03/02/2010 à 10h07

A Metz, une exposition en forme d'expédition qui brouille les repères

Artnet"

(De Metz) Metz est la seule ville de France où l'on peut observer des aurores boréales. Le Frac Lorraine (Fonds régional d'art contemporain) abrite en effet une exposition consacrée aux déserts de neige, de rocs et de glace, derniers terrains de jeux (en voie de disparition, réchauffement oblige) pour les artistes en quête d'extrême et de romantisme échevelé.

Pas nécessaire d'être un aficionado d'art contemporain pour être capté par ces univers. Il suffit, dans ce bâtiment riche en alcôves et flanqué d'une haute tour du XIIIe siècle, d'accepter de brouiller ses repères, comme y invite dès l'entrée, posée sur le sol et prête à vous scier les pattes, l'aiguille d'une boussole qui a perdu le nord...

L'expo, qui fait une large part aux installations vidéos (mais aussi à quelques machines étonnantes comme celle qui fabrique des aurores boréales) plonge le visiteur comme s'il y était, et grâce à de savants (ou de très simples) dispositifs, dans des espaces infinis d'une beauté réfrigérante.

Béatrice Josse, qui dirige et anime le Frac Lorraine depuis sa création en 1993, est un personnage singulier dans le monde des institutions de l'art contemporain. Un monde où on tourne en général sept fois sa langue dans sa bouche avant d'exprimer, d'un air pénétré, des vérités aussi creuses que grammaticalement correctes.

Tout en nous guidant -sans casquette- tout au long de cette exposition en forme d'expédition, Béatrice Josse s'exprime aussi sur sa conception de la collection et de la présentation au public d'œuvres qui ne doivent pas, selon elle, être réservées à une élite, tant elles nous parlent d'ici et maintenant, à condition de créer autour d'elles une scénographie adéquate.

L'animatrice du Frac s'interroge aussi sur le statut de l'œuvre d'art, de plus en plus volatil à l'heure du virtuel et de la dématérialisation, alors que le marché, spéculatif, se raccroche encore à la notion d'objet, palpable, négociable et quantifiable.

Visite en images d'un lieu actif et passionné, dont l'objectif n'est pas de faire de l'ombre à la nouvelle antenne du Centre Pompidou, qui ouvrira ses portes à Metz en mai prochain, mais d'imaginer des manifestations petit poucet, en décalage et en écho avec celles organisées par le mastodonte au lourd cahier des charges.

Esthétique des pôles, le testament des glaces - jusqu'au 7 février 2010 - exposition au fonds régional d'art contemporain de Lorraine - 1 bis rue des Trinitaires, 57000 Metz - Du mercredi au dimanche de 12h à 19h, entrée libre - www.fraclorraine.org

Publié initialement sur
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  • La mouche du coche-
    • Posté à 12h43 le 03/02/2010

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    Cette expo a l'air bien space comme j'aime.
    Elle est à 3h13 d'ici sur mon GPS. J'irais ce we avec les enfants. Le coin est sympa en plus, cela nous fera une chouette balade.
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  • pikasso02
    • Posté à 15h29 le 03/02/2010

    Bravo. Je crois que Joseph Beuys aurait apprécié votre idée d'exposition. Vous avez très bien exprimé en quoi consiste l'art contemporain. Exprimer ce que chaque artiste d'aujourd'hui ressent sans faire référence au passé artistique. Vivre l'instant en espérant que le spectateur ait la même envie. L'histoire de l'art ne devrait pas pas être un facteur de perception de ce que nous ressentons maintenant. Mais je crois que ce que vous faites pourrait être fait avec des oeuvres du passé. Sans remonter aux peintures remplies de symboles qui aujourd'hui ne jouent plus leur rôle, donc inutiles sauf pour les chercheurs passionnés dans ces oeuvres ; il existe une forme de réflexion proche de la vôtre, une forme artistique, qui permette de lire objectivement, (l'objectivité d'un bloc de glace qui fond est évidente), les oeuvres de Picasso. Je dis bien lire et non voir. Dans votre exposition, vous dites que le premier choc est physique puis ensuite l'esprit se met en marche. Vous dites aussi que dans X années ce que vous montrez ne sera plus compris. D'autres formes artistiques existerons. Vous ramenez donc la notion d'art au présent avec ce que vous avez sous la main aujourd'hui. Je fais la même chose que vous. La lecture objective que je propose des « images » des oeuvres de Picasso qui inondent les classes de la maternelle à la fin des études, n'est pas entendue. Chacun regarde un « Picasso » avec son regard. Moi, je vous affirme, qu'il peut être lu par tous avec un langage à acquérir. Ce langage c'est le secret que Picasso ne nous a jamais révélé. Lire Picasso, fait partie de l'art contemporain.Je profite de votre exposition pour parler d'une poétique nouvelle dans voir et lire Picasso. Et uniquement Picasso. Vous êtes contre les collectionneurs. Moi aussi. L'argent n'a rien à voir avec les découvertes. Vous ne brouillez pas les repères, vous en créez d'autres. Bonne chance à vos projets.

  • Anonyme

    Ce que fait Béatrice Josse, c'est de la mode, de l'air du temps, de l'esthétique relationnelle destinée à disparaître dans le flux des évènements. Tel Boltanski demandant, pour corser l'ambiance, à ce qu'on coupe le chauffage au Grand-Palais, Béatrice se propose de nous plonger dans un « grand bain froid » pour mieux nous faire prendre conscience de la fonte des glaces aux pôles et, pour y parvenir, nous donne des images, des textes, des objets à déchiffrer.
    Bonne princesse, elle croît devoir préciser, au cas où la chose nous aurait échappé, que la boussole à même le sol de l'entrée est immense, tranchante comme un couteau et qu'elle indique le nord seulement de temps en temps.

    Bref, on sort de là « enrichis » comme d'un jardin d'enfants ou
    un parc d'attraction.

    On peut préférer à ce genre de distraction amusante de l'art d'ici et maintenant d » il y a 186 ans, celui de Gaspard David Friedrich, par exemple.
    On aura alors à la fois une image « lisible », comme plus haut, s'adressant à notre intelligence déchiffrante, et puis une peinture « visible » en dehors de toute signification, capable de nous communiquer de l'« indicible » au-delà de la semaine prochaine, voir de la semaine suivante :

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    « La Mer de Glace », dit aussi « Le Naufrage », 1824. 96,7 X 126,9 cm. Hamburg, Kunsthalle.

    • pikasso02
      • Posté à 19h07 le 04/02/2010

      « Ce que fait Béatrice Josse, c'est de la mode, de l'air du temps, de l'esthétique relationnelle destinée à disparaître dans le flux des évènements. » Je suis surpris que la comparaison de cette « Mer de glace » du peintre romantique Allemand n'ait jamais été faite avec le « Radeau de la Méduse » du peintre romantique Français, peint en 1819. « La Mer de Glace » fut peinte en 1824, l'année de la mort de Géricault. Géricault avait 28 ans quand il peint le « Radeau de la Méduse », qui le couronna Maître du Romantisme. A 50 ans, Gaspard David Friedrich peint « La Mer de Glace » qui est directement inspirée pour la composition du tableau de Géricault. Les lignes de force sont superposables. C'est surprenant. Il manque juste la voile ! Sacrément culoté ce Friedrich, qui en interprétant une peinture de son temps, 5 ans après celle de Géricault, aura annoncé l'académisme du Cubisme qui consistait à transformer les paysages ou personnages en cubes ou volumes géométriques. Ce qui me surprend encore plus, c'est que personne n'ait su voir la transposition d'un chef-d'oeuvre de très grande taille (491 x 717 cm) avec « La Mer de Glace » de Friedrich.(96,7 x 126,9 cm).Merci de me dire si vous n'êtes pas d'accord avec cette copie cachée. Le Romantisme fut une mode comme il en existe aujourd'hui. Merci à scapin pour cette image superbe qui m'aura permis une fois de plus de vous parler des interprétations en peinture. Je pense qu'il n'est jamais trop tard pour remettre les pendules à l'heure, même si cela déplait.

      • Anonyme répond à pikasso02

        Comparaison extrêmement judicieuse, en effet ; j'avoue n'y avoir jamais pensé. Merci, pikasso02.

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