Plus fort que le maïs OGM, les animaux transgéniques
Alors que la France interdit les céréales OGM, les labos américains sont prêts à mettre sur le marché de drôles de zèbres.

Ils sont sur les starting-blocks, mais les autorités sanitaires américaines rechignent à donner le feu vert. Que de nouveautés en perspective! Bacon bon pour le cholestérol, lait de chèvre analogue au lait maternel, lisier de porc moins nocif pour l’environnement, saumons à croissance ultra rapide, vaches prémunies contre les infections des mamelles…
Alors que la France vient de décider de suspendre la culture du maïs Mon810 pour l'année 2008, le seul OGM cultivé dans le pays, l’actuel débat français sur les OGM peut laisser croire que l’essentiel des enjeux réside dans les cultures. Pour les semenciers et les cultivateurs autres qu’états-uniens, oui, sans doute. Mais pour les labos, les firmes de biotechs, l’industrie agro-alimentaire américaine et même pharmaceutique, les plantes OGM, c’est presque du passé, c’est devenu la routine. Place aux bestiaux, on est dans un pays de carnivores, que diable!
Des porcins plein d'Omega 3 et qui urinent propres
Les cochons ont ouvert le bal. En 2001, des "Enviropigs" urinant 60% moins de phosphate que leurs ancêtres du XXe siècle étaient présentés par l’Université canadienne de Guelph. Les scientifiques avaient utilisé un gène conférant aux porcs la capacité de mieux digérer le phosphore. Depuis, en attendant l’autorisation de mise sur le marché de ces animaux susceptibles de réduire la pollution en nitrates des nappes et des rivières, quelques fermes canadiennes expérimentales entretiennent un petit cheptel d’Enviropigs. (J’aimerais beaucoup connaître l’avis de l’association Eau et rivières de Bretagne sur le sujet.)
Cinq ans plus tard, en 2006, des porcs dont la chair présentait un excellent taux d’Omega-3 (le genre de bon acide gras qu’on trouve dans le poisson) naissaient dans le Missouri. Des cellules génétiquement modifiées avaient été clonées et transférées dans des truies, lesquelles ont donné naissance à des porcelets en parfaite santé, capables de produire des jambons aussi bons pour le coeur que le cabillaud. Là encore, des porcheries ultra surveillées fonctionnent dans l’arrière-cour des universités, fournissant étude après étude aux diverses autorités sanitaires.
Des vaches immunisées contre les inflamations de mamelles
Entre temps, il y a eu en 2005 l’apparition des vaches GM naturellement immunisées contre les mammites (ou mastites), autrement dit l’inflammation des glandes mammaires. Cette affection très courante coûte des sommes folles aux éleveurs, tant en perte de production laitière qu’en soins vétérinaires et médicamenteux (par ailleurs peu efficaces). La mise au point dans le New Jersey de ces premières têtes de bétail "biotechnologiquement" conçues pour résister aux maladies est due aux chercheurs du ministère de l'Agriculture américain.
Ceux-ci entendent poursuivre sur leur lancée: "De prochains essais porteront sur le développement de défenses analogues contre les pathogènes qui affectent les vaches laitières, et sur la mise au point de laits spécifiques pour produire des yaourts et des fromages." En ce début de 2008, les supercows taguées "USDA expérimentales" gambadent dans les champs scientifico-bien-gardés du gouvernement fédéral, attendant l’autorisation en haut lieu de se reproduire librement.
Mais quid de leur lait? La modification génétique de la vache laitière a peut-être un impact sur la qualité du produit final, non? Réponse: en effet, la recombinaison du code génétique entraîne la production d’une protéine antimicrobienne, la lysostaphine, qu’on retrouve dans le lait. En 2005, les scientifiques se voulaient rassurants:
"Le lait ordinaire contient déjà des protéines naturelles antimicrobiennes, telles les lysozymes et les lactophérines. (…) En tout état de cause, la mise sur le marché d’un lait contenant de la lysostaphine serait soumis à une autorisation fédérale préalable, après un protocole d’études sanitaires rigoureux."
Rappelons que les vaches américaines sont déjà shootées aux hormones, et que seul le lait bio (3,5% du marché, un chiffre qui croit de 25% par an) en est exempt.
Du lait de biquette bon pour les intestins des bébés
Passons aux biquettes. En août 2006, l’Université de Californie à Davis annonçait la mise au point d’un lait animal présentant les mêmes qualités que celui des femmes. Depuis des années, ces chercheurs travaillaient sur des chèvres transgéniques capables de produire ce genre de lait. Un lait contenant beaucoup de lysozymes, lesquelles bloquent, chez le nourrisson, le développement d’affections intestinales.
"Ce type de lait est l’un des tous premiers aliments transgéniques à présenter un réel avantage pour la santé humaine", explique le professeur Jim Murray, qui a dirigé l’étude. Lui et son équipe espèrent que cette découverte débouchera sur la production de lait en poudre riche en lysozymes destiné aux pays en développement, où les maladies intestinales déciment les bébés. Ils voient même la possibilité de constituer là-bas de troupeaux de ces chèvres transgéniques, voire de vaches analogues dans un second temps.
Des saumons qui grandissent plus vite
Terminons avec les poissons. En introduisant dans des salmonidés le gène d’une hormone de croissance, lui-même issu de croisements effectués sur d’autres poissons, l’entreprise Aqua Bounty a donné naissance à des animaux qui atteignent leur taille adulte deux fois plus vite que des saumons, truites ou tilapias ordinaires d’élevage.
Les avantages, selon la société, sont innombrables. Un bénéfice économique pour le pisciculteur: réduction du cycle de croissance et meilleure efficacité alimentaire. Un bénéfice notable pour l’environnement (on oublie trop souvent à quel point les fermes piscicoles sont destructrices pour le milieu naturel): réduction de la quantité de déjections par poisson, notamment. Sans oublier l’argument selon lequel un accroissement de la production piscicole permettrait de diminuer les prélèvements de poissons sauvages dans les océans. Enfin, pour prévenir le risque d’hybridation avec des poissons naturels, les OGM d’Aqua Bounty sont stériles.
Ces merveilles biotechnologiques présentent des avantages incontestables sur leurs homologues "naturels", les bestiaux tout bêtes (quoique farcis d’antibiotiques, d’hormones, et nourris en dépit du bon sens). Pourquoi la Federal Drug Administration (FDA), qu’on a connu fort prompte à délivrer des autorisations quand il s’agissait de céréales transgéniques, traîne-t-elle les pieds depuis parfois des années (notamment pour les Enviropigs canadiens)?
L’administration préfère les clones au animaux GM
Le New York Times s’est posé la question en juillet. Curieusement, "la FDA considère le clonage comme une méthode moins radicale que l’ingénierie génétique sur les animaux. Le clonage se contente en effet de répliquer la nature, alors que les modifications génétiques obligent à des inclusions d’ADN venant la plupart du temps d’autres espèces."
Le journaliste a constaté que, faute d’autorisation de mise sur le marché des animaux OGM ou de leur production (même à titre provisoire et contrôlé), les labos inventeurs peinaient à trouver des sociétés acceptant de financer le développement des "produits". Et même avec le feu vert des autorités, il n’est pas certain que l’agrobusiness s’engouffre dans la production d’animaux transgéniques. Même si les Américains sont loin de craindre autant les OGM que les Français (aucun étiquetage n’est requis, et tout ce qui est à base de maïs et soja américain est déjà largement transgénique), le marché craint une méfiance des consommateurs.
A juste titre. Quoique l’audience des groupes verts, des militants du bio et de la "green attitude" compte encore pour pas grand chose dans une Amérique aux habitudes alimentaires moutonnières et peu diététiques, les messages d’alerte fusent ici et là. Ici comme ailleurs, quand il s’agit de bouffe, on écoute. Dernier avertissement en date, publié dans Plenty de février: "Bringing Home the Transgenic Bacon" (en version papier seulement).
Peut-être qu’à l’époque où les céréales génétiquement modifiées ont été mises sur le marché, l’opinion n’était pas prête à entendre les "lanceurs d’alerte". Les temps changent.
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Il est tout de même paradoxal d'évoluer dans une société jetant l'opprobe sur ses athlètes shootés, pour des raisons affichées de santé, d'équité, de respect du corps et j'en passe, mais qui accepte les memes traitements pour les composantes son régime alimentaire.
Le monde entier tire à vue sur Marion Jones, se fait plaisir à les agiter comme des garde-fous. Par contre, aucun problême quant au fait de bouffer du saumon "adulte en 3mn - on vous rembourse la différence si vous les élevez plus vite". Inquiétant tout de même.
Ok, ces technologies permettront de générer de la "bouffe" rapidos, en masse, pour les masses. Soit. A quel prix éthique, moral, environnemental, symbolique ?
Ca me fait bigrement penser aux épisodes de Dragon Ball Z de ma jeunesse, là où on jette des gelulles magiques par terre pour générer tout et n'importe quoi.
Beau début d'année, donc. :(
À la limite, je trouve ces animaux transgéniques presque moins dangereux que les plantes OGM. En effet, il est plus facile de limiter la "diffusion" d'une vache ou d'un porc, que celle d'un pollen ! De plus, un porc ne se reproduit qu'avec un autre porc, tandis que les plantes s'échangent des morceaux d'ADN entre elles, y-compris entre espèces différentes, via les bactéries présentes dans le sol. Cela explique qu'un gène OGM introduit dans un maïs pourra se retrouver dans un chiendent par exemple...
Cependant, je reste sceptique sur les bénéfices "réels" (pas financiers !) de ces OGM. En particulier sur les antibiotiques dans le lait, au vu des problèmes de résistances bactériennes... et d'effets indésirables. Rappelons qu'un antibiotique est un médicament, pas un aliment !
Au final, si les animaux OGM semblent si dangereux, n'est-ce pas surtout parce que l'on se rapproche petit à petit de l'homme ?
C'est surtout dans la medecine que les applications sont interessantes (comme pour les plantes OGM d'ailleur). Par exemple develloppé des porcs pour produir des greffes, leur faire produir tel ou tel substance qui pourra servir à faire des medicaments, les rendre resistants à tel ou tel maladie pour la recherche ... Et là comme vous dites on se rapporoche beaucoup de l'homme. On risque rapidement d'etre confronté à des OGM animaux-humains et ca risque de remettre en cause la frontière et notre rapport à l'animalité. Il y a aussi la possibilité de rendre les humains résistants génétiquements à tel ou tel maladie.
L'article ne parle pas des animaux OGM de compagnie. C'est pourtant un type animal qu'on aime bien manipuler parfois contre toute logique, imaginez un persan ou un chiwahua retourner à l'etat sauvage
J'avais vu que des chats hypoallergeniques OGM etaient aussi envisagé.
(il y en a deja pas séléction traditionnelle mais le resultat nest pas garantie pour les personnes hypersensible http://www.20minutes.fr/article/91487/Sciences-Chats-hypoallergeniques-m... ). Aussi une souris qui aurait perdu la capacité à reconnaitre l'odeur des chats http://gigistudio.over-blog.com/article-7308874-6.html.
Perso j'aimerais bien qu'on trouve un moyen d'allonger l'esperance de vie des rats, avec une moyenne de 3 ans c'est quant même pas beaucoup.
Je sais pas si on peut craindre des applications millitaires. Voyez par exemple ce chien http://www.dailymail.co.uk/pages/live/articles/news/news.html?in_article...
qui n'est pas un OGM mais une malformation génétique mais que je trouve bien flippant.
Il existe aussi la chèvre-araigné. Le gène d'araigné permet à la chèvre de secrété dans son lait de la soie d'araigné. J'avais lu que c'etait surtout utile pour devellopé des textiles ultra resitants et fins pour l'armé ou l'exploration de l'espace.
http://news.bbc.co.uk/1/hi/sci/tech/889951.stm
En pratique, on m'a appris en cours de pharma que les applications médicales à base de plantes ou d'animaux ne sont pas si évidentes que ça... il y a des problèmes d'éthiques qui se posent, des problèmes de contaminations et d'infections, des problèmes de réactions immunitaires et d'allergies, des problèmes de difficulté de production...
Au final pour produire des protéines recombinantes il est préférable de prendre des bactéries, plus faciles à manipuler, avec de meilleurs rendements, et sans risque de transmission d'un agent infectieux de la bactérie à l'homme.
Évidamment, pour produire des organes entiers, les bactéries ne sont pas utilisables. Par contre, l'intérêt médical de plantes recombinantes en médecine est très faible comparé aux bactéries, à part de rares exceptions où une espèce eucaryote est nécessaire... et même alors il est plus simple d'utiliser des espèces monocellulaires.