Un « Opéra paysan » hongrois hanté par un cow-boy

'L'Opéra paysan' de Béla Pintér (Gabor Dusa).

La jeune et talentueuse troupe hongroise de Béla Pintér présente son spectacle mascotte « Opéra paysan » au Théâtre de la Cité Internationale dans le cadre du Festival d'automne. Ce spectacle était venu pour la première fois en France à Nancy au festival Passages en mai 2007. Extrait de ce que j'écrivais alors dans le bulletin quotidien du festival.

Au sol, de la terre maculée de paille foulée par des paysans hongrois sortis de tableaux éternels, équivalent à ceux de notre tableau « Les Glaneuses » (peint par Jean-François Millet) qui, longtemps, orna les murs de bien des intérieurs français. Une histoire de famille. Un garçon (rôle tenu par Béla Pintér) a mis enceinte une fille dont le ventre est déjà bien rond. Les parents du garçon sont pressés de les marier, et tant qu'à faire, autant marier le même jour leur fille adoptive avec le chef de gare.

Le secret mal gardé du chef de gare

Mais ce dernier est toujours ivre, la jeune et jolie adoptée n'en veut pas, d'ailleurs elle en pince pour celui dont on s'apprête à célébrer le mariage, son frère adoptif. Tout semble donc parti pour une fable paysanne puisant en partie dans le répertoire traditionnel, entre autre celui de la Transylvanie, région hongroise de la Roumanie où les traditions sont fortes.

Un mariage n'a pas attendu d'être célébré et il le sera pendant tout le spectacle, c'est celui de la musique traditionnelle et de l'opéra baroque, œuvre de ce formidable marieur qu'est le compositeur Benedek Darvas. Une musique qui accompagne la voix des acteurs qui chantent leur texte sans chercher à rivaliser ou à singer les chanteurs d'opéra, une façon de chanter le théâtre qui rappelle celle des pastorales comme on peut en voir chaque été dans les villages du Pays basque (à cette différence près que les pastorales restent dans la tradition, ce que ne fait pas l'Opéra paysan », on ne va pas tarder à s'en rendre compte). Ce théâtre chanté est d'autant plus beau que la langue hongroise pépie comme les oiseaux et donc se prête volontiers au chant.

Un cow-boy hongrois bien membré

On cause on cause, le spectacle continue et le mariage n'a toujours pas lieu. C'est que l'arrivée du chef de gare fout tout par terre. Il n'est pas le seul à vivre avec un secret lourd à porter. L'alcool aidant et le peu d'entrain que sa promise met à tomber dans ses bras, l'incite à l'aveu qui prend la forme d'un cow-boy bien membré, un cow-boy aussi faux et vrai que le cow-boy de la publicité pour une certaine marque de cigarettes.

En fait, ce cow-boy au cuir macho est un Hongrois émigré qui a fait fortune en Amérique après avoir galéré en Suède et un peu partout. On finira par savoir que la mère de la fiancée a fauté avec ce cow-boy alors que son mari était parti à un « congrès de luthériens à Metz ». Mais ce secret en cache d'autres bien plus troublants. On n'en dira pas plus.

Dès lors tout va crescendo dans une descente nocturne vers des souvenirs enfouis. Et tout cela en musique, et quelle musique ! C'est le mariage effectif et formidablement consommé de tous ces ingrédients qui rend ce spectacle si magique, si envoûtant, si inclassable.

La jeune compagnie que Béla Pintér fêtera ses dix ans en décembre et son répertoire est déjà conséquent. Elle est en résidence au théâtre Szkéné de Budapest au sein de l'université. L'endroit n'est pas bien grand mais c'est l'un des lieux budapestois les plus ouverts. On retrouvera cette troupe avec sa dernière création au prochain festival Passages en mai 2009 à Nancy.

Opéra paysan - Spectacle en hongrois surtitré en français - Théâtre de la cité internationale, 17, boulevard Jourdan 75014 Paris - 20h30 sauf mer. jusqu'au 21 octobre - Tél. : 01 43 13 50 50.

Photo : « L'Opéra paysan » de Béla Pintér (Gabor Dusa).

3 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de Tyb

De Tyb

(par ici, par là) | 17H11 | 20/10/2008 | Permalien

« Opéra paysan - Spectacle en hongrois surtitré en français - Théâtre de la cité internationale »

tiens c'est la première fois que j'entends parler de ça, ceci dit n'étant pas un spécialiste de l'opéra c'est peut être très habituel mais comment ça se passe concrètement ? il y a un espèce de panneau d'affichage au dessus de la scène faisant défiler les traductions ?

sinon effectivement depuis les films de Bela Tarr, le hongrois me parait une très belle langue, chantante et hypnotique

Portrait de orties

à Tyb Portrait de Tyb De orties

18H18 | 21/10/2008 | Permalien

Dans le même ordre d'idées : à l'Opéra Bastille, on donne en ce moment « la petite renarde rusée », opéra du grand compositeur tchèque Leoš Janáček.
http://www.radio.cz/fr/article/109298
et
http://www.radio.cz/fr/article/109413

Il serait temps que les Français s'intéressent à ce qui se passe en Europe Centrale ! ! !

Portrait de imanol

De imanol

19H44 | 20/10/2008 | Permalien

Hum….un article publié le 20 octobre pour un spectacle (fantastique au demeurant) qui se termine le 21 octobre…la fraicheur de l'information me laisse songeur…

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