
La Comédie-Française saute sur Bobigny, la MC93 balayée
Depuis vingt ans la MC93 est un haut lieu de la création théâtrale française et internationale. Et hop, d'un coup, d'un sale coup de plume et de plumeau on réduit à néant cette histoire, bien entendu en lui rendant hommage, pour mieux s'en débarrasser. Hop, du balai, place à la Comédie-Française ! Quelle muflerie ! Quelle connerie !
Avant d'en venir aux faits qui se sont précipités ces derniers jours comme des loups affamés pressés de manger la bête jusqu'à l'os, rappelons brièvement l'histoire de cette maison qui doit beaucoup à ses directeurs successifs depuis le milieu des années 80.
D'abord sous l'impulsion de René Gonzalès, puis sous celle de Ariel Goldenberg et enfin depuis l'an 2000 sous celle de Patrick Sommier qui avait été le collaborateur des deux premiers, Bobigny est l'un des théâtres de banlieue auxquels restent attachés de mémorables souvenirs.
Et s'il ne fallait en citer qu'un seul, mentionnons le spectacle « Gaudeamus » du Russe Lev Dodine dont l'explosion mondiale commença à Bobigny. Certes, aucun directeur n'est propriétaire de l'établissement public et subventionné qu'il dirige, pas plus Patrick Sommier qu'un autre.
Une conférence de presse précipitée par Christine Albanel
Que ce grand théâtre de banlieue souffre (comme d'autres) d'une stagnation budgétaire endémique, c'est une évidence et cela n'est pas sans conséquence sur la vie du théâtre. Que tout ne soit pas parfait à la MC93, c'est possible, mais cela va mieux en en discutant ouvertement, et non en plantant un couteau dans le dos d'une équipe qui est loin d'avoir démérité.
Que le directeur ait la langue bien pendue, un caractère entier, et appelle con un con, c'est tout à son honneur. Mais l'avoir traité comme un malpropre, un moins que rien comme on vient de le faire, en le tenant totalement à l'écart des pourparlers en cours entre les autorités locales, départementales, le ministère de la culture et la Comédie Française laisse pantois.
Un sentiment d'incompréhension qui fait très vite place à la colère, laquelle s'est manifestée lundi lors d'une conférence de presse tenue dans l'urgence (de la protestation galopante) et à laquelle assistait à distance nombre de professionnels, qui ont vertement interpellé Christine Albanel et consorts. Rien de surprenant de la part de la ministre de la Culture, qui n'en est pas à son premier mauvais coup de Jarnac. Mais que Muriel Mayette, l'actuelle administratrice (c'est-à-dire directrice) de la Comédie-Française fomente une OPA sur la MC93 dans le dos de l'actuel directeur et de son équipe en dit long sur l'ambition au couteau de la dame et son manque d'élégance professionnelle.
Un projet ficelé à la va-vite et aux propositions surprenantes
Que le socialiste Claude Bartolome, nouveau président du conseil général (principal bailleur de fond de la MC93) anciennement dirigé par les communistes, entre dans la combine et voit dans le Comédie-Française l'alpha et l'oméga de toute politique culturelle théâtrale en banlieue avec la béndiction du maire communiste en dit long sur l'état quasi comateux de la réflexion du PS et du PC en la matière.
Le projet, ficelé à la va-vite, dit tout et n'importe quoi. Ainsi, « il s'agira pour la troupe (de la Comédie-Française) et pour les équipes des institutions (quelles équipe ? quelles institutions ? ) de programmer plus largement le répertoire français mais aussi d'intervenir aussi dans les cités, les écoles, les collèges ou les lycées. »
Faut-il pour cela annexer la MC93 ? Ne suffirait-il pas de proposer des coproductions, de s'inviter à la MC93 -laquelle ne demanderait probablement pas mieux- le temps d'un spectacle comme la Comédie-Française l'a fait à bon escient l'an dernier au théâtre2Gennevilliers ?
Ajoutons qu'en matière d'activités dans les écoles, Muriel Mayette a la mémoire courte, ce qui est étonnant pour une comédienne : dans le passé, la Comédie-Française a, en effet, déjà effectué sporadiquement un tel travail, dans des établissements scolaires d Argenteuil par exemple. Pourquoi ne pas l'avoir systématisé ?
La Comédie-Française saute sur Bobigny comme la légion sur Kolwezi
Que la Comédie-Française souhaite élargir son public, sortir de Paris, jouer dans le 9-3 et en particulier à Bobigny (où Muriel Mayette habite soit dit en passant), c'est formidable et on applaudit des deux mains. Mais pas comme ça, pas en sautant sur Bobigny comme les paras sur Kolwezi.
La formulation retorse du discours ministérielle (à lire sur le site du ministère de la Culture) tend aussi à présupposer que la MC93 a totalement délaissé ce type de travail sur la ville ce qui est évidemment faux. Autre proposition : « La présence d'une troupe peut aider à créer ce lien quotidien en tissant avec la population des relations éducatives et créatives durables ».
Blablabla, pur effet d'annonce. Car comment la troupe pourra-t-elle à la fois jouer tous le soirs dans ses trois salles parisiennes (salle Richelieu, Vieux colombier, Studio) tout en étant hyper active dans les quartiers de Bobigny, tout en jouant sur les deux scènes de la MC93 et tout en répétant de nouveaux spectacles ? Délirant.
Et tout le reste à l'avenant de ce tonneau percé de toutes parts, comme cette proposition présentée d'inviter des metteurs en scène étrangers à venir travailler avec les acteurs de la Comédie-Française comme si ce n'était pas déjà le cas sous le règne des prédécesseurs de Muriel Mayette, souvenons des spectacles signés Anatoli Vassiliev ou Piotr Fomenko pour ne citer qu'eux. Au demeurant, que pensent les acteurs de la troupe de la Comédie-Française de cette surprenante histoire ?
Après Bobigny, à qui le tour ?
Pas si surprenante au demeurant. Car derrière le cas particulier de la MC93, on voit poindre une ligne de fond de la ligne gouvernementale en matière de politique théâtrale : un démantèlement du réseau de ces théâtres exigeants sous prétexte d'un soi disant « échec de la démocratie culturelle », intox de saison cher au président (et sa fixette sur « La Princesse de Clèves »), sur laquelle il y aurait beaucoup à dire.
Un histoire bien dans l'ère des temps sarkoziens avec prime d'avancement aux traîtres et favorisation de la création de « grands pôles » en particulier en matière de presse ou de culture, nouvelle tarte à la crème de ces temps chahutés.
Et puisque le public de banlieue réclame la « Comédie-Française » (car cet argument populiste va bien sûr sortir du chapeau), que la ministre et ses complices ne s'arrêtent pas au milieu du gué. A quoi bon des théâtres indépendants à Nanterre, Aubervilliers, Gennevilliers et ailleurs, annexons ces officines à la maison de Molière et qu'on en finisse.
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De miresa
17H55 | 07/10/2008 |
Je suis d'autant plus d'accord que je sors juste de voir à la Comédie française deux spectacles de théatre classique , montés par des metteurs en scène étrangers invités à venir travailler avec les acteurs de la Comédie-Française ; et bien c'était nul, je ne suis pas la seule à le dire , les critiques sont unanimes.
Quand on a un répertoire aussi vaste , une troupe aussi bonne, pourquoi s'acharner à détourner toutes les pièces par des mises en scène fantaisistes et partiales.
Si la Comédie française veut faire dans la « modernitude » qu'elle reste dans ses trois salles et laisse les autres théatres donner de bonnes pièces , mises en scène conformément aux voeux de leurs auteurs
De adaunis
Nul part....si adelyne me plaque...... | 18H18 | 07/10/2008 |
En apport de votre article Jean-Pierre Thibaudat, (plus explicite et polémique) à mon avis que celui que j'ai lu ce matin sur « Aujourd'hui en France », pêché dans mon café habituel à l'heure de la rentée des classes.
J'ai noté cette expression de cette « immense ministre de la culture » ! :
« La salle Richelieu est bien sûr un lieu magnifique….
Mais il faut pousser la porte. Et cette porte, nous allons l'ouvrir ici, à Bobigny “
Mais ce projet que découvre Patrick Sommier directeur de la MC 93, (qui a découvert le projet depuis huit jours) comme vous le signalez, et qui déclare lui, amer :
‘Une OPA ’ (offre publique d'achat)” !
Cette femme lui répond, car elle a du pratiquer le “ping pong” en matière d'art, (mis à part la direction du “Chateau de Versailles”) :
“Une ‘ offre publique d'ambition et une superbe opportunité ’, rétorque la ministre, qui rappelle que la MC 93 connaît ‘ des difficultés financières ’.
Également cet échange : ‘Bien sûr qu'on va essayer de travailler ensemble ’, répond, Patrick Sommier, qui constate ‘ qu'on peut disposer de nous sans notre accord ’.
‘Christine Albanel sourit, avant de conclure, en aparté’ : ‘ Les mariages de raison sont parfois de très bons mariages. ’
Voilà Jean Pierre un petit complément qui vient étayer votre excellent papier, et souligner la ‘morgue, et la façon de gouverner de cette équipe qui est au pouvoir !
De marie 75 3563
18H57 | 07/10/2008 |
Les rustres - de Sarkozy - au programme ?
De dalun
20H09 | 07/10/2008 |
j'ai pu entendre la colère de mr SOMMIER ce midi sur f culture, et partage sa révolte sincère ; il y a dans cette « pièce » comme un air de trahison ! ! les temps sont durs …
De Valdo Lydeker
journaliste, auteur | 20H22 | 07/10/2008 |
Excellent papier de JPT . Mais je souhaiterais quand m^me ajouter une chose. depuis l'arrivée au pouvoir du président et de la plus catastrophique et insignifiante ministre que la France ait connu, les compagnies indépendantes et les petits lieux de théâtre sont sinistrés. Moins 50% de la DRAC Ile de France à l'action culturelle, … c'est à dire à ceux « qui interviennent aussi dans les cités, les écoles, les collèges ou les lycées. »
Des artistes qui font un boulot de terrain considérable en milieu scolaire et sont plébiscités par les profs se voient refusés des interventions, parce qu'ils ne sont pas « portés par une institution » ! Et parce qu'ils ne confondent pas pratique artistique, éveil des sensibilités et « restauration des classiques »…
des compagnies et des lieux mettent la clef sous la porte…
Alors, autant je trouve justifiée la mobilisation de Didier Bezace (théâtre de la Commune d'Aubervilliers, de Mnouchkine, de nombreux professionnels, et de journalistes qui éreintent à juste titre cette décision idiote d« une ministre ectoplasme, autant j'aurais voulu voir les mêmes mobilisés quand on supprimait les subventions aux “petites” (terme idiot ! ) compagnies et lieux. La solidarité des grandes institutions théâtrales n'était pas vraiment au rendez vous.. Maintenant qu'elles sont touchées, peut-être qu'elles vont se bouger ! Parce qu'hier, j'avais quand même l'impression d'une solidarité de classe, où des directeurs d'institution soutenaient un de leurs pairs…
(à noter que rue 89 est l'un des rares médias à dénoncer régulièrement cete politique de destruction).
De Valdo Lydeker
journaliste, auteur | 20H24 | 07/10/2008 |
« que la France ait connue », sorry…
à part ça, circule la rumeur de la location du Vieux Colombier, l'une des salles de la Comédie française, au théâtre privé. Copeau peut se retourner dans sa tombe…
De General Subverciòn
kouign aman délocalisé | 21H24 | 07/10/2008 |
ghetto de riches occidentaux cultivés et bien nourris qui considèrent que le 9Cube,c'est déjà la jungle islamo-communiste antisémite,gibier biométrisé pour Edwige…Douce France….cher pays de mon enfance……..
De mute
marié ;-) | 21H46 | 07/10/2008 |
Juste pour signaler que le président du conseil général de la Seine-Saint-Denis est Claude Bartolone et non pas Claude Bartholomé.
à mute
De Jean-Pierre Thibaudat
(auteur)
Journaliste | 23H12 | 07/10/2008 |
merci , c'est corrigé
De monnomdutilisateur
utlisateur | 23H51 | 07/10/2008 |
Un seul mot : RESISTANCE.
De lesuperdidou
Saltimbanque | 09H05 | 08/10/2008 |
Ministre de la culture de droite à la botte de son (centi)maître, appliquant une politique de droite : tout est normal.
De drouti
musicien | 09H33 | 08/10/2008 |
Albanel,Mayette,Peyge
3 s
sur un Sommier