sujet (comparer les déclarations entre début octobre et mi-novembre est assez comique)
http://www.desjambespourmatete.com

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