Ma première intervention dans l'hémicycle

Le blog d’Aurélie Filippetti appartient au blog collectif des députés primo-élus. Rue89 a rassemblé ici six élus, de toutes tendances (trois PS, deux UMP, un Vert), afin de découvrir de l’intérieur la vie et le travail de l’Assemblée nationale. Dans ses aspects les plus sérieux ou les plus anecdotiques.


Le gouvernement a convoqué, à la demande du président de la République, une session extraordinaire du Parlement pendant tout le mois de septembre. Nous n’avons pas réellement eu de trêve estivale : c’est la deuxième session extraordinaire de l’été après la sessions extraordinaire de juillet. De la précipitation, toujours de la précipitation ! Cette agitation permanente n’est pas vraiment propice à une bonne préparation du travail législatif, mais rien n’est, paraît-il, plus urgent que de mettre en musique la politique spectacle du candidat Sarkozy !

Mardi 18 septembre, 21h30 , en séance de nuit, je me prépare à faire ma première intervention dans l’hémicycle lors de la reprise des travaux sur le projet de loi relatif  » à la maitrise de l’immigration , à l’intégration et à l’asile » . L’examen du texte a débuté plus tôt dans la journée avec les motions de procédures et les différents orateurs inscrits à la discussion générale.Déjà, lors des discussions préparatoires, nous avions pu mesurer toute la démagogqie qui entoure ce texte. La température commence à monter de plusieurs degrés et les échanges sont de plus en plus houleux à l’approche du débat sur les articles.

Je dois prendre la parole sur le premier article du texte comme intervenante pour le groupe socialiste. Nous avons d’ores et déjà annoncé que nous ne voterions pas le projet de loi qui, sous des aspects, ressemble à s’y méprendre à de simples remerciements aux électeurs du Front national.

Loin de chercher à gérer au mieux l’arrivée des immigrés en situation régulière et d’améliorer leur accueil dans notre pays dans le respect des principes et valeurs de la République française, le texte stigmatise l’immigration légale, désignée comme  » subie » , en la rendant toujours plus difficile et en multipliant les obstacles administratifs, avec le risque avéré de développer l’immigration incontrôlée par des filières clandestines.

J’avais l’image d’une Assemblée poussiéreuse, où les débats ne ressemblaient plus qu’à de longs monologues, des joutes oratoires stériles et des discours souvent emphatiques mais sans réelle portée. Rien de tel ce soir. Je vois, médusée, face à nous, un ministre qui déroule son discours populiste et réactionnaire, un rapporteur outrancier dans ses propos, et des dispositifs présentés proprement scandaleux, comme l’amendement prévoyant le recours à des tests ADN pour les candidats au regroupement familial, toutes les conditions sont réunies pour que cet amphithéâtre soit en ébullition.

Les invectives fusent et chacun dans sa travées cherche à déstabiliser l’orateur du camp d’en face. J’éprouve un peu de nervosité avant de me lancer dans le grand bain mais je ne peux pas rater mon intervention, le sujet est trop grave, il faut que mes mots portent, que les idées passent.

Le président de séance m’appelle. C’est à mon tour. Je me lève et saisis le micro un peu brutalement. J’attaque mon discours, les yeux rivés sur le banc des ministres, en tentant de faire abstraction des vociférations des députés de la majorité. Ces vociférations sont d’autant plus stimulantes qu’elles sont souvent un bon indicateur de la capacité de l’opposition à viser juste, à éclairer le débat sur les aspects non-dits ou mêmes masqués des mesures du gouvernement, à dénoncer les discours biaisés.

Bon ! Cinq minutes, c’est très court mais j’ai tout de même la petite satisfaction avec ma brève allocution d’attirer suffisamment l’attention du ministre pour le sortir de la lecture de ses notes et relancer de plus belle la polémique sur l’atteinte portée au droit au regroupement familial. Je retourne à ma place soulagée et enfin détendue.

L’examen du texte s’est poursuivi tard dans la nuit et s’est achevé mercredi soir à 4h30 du matin. Voilà donc la première d’une longue série de bataille à à venir dans l’hémicycle.


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Infovite | Plébéien.
19H18 21/09/2007

Ce n’est pas le temps de parole qui importe mais la qualité et donc la sincérité de vos convictions.
En tant que députée, soyez la représentante et surtout la voix de ceux qui n’ont pas droit à la parole : les plus démunis.
Défendez et faites entendre un idéal de Justice, la vraie celle du cœur et de la fraternité réelle.
En clair, c’est une « proposition » de forte contestation sans compromission aucune.
Bon combat !

http://www.webzinemaker.com/info-espress/

 
Pupuce
21H22 21/09/2007

A ceux qui doutent de l’existence de l’intégrité des politiques, vous donnez une belle leçon de conviction
et d’engagement.
Vous montrez que la gauche et la droite çà n’est pas
bonnet blanc et blanc bonnet.

Merci, et bon courage Madame la députée.

 
puerta13
16H36 22/09/2007

H.S.

C’est justement parce que c’est le nom de ta « chatte », que l’on fantasme… PUPUCE !

 
Pupuce
00H39 22/09/2007

Pour nous ça change que l’Assemblée ne parle pas que d’une seule voix (celle de sarko).
Tu laisses entendre que Madame Filippetti se vante, alors qu’elle fait montre d’une grande humilité.
Et toi, tu es satisfait de ta petite diatribe ?

 
annedub
19H40 22/09/2007

auriez-vous eu le courage de vos opinions , devant cette bande de machos vociférants et pleins de haine pour l’opposition? heureusement que de nouveaux députés sont là avec leurs convictions ( et celles des électeurs qu’ils représentent).

 
gilda
00H46 22/09/2007

Je suis rassurée de n’être pas la seule à me trouver médusée par les déclarations de l’un ou l’autre des actuels ministres (que je lis sur l’internet ou dans la presse papier). Je suis rassurée qu’il y ait à l’Assemblée quelques personnes pour pouvoir (encore ?) le dire.
Courage Aurélie !
(et puis merci)

 
Leclere gérald
08H08 22/09/2007

Aurélie, continuez. C’est pierres aprés pierres que l’on construit sa maison. N’écoutez pas ou ne lisez pas les commentaires de tout ces désabusés de la politiques.
Bravo, il faut y croire, 5 ans c’est peanuts dans la vie d’une république.

 
Domkishoot | Utopiste médiatique
08H59 22/09/2007

Mais c’est beaucoup dans la vie d’un citoyen !

 
CJ Cregg
20H16 22/09/2007

Vous avez été présente et participé à ce débat : un bon point pour vous.
Pardonnez-moi donc de passer par votre canal - le premier qui me tombe sous la main - pour poser ces questions et transmettre ce message, assez scandalisé, à l’immense majorité des membres de votre groupe parlementaire :

Ou étaient-ils, les bataillons de l’opposition, dans la nuit du 19 au 20 septembre, pour les dernières séances de débat et le vote de la dernière loi sur l’immigration ?
(http://www.assemblee-nationale.fr/13/cri/2006-2007-extra2/20072004.asp#P…)
Il semble que seulement 23 députés au total, toutes tendances confondues, aient été présents.
C’est moins de 5% de ceux que nous avons élus !
Alors quoi ? le sujet n’en valait pas la peine ?
Bon, c’est vrai, n’étaient en jeu que quelques libertés publiques essentielles et quelques principes constitutionnels de base. La routine, n’est-ce pas…

Mais qu’est-ce que vous attendez donc pour faire votre boulot ?
Pour le moment le rôle indispensable de l’opposition dans une démocratie n’est pas tenu, là où il devrait absolument l’être : au Parlement.
Vous n’avez donc toujours pas compris que « travailler plus ", c’est " tendance » en ce moment !

Or ce texte ne repassera plus devant l’assemblée nationale, mais seulement devant une commission mixte paritaire, puisque la procédure d’urgence a été déclarée…

Ne pensez-vous pas que le texte voté aurait pu être différent, sur bien des points (au hasard : le sort des couples mixtes, le délai de recours pour les demandeurs d’asile, les tests ADN, les statistiques ethniques - ce dernier sujet méritant sans doute un débat au Parlement mais pas dans ce cadre…), si vos collègues avaient été là, pour jouer leur rôle ?

Et même si le résultat n’avait pas été entièrement différent sur tous les points, ne pensez-vous pas que cela valait la peine de faire passer une nuit blanche à ceux qui voulaient vraiment faire passer ce texte, et à obliger plus de parlementaires de la majorité à être là, à suivre ce débat, et à voter personnellement ?

Si ça se trouve, un certain nombre d’entre eux se seraient alors rendus compte de ce qu’on leur proposait de voter et vous auraient rejoint pour rejeter les dispositions les plus scélérates de ce projet.
Mais, malheureusement, on ne le saura jamais puisque, l’opposition n’ayant délégué qu’un tout petit nombre de députés, la majorité n’avait pas besoin de mobiliser ses propres troupes…

Encore une fois, désolée de crier mon indignation sur vous, qui justement avez été là, mais il fallait que ces choses-là soient dites, et j’espère que vous relayerez mon message dans vos instances partisanes.