Faut-il avoir peur des nanotechnologies?
Si le grand public américain n’a jamais manifesté la moindre réticence envers les OGM, présents depuis des lustres dans toute la chaîne alimentaire aux Etats-Unis, le débat sur les nanotechnologies semble trouver ici quelque écho. On est certes loin de voir les collectivités locales organiser des débats publics contradictoires pour informer les citoyens. Mais les associations, les groupes militants et certains médias consciencieux jouent bien leur rôle de lanceurs d’alerte. Résultat : des gens se posent des questions et cherchent les réponses comme ils peuvent, le plus souvent en surfant sur le net.
Témoin ce courriel reçu à son retour de vacances par un professeur de Duke University (Caroline du Nord), Dr Mark R. Wiesner (oui, on se connaît bien tous les deux), spécialiste des sciences de l’environnement : "J’ai vu sur internet que vous vous intéressiez aux dangers potentiels des nanotechnologies. Je donne des cours à mon domicile à des étudiants, et hier l’une de mes élèves a mentionné qu’elle étudiait dans le champ des nanotechnologies. Excusez ce qui est probablement de l’ignorance et de la paranoïa, mais je me demande si je cours un danger à travailler avec elle. (…) Les produits nanotechnologiques sont-ils dangereux ? Est-ce que les gens qui travaillent avec ça ont la capacité de contaminer les autres ? Que savons-nous à ce sujet ? "
Mark Wiesner est notamment connu pour avoir initié à Rice University (Texas) en 2000 les premières recherches concrètes sur le comportement des nanoparticules dans l’environnement, arguant alors qu’il ne fallait surtout pas courir le risque de répéter l’histoire de l’amiante, d’abord identifiée comme matériau miracle, puis poison public numéro un. Son analogie avait déclenché à l’époque de violentes engueulades entre scientifiques travaillant dans le domaine. Dans le genre : pourquoi donner des verges pour se faire battre ? Bref, il bosse toujours sur le sujet, et il a volontiers répondu à cette enseignante inquiète.
Lire l’échange en version originale, et sa traduction en français.
En gros, il lui explique qu’on trouve des nanoparticules (naturelles ou peut-être usinées) dans tout, que ce n’est pas parce que les choses sont ultra-petites qu’elles sont forcément dangereuses (ni l’inverse), que la recherche progresse et qu’on commence à avoir une idée précise de l’effet négatif de certaines nano-molécules plus étudiées que d’autres. Il lui conseille de ne pas s’en faire pour elle-même et sa famille, mais plutôt pour l’étudiante.
J’utilise ce banal échange épistolaire entre une citoyenne inquiète et un scientifique passionné pour aborder le thème des nanotechnologies. Leur impact environnemental et sanitaire est un domaine de recherche important aux Etats-Unis, qui mobilise de grosses sommes, d’origine privée ou issues de fonds publics.
En novembre 2005, le comité scientifique de la Chambre des Représentants du Congrès américain a auditionné David Rejeski, le directeur du Project on Emerging Nanotechnologies, pour savoir si le gouvernement fédéral distribuait assez d’argent pour appréhender correctement le problème de l’impact environnemental et sanitaire. M. Rejeski dénombrait alors cent cinquante quatre projets scientifiques aidés, à raison de 23 millions de dollars annuels distribués via huit différentes agences gouvernementales. Soit 2,7% de l’investissement fédéral total dans le développement des nanotechs (lequel a depuis subi une baisse à cause de la guerre). C’est peu… mais ça donne quand même des ailes aux équipes universitaires concernées par l’environnement, et la concurrence est acharnée pour bénéficier du pactole.
Contrairement aux années 2000 ou 2001, aujourd’hui il ne viendrait plus à l’esprit d’aucun scientifique ou manufacturier oeuvrant dans les nanomatériaux (destinés aux secteurs de la santé, de l’énergie, du spatial, des cosmétiques, de l’informatique, des télécommunications…) de nier l’utilité de cette investigation préventive (d’autant qu’aucun moratoire sur le reste des activités nano n’est évidemment à craindre). Et ça vaut mieux, car les données qui sortent des labos depuis quelques mois sont de plus en plus précises. Une actualité à suivre sur ce blog…
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LA NANOTECHNOLOGIE concerne l’infiniment petit !
notre bien-aimé président Sarkozy est certainement
concerné par le sujet !
Espérons qu’il en sera question au prochain
GRENELLE de l’environnement
Tu parles pour toi cher CA de 18h22 ?
Le problème est le même que pour les OGM : il n’y a pas d’information.
Ces techniques ne sont pas clairement expliquées, et sont utilisées dans une discrétion qui frise la clandestinité.
Alors qu’il faudrait des explications aussi claires que possible, et des débats contradictoires publics.
Le fait est qu’il vaudrait mieux ne pas attendre un effet « hormone de croissance » pour engager des applications qui pourraient s’avérer dangereuses. Tant que nous n’en savons rien, il est utile que nous exigions de l’information, et encore de l’information.
Oui, je sais, c’est très technique. Eh bien, faites un effort, M’sieurs-Dames chercheurs/chercheuses. Ca doit bien être possible d’expliquer le choses clairement avec un peu de bonne volonté.
Certes, un couteau peut être utile ou meurtrier, selon les intentions de qui le manipule.
Mais c’est facile à comprendre et à la rigueur on peut tenter d’en désarmer son possesseur.
OGM et nanotechnologie, c’est différent. Ni vous (je pense) ni moi (c’eest certain) n’en disposons. Nous sommes obligés de faire confiance, et dans l’immédiat les yeux fermés, à ceux qui les mettent au point et les utilisent. Notre rôle c’est d’en contrôler les usages (bien peu de gens s’imaginent qu’on peut les interdire)
Mais pour contrôler il faut comprendre, savoir de quoi on parle dans le détail et entendre tous les points de vue ; or, tout est fait en catimini pour que la « foule » n’intervienne pas.
Je répète : avons-nous envie d’un nouvel effet « hormone de croissance » ou « sang contaminé » ? Dans ces deux cas, « on » avait fait confiance aux spécialistes. Avec il est vrai plein de poudre aux yeux. Pour avoir rencontré le Dr Garetta avant que n’éclate le scandale, je me rappelle qu’il n’avait qu’une expression à la obuche : le « nonproft » qu’il prononçait « noneprofite ».
Si donc, alors qu’il y a des signaux d’alarme, il arrive dans le futur une catastrophe « nanotechnologie », nous n’aurons qu’à nous en prendre à nous-mêmes et à notre paresse intellectuelle.
Oui, notre paresse intellectuelle. Le nucléaire n’a pas la même histoire : quand les Américains, ces donneurs de leçons, ont balancé leur deux bombes A sur le Japon, on n’en avait jamais entendu parler avant. Depuis évidemment, on a du mal à éliminer l’option nucléaire et on le voit partout et tous les jours. Il n’y a pas que l’Iran (qui n’en est qu’au début)…
Aujourd’hui, il est vrai que nos sociétés sont devenues extrêmement complexes et que nous avons à apprendre comment on peut être des ciotyens informés et responsables. Je ne dis pas que c’est simple ; ni que c’est reposant.
Je dis qu’à force de se laisser endormir les catas. issues de sa majesté La Science n’en sont qu’à leur début et n’ont pas fini. Nos enfants et nos petits enfants n’ont pas fini non plus de nous remercier de notre indifférence.
« Oui, je sais, c’est très technique. Eh bien, faites un effort, M’sieurs-Dames chercheurs/chercheuses. Ca doit bien être possible d’expliquer le choses clairement avec un peu de bonne volonté. »
Vous serez peut-être étonnée de savoir que ces m’sieurs-dames les chercheurs consacrent une partie non négligeable de leur temps à l’information scientifique des non-spécialistes. Cette information se fait par le biais des enseignements universitaires (les cours sont ouverts à tous en général), d’articles dans des revues de vulgarisation scientifique (on en trouve plusieurs dans tous les kiosques à journaux), de manifestations visant le grand public et comportant conférences et débats (fête de la science, semaine du cerveau, etc…), de reportages TV (si, si, il y en a d’excellents sur Arte, La 5ème, etc…), et j’en passe. Mais force est de constater que le public que nous rencontrons est souvent composé des mêmes personnes, souvent déjà bien informées, et que la curiosité n’est pas un défaut bien répandu dans la population. Et je comprends parfaitement que l’on préfère passer 2h aux cinéma à regarder les dernières aventures de Bruce Willis, plutôt que de se triturer le cerveau quelques dizaines de minutes (la bonne volonté doit se trouver des 2 côtés) pour bien comprendre ce que sont par exemple les OGM et où se trouvent vraiment les risques de leur utilisation.
Merci à morpionZ et à Rue89, pour cette réaction. La paresse intellectuelle est responsable de la non compréhension des choses. Attention les dégats à venir! Demander de faire un effort, est très courageux de votre part! Encore merci!
http://pikasso02.skyblog.com/
Il est certain que les avancées tehnologiques ne sont pas contrôlables et peut être heureusement. Le débat semble porter sur ce que l’on en fait et surtout ce que l’on en fait à notre insu comme ces marquages d’emballages qui suivent le consommateur depuis l’achat d’un produit jusqu’à la destruction de l’emballage en passant par on ne sait trop quelles cases de fichage, de statistiques, de ciblage marketing et autres. A l’instar de cette boîte de nuit en Espagne risque t on un jour sous prétexte de sécurité, de prévention de terrorisme ou on ne sait quoi, que chacun se fasse obligatoirement se faire implanter une capsule dès la naissance pour une traçabilité à vie comme les bovins avec leurs étiquettes plantéees dans l’oreille!
D’après ce que j’ai pu lire sur les sites des Singularistes, le vrai danger, c’est la fabrication de nanoparticule autoreproductives.
En français : une particule qui va modifier la matière à son contact pour en faire une autre particule identique, qui elle-même…etc. Enfin, c’est ce que j’ai compris.
Sinon, une chose intéressante, c’est que les nanotech nocives éventuelles passeraient sans aucun problème les contrôles de sécurité, car ils sont basés sur la toxicité des produits, là où c’est éventuellement la forme et la taille qui seraient dangereuses : l’ingestion d’une petit morceau de charbon (où d’un diamant) n’est pas dangereuse, mais des nanotubes de carbone peuvent se ficher dans les alvéoles pulmonaire et provoquer un cancer…
Avec un petit peu d’imagination il est facile de voir les dérives possibles de ces nouvelles technologies.
Suivi des individus, électrodes sur le cerveau,…
Il y a bien sûr des applications trés prometteuses comme par exemple le pilotage de molécules médicamenteuses sur la « cible »,…
Mais cela ne devra pas être mis dans toutes les mains et c’est cela le gros problème.
Donc à suivre, comme il est dit en fin d’article.
Le suivi des populations ? Mais on est en plein dedans, avec nos cartes bancaires, nos ordinateurs, nos courses dans les grands magasins, nos trajets dans le metro avec la carte Navigo et j’en passe.
Et je sais aussi qu’il est très difficile de faire bouger les gens. J’ai produit une émission TV sur les dangers de l’informatique dans le domaine social, en 1978 (c’était l’année de la parution du rapport Nora Minc sur l’informatique). L’émission a été censurée du début à la fin. Je l’ai fait savoir. Ca n’a ému personne !
Si on veut vraiment informer les gens, il faut d’abord tenter de leur faire comprendre pourquoi ils devraient s’intéresser à tout cet arsenal technico/biologico/génético etc.
Non car elle a raison.
Faire bouger les gens est trés difficile. A notre petit niveau je ne vois que des Sites type RUE 89 comme courroie de transmission.
Il convient de faire savoir au plus grand nombre que de tels sites existent.
Plus nous seront nombreux, mieux ces sites pourront vivre et être efficaces.
de quoi parlez-vous? Nous ne « censurons » que les commentaires qui contiennent des insultes ou des propos violant la loi (racistes, négationnistes etc.). Je ne vois pas pourquoi nous censurerions une opinion sur les OGM, quelle qu’elle soit.
L’exemple que vous citez concernant le nettoyant ménager est, à mon avis, bien caractéristique d’un problème général qui entoure un bon nombre d’applications industrielles issues de la recherche scientifique. Ici, ce n’est pas la technologie qu’il faut remettre en cause, mais plutôt les appareils de contrôle qui entourent sa commercialisation. En effet, ces appareils de contrôle sont alimentés par des données fournies, non pas par des laboratoires indépendants, mais par les laboratoires du fabriquant lui-même. Connaissant les sommes investies et les retombées potentielles, peut-on alors raisonnablement penser que les rapports présentés aux commissions d’autorisation de mise sur le marché sont parfaitement objectifs et complets ? En ce qui me concerne, je n’y crois pas trop.
« la plupart des gens ne sont pas informés et le danger et bien là »
J’aurais plutôt dis : la plupart des gens ne cherchent pas à s’informer et le danger est bien là. Beaucoup de personnes attendent que l’information leur soit délivrée déjà pré-mâchée (c’est tellement plus facile et tellement de charlatans sont prêts à leur fournir leur point de vue) et oublient qu’un effort individuel est nécessaire pour bien comprendre les tenants et les aboutissants d’un problème (que ce problème soit d’ordre scientifique ou non d’ailleurs).
[humour]
« Et nous Français, on tique vraiment pour les OGM et sur les nano ? A part quelques-uns, la majorité aime Monsieur Sarkozy.”
Sachant que nous avons un nano-président.
Sachant que le président à des tics mais pas d’éthique (et toc !)
Sachant que la majorité aime Monsieur Sarkozy.
Alors la majorité aime les nano-technologies !
CQFD
[/humour]
Le Diplo a publié sur ce sujet un article équilibré et fort intéressant.
http://www.monde-diplomatique.fr/2006/03/BENOIT_BROWAEYS/13299
Merci d’avoir signalé cet article. Il est excellent, pose bien les problèmes, et donne plein de pistes pour creuser le sujet en allant, par exemple, sur les sites des organisations ou chercheurs cités. Comme quoi, en effet, ce n’est pas trop compliqué de trouver de l’info.Le papier indiqué par Déborah ci-dessous est d’un abord plus simple, pour commencer à la base.
Un lien pour essayer de s’y mettre :
http://spore.cta.int/spore124/spore124f_articles123.asp#3
Bien, replaçons un petit les choses dans leur contexte. Je suis étudiant en thèse, effectivement, mais je ne suis pas un spécialiste des nanotechnologies, loin de là, j’étudie les comportements collectifs dans les sociétés animales. Que ma réflexion soit influencée par ce que je vis et vois tous les jours, soit. Mais cela ne fait pas de moi quelqu’un de malhonnête (même malgré moi). Ou alors chacun de nous l’est, vous y compris. Je n’ai caché à personne mon statut de thésard, chacun peut donc interpréter mon texte en connaissance de cause.
Concernant mon post, ma réflexion ne portait pas spécifiquement sur l’information scientifique autour des nanotechnologies, mais sur l’information scientifique au grand public en général. Et il me semble que l’offre de la part des scientifiques est conséquente et variée (en termes de formes et de contenus). Que cette offre soit de qualité inégale est entendu. Qu’elle puisse être amélioré est évident.
Mais cette information existe, et je faisais simplement remarquer que bien souvent les gens (moi y compris) ne font pas l’effort d’aller la chercher lorsqu’un danger potentiel est annoncé dans la presse à grand renfort de catastrophisme (chère Hélène Crié-Wiesner, ce n’est pas le cas de votre article, heureusement). Le scientifique doit faire un pas vers le public d’accord, mais le public doit aussi faire un pas vers le scientifique. Et lorsque le public ne fait pas cet effort, alors il se met en danger car il se prive de l’information lui permettant de décider lui-même si telle ou telle avancée présente un danger.
Mon propos s’arrêtait là, vous avez ensuite dérivé, me prêtant des idées que je n’avais pas abordée. Mais je vais quand même commenter la suite de votre réflexion concernant la présentation des faits, que je trouve pour ma part très intéressante.
Je crois, peut-être comme vous, qu’elle n’est jamais objective (la preuve, mon post pro-scientifique alors que je suis moi-même scientifique :-) ). D’ailleurs, la science elle-même, en tant qu’activité humaine n’est pas objective. Les faits sont toujours interprétés à la lumière (parfois faiblarde) de notre histoire, de notre culture, de notre société. Et il est, selon moi, du devoir de chacun (scientifique ou non) de garder un oeil critique sur les informations qui lui sont fournies. Il faut toujours les regarder sous un angle différent de celui qui vous présente l’information.
Les pierres que vous jetez dans mon jardin (imaginaire, je n’ai qu’un petit appartement), ou plutôt les pavés du comité d’éthique du CNRS, et bien je les trouve plutôt salutaires. Si nous ne pouvons pas être objectifs, rien ne nous empêche de réfléchir tous ensembles, scientifiques et non scientifiques, aux conséquences de nos avancées scientifiques et technologiques.
Hehe, au fait, petit détail : la Chine a créé un Centre de Recherche sur les nanotechnologies, avec plus de 2000 scientifiques pour bosser dedans…
Quand on nous disait que les Chinois allaient nous bouffer :D